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Le guide du mixage — 131e partie

Bien débuter

Comment savoir lorsqu’un mix est fini ?

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Aujourd’hui, nous allons tenter de répondre à une question rarement abordée sur la toile, mais qui est pourtant d’une importance capitale : comment savoir quand mettre un point final à votre mix…

Si ça continue, il va falloir que ça cesse

Dans le milieu professionnel, la question ne se pose pas vraiment. En effet, pour les productions modestes, le budget serré se chargera de dicter sa loi et entraînera de fait la fin des séances de mixage à un moment ou à un autre. Quant aux grosses Bertha dotées d’un portefeuille bien dodu, c’est bien souvent le producteur exécutif/directeur artistique qui se chargera de mettre un terme aux sessions lorsqu’il estimera être arrivé à un résultat satisfaisant. Mais en home studio, c’est une tout autre paire de manches… Il y a principalement deux situations : le musicien/apprenti ingénieur du son pressé qui arrête le travail trop tôt tant il a hâte de faire écouter ses œuvres et l’aspirant ingé son tatillon qui ne cesse de triturer le mix à la recherche d’une perfection inaccessible. Bien entendu, aucun de ces cas ne permet d’obtenir un résultat réellement satisfaisant puisque, dans le premier, le morceau n’a pas droit à un traitement qui le mettra en valeur comme il le mérite, et dans le second, l’excès de zèle finit toujours par faire plus de mal que de bien. Alors, comment savoir quand s’arrêter ?

Comme bien souvent lorsqu’il s’agit d’un sujet impliquant une appréciation artistique, donc subjective par essence, il n’y a malheureusement pas de réponse définitive et universelle à cette question. Le mixage parfait de l’un pourra paraître médiocre à un autre. Cela est d’ailleurs également vrai dans le milieu pro. À titre d’exemple, sachez que je suis un fan absolu du travail de Nigel Godrich, ingénieur du son/directeur artistique ayant à son actif des pointures telles que Radiohead, Beck, Air, The Divine Comedy, Paul McCartney, ou bien encore R.E.M. pour ne citer qu’eux. Eh bien figurez-vous que l’un de mes amis ingé son, dont je respecte le travail au plus haut point, estime que les mixages de Monsieur Godrich sont pour le moins brouillons ! Comme quoi, les coups et les douleurs…

Bref, tout ça pour dire qu’il m’est diablement difficile de vous aiguiller pour le thème du jour. Et je suis d’ailleurs curieux de découvrir au travers des commentaires liés à cet article votre méthode en la matière. En attendant, voici modestement ma façon de procéder, en espérant qu’elle pourra en aider certains.

Enough is enough

Comme je vous l’ai déjà dit, lorsque je travaille pour d’autres personnes, l’arrivée à terme du mix ne dépend pas réellement de moi. En revanche, lorsque je bosse sur des projets personnels, je suis le seul maître à bord. Étant plutôt du genre « perfectionniste raté », j’ai naturellement une tendance à vouloir trop bidouiller le moindre détail, ce qui m’a longtemps empêché de finaliser quoi que ce soit. Cet état de fait était tellement désagréable qu’un jour je me suis pris « entre quatre-z-yeux » afin de comprendre pourquoi je n’avais aucun problème à mettre un point final aux titres de mes clients alors que j’avais un mal de chien à clôturer les miens. De cette réflexion sont nés plusieurs constats.

Tout d’abord, il m’est apparu indéniable que le lien émotionnel entre le créateur et sa création ne jouait pas franchement en ma faveur. D’une part, cela me poussait parfois à peaufiner les détails à outrance tant je souhaitais bien faire, et d’autre part, j’avais a contrario souvent du mal à prendre certaines décisions radicales car je ne voulais pas « défigurer » tel ou tel son au profit d’un autre, et ce, même si c’était pour le bien du morceau dans son ensemble.

Mixage 131

Ensuite, je me suis rendu compte qu’à bien y réfléchir, mes mixages pour des clients n’étaient pas forcément finis dans le sens absolu du terme. Si j’avais eu l’opportunité de travailler plus longtemps dessus, j’y serais peut-être encore ! Mais en définitive, ils étaient terminés parce que je n’avais pas eu le choix, un point c’est tout.

Enfin, le dernier point qui m’a sauté aux yeux, mais surtout aux oreilles, c’est que même si ces mix n’étaient pas parfaits, cela n’avait pas vraiment d’importance. Au final, la majorité de mes clients étaient contents de mon travail. Et avec le recul, je prends moi-même du plaisir en tant que simple auditeur à écouter ces titres sans être dérangé une seule seconde par les éventuels petits accrocs sonores encore présents. D’ailleurs, je ne les entends même pas la plupart du temps, sauf si j’y prête expressément attention.

Fort de ces constats, j’en suis arrivé aux conclusions suivantes :

Premièrement, lorsque j’en ai les moyens, j’essaye toujours de faire mixer mes propres titres par quelqu’un d’autre. Ce thème a d’ailleurs fait l’objet d’un article à lui tout seul au début de cette série, je ne m’étendrai donc pas plus avant sur la question.

Bien entendu, je ne suis pas riche comme Crésus. Du coup, si je n’ai pas d’autres choix, je m’attèle moi-même à la tâche. Mais afin d’avoir le recul nécessaire, je m’efforce toujours de bien espacer le temps de création/composition/arrangement des sessions d’enregistrement, puis des sessions de mixage. Ainsi, mon cerveau regagne à chaque fois en fraîcheur pour aborder plus sereinement le travail à accomplir. Et pour revenir en plein dans le sujet d’aujourd’hui, au niveau de la validation du mixage définitif, c’est exactement la même tisane. Je m’arrange toujours pour intercaler au moins une journée entre un mix et sa validation. De plus, de la même façon que lorsque je travaille pour quelqu’un, je me fixe toujours des dates butoirs que je m’efforce de respecter au plus près. Bien entendu, pour que cela fonctionne, il est nécessaire de se fixer un calendrier réaliste au regard du cahier des charges et des objectifs à atteindre. Mais nous reviendrons sur cette notion de limite à l’occasion d’un futur article…

Enfin, même si cela a été dur à avaler pour moi, j’ai enfin accepté le fait que la perfection n’existait pas, et c’est d’ailleurs bien mieux ainsi. Du coup, lorsque j’arrive enfin à écouter le mix de l’un de mes titres sans que les derniers petits détails techniques ne viennent réellement perturber mon plaisir en tant que simple auditeur, je sais que je suis arrivé à bon port et qu’il est temps de passer à autre chose.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles aventures !

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