Soldano SLO-100 Super Lead Overdrive
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Soldano SLO-100 Super Lead Overdrive

SLO-100 Super Lead Overdrive, Tête d'ampli guitare tout lampe de la marque Soldano.

Steelcore 10/05/2019

Soldano SLO-100 Super Lead Overdrive : l'avis de Steelcore

« Soldano SLO100 : la machine ultime des puristes »
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Rapport qualité/prix : Correct Cible : Les utilisateurs avertis
Comme souvent au départ, il y a un Marshall. Dans ce cas précis, le type qui joue sur ce brave mulet britannique n'est pas satisfait du tout parce que le son qu'il cherche ne s'obtient qu'à très fort volume. Le type en question, Mike de son prénom, s'y connait un peu en amplis à lampes, quand même. Lorsqu'il était petit, il a lu beaucoup de vieux bouquins sur le sujet. Des livres qu'il a récupérés avant que la bibliothèque où sa mère travaille ne les mette à la poubelle. Et comme il se fabrique tout ce dont il a besoin, il se lance dans l'aventure. Mais comment obtenir le high gain articulé à faible volume?

D'abord en travaillant sur un preampli aux canaux totalement séparés et avec un taux de compression contenu pour conserver le sustain à faible volume. Et surtout, ne pas sursaturer les lampes. Le preamp est donc ici la machine à sons.

Ensuite, placer l’EQ après l’étage de gain. Alors qu’à l’époque Mesa Boogie, spécialiste du high gain, plaçait l’EQ avant le contrôle du gain.

Puis, concevoir l’étage de puissance comme un ampli haute-fidélité avec une réponse large. Voilà pourquoi on ne trouve pas d’EL34 dans l’étage de puissance de l'ampli du petit Mike, mais des 6L6 de qualité militaire : les 5881. Elles ne compressent pas et permettent des basses amples comme sur un Fender.

Enfin, comme toujours en amplification, mettre le paquet sur les tranfos. Le petit Mike s’adresse alors à DeYoung Manufacturing pour fabriquer des transformateurs sur mesures répondant à un cahier des charges très serré. Ces transformateurs sont la raison pour laquelle les copies de cet ampli ne sonneront jamais pareil.

Voilà comment, au lieu de concrétiser son rêve de devenir une rockstar, le petit Mike a trouvé la recette magique qui a fait le succès du plus iconique de tous les amplis à lampes : le Soldano Super Lead Overdrive 100. Le SLO100, à ne surtout pas prononcer comme un acronyme (Slo) mais bien S.L.O. Un ampli en avance sur son temps.

On est au beau milieu des années 80. Seul Randall Smith a véritablement compris la notion de high gain avec ses Mark I et Mark II. Mais Mike Soldano ne cherche pas le son Mesa Boogie. Il veut plus d’articulation. Son high gain à lui est bright’n’bite. Mike Soldano n’aime pas le son Boogie qu’il trouve trop lisse et ces amplis bourrés de switches. Sa philosophie c’est plutôt : le minimum fait le maximum. Il opte pour un câblage point à point de composants ultra haut de gamme aux normes militaires assemblés dans un design minimaliste de puriste.
Pour le look, Mike Soldano reste dans l’univers des hotrods, des automobiles qui le passionnent. Evidemment ça aussi, il sait les fabriquer. A l’extérieur c’est donc ZZ Top, avec des couleurs flashy, le mauve principalement (le mien est en imitation peau de serpent), des grilles et des lampes rougeoyantes. Mais dans le châssis, la sobriété règne. Le SLO100 c’est propre et classe, la Rolls Royce de l’ampli à lampes.

