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Article On Stage/Backstage
Interview : les vieilles charrues (III)
(Tout public)Par Will Zégal le 04/02/2009
Jacques Simon, régisseur général, suite et fin
- Après nous avoir longuement raconté son rôle dans l'organisation des Vieilles Charrues, évoquant au passage son travail d'ingénieur du son retours, Jacques Simon nous a emmenés faire un tour complet du site du festival et de ses annexes. Nous sommes encore dans le PC sécurité près de l'entrée et nous évoquons la sécurité près de la grande scène…
Jacques Simon : À jardin, on a 21 mètres de dégagement et à court, il y en a 28, avec un crénelage où les IS rentrent. Quand tu ouvres, le public est accueilli dans un goulet et tu as des crashs-barrières à toutes les issues de secours. Après, si tu en as 150 000 qui poussent en même temps, on ne peut rien faire. Mais la sécurité de cet endroit est surdimensionnée. Enfin, c'est surdimensionné par rapport à la législation, mais je trouve ça normal. Il y a une zone neutralisée avec du rue-balise. Il n'y a personne dedans ce qui fait que si on doit dégager, le public arrive dans un endroit où il n'y a pas d'écrasement. Et puis on en parlait hier : Alain fait tourner les boîtes de sécu assez régulièrement pour qu'il n'y ait pas cette notion de "je m'installe, je suis chez moi" avec les débordements que ça peut engendrer.
les systèmes de rafraîchissement inspirés des... poulaillers !Alain Bennasar : Le chalenge est de trouver des bonnes boîtes de sécu qui ont beaucoup de personnel, qui percutent vite quand on leur transmet des infos... C'est vrai que ce n’est pas évident. Les gens de la sécu viennent d'un peu partout.
J.S. : Il y a un tri qui est fait par Alain. Ce n’est pas tartempion et compagnie qui viennent.
A.B. : Il y a 477 agents de sécu actifs. Sur le 24/24, ça représente à peu près 660 agents de sécurité.
J.S. : Cette année, une grande nouveauté, c'est que aucun festivalier ne rentre avec un contenant. [NDLR : Pas tout à fait exact de ce qu'on a pu voir...] Tu n’as pas la bouteille avec la nitroglycérine dedans où tu bois trois gorgées et t'es out.
Tu vois la zone d'entrée avec des brumisateurs. Ils permettent de rafraîchir les festivaliers. Pour la petite histoire, cette brume rafraîchissante, c'est un système pour les poulaillers. C'est ce qui sert à ce que les poulets ne crèvent pas en cas de grosse chaleur. Les festivaliers arrivent ensuite sur une zone de repos, de détente avant de partir vers les scènes. On a de la place, de toute façon. La volonté de la prod de s'arrêter à 55 000 personnes, c'est aussi pour le confort et les dégagements, avoir de l'oxygène dans le site. Ce qui permet aux festivaliers de ne pas être dans une cohue génératrice d'énervement.
A.B. : Le fait qu'ils soient bien accueillis par la sécu, aussi...
Mur de lumière
- AF : Tout à fait. C'est ce que j'ai toujours remarqué en venant comme festivalier. L'année dernière, quand je suis entré, c'était blindé de monde dans les barrières. Tout le monde était en train de se marrer, ça se chambrait à droite à gauche... Et quand on arrivait aux gens de la sécu, ils faisaient leur taff, mais on plaisantait aussi avec eux et tout et l'ambiance était vraiment sympa.
J.S. : Ça fait vraiment plaisir à entendre, ça.
A.B. : C'est ce qu'on cherche : la qualité de l'accueil.
J.S. : Je rêve un jour de faire une passerelle ici, au dessus des entrées. J'ai toujours le plan. Ne serait-ce que pour accrocher des projos, pour décorer un peu l'entrée, faire un truc un peu plus sympa.
A.B. : Un éclairage en douche sur la zone de palpation.
J.S. : oui, faire un mur de lumière. De façon à ce que les gens à la fouille voient vraiment. Et puis du projo qui part plus diffus, en déco. La passerelle permettrait aussi aux agents de pouvoir venir au-dessus, voir et conseiller, parfois. Quelques fois, tu vois des conneries. Alors, faut descendre, sortir, faire le tour pour aller voir ce qui se passe. Là, on aurait un accès direct.
A.B.: Là, on a 22 couloirs d'entrée. Je calcule ça par rapport au temps de fouille, au nombre de gens à passer... S'il y a un malaise au milieu, on prévient les gens qui se baissent. On a des planches qu'on pose sur les barrières, ce qui nous permet de passer par dessus la foule pour aller chercher la personne.
