Note : 8 sur 10
« NUX Amp Academy Stomp : une machine très réussie malgré quelques limites de pilotage »
Publié le 01/05/26 à 19:13
Rapport qualité/prix :
Excellent
Cible :
Tout public
NUX Amp Academy Stomp : une machine très réussie mais un peu freinée par quelques limites de pilotage
Contexte de l’essai
J’ai abordé le NUX Amp Academy Stomp (NAAS) comme le coeur possible d’un petit pedalboard numérique. Dans mon univers, il vient prendre place à côté de deux autres systèmes très différents : d’un côté un grand pedalboard plus organique et analogique, de l’autre une configuration hybride plus ancienne autour d’un Roland GP-8 et d’un Vox ToneLab. Le NAAS représente donc une troisième voie : compacte, moderne, transportable, susceptible de servir de la maison à la scène. Je l'ai testé comme centre de gravité dans une configuration cohérente, avec tout ce que cela implique en matière de son, de boucle d’effets, de MIDI, de contrôle au pied et d’ergonomie.
Première impression : un objet sérieux
Dès la découverte de la machine, l’impression est bonne. Le format reste compact, mais l’objet est dense, solide, sérieux. L’habillage noir et cuivre évoque immédiatement l’univers de l’ampli guitare plutôt qu’un appareil numérique générique. Une fois en main, puis installé sur le board, le NAAS donne vraiment l’impression d’un produit bien construit. Ce n’est pas anecdotique. On ne se trouve pas devant un gadget séduisant sur le papier mais léger dans la réalité. Au contraire, la qualité perçue est immédiatement rassurante, et cette première impression s’est confirmée à l’usage.
Une machine qui donne envie de jouer
Le premier vrai point fort du NAAS, pour moi, est très simple : il donne envie de jouer. Avant même toute analyse du moteur, des IR, des fonctions MIDI ou de son intégration sur pedalboard, il y a eu ce sentiment immédiat d’un appareil engageant. On se branche, on commence à explorer, et on y reste. C’est évidemment subjectif, mais c’est aussi essentiel. Toutes les machines ne provoquent pas cela. Ici, il y a un vrai rapport au jeu, une capacité à susciter immédiatement l’envie d’essayer, de comparer, de construire des sons.
Le son : inutile d’en rajouter, mais il faut le dire
Sur la pure question du son, il existe déjà beaucoup de vidéos, de comparatifs et de démonstrations. Et avec ce type de machine, il faut rester lucide : on parle d’un modélisateur d’amplis avec IR, dans un univers où le rendu final dépend énormément du contexte d’écoute, du système de diffusion, du monitoring et, bien sûr, des attentes personnelles de chacun.
Mais une fois cette prudence posée, mon ressenti général est simple : ça sonne très bien. On est clairement dans une génération récente de modélisation, avec un niveau global très élevé. Les sons sont beaux, crédibles, musicaux, et surtout exploitables. Ils s’intègrent bien dans un playback, dans un morceau déjà enregistré, dans une logique d’overdub. On n’est pas face à un son qui flatte seul dans une pièce mais se dérobe dès qu’on le confronte à la musique. Au contraire, l’ensemble tient bien. Je n'ai pas encore téléchargé de NAMs. Et ceux qui l'ont fait disent que cela remonte encore le niveau.
Presets d’usine et différence entre firmwares
Un point qui m’a particulièrement intéressé est la différence très nette entre les presets d’usine du firmware 1.0.0 et ceux de la version 1.3.
Sous le firmware 1.0.0, les presets d’usine m’ont paru beaucoup plus bruts, beaucoup plus directs, beaucoup plus “amp in your face”. C’est vraiment cela que j’ai envie de retenir. Il y avait quelque chose de très frontal dans la manière dont la machine donnait à entendre son moteur d’ampli, avec peu d’habillage et peu d’effets destinés à séduire immédiatement.
Sous le firmware 1.3, on sent qu’un travail plus classique a été effectué sur les presets dans une logique de présentation plus flatteuse. Ils sont plus riches, plus doux, plus produits, plus immédiatement séduisants. Ce n’est pas en soi un défaut ; c’est simplement une autre philosophie.