Pour commercialiser un tel engin, c'est très mal barré. Mike Soldano est à Seattle alors que ses potentiels clients sont à Los Angeles. Côté finances, l'ampli coutant une fortune à fabriquer, il doit s'endetter et pendant deux ans, de 1985 à 1987, c'est la galère. Mais dans l’entourage, ce bolide de compétition commence à faire parler de lui. Vient alors le coup de pub qui change tout.
Ce n’est pas un secret, Steve Lukather a tout essayé, absolument tout. Forcément, quand on lui propose de jouer un ampli qui surpasse les autres, la curiosité l’emporte. Et comme la réputation dudit ampli n’est pas usurpée, le Steve tombe sous le charme. Voilà comment le SLO devient l’ampli à Toto. On peut l’entendre sur l’album "The Seventh One" (1988). Pour les plus jeunes d’entre vous qui n’ont pas connu les années 80, allez donc googeliser l’album "Toto IV" (1982) et vous comprendrez l’impact pour Mike Soldano. Steve Lukather c’est quand même le mec qui assure des rythmiques quand Michael Jackson enregistre en studio.
La suite ? Et bien tous les grands noms du rock et du blues des années 80 veulent un SLO. L’ampli se fait particulièrement remarquer dans la sphère du hard rock. Son côté mordant est ici très apprécié. Alors quand Eddie Van Halen s’en empare, c’est la folie. Mike Mars de Motley Crue, Richie Sambora de Bon Jovi et Matthias Jabs des Scorpions sautent le pas, entre autres. Pour les connaisseurs, Warren de Martini (Ratt) également. Mais ce n’est pas un effet de mode. Van Halen a demandé à Peavey de lui construire un Soldano pour le plus grand nombre. C’est comme ça qu’est née la tête 5150. Tandis que Randall Smith a répliqué en fabriquant la Dual Rectifier, mon ampli favori (vous trouverez ma review ici: https://fr.audiofanzine.com/tete-d-ampli-guitare-tout-lampe/mesa-boogie/dual-rectifier-2-channels/avis/r.125177.html).
A l’époque j’ai découvert le SLO avec Marc Knopfler de Dire Straits. Et on pouvait voir Eric Clapton jouer live avec deux têtes. Et Stevie Ray Vaughan qui s’y mettait aussi ! J’ai craqué quand j’ai vu mon maître George Lynch y passer avec son groupe Lynch Mob au début des années 90. Sans aucun doute, la grâce divine a touché cet ampli hors du commun. Et pour les gens normaux, ça fonctionne aussi ? Témoignage :

Pas besoin de sortir de Polytechnique pour savoir comment ça se conduit. Un gain pour le clean, un gain pour l’overdrive. Vient ensuite un EQ trois bandes qui est commun aux deux canaux. Pour faire la différence, le canal clean dispose d’un switch redoutable qui booste les mediums. Perso, je ne peux pas m’en passer si bien que je n’utilise jamais le switch permettant de passer le canal clean en canal crunch. Vient ensuite le volume pour le clean et le volume pour l’overdrive. On termine avec une présence, là encore un réglage commun aux deux canaux.
Une égalisation commune, c’est loin d’être parfait. Mais c’est le prix à payer pour une qualité optimale du son. Je préfère les amplis avec EQ et présence pour chaque canal. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle le Dual Rectifier est mon ampli number one devant le SLO. Mais le SLO offre ce que le Rectifier n’a pas : un son lead agressif qui perce le mixe et, à mon humble avis, le meilleur son clair au monde. Et pourtant, j’en ai des amplis à lampes. Après c’est une question de goût. Je tente une explication. Sur un Mark II de chez Mesa, vous obtenez le « pristine clean », donc un son de piano. C’est très beau, synonyme de perfection pour beaucoup. On est dans l’univers Fender. On retrouve ça sur le canal 1 du Diezel VH4 par exemple. Et bien le SLO propose un son beaucoup plus dynamique et sexy. Sans le médiator, aux doigts, c’est absolument fabuleux. Au mediator, c’est une machine à distribuer les claques. C’est d’une puissance phénoménale avec une réponse de formule 1. Les possibilités de nuances sont démultipliées, offrant ainsi un terrain de jeu vaste comme jamais soupçonné auparavant. Ce son clair ouvre de nouveaux horizons. Si vous cherchez quelque chose de plus vintage et rond, je conseille le Bogner Ecstasy monté en 6L6. Si vous cherchez un son clair qui ne passe pas inaperçu, alors il vous faut un Soldano. Avant d’acquérir un SLO à prix exorbitant, je me suis contenté du preampli SP77 qui, lui aussi, dispose d’un switch bright. Et bien on obtient le même genre de son clair avec cette unité rackable (2U), avec cette fois un EQ par canal, qui à l’époque coutait dans les 5000 francs. Le problème c’est qu’avec le preamp, on n’a pas les transfos et les 5881 qui font une énorme différence. Donc pas le low end caractéristique de la 6L6. A l'époque on couplait ça à un ampli VHT ou Mesa Boogie. Mais on s'en tirait bien avec un Marshall 9200 équipé de 5881.