J.S. : c'est vrai que pour évacuer au milieu, ce n’est pas simple. On n’est jamais à l'abri d'un malaise. La brume aide, justement. Mais par temps de fortes chaleurs, c'est pas forcément suffisant quand la foule est compacte. On a de grosses difficultés à trouver des mats d'éclairage. Là, on en quand même qui viennent de Belgique. Les loueurs n'en achètent plus : ils se les font piquer. Surtout pour les générateurs. Du coup, l'année prochaine, je vais monter des tours layer dans les parkings. De 4 à 10 mètres avec un groupe dessus, double barriérage avec une occultation pour ne pas se faire piquer le générateur. Et on fera un éclairage 360 degrés dans les parkings. Ça permettra de dégager un certain nombre de mats pour les campings.
Hors festival
début d'après-midi, le site se remplit. Dans quelques heures, il ressemblera à...AF : Mais tu as des gens en sécu sur place ? Tu n'as pas peur que des gens s'amusent à monter dessus ?
J.S. : Justement, l'idée est de faire un barriérage normal, plus un double barriérage avec, je ne sais pas... du bois ou quelque chose comme ça.
A.B.: Un truc où tu ne peux pas t'accrocher, quoi.
J.S. : Voilà. Un contreplaqué qui monte à 3 mètres 50...
[Nous quittons le PC sécurité. À son pied, quelques agents de sécurité reprennent des forces dans un minimum de calme.]
Ça ! (scène 1 avec le pool de photographes qui quitte la fosse)AF : Hors festival, le champ est utilisé ?
J.S. : Non... Enfin, c'est une plateforme évènementielle. Il y a des comices agricoles, il y a eu le Championnat de France de cross-country des sapeurs pompiers, le Championnat de France de cross-country tout court. C'est un site qui est super viabilisé, alors il est facile pour travailler sur autre chose. On a beaucoup travaillé pour viabiliser l'endroit. Ce sont des coproductions qu'on fait avec la ville : eux ils creusent, moi je paie la came. Du coup on est au top, vraiment au top je pense en terme d'eaux usées, eau potable, etc. Tiens, tu vois les mats d'éclairage dont je te parlais, là ? Je récupère des poteaux, j'achète des plots... D'ailleurs, je ne suis pas très content d'en voir ici. J'ai acheté 6 plots et il y en a 3 qui ne sont pas utilisés... On verra ça plus tard. C'est bien que tu ai dit à Alain le truc sur la qualité de l'accueil. Parce qu'ils s'en prennent tellement plein la gueule ! Alain fait la sureté dans beaucoup de festivals. Il est dans pratiquement tous les grands festivals, en fait. C'est un gars d'ici. Il habite à 20 bornes... Alain fait les transmusicales, il fait Bobital... enfin, il faisait puisque c'est plus d'actualité.
La Garenne
AF : ça coule Bobital ?
J.S. : Oui, ils ont déposé le bilan, ça y est. Mais Bobital a eu cette année la volonté de ne pas s'entourer du tout de professionnels. Aucun. Ils se sont retrouvés avec des choses pas envisagées, des dépassements de budgets... Enfin, ils ont explosé...
Voilà, ici c'est ce qu'on appelle La Garenne. On retrouve toujours un peu la même ergonomie sur toutes les parties du site. Tout ce matériel de cuisine que tu vois appartient au festival. Ces grands barbecues, c'est Jean-Pierre, le plombier, qui les a fabriqués. C'est mon beau-frère, en plus !
AF : C'est tellement énorme que si tu ne gagnes pas un peu sur tous les postes où c'est possible...
J.S. : Oui, et surtout ça crée un lien entre les gens, ça les pousse à réfléchir à des choses... Et ce sont des gens assez proches.
AF : Oui, on sent ça, cette convivialité qu'il y a dans les équipes.
J.S. : Voilà. On va dans les loges du cabaret breton où ils ont un concept particulier, tu vas voir. C'est les manouches ! [On arrive au milieu d'un village de caravanes décorées] Tu vois, ça c'est l'équipe... ils ont tous la moustache, comme les manouches ! [On est dans une ambiance très conviviale, détendue et déconne, arrosée comme il se doit] Un membre de l'équipe (d'un air réjoui) : On a le concours d’air biniou ce soir.
toujours devant la scène 2... entre deux concerts, de la place pour souffler
Air Biniou
- AF : Un concours d’air biniou ?
MDl'E : De 22h30 à 23h00 ! Six groupes en compétition !
J.S. : Je vous présente Will qui fait un reportage sur les conneries du festival, alors que je vous plaçais en tête... [Rires] Tu vois, ça change des loges avec les tapis rouges et des choses comme ça. Ici, c'est plutôt cuivres et poules !