Le point important, à mes yeux, est que l'on n'a pas perdu les amplis de base. Ils sont toujours là. Il suffit de retirer les éléments de production qui les enveloppent. Ce que la version 1.0.0 a surtout montré, c’est que la simulation d’ampli elle-même est très convaincante.
La vraie bonne surprise : la sensation d’ampli dans la pièce
C’est peut-être là que le NAAS m’a le plus impressionné. Avec les presets du firmware 1.0.0, j’ai vraiment eu le sentiment que, sur le terrain de la pure simulation d’ampli, cette machine était capable de retrouver des sensations très comparables à celles d’un ampli dans la pièce.
C’est souvent précisément ce que les guitaristes reprochent aux modélisateurs de ne pas offrir. Ici, j’ai trouvé au contraire qu’on y parvenait. En particulier lorsque j’ai utilisé le NAAS dans un ampli guitare relativement neutre, en l’occurrence un Roland Jazz Chorus 22. Cet ampli respecte bien la production sonore du NAAS tout en conservant une vraie dynamique d’entrée guitare, et c’est là que l’expérience devient très parlante.
Dans cette configuration, le NAAS peut produire un son très direct, très présent, très rentre-dedans, au point même de devenir fatigant si l’on joue trop près de l’ampli, exactement comme avec un vrai ampli physique placé trop près de soi. Pour moi, c’est plutôt un excellent signe. Cela veut dire qu’on n’est pas seulement dans une belle image sonore, mais dans une sensation de jeu crédible.
Monitoring : le Jazz Chorus 22 comme plateforme utile
J’ai essayé plusieurs solutions de monitoring, et c’est finalement le Jazz Chorus 22 qui m’a paru la meilleure plateforme parmi ce que j’avais sous la main. Ce n’est évidemment pas un FRFR, mais il m’a semblé le plus intéressant pour juger si la machine avait ou non de la présence, de la dynamique et cette fameuse sensation d’ampli réel.
Et de ce point de vue, le résultat a été très bon. Le NAAS sait aussi bien produire un son très direct qu’un son plus travaillé. C’est l’une des raisons pour lesquelles je trouve la machine musicalement convaincante au-delà de la simple curiosité technologique.
Un petit pedalboard réellement cohérent
Chez moi, au fil des essais, le NAAS a trouvé sa place dans un petit pedalboard full numérique compact qui a fini par devenir une configuration stable. Le signal entre par un système sans fil Boss, passe dans un PolyTune, puis arrive dans le NAAS. La boucle send/return du NAAS alimente un processeur externe (ici une H9 Eventide). La pédale d’expression Dunlop DVP3 est branchée directement dans le NAAS. Un NUX NMP-2 Lite est affecté à l’appareil externe. Enfin, les sorties stéréo du NAAS vont vers un petit boîtier de connexion permettant un raccordement pratique à l’extérieur.
La boucle send/return : un vrai atout, mais en mono
L’un des bons points du NAAS est la présence d’une boucle send/return. Elle permet d’intégrer facilement un processeur externe dans la chaîne. Dans mon cas, j’ai utilisé un appareil de haut niveau, mais cela vaut plus généralement pour tout processeur complémentaire bien choisi : l’intégration est propre, musicale, cohérente, et ouvre de vraies possibilités d’extension.
C’est important, parce que cela relativise un peu l’idée qu’il faudrait absolument empiler encore plus d’effets internes dans le firmware du NUX. Dans une logique de pedalboard, la boucle permet déjà d’ajouter des traitements externes de grande qualité de façon très satisfaisante. En outre; la boucle S/R peut être déplacée dans la chaine d'effet.
En revanche, cette boucle reste mono, et c’est pour moi une vraie limite de la machine. Tant qu’on reste dans des usages simples, c'est ok. Mais dès qu’on veut exploiter un processeur externe capable de traitements stéréo avancés, notamment certains pitch shiftings, micro-detunes gauche/droite ou effets spatiaux réellement différenciés entre canal gauche et canal droit, cette boucle mono induit un manque réel. Elle est utile, oui, mais elle aurait gagné à être stéréo pour être pleinement aboutie.