Sur le canal overdrive du SLO, Mike Soldano joue avec le gain sur 7. Certains le préfèrent plus soft, vers 4 où l'ampli crunch déjà beaucoup. Personnellement je trouve le sweet spot à 8,5. Sachant que vous pouvez aller jusqu'à 11. Oui vous avez bien lu, cet ampli fait un gros clin d'oeil à Nigel, dans Spinal Tap. "It goes to eleven!" Mais pour de vrai cette fois. Le son reste toujours articulé. Ce qui fait de cet ampli une arme pour le tir chirurgical. Plus vous êtes bon, plus l'ampli vous le rendra, moins bien vous jouez, plus ça s'entendra. Il ne pardonne rien et n'offre pas d'endroit où se cacher. Jouez un SLO demande une grande confiance en soi, parce que vous êtes à poils! Débutants guitaristes s’abstenir. Les habitués du Plexi devraient apprécier. Si je poursuis la comparaison avec le monde de l'automobile, hotrod dehors, Rolls Royce dedans et côté son, le SLO c'est un dragster!
D'ailleurs, je n'irai pas dire qu'on joue en high gain à faible volume sur cet ampli. Non, clairement non. Avec le gain du preamp à 8,5 j'explose tout en étant à 1 sur le volume… Et ça va jusqu'à 11. Oui parce que le potard de gain du preamp joue sur le volume général. Donc je dirais qu'il faut être à 7 sur le preamp et à 2 sur le volume pour une distorsion au top. Mais ça sera déjà trop fort chez soi. Si vous cherchez le high gain, il faut monter à 4 ou 5 sur le volume et être à 9 sur le preamp. Du coup, un atténuateur de puissance devient indispensable. J'utilise le Rivera Rockcrusher Recording.
Je dois être un alien, mais je ne joue pas le SLO pour sa distorsion. Pour ça, rien ne vaut le Dual Rectifier qui me fait le canal 3. Et donc forcément j’utilise le canal saturé du SLO comme un overdrive, pas comme un canal high gain.

D'habitude je ne link pas de vidéos YouTube parce que dans la plupart des cas le son n'est pas exactement celui de l'ampli en situation réelle. Et bien pour le SLO, j'ai trouvé une vidéo qui sonne comme chez moi. Si je joue high gain ça donne exactement ça (allez à 2 minutes 50). Je n'ai pas le même son clair (à 5 minutes 40) parce que je change les réglages de l'EQ, ce qui n'est pas le cas sur cette vidéo :




Pour finir sur le son, un dernier mot sur, à mon avis, le gros point fort de cet ampli : l'EQ qui est à tomber. On retrouve ça avec l'EQ du Dual Rectifier 2 canaux des années 90. Aujourd'hui les EQ ne sont plus comme ça et je le regrette. Je déteste l'EQ du Mesa MkIIC+ JP-2C, par exemple, ce n'est pas naturel. Alors qu'avec un SLO on a une réserve de basses gargantuesque et les potards sont très progressifs. J'adore cette efficacité couplée à une grande musicalité. Cet EQ est plaisant et il permet de corriger, pour ma part, le côté mordant pour me diriger vers des sons plus gras. Plus Rectifier 2 canaux. Le potard de présence est aussi très progressif. En son clair il mérite d'être poussé à 13/14h. En saturation plutôt à 11h mais on peut en abuser contrairement à la présence d'une tête Rectifier totalement "insane". Je ne vais pas au delà de 10h avec le Recto sous peine de perdre ce son qui le caractérise.

Et pour le cab avec un SLO, je privilégie un Bogner 412 monté en V30. Les baffles Bogner ont un côté très chaleureux qui vient adoucir la hargne du SLO. Mon vieux Engl Richie Blackmore qui va si bien aux Rectifiers sonne trop analytique ici. Pourquoi pas de baffle Soldano me direz-vous? Et bien parce que la marque, de type "boutique amps", n'a jamais pu se payer des stocks chez Celestion. Et les baffles montés en Eminence, marque américaine, bah c'est pas du tout mon truc.

Enfin en face arrière on retrouve ce minimalisme. Un sélecteur d'impédance pour les deux sorties HP : 4, 8 ou 16 ohms. Les prise jack mono send et return de la boucle en série, et la prise pour le footswitch. Une line out avec un potard de niveau de sortie. Et puis basta.
Certaines têtes SLO100 ont été modifiées par l'atelier Soldano à la demande des utilisateurs. On peut donc trouver des boucles avec un potard de send ou un potard de mix si elles ont été passées en parallèle. Et ils ont dû racker un max ces heureux propriétaires. Parce que si vous devez envoyer un ampli aux USA, au retour, vous allez encore payer la TVA et les droits de douane sur un ampli déjà coûteux. J'aurais adoré faire passer la boucle en parallèle mais payer la TVA deux fois, ça fait trop mal au c...

