ARP Odyssey Rev2
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coyote14 18/09/2016

ARP Odyssey Rev2 : l'avis de coyote14

« Un must depuis son repositionnement en prix »
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Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Tout public
Il y a bien trop peu d'avis sur ce synthé sur lequel il y a pourtant tellement à dire!

J'ai pu tester en profondeur ce synthé pendant 3 semaines, car on me l'a prêté pour une session de sampling sur Kronos. J'ai donc programmé toutes sortes de sons et l'ai repoussé dans ses retranchements, et me donne donc la légitimité pour un avis détaillé que voici!

On va planter le décor: je n'ai jamais eu d'Odyssey vintage. Cet avis est donc à prendre comme celui qu'on donne sur un synthé sorti de son oeuf!

Sorti il y a un peu plus de 2 ans déjà, il était à un prix supérieur à 1000 euros à l'époque. Même si c'est la ré-édition d'une légende et que l'attente est forte, pour un synthé mono faiblement implémenté en MIDI et sans mémoire, ça partait un peu de travers, d'autant que des compromis ont été fait sur la construction. Mais il y a aussi des ajouts bienvenus. Donc c'était somme toute correct.

Mais ça, c'était avant. Avant que le prix ne descende sous les 800 euros (760 au moment où j'écris ces lignes), et là, ça change pas mal de choses, car cela en fait une excellente affaire désormais, on ne mégote plus sur le rapport qualité prix redevenu excellent!

Commençons par la fabrication et les accessoires: du très bon avec quelques bémols de taille. Le très bon: la valise semi-rigide fournie (très qualitative, ça peut bien valoir une bonne cinquantaine d'euros sans pb si elle avait été en option). La machine en elle même a une façade en tôle peinte de bonne qualité, et la coque qui supporte l'ensemble est certes en plastique, mais un bon gros plastique souple et épais qui resistera à presque tout: pas de souci.

Les sliders: bon, pas trop mal, mais c'est petit et ça bouge pas mal en latéral. Aucun pb à l'usage, mais un peu d'appréhension sur ce point. Aucun problème avec les autres bouton/switchs.

Le clavier: c'est un mini clavier qui ne répond ni à la vélocité, ni à l'aftertouch. Purement utilitaire, donc, et on va essayer de ne pas réouvrir le débat entre les anciens ("c'est moins bien qu'un vrai clavier" dont je suis) et les jeunes ("si ça permet de prendre moins de place et qu'on n'est pas un vrai joueur de clavier, on s'en fiche un peu"). Par contre, dans le style, il faut souligner qu'il est assez qualitatif et ferme. Fermons donc le débat, chacun ayant sa propre lecture du sujet.

La connectique est pas mal: CV/Gate/Trig en entrée et en sortie, MIDI in/out et USB (uniquement des messages note on/off, malheureusement...) sortie casque réglable (chic!), entrée audio (re-chic!) et sortie audio sur XLR (whaouh, respect). Il ne manque qu'une entrée modulation pour le filtre en CV et l'affaire eu été complète.

Et donc, justement: la qualité audio de ce synthé est très bien servie par l'étage de sortie: patate d'enfer, attention les HP, ça envoie grave! ça hurle, ça booooommmmmmm, ça sub...et ça ne souffle jamais: extra!

ça tombe bien, parce que cette amplitude dynamique, ce spectre très large entre infra basse et aigus scintillant, la machine en a bien besoin pour s'exprimer!

Attaquons le chapitre synthèse: ayant beaucoup de synthés analogiques, il m'a rarement été donné d'en programmer un avec autant de ressources et de possibilités. Indépendamment de ma préférence sonore pour Moog, je dois constater que l'Odyssey regorge de possibilités et la variété des sons qu'on peut lui confier est énorme. Il ne lui manque qu'un filtre multipôle.