MIDI : un vrai point fort du système
Le NAAS s’est montré tout à fait capable de piloter une machine externe en MIDI. En pratique, il envoie bien les Program Change en MIDI Out. Cela permet de rappeler des presets sur un appareil externe en même temps qu’on change de preset sur le NAAS. C’est un point important, car cela permet d’utiliser le NAAS comme centre de commande. Dès qu’on entre dans une logique de mini-board moderne, cette capacité devient précieuse.
Si vous acheter votre machine esclave en seconde main, Il faut simplement garder à l’esprit qu’un appareil déjà utilisé par un autre musicien peut embarquer un mapping MIDI préconfiguré, ce qui peut rendre les premiers tests déroutants. Avant de tirer des conclusions, il est donc utile de vérifier que l’on part bien d’une base claire. Moi j'ai fait un factory reset de ma H9 qui m'a bien aidé.
Clock MIDI : une zone grise
Sur la question de la clock MIDI, je reste plus prudent. Je n’ai pas trouvé de méthode de test suffisamment probante pour affirmer clairement si le NAAS envoie une clock, en reçoit une, ou les deux. Pourtant, il circule sur les forums que le firmware d'août 2025 (V1.3.0) permet au moins la réception d'une clock MIDI. Je n'ai pas pu le démontrer ni le contredire. Je ne suis peut-être pas équipé comme il faut pour cela.
En revanche, je n’ai constaté ni dérive audible ni comportement manifestement anormal en usage réel. Je ne signale donc pas ici un dysfonctionnement, mais plutôt une incertitude méthodologique. Le MIDI fonctionne bien en entrée et en sortie pour les Program Change et les Control Change, mais le comportement de la clock reste, à ce stade, encore à confirmer de manière plus rigoureuse.
Pédale d’expression : de vraies possibilités mais...
Branchée directement dans le NAAS, la pédale d’expression peut déjà faire beaucoup de choses. Elle peut servir de pédale de volume, soit en début de chaîne, soit en fin de preset. Elle peut également contrôler des paramètres du noise gate, du compresseur, du bloc effet, du bloc ampli, du delay et de la reverb.
Il serait donc injuste de dire que cette partie est pauvre. Elle ne l’est pas. Il y a déjà une vraie matière, et cette intégration directe reste assez naturelle à l’usage.
Le grand manque : une gestion par preset plutôt que globale
Là où mon jugement devient beaucoup plus critique, c’est que cette gestion de la pédale d’expression reste globale à la machine. Elle n’est pas mémorisée preset par preset. Je l’ai vérifié concrètement : lorsqu’on affecte l’expression à un paramètre sur un patch, puis à un autre paramètre sur un second patch, le premier patch se retrouve lui aussi modifié. Pour moi, c’est un vrai manque.
Sur une machine fondée précisément sur une logique de presets, cette absence réduit fortement l’intérêt créatif de la pédale d’expression. Et ce qui me frappe, c’est que j’avais déjà cette souplesse sur un Roland GP-8 dans les années 80. Je ne comprends donc pas très bien qu’une machine actuelle, par ailleurs très réussie, n’offre pas cette finesse de contrôle. C’est clairement, à mes yeux, l’un des principaux axes d’amélioration souhaitables du firmware.
Touch Wah : la frustration du presque
Le Touch Wah du NAAS est intéressant, mais il reste fondamentalement un "envelope filter" (Wha automatique sensible à l'attaque) plus qu’une vraie wah-wah. Plusieurs voicings existent, mais ils changent surtout la couleur générale du filtre, pas son fonctionnement.
La vraie déception est que le paramètre de "cutoff frequency" n'existe pas. Il n'est donc pas assignable à la pédale. Mais c'est précisément ce paramètre essentiel qui permettrait d’en faire une vraie wah pilotée au pied. On peut agir sur d’autres paramètres, mais pas sur celui qui transformerait vraiment l’effet en wah jouable. Ce qui est étonnant c'est qu'il y a bien un paramètre de sensibilité. Si la sensibilité est mise à zéro sans pouvoir contrôler la "cutoff frequency", on se demande bien comment maîtriser le filtre. C'est vraiment dommage de limiter cette fonction, parce qu’on sent qu’il ne manque pas grand-chose pour que la fonction devienne réellement convaincante.
