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Casques audio

Deux oreilles, un casque et de la musique : l'histoire de ma passion.

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Deux oreilles, un casque et de la musique : l'histoire de ma passion.
« L'écoute au casque ne consiste pas à s'isoler du monde, mais à laisser un univers entier se déployer autour de soi» Madjid ZOREIK

J'ai souvent réfléchi aux raisons de ma passion dévorante pour les casques audio. Elles sont bien sûr multiples, l'absence de problèmes acoustiques liés à la pièce, la liberté d'écouter sans jamais déranger, le coût plus raisonnable, mais la raison la plus profonde réside dans cette capacité unique qu'a le son de se déployer en plusieurs dimensions d'une façon franche et directe.

Mon premier souvenir remonte à mon adolescence. Mon tout premier système d'écoute, celui qui a fait naître mes premiers véritables frissons, était d'une grande simplicité, un petit baladeur Thomson Lyra relié à une paire d'écouteurs Sennheiser CX300. C'était mon sanctuaire, mon compagnon de chemin. Je me rappelle le plaisir intact de les enfiler le matin dans le froid pour aller en cours, ou de me poser le soir dans le silence de ma chambre avant de m'endormir. Les pistes s'ouvraient alors avec cette sensation d'immersion qui a été l'étincelle originelle, le déclic de mon amour pour le casque et les écouteurs.

Au collège, cette fascination s'est muée en désir de création. Je me suis rendu chez Hypermédia, l'ancêtre de Planète Saturn, une autre époque ! pour y acheter mon premier kit de musique assistée par ordinateur (MAO). Armé d'un logiciel semi-pro pour ne pas dire amateur :) et d'un clavier MIDI bien moche, je passais des heures à explorer des mélodies, des effets et textures sonores.

Le pack M-Audio KeyStudio
M-Audio avait créé ces versions spécialement pour les enseignes de distribution généralistes comme Hyper Media. Il était vendu dans une grande boîte cartonnée fournie avec un logiciel PC, conçu pour que l'acheteur puisse l'installer en 5 minutes sur son ordinateur sans rien y connaître.

Mais la sensation la plus saisissante restait la façon dont la musique prenait vie dans la station de travail lorsque je la contemplais à travers mon premier véritable casque de référence que j'ai acquis quelques années plus tard : l'AKG K701, l'original :)

AKG - K701
Conçu à l'époque où la firme produisait encore ses casques à Vienne, avant son intégration chez Harman, le K701 incarnait le sommet du marché au milieu des années 2000.

Pour le lycéen que j'étais, acquérir ce casque relevait de la folie. Je revois encore le rituel de son arrivée à la maison, la fierté d'admirer les inscriptions sur le carton d'emballage et la mention d'une fabrication encore réalisée en Autriche. C'est avec lui que j'ai composé mes deux ou trois premières productions. Quelle fierté de surprendre, dans la cour, mes camarades de classe en train de se passer mes pistes audio 😅.

L'AKG K701 m'a ouvert les oreilles. Rapidement, j'ai voulu scruter plus loin. Associant des cartes sons professionnelles à de nouvelles références comme le Beyerdynamic DT 770 ou le Shure SRH940, mon plaisir est devenu analytique. Je cherchais à déchiffrer les œuvres, à deviner la disposition exacte des couches d'informations, des musiciens, des microphones en studio. Je me prenais aussi à écouter des enregistrements de bruits de la nature, dont la présence devenait addictive.

À sa sortie en 2011, le Shure SRH940 a immédiatement séduit les studios pour son haut niveau de détail et sa transparence. Mais il sest surtout forgé un statut culte sur les forums en raison des charnières de son arceau : très fragiles, elles avaient la fâcheuse habitude de se fissurer spontanément sous la simple tension du port sur la tête. Cette particularité a donné naissance à une communauté de réparations « Frankenstein ». Il est rapidement devenu très courant, dans les studios de mixage, de croiser des SRH940 dont larceau tenait grâce à des colliers de serrage, de la résine époxy ou du ruban adhésif renforcé.

Puis est venue la phase de transition pour mon système hifi au casque, le début de ce que j'appelle « l'errance audiophile ». Une fois que j'ai quitté mon matériel de départ, le chemin est devenu escarpé. Trouver l'ampli capable d'accompagner convenablement une montée en gamme s'est avéré éprouvant. Mon passage sur un Beyerdynamic T5, puis sur un Ultrasone Edition 5, mon tout premier investissement d'envergure, m'a confronté à d'immenses difficultés d'association.

Cette errance survient quand les lieux d'écoute viennent à manquer, lorsqu'il n'existe pas assez d'espace pour confronter les casques et les électroniques afin de discerner ce qui nous touche réellement. À ce stade, il est même difficile de définir ses propres attentes, le goût évolue avec le temps, au fil des écoutes et, j'ose le dire, avec l'âge. Le casque agit comme un puissant objectif macro, il réalise un zoom sur l'enregistrement, mais aussi sur la signature propre du matériel. Passer d'un modèle à l'autre s'apparente parfois à un choc violent, déstabilisant, au point de ne plus savoir ce qu'on aime ou ce qu'on rejette.

J'ai traversé cette quête en possédant plusieurs dizaines de casques et d'électroniques. Certains m'ont marqué comme le Sennheiser HD 800, d'autres se sont montrés insaisissables pour mes oreilles, à l'image du Shure SRH1540 ; d'autres encore m'ont ébloui, comme le HIFIMAN Shangri-La Jr.

La version plus récente HD800S doit sa naissance directe au système D de la communauté audiophile. À la sortie du HD800 original en 2009, les passionnés adoraient sa précision, mais détestaient son pic aigu particulièrement agressif autour des 6 kHz. Pour régler le problème, des membres de forums ont inventé une modification DIY devenue légendaire (le « Anaxilus mod »), consistant à découper et insérer un morceau de feutrine au centre du transducteur pour étouffer cette résonance. Sennheiser a trouvé la solution tellement pertinente qu'ils ont repris l'idée pour créer le HD800S, en y intégrant cette fois de série un résonateur acoustique breveté (un résonateur de Helmholtz) exactement au même endroit.

Mon aventure a finalement trouvé son ancre avec le HIFIMAN Susvara. L'histoire avec le Susvara a été longue et exigeante, à la manière d'un mariage : on sait dès les premiers instants qu'on a trouvé l'âme sœur, mais le quotidien demande de la patience. On doute, on tâtonne, on cherche l'amplificateur capable de le révéler. J'y ai consacré un temps considérable, essayant de multiples électroniques tant ce casque semblait surpasser les capacités des amplificateurs qu'on lui associait.

S'est enfin ouvert le chapitre la chaîne, la source et l'optimisation. Je suis passé par de nombreux convertisseurs comme le NAD M51 ou des électroniques de chez Simaudio, peaufinant les transports réseau et la gestion du stockage.

En repensant à toutes ces années de recherche, à ces doutes et à ces émerveillements, une certitude m'apparaît, j'aurais tant aimé trouver à mes débuts un lieu de confiance où expérimenter, valider et ressentir ces alchimies.

Madjid ZOREIK