Pourtant, ça part moyennement avec la section oscillateurs: 2 oscillateurs sans Sub (on verra un peu plus loin comment simuler cela), seulement 2 formes d'onde (dent de scie et carré avec PWM). ça peut paraître chiche, mais à vrai dire, les interactions entre oscillateurs sont suffisamment nombreuses et puissantes pour compenser. L'accordage de chaque oscillateur est pénible: ils sont super stables, pas de problème, dès l'allumage et de nombreuses heures après (je fais partie des gens qui ne considèrent pas que des oscillateurs qui driftent excessivement sans qu'on leur demande rien procurent un quelconque avantage ou une musicalité). Par contre, leur tuning grossier (coarse) et fin est fait au moyen d'un slider qui n'offre aucun cran sur le réglage médian. On ne sait jamais si on est vraiment bien tuné, accordeur obligatoire! Une onde Sinus "témoin" à 440Hz aurait été un ajout bienvenu (comme sur le Mini, en somme). Le synthé est duophonique: le fait de jouer 2 notes sépare en pitch l'oscillo 1 de l'oscillo 2, chacun étant alors affecté à chaque note.

Le bonheur vient du fait que le pitch de l'oscillateur peut être modulé par 2 sources différentes: le LFO, d'une part, et l'enveloppe ADSR ou le S&H, au choix. Le dosage est possible pour chacune d'entre elles. La PWM peut, elle, être réglé en statique (un slider), ou en dynamique (LFO ou ADSR), et ce sur les 2 oscillateurs.

Ce dernier point sur la modulation du pitch est particulièrement utile quand on la met en lien avec la synchro des oscillateurs, qui est redoutable. La variation du pitch de l'oscillo 2 modifie cette synchro, comme prévu, et le résultat est vraiment très bon. A la fois différente d'un JP8 ou d'un P5, moins "massive", mais aiguisée comme une lame, le son est saisissant.

La section mixer des oscillateurs permet de choisir le forme d'onde de chaque oscillo et de doser leur force. Mais le premier slider offre, au choix, un noise (qu'on peut régler sur blanc ou rose, tout à fait à gauche du panneau: mieux aurait valu qu'il soit au niveau du mixer...illogique comme tout), ainsi qu'un "ring mod" qui n'en est pas un! Sur les Odyssey, le Ring Mod est une fonction X-OR (pas le schérif de l'espace, hein https://img.audiofanzine.com/images/audiofanzine/interface/smileys/icon_facepalm.gif ). Quelle est la différence? A vrai dire, on ne va pas pinailler, ce n'est certes pas un vrai Ring, mais le résultat est très intéressant, voire impressionnant et joue un grand rôle dans l'identité sonore de la machine. Comme je l'indiquais plus haut, l'Odyssey n'a pas de Sub, mais une utilisation judicieuse du Ring Modulator permet de simuler le comportement, tout comme la résonance du filtre poussée à l'extrême. Et quand on cumule Ring Modulator et Synchro, on a un son totalement spatial, c'est une source perpétuelle d'émerveillement. On n'approche toutefois pas la finesse du Ring Modulator d'un Yamaha CS50/60/80.

Venons-en au filtres. Ou plutôt, devrais-je dire: aux filtres. En effet, il y en a 3, correspondant aux 3 versions de l'ancêtre, selon Korg. Tous de type passe-bas, le premier des 3 est un LPF 2 pôles très réussi. Il garde le son bien présent, son effet est drastique, et permet de garder une couleur médium. Le second et le troisième sont des 24dB, se ressemblent assez, le second étant un peu moins bon. En fait, je le trouve tout simplement moins musical, la résonance est moins réussie que le 3ème qui sonne super bien. On a aussi droit à un HPF statique, pas super efficace, un peu comme sur les Roland Jupiter. Il permet de filtrer les basses fréquences éventuellement envahissantes sur certains sons, il ne présente pas un grand intérêt. La résonance des 3 filtres est suffisamment efficace pour que l'action sur le Cutoff emporte tout sur son passage, mais j'observe que cette résonance me semble mal calibrée: entre "0" et mi-parcours, on ne décèle pas grand chose sur le son, son action semble exponentielle, et il faut vraiment pousser le petit slider dans les derniers millimètres pour que la faire hurler d'un seul coup: pas facile à régler! Mais elle est alors retoutable d'efficacité, et on peut par exemple faire de bons kick analos avec, ou des bruitages/glitchs du plus bel effet.

Le suivi du clavier est dosable et, comme on peut s'y attendre, quand il est réglé à fond, on a un tracking de la résonance du filtre qui correspond aux notes du clavier. Cela explique sans doute l'absence de sinusoide dans le choix des formes d'onde. L'Odyssey peut alors se transformer en machine à sub.