Un contournement partiel via MIDI CC
Un point intéressant est apparu lorsque j’ai utilisé une machine externe capable d’envoyer des MIDI CC vers le NAAS. Cela permet, dans certains cas, de piloter des paramètres que le menu d’expression interne du NUX ne propose pas directement.
C’est notamment le cas autour de l’égaliseur. En ce sens, le NAAS apparaît parfois plus ouvert via sa table MIDI qu’à travers sa propre interface d’expression. C’est intéressant, mais cela reste plus complexe et moins ergonomique. On perd alors la simplicité du branchement direct dans le NUX, qui, lui, affiche explicitement les noms des paramètres concernés.
Autrement dit, cette voie externe constitue un contournement partiel, pas une solution idéale.
NMP-2 Lite : utile, mais prisonnier de la même logique
Le NMP-2 Lite permet deux fonctions assignables lorsqu’il est branché directement au NAAS. Il peut servir à activer ou désactiver différents blocs, à appeler le tap tempo, le looper ou le tuner. C’est utile, parce que cela introduit une logique plus “stomp” au-dessus des presets.
Mais là encore, les affectations restent globales, et non mémorisées preset par preset. On retrouve donc la même limite de philosophie que pour la pédale d’expression : de bonnes idées, mais un contrôle qui pourrait être beaucoup plus fin.
Dans ma propre configuration finale, j’ai préféré réserver la pédale d’expression au NAAS et affecter le NMP-2 Lite à l'appareil esclave, où il m’a semblé plus pertinent.
Le vrai point faible : l’intelligence de pilotage
Si je dois résumer ce qui me retient de mettre la note maximale, ce n’est ni le son, ni la qualité de fabrication, ni l’intégration générale dans un petit système moderne. Tout cela est franchement réussi.
Le point faible est plutôt du côté de l’ergonomie avancée et de l’intelligence de pilotage. Je ne parle pas de l'interface physique qui est bien compensée par l'application Monarch via Bluetooth y compris sur téléphone portable. Mais, on sent partout que la machine a de bonnes idées, un vrai potentiel, un très bon fond, mais aussi plusieurs limitations étonnantes aujourd’hui : gestion globale là où l’on attendrait une gestion preset par preset, assignation de la pédale d'expression perfectible, Touch Wah incomplet, granularité de contrôle insuffisante sur certains points.
C’est d’autant plus frustrant que plusieurs de ces manques pourraient probablement être améliorés par les futurs firmwares.
Conclusion
Le NUX Amp Academy Stomp est, à mes yeux, une très bonne machine. Il est bien construit, inspire confiance, sonne très bien, donne envie de jouer et s’intègre de manière très convaincante dans un petit pedalboard numérique moderne. Sa simulation d’ampli est réellement réussie, au point de pouvoir retrouver une sensation très proche de celle d’un ampli dans la pièce. Sa boucle est utile, son MIDI de base fonctionne bien, et l’ensemble forme une plateforme compacte, sérieuse et musicale.
Ce qui l’empêche d’atteindre selon moi le plein 5/5, ce ne sont pas ses fondamentaux. Ce sont certaines limites de conception logicielle et ergonomique. Elles ne remettent pas en cause la valeur de la machine ; elles la rendent simplement perfectible là où elle aurait pu être exemplaire.
Note finale
Ma note : 4/5
Parce que c’est une machine très convaincante, musicale, bien pensée dans son concept, mais qui gagnerait beaucoup à voir son firmware et sa logique de contrôle encore affinés.
Contexte de l’essai
J’ai abordé le NUX Amp Academy Stomp (NAAS) comme le coeur possible d’un petit pedalboard numérique. Dans mon univers, il vient prendre place à côté de deux autres systèmes très différents : d’un côté un grand pedalboard plus organique et analogique, de l’autre une configuration hybride plus ancienne autour d’un Roland GP-8 et d’un Vox ToneLab. Le NAAS représente donc une troisième voie : compacte, moderne, transportable, susceptible de servir de la maison à la scène. Je l'ai testé comme centre de gravité dans une configuration cohérente, avec tout ce que cela implique en matière de son, de boucle d’effets, de MIDI, de contrôle au pied et d’ergonomie.