Côté tarifs, ah ben parlons-en, c’est de pire en pire. On tape ici dans le quasi inabordable. Mike Soldano a toujours mis un point d’honneur quant au contrôle qualité de ses produits. Je l’ai entendu à de multiples reprises dire que le SLO n’a pas été conçu pour être fabriqué en grand nombre, contrairement au 5150 et au Rectifier. Conséquence de ce mode de production et de la qualité des matériaux employés : l’ampli était grosso modo vendu entre 4500 et 5000 euros. Je dis bien 'était' parce que tout a changé fin 2018.

Mike Soldano a annoncé qu’il prenait une semi-retraite. Disons qu’il arrête la production et qu’il se concentre sur le design. Il a confié la fabrication du nouveau SLO100 à http://www.boutiqueampsdistribution.com/ Une société qui s’occupe déjà de Friedman et de Bogner. Les futurs SLO seront fabriqués en Californie, et non plus à Seattle. Le changement de localisation de la production n’est pas un drame puisque Mike Soldano s’est, pendant un temps, installé à Los Angeles où il a fabriqué des SLO jusqu’à ce qu’un tremblement de terre ruine son stock de lampes et le décide à revenir à Seattle.

La véritable question viendra du contrôle qualité. On sait juste pour l’instant que des baffles équipés en Celestion sont prévus et surtout que la boucle d’effets sera retravaillée. Pourquoi ? Ah ben messieurs dames, c’est qu’elle est intolérante à beaucoup d’effets cette saleté ! Un comble pour un ampli qui se veut au sommet. Mike Soldano ne s’en est jamais caché : il n’a pas modifié le design du SLO entre 1987 et 2018. Du coup la boucle, qui a été conçue pour les effets en rack des années 80, passe très mal avec les pédales. Quand on est en son clair, aucun problème, mais quand on engage l’overdrive, soit l’effet ne s’entend pas, soit il bouffe le son du SLO. Heureusement, j’ai trouvé quelques exceptions.

Parmi les delays analogiques qui ne passent pas, on tombe sur des standards comme l’Electro Harmonix Deluxe Memory Man et le Boss Dm-2 Waza Craft. Même mes chouchous que sont le JHS PantherCub et le Way Huge Echo Puss (delay préféré de Joe Barresi qui a mixé Tool et Soundgarden) sont recalés. Avec les Way Huge, c’est pire que tout : j’ai essayé aussi le Supa Puss, rien à faire le son est violement mis en sourdine. Pourtant ces pédales sont hyper tolérantes, elles passent avec tout ce que je joue… sauf le SLO.
J’ai trouvé une alternative au Boss Dm-2 avec le Recoil de chez Mojohand FX. C'est le meilleur delay pour le SLO100 et de loin. Après, j'ai eu d'agréables surprises : le DOD Rubberneck s’entend très bien avec le SLO alors qu’il fonctionne mal avec le Rectifier. Encore plus surprenant, le Chase Bliss Tonal Recall, qui passe très mal avec les distos de mes autres amplis, s’accommode très bien du SLO. Enfin reste une valeur sûre : le Seymour Duncan Vapor Trail qui passe sans casser, mais dont le rendu est moins bon que dans un Rectifier par exemple.

Mais pas de panique. Pas besoin de faire modifier l'ampli si on dispose d'un line mixer pour passer la boucle en parallèle. J'utilise un PL1 de chez Steen Skrydstrup. C'est cher, c'est du custom shop avec votre nom dessus, mais ça ne casse pas le grain de l'ampli, contrairement à des line mixers deux fois moins cher mais que je ne citerai pas ici. Pas besoin, parce que seul le Skrydstrup PL1 est à la hauteur du Soldano SLO100. C'est par ici : https://skrydstrup.com/audio-tools/loop-boxes/ Et bien vous savez quoi? Grâce à cette boi-boite magique je peux jouer mon Boss Dm-2 adoré dans la boucle du SLO. Youpi. Merci Steen!

En attendant une nouvelle boucle d’effets, et tant que le son de la nouvelle version du SLO n’est pas connu, les guitaristes qui voudraient s’offrir un SLO neuf vont devoir faire péter la banque. A l’heure où j’écris ces lignes, il ne reste en vente que les quelques derniers modèles fabriqués à Seattle puisque la production est stoppée. Ils sont les derniers à être passés dans l’atelier du petit Mike. Leur prix grandit de jour en jour. 6600 euros pour une version standard début 2019. Et si vous tombez sur une version modifiée ça donne encore plus le tournis. Une tête moddée façon SRV est actuellement en vente en Allemagne à 7000 euros. Et cette spéculation se répercute sur les amplis d’occasion. On les trouve désormais à des prix délirants. Si vous tombez sur un SLO en dessous de 5000 euros, c’est dur à dire, mais c'est une affaire.