MDl'E : T'as regardé dans la caravane ? Même les pauvres ont des tapis rouges dans la caravane ! ça fait un peu hôtel du coup ! C'est dur de virer les mecs. [rires]

J.S. : C'est bien ce que vous vouliez au départ. Quelqu'un qui est heureux n'a pas forcément envie de se barrer comme ça. Enfin ce soir, l’air-biniou, je te le conseille ! Moi je ne sais pas si j'aurais le temps... C'est à quelle heure ?
Bénévole : 22h30.
J.S. : C'est mort, je ferai Matmatah.
MDl'E : On mettra super fort pour que vous puissiez entendre ! Eh, vous allez être déçus : il n'y aura personne devant Matmatah : tout le monde sera là !
J.S. : T'inquiète : je crois qu'il y en aura pour tout le monde ce soir.
AF : Matmatah c'est après, non ? Toi tu seras en prépa.
J.S. : oui, je serai en train de faire ma console. Je suis sur la même que Gad Elmaleh, mais ça va. Comme lui il est tout seul, je vais pouvoir préparer ça tranquillou.
Tanguy : Je te propose pas de boire un coup ?
J.S. : non, on vient d'en boire un à la sécu et si on fait le tour, je vais être plié !
Tanguy : Moi ils vont me plier, ici !
J.S. : De toute façon, tu es off, là, non ? Tu t'en fous. Tanguy, c'est mon assistant. C'est les oreilles ! Nous on tourne sur le site et Tanguy est au bureau. Il faut l'accueil, la gestion des équipes polyvalentes, le dispatching des gens, la gestion des tâches, des plannings, les tenues de mains courantes, j'en passe et des meilleures.
Tanguy : Ils m'ont donné une journée cette année.
J.S. : C'est notre souffre-douleur. Au lieu de prendre un jeune stressé... ça fait deux ans qu'il est là et c'est cool.
Tanguy : Je bosse un mois ici.
J.S. : Des vacances, quoi !
Tanguy : Exactement. Je prends mes vacances ici !
J.S. : Justement, je trouve que ce serait bien que tu aies une autre attitude que ça [rires]
Tanguy : En même temps c'est les vacances, hein !
J.S. : Il le dit un peu trop, mais attend : on a pas attaqué le démontage. J'ai encore quinze jours pour me venger !
Les fameux barbecues et friteuses
- [Nous quittons les loges de La Garenne et repartons en voiture]
J.S. : Fallait qu'on passe par ici, quand même. C'est l'antitechnique ! C'est une sacrée bande de lascars, ici. Bon esprit. Des gens du coin, surtout. Tanguy habite à 20 bornes d'ici. JD qui est le responsable d'ici, c'est son cousin... Il y a vraiment cet aspect là, mais avec de la compétence. Ce n’est pas "t'es mon pote, t'es mon cousin, viens bosser". Tanguy par, exemple, mon assistant, il est coordinateur technique aux transmusicales à l'année. Ça, c'est Nico Massé, un autre moustachu. Nico, c'est le compagnon de Florence qui s'occupe de tout le social sur le festival. Qui a été mon assistant pendant longtemps quand j'étais au service matériel.
[On s'arrête près d'une jeune fille]
Lola, ma fille... Salut minette !
Lola : tu fais le son des Mat', ce soir ?
J.S. : oui. T'as vu ta mère ? Ah ben, elle est là, tiens.... Elle tient le merchandising artistes.
Tu vois ces fameux barbecues, ces fameuses friteuses... Et on a un service de maintenance. Tanguy s'occupe de collecter les appels qui émanent des différents restaux, stands, etc. "j'ai plus de lumière, j'ai plus de cela". Il redispatche tout de suite sur les équipes de plombiers, d'électriciens, des clôtures, de ce qu'il faut. Beaucoup de réactivité, d'intelligence, de pragmatisme. Les gens que tu vois avec les baudriers verts, ce sont des nettoyeurs qui tournent en permanence sur le site. Tout le temps. Tu vois ces toilettes-là qui ressemblent à des chimiques ? Ils sont reliés au tout à l'égout. Ca c'est le dernier réseau qu'on a fait.
Gradins VIP
- [Nous arrivons dans la zone de la scène 1]
Là, tu as le catering artistes. C'est une nouvelle cuisine que j'ai mise en oeuvre. Ce sont des containers en fait, qui se collent. Ils sont déjà prééquipés... Ça, c'est le passage de câbles de toute la téloche. Et on a toute la zone télés, médias, etc. Toute la zone médias et partenaires. Le bar VIP où je suppose que tu as déjà dû aller... Et puis la zone dont je te parlais avec les crashs...
Le gradin VIP qu'on a augmenté cette année de 200 places. Victimes du succès. C'est vrai que les places VIP, c'est difficile de s'en passer. Tu vois le gradin handicapés avec une accessibilité en truck-way, en bande de roulage.