Première impression : un objet sérieux
Dès la découverte de la machine, l’impression est bonne. Le format reste compact, mais l’objet est dense, solide, sérieux. L’habillage noir et cuivre évoque immédiatement l’univers de l’ampli guitare plutôt qu’un appareil numérique générique. Une fois en main, puis installé sur le board, le NAAS donne vraiment l’impression d’un produit bien construit. Ce n’est pas anecdotique. On ne se trouve pas devant un gadget séduisant sur le papier mais léger dans la réalité. Au contraire, la qualité perçue est immédiatement rassurante, et cette première impression s’est confirmée à l’usage.
Une machine qui donne envie de jouer
Le premier vrai point fort du NAAS, pour moi, est très simple : il donne envie de jouer. Avant même toute analyse du moteur, des IR, des fonctions MIDI ou de son intégration sur pedalboard, il y a eu ce sentiment immédiat d’un appareil engageant. On se branche, on commence à explorer, et on y reste. C’est évidemment subjectif, mais c’est aussi essentiel. Toutes les machines ne provoquent pas cela. Ici, il y a un vrai rapport au jeu, une capacité à susciter immédiatement l’envie d’essayer, de comparer, de construire des sons.
Le son : inutile d’en rajouter, mais il faut le dire
Sur la pure question du son, il existe déjà beaucoup de vidéos, de comparatifs et de démonstrations. Et avec ce type de machine, il faut rester lucide : on parle d’un modélisateur d’amplis avec IR, dans un univers où le rendu final dépend énormément du contexte d’écoute, du système de diffusion, du monitoring et, bien sûr, des attentes personnelles de chacun.
Mais une fois cette prudence posée, mon ressenti général est simple : ça sonne très bien. On est clairement dans une génération récente de modélisation, avec un niveau global très élevé. Les sons sont beaux, crédibles, musicaux, et surtout exploitables. Ils s’intègrent bien dans un playback, dans un morceau déjà enregistré, dans une logique d’overdub. On n’est pas face à un son qui flatte seul dans une pièce mais se dérobe dès qu’on le confronte à la musique. Au contraire, l’ensemble tient bien. Je n'ai pas encore téléchargé de NAMs. Et ceux qui l'ont fait disent que cela remonte encore le niveau.
Presets d’usine et différence entre firmwares
Un point qui m’a particulièrement intéressé est la différence très nette entre les presets d’usine du firmware 1.0.0 et ceux de la version 1.3.
Sous le firmware 1.0.0, les presets d’usine m’ont paru beaucoup plus bruts, beaucoup plus directs, beaucoup plus “amp in your face”. C’est vraiment cela que j’ai envie de retenir. Il y avait quelque chose de très frontal dans la manière dont la machine donnait à entendre son moteur d’ampli, avec peu d’habillage et peu d’effets destinés à séduire immédiatement.
Sous le firmware 1.3, on sent qu’un travail plus classique a été effectué sur les presets dans une logique de présentation plus flatteuse. Ils sont plus riches, plus doux, plus produits, plus immédiatement séduisants. Ce n’est pas en soi un défaut ; c’est simplement une autre philosophie.
Le point important, à mes yeux, est que l'on n'a pas perdu les amplis de base. Ils sont toujours là. Il suffit de retirer les éléments de production qui les enveloppent. Ce que la version 1.0.0 a surtout montré, c’est que la simulation d’ampli elle-même est très convaincante.
La vraie bonne surprise : la sensation d’ampli dans la pièce
C’est peut-être là que le NAAS m’a le plus impressionné. Avec les presets du firmware 1.0.0, j’ai vraiment eu le sentiment que, sur le terrain de la pure simulation d’ampli, cette machine était capable de retrouver des sensations très comparables à celles d’un ampli dans la pièce.
C’est souvent précisément ce que les guitaristes reprochent aux modélisateurs de ne pas offrir. Ici, j’ai trouvé au contraire qu’on y parvenait. En particulier lorsque j’ai utilisé le NAAS dans un ampli guitare relativement neutre, en l’occurrence un Roland Jazz Chorus 22. Cet ampli respecte bien la production sonore du NAAS tout en conservant une vraie dynamique d’entrée guitare, et c’est là que l’expérience devient très parlante.