La modulation du filtre: il y en a 3:
- Les enveloppes (au choix: AR ou ADSR)
- S&H ou LFO
- et donc suivi du clavier, ou pédale (il y a une prise à l'arrière de la machine) ou S&H mixer, c'est à dire les formes d'onde qui sont en entrée du S&H, tels que les oscillateurs. Voilà comment on peut moduler le filtre dans les fréquences audio, mais aussi comme LFO additionnel quand l'oscillateur 1 est réglé sur Lo-Frequency: on se retrouve ainsi, sur le filtre, avec un LFO additionnel (au prix du sacrifice de l'oscillo 1 comme source audio, bien sûr...). Comme, en parallèle, on peut encore utiliser le LFO (sinus) ou le S&H, on peut donc cumuler par truchement 2 LFO: le vrai, et l'oscillo 1 réglé sur basse fréquence: en voyage pour des formes d'onde bien alambiquées, car jamais synchro.

Le VCA a 2 caractéristiques: si le "A" de VCA veut dire "Amplifier", alors, oui, on y est: quand on le pousse à fond, la machine répond présent. Korg a eu la bonne idée d'ajouter un Drive sous forme de switch: quand on l'enclenche, le son est quasiment 2 fois plus fort, et le timbre change un peu (pas tant que cela, mais on sent qu'il est plus "plein", et que les formes d'onde au contour pointu sont un peu écrasées: c'est bien un Drive, et pas une distortion). Un slider VCA gain (assez mal nommé, en fait, c'est un VCA hold) permet au son d'être constant. On imagine qu'il est utile quand l'odyssey est utilisé comme effet sur une source externe.

Nous voici arrivé aux enveloppes, au nombre de 2: ADSR, et AR (donc une enveloppe ou le Sustain serait toujours réglé à fond, pas de décroissance du son tant que le clavier reste enfoncé). Le Decay de l'ADSR est assez rapide (assez, c'est à dire qu'on a fait mieux, mais que c'est quand même pas mal). Comme un peu partout sur l'Odyssey, les réponses des sliders sont très exponentielles, et pas du tout linéaires. ça offre plus de possibilités, mais c'est aussi plus délicat à régler. Par défaut, l'AR est pour le VCA et l'ADSR pour le filtre, mais on peut inverser comme on l'a vu plus haut leur rôle, ou mettre filtre+VCA sur n'importe laquelle des 2 enveloppes. Dommage que ces enveloppes ne soient pas inversable, ça, c'est dommage. Les enveloppes sont redéclenchable toutes les 2 via le LFO. Un mode "auto" est un mode "Latch", c'est à dire qu'il permet de relâcher le clavier, et l'action continue.

Je garde le meilleur pour la fin: le Sample&Hold. Rappelons pour ceux qui ne le savent pas ce qu'est un vrai Sample & Hold analogique:
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/15/Zeroorderhold.signal.svg/220px-Zeroorderhold.signal.svg.png

On envoie un signal en entrée (ici au choix: le noise, ou un des 2 signaux des oscillos. On prend une "photo" du signal entrant à une fréquence donné et on la maintient à ce niveau jusqu'à la prochaine photo, qui produit une nouvelle valeur (sur l'Odyssey: cette fréquence est soit celle du LFO, auquel cas, les pas vont à la vitesse du LFO, soit le clavier, auquel cas la durée d'un pas est celle qui sépare 2 appuis successifs sur les touches). Quand le signal entrant est le noise, chaque pas produit une valeur aléatoire, puisque le signal entrant l'est. Quand le signal entrant est un oscillateur, on a une sorte de séquence qui offrent des pas imprévisibles, mais sous une forme récurrente plus ou moins contrôlable. Ouf! Et donc, ce sample&hold peut servir de source de modulation pour tout un tas de choses.