AF : Il est bien placé pour voir les concerts.
J.S. : Oui, c'est important, je trouve. Ici, on a un truck-way. On est obligés de créer un axe rouge pour désenclaver la zone ici. On a donc une bande de roulage qu'on fait poser, ce qui fait que le site est vraiment bouclé de A à Z. On peut en faire le tour complet avec des véhicules. Et voilà, on arrive dans les zones techniques. C'est chez moi ! On le stocks électriques, signalétique, plomberie. C'est le nº 1 des parcs matériels. On a un autre parc en montage, qui est dans la zone des entrées. Une fois qu'on a dispatché, le reste du matériel est ici. Il ne reste plus grand-chose. De quoi être prêt à dégainer en cas de besoin. On arrive à des sommes astronomiques de matériel. C'est assez impressionnant.
[On s'arrête pour saluer un moustachu en tenue de cuisinier]
Salut Guéna. Je vais venir manger chez toi ce soir puisque je suis avec un orchestre.
Guéna : Marcel et son orchestre ?
J.S. : Perdu ! Essaye encore
Guéna : Jacques et son orchestre ?
J.S. : Je vais venir honorer votre table.
Guéna : La maison est bonne, normalement
J.S. : Je n’ai pas entendu le contraire en tout cas.
Guéna : ZZ Top nous a fait des éloges hier.
J.S. : Ils avaient un cuistot pourtant, eux, non ?
Guéna : mais on leur a fait à manger. Ils nous ont dit "catering de dingue. On a jamais vu ça !" Remerciements et tout !
J.S. : C'est cool.
Guéna : On ne travaille qu'avec des produits frais. Pour faire un jus de veau, on prend des os que l'on fait suer, tu vois. Pour faire un fumet de poisson, on prend des poissons et des langoustines. Ouais !
J.S. : Tu vois, c'est ce que je te disais hier : la philosophie première du festival, c'est de bien accueillir les gens, de bien accueillir les artistes pour que la grand-messe soit complète. Un public satisfait et des artistes heureux, ça donne des grands-messes, quoi.
Guéna : Hier on a encore vécu un sacré moment !
J.S. : Ce soir, ça va être énorme, je pense.
Guéna : Matmatah ?
J.S. : Oui, et puis il y a 65 000 personnes dans le champ ! Tu sais à quelle heure on mange, ce soir, les Matmatah ?
Guéna : Ah non, je n’en sais rien.
J.S. : Parce qu'il y a un truc que j'ai quand même envie de faire, c'est d'aller manger au catering artistes ! ça... Ah ouais, attend ! Tous les ans, même si je ne suis pas avec un groupe, j'essaye d'y passer une fois.
Pour finir
- [Au même moment, alors que nous arrivons à la fin de la boucle aux bureaux de Jacques à proximité de la scène 2, on entend en provenance de celle-ci une artiste terminant son show remercier chaleureusement le public et les gens qui les ont accueillis sur le festival.]
AF : très belle organisation, en tout cas. Je suis impressionné.
J.S. : C'est chiadé à mettre en oeuvre... Beaucoup de travail, beaucoup de compétences à tous les niveaux. Parce qu'il faut en parler aussi, de tous les gens qui travaillent là-dessus. Je n’ai même pas grand-chose à redire sur les équipes parce qu'ils font un travail de folie. Les électriciens par exemple, c'est des bêtes de somme ! Cette année on a des conditions météo qui sont meilleures. On a changé aussi des équipes du festival, on a un peu de sang neuf. [Me montrant un chapiteau de cirque] Tu vois, ça c'est un deuxième VIP que j'ai monté en urgence parce que le premier qui est là-haut, à l'étage, [NDLR : du centre culturel] a été submergé de demandes qu'on pouvait difficilement refuser au prix de la soirée VIP. Et puis on ne peut pas non plus heurter les partenaires, tout ça... Du coup, on a monté un autre VIP à moitié à l'arrache. On a essayé de faire un ersatz de l'autre. Et en fait, les gens préfèrent celui-là. Ils préfèrent être dans la bâche.
AF : C'est plus dans l'ambiance ?J.S. : Oui, c'est ça.
C'est là-dessus que se termine la visite du site. L'impression est claire : une énorme machine bien rodée où règne une ambiance joyeuse, fraternelle et détendue. Et ça respire la compétence et le dévouement à tous les niveaux. Dévouement tendu vers un objectif : que la fête soit belle. C'est sans doute ce qui explique cette ambiance si particulière que connaissent bien ceux qui fréquentent ce festival. Et ce qui explique que quelques bonnes volontés aient su, au fur et à mesure des années, faire de ce festival dans un coin perdu du centre Bretagne un des tout premiers festivals français.
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ON STAGE/BACKSTAGE
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