Billybilly 04/10/2019

Elektron Octatrack : l'avis de Billybilly

« A la fois limitée et inépuisable, un monstre en musique expérimentale »
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Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Les utilisateurs avertis
Ça fait maintenant un an que je l'ai. L'Octatrack est mon troisième séquenceur/sampleur après la MPC500 d'Akai que j'ai détestée à cause de son workflow ultra lourdingue et après le SP404, sampleur que j'affectionne pour son côté ludique et immédiat mais que je trouve vraiment désuet. Forcément, la marche a été énorme pour moi quand je suis passé sur l'Octatrack puisqu'on est plus du tout dans le même concept de machine (et la ranger dans la même catégorie que la MPC500 ou le SP404 me paraît presque faux en fait).

Premier point, la limitation à seulement 8 pistes. Je pense vraiment qu'envisager l'Octatrack en sampleur multipistes traditionnel, c'est un peu passer à côté de l'intérêt de la machine. 8 pistes audio seulement mais avec des possibilités de modulation et de manipulation très grandes, des enregistreurs de pistes qui peuvent sampler n'importe quelle source (entrées externes, sources internes à savoir les pistes, le master ou le cue) en temps réel et que l'on peut séquencer, 3 LFOs par pistes qui permettent de modifier tous les paramètres. Sans oublier un algorithme de timestretch extrêmement puissant qui peut complètement freezer le son de manière très propre. Pour ma part, j'envisage vraiment l'Octatrack comme une sorte de super 4 pistes K7 numérique où on l'on ne possède que 8 pistes mais que l'on peut triturer dans tous les sens et surtout, que l'on peut faire interagir entre elles (je précise que je fais plutôt de la noise et de l'électroacoustique). Tous les outils sont présents pour construire son propre "synthé". Pour pinailler, je trouve dommage qu'on ne puisse pas créer des groupes de pistes pour les enregistreurs. Là c'est soit piste individuelle soit master mais c'est vraiment du détail.

Là où ça devient très intéressant, c'est qu'on peut aller très loin avec par exemple des configs en cascade où les pistes s'enregistrent successivement (la piste 2 enregistre et joue la piste 1, la piste 3 enregistre et joue la piste 2, etc...) et pour peu qu'on affecte des LFO en mode aléatoire à certains aspects de lecture (le start du sample, sa hauteur, etc...), on peut arriver à des patchs génératifs basés sur du feedback en interne et de la synthèse pseudo-granulaire avec de la modification aléatoire constante. Et ça, c'est juste un exemple de ce que l'on peut faire. En un sens, l'Octatrack a vraiment un côté modulaire qui peut l'éloigner très fortement du beatmaking pour aller explorer des horizons expérimentaux ou faire du sound design. Je précise aussi l'utilisation du terme synthèse "pseudo-granulaire", l'Octatrack ne fait pas de synthèse granulaire à proprement parler. Il manque certains concepts inhérents à cette synthèse comme l'interpolation des grains, leur taille, la densité des grains, la gestion de l'enveloppe du grain, etc.. Alors certes, on peut parvenir à imiter la plupart de ces paramètres grâce aux LFOs mais on ne peut pas espérer faire ce qu'un GR1 de Tasty Electronics fait par exemple.

Rajoutons à cela le fameux séquenceur d'Elektron et ses conditionnal trigs apparus sur la dernière mise à jour qui permettent d'inclure des probabilités et des conditions, y compris entre pistes et on comprend que la machine a un potentiel presque illimité en matière d'expérimentation.

Concernant l'apprentissage de la machine, c'est sûr que c'est complexe et que les deux premières semaines ont été décourageantes. Certains concepts comme ceux des scenes, ou des part me passaient vraiment au-dessus de la tête ou alors je ne comprenais pas leur utilité. Mais honnêtement, n'importe qui un minimum motivé, prêt à se plonger dans le manuel et qui accepte la frustration parviendra à maîtriser la machine. Se plaindre de la nature complexe de l'Octatrack c'est se plaindre de la nature même de cette machine qui est très exigeante. Et avant de commencer à faire des programmations complexes et intéressantes, il faudra y consacrer du temps. C'est peut-être ça qui rebute certaines personnes avec cette machine, on est pas dans une démarche de plug and play et de fun immédiat (et attention, je ne dénonce pas ça, mais c'est pas sur l'Octatrack qu'on trouvera ça).

Un dernier point, je conseille vraiment de rajouter un contrôleur midi. J'ai choisi un Evolution UC33e, c'est pas incroyable mais ça fait bien le taf. Le fait de pouvoir contrôler indépendamment les volumes de chaque pistes et d'avoir pleins de paramètres contrôlables directement sans accéder à certaines pages spécifique de l'Octatrack décuple vraiment le potentiel de la machine et accentue encore plus son côté "modulaire". Je trouve d'ailleurs vraiment étrange qu'Elektron n'ait jamais sorti un contrôleur midi dédié tellement ça améliore la machine (qui est déjà excellente à la base hein).

Pour terminer, l'Octatrack n'est pas un Live hardware. Ce n'est pas non plus une concurrente directe à la MPC Live dans la mesure où les deux machines n'ont pas du tout la même approche. Ce n'est pas non plus une machine simple d'accès mais elle offre tellement en contrepartie.