L'utilisation typique de l'odyssey est le déclenchement par le clavier: en affectant le S&H à plusieurs choses (le pitch d'un oscillateur, le cutoff d'un filtres, etc, etc...), l'appui sur une touche produit un son différent à chaque appui et des solos de claviers ainsi construits donnent une impression de mouvement perpétuel, de gesticulation harmonique imprévisible qui font merveille avec un séquenceur ou arpégiateur externe. Le sample & hold dispose d'un paramètre Lag: les "marches" sont arrondies plus ou moins selon le dosage du paramètre. Dommage que ce lag n'aille pas plus loin en termes de réglage, on aurait aimé qu'il rende possible des arrondis plus lent, quitte à ne pas atteindre la valeur de chacune des marches au final (si vous avez pigé ça, c'est vraiment que vous êtes motivés pour vous payer un Odyssey, respect :-D )

On n'oubliera pas de dire que le LFO peut aussi être utilisé en tant que tel, avec une seule forme d'onde sinus: dommage qu'il n'aille pas dans les fréquence audio, mais on se console en rappelant que les oscillateurs peuvent servir de source de modulation, ce qui revient au même.

Allez, il est temps de terminer le tour avec la partie contrôle: un portamento est de la partie, il fait ce qu'on attend de lui, mais il a un petit switch qu'on peut changer avec une pointe de stylo, reproduisant la différence de comportement des différentes version de l'Odyssey Vintage, et qui concerne la fonction transpose: le bouton transpose permet de choisir l'octave de jeu (grave, medium, aigu), et le portamento tient compte du changement d'octave (il fait une transition progressive entre les octaves) ou pas (il n'est actif qu'au jeu au clavier).

3 petites surfaces caoutchoutées sont sensibles à la pression: celle de gauche permet de faire un pitch bend vers le bas, celle de droite en fait autant vers le haut, et celle du milieu décide de l'intensité de la modulation des oscillateurs par le LFO (malheureusement, on ne peut pas moduler différemment les 2 oscillateurs, cela aurait été sympa pour les sons de synchro ou de ring mod...). Alors verdict de cette partie là: moduler le vibrato d'un son par pression (comme un aftertouch), je dis: ok. Moduler le pitch d'un oscillateur par la pression, je dis: non, si on veut de la précision. D'autant qu'il faut appuyer super fort, on n'arrive à la modulation maximale qu'en prenant le clavier en "pince" entre le dessous de la coque et le dessus. On aurait aimé un réglage un peu plus sensible.

Conclusion:

Nous voilà arrivé au bout du voyage, et la longueur de l'avis donne une idée des possibilités de l'appareil, qui sont très poussées, tout de même! C'est le premier point fort que j'ai envie de soulever: l'Odyssey est malin, car en partant d'un nombre relativement limité d'oscillateurs, d'enveloppes, de LFO...les possibilités de faire interagir tous ces éléments ensemble offre beaucoup, beaucoup de sonorités différentes. Les réponses exponentielles des enveloppes et modulations permettent un balayage très vaste, au prix d'une précision requise pour manipuler les commandes.

Si on fait exception du mini clavier, les compromis pour offrir un tel synthétiseur à ce prix sont acceptables en termes de fabrication. N'oublions pas le prix d'un Odyssey lors de sa sortie, et ne parlons pas de leur cote actuelle. Korg a fait très fort pour mettre à la disposition des musiciens un analogique dont le son ne souffre d'aucun compromis à mes oreilles: on a là un analogique qui n'est pas un cache misère, mais alors pas du tout. Si on ne l'aime pas, c'est qu'on n'aime pas la couleur ARP, tout simplement. On l'a souvent comparé au Minimoog, car l'Odyssey fut son contemporain, dans un format proche du Mini. Comme ils sont l'un à côté de l'autre chez moi, je peux vous assurer qu'ils ne sont pas en concurrence. A Moog le coffre impressionnant de ses oscillateurs, le look (critère tout personnel, je le concède), le filtre chaleureux, la pêche des enveloppes et la simplicité de programmation, la redoutable efficacité. A l'Odyssey les possibilités énormes, la couleur sonore extrêmement vaste, le sample&hold déjanté, mais aussi le temps nécessaire à sa maîtrise et la précision qu'il requiert.

Le système de notation d'Audiofanzine ne permet que 4 ou 5 étoiles, et j'avais envie de mettre 9/10. Je dois faire un choix, et si je songe au rapport qualité/prix après sa révision tarifaire, à l'étendue des possibilités, la connectique et la qualité audio générale, il m'est impossible de mettre 8/10. Je vote 10/10, dans les arrêts de jeu!

Si le petit clavier vous rebute, attendez sagement le Korg Odyssey en module qui vient d'être annoncé et dont le prix devrait se situer entre 500 et 600 euros: ce sera sans doute lui qui sera sur ma prochaine liste d'achat!