Dans cette configuration, le NAAS peut produire un son très direct, très présent, très rentre-dedans, au point même de devenir fatigant si l’on joue trop près de l’ampli, exactement comme avec un vrai ampli physique placé trop près de soi. Pour moi, c’est plutôt un excellent signe. Cela veut dire qu’on n’est pas seulement dans une belle image sonore, mais dans une sensation de jeu crédible.
Monitoring : le Jazz Chorus 22 comme plateforme utile
J’ai essayé plusieurs solutions de monitoring, et c’est finalement le Jazz Chorus 22 qui m’a paru la meilleure plateforme parmi ce que j’avais sous la main. Ce n’est évidemment pas un FRFR, mais il m’a semblé le plus intéressant pour juger si la machine avait ou non de la présence, de la dynamique et cette fameuse sensation d’ampli réel.
Et de ce point de vue, le résultat a été très bon. Le NAAS sait aussi bien produire un son très direct qu’un son plus travaillé. C’est l’une des raisons pour lesquelles je trouve la machine musicalement convaincante au-delà de la simple curiosité technologique.
Un petit pedalboard réellement cohérent
Chez moi, au fil des essais, le NAAS a trouvé sa place dans un petit pedalboard full numérique compact qui a fini par devenir une configuration stable. Le signal entre par un système sans fil Boss, passe dans un PolyTune, puis arrive dans le NAAS. La boucle send/return du NAAS alimente un processeur externe (ici une H9 Eventide). La pédale d’expression Dunlop DVP3 est branchée directement dans le NAAS. Un NUX NMP-2 Lite est affecté à l’appareil externe. Enfin, les sorties stéréo du NAAS vont vers un petit boîtier de connexion permettant un raccordement pratique à l’extérieur.
La boucle send/return : un vrai atout, mais en mono
L’un des bons points du NAAS est la présence d’une boucle send/return. Elle permet d’intégrer facilement un processeur externe dans la chaîne. Dans mon cas, j’ai utilisé un appareil de haut niveau, mais cela vaut plus généralement pour tout processeur complémentaire bien choisi : l’intégration est propre, musicale, cohérente, et ouvre de vraies possibilités d’extension.
C’est important, parce que cela relativise un peu l’idée qu’il faudrait absolument empiler encore plus d’effets internes dans le firmware du NUX. Dans une logique de pedalboard, la boucle permet déjà d’ajouter des traitements externes de grande qualité de façon très satisfaisante. En outre; la boucle S/R peut être déplacée dans la chaine d'effet.
En revanche, cette boucle reste mono, et c’est pour moi une vraie limite de la machine. Tant qu’on reste dans des usages simples, c'est ok. Mais dès qu’on veut exploiter un processeur externe capable de traitements stéréo avancés, notamment certains pitch shiftings, micro-detunes gauche/droite ou effets spatiaux réellement différenciés entre canal gauche et canal droit, cette boucle mono induit un manque réel. Elle est utile, oui, mais elle aurait gagné à être stéréo pour être pleinement aboutie.
MIDI : un vrai point fort du système
Le NAAS s’est montré tout à fait capable de piloter une machine externe en MIDI. En pratique, il envoie bien les Program Change en MIDI Out. Cela permet de rappeler des presets sur un appareil externe en même temps qu’on change de preset sur le NAAS. C’est un point important, car cela permet d’utiliser le NAAS comme centre de commande. Dès qu’on entre dans une logique de mini-board moderne, cette capacité devient précieuse.
Si vous acheter votre machine esclave en seconde main, Il faut simplement garder à l’esprit qu’un appareil déjà utilisé par un autre musicien peut embarquer un mapping MIDI préconfiguré, ce qui peut rendre les premiers tests déroutants. Avant de tirer des conclusions, il est donc utile de vérifier que l’on part bien d’une base claire. Moi j'ai fait un factory reset de ma H9 qui m'a bien aidé.
Clock MIDI : une zone grise
Sur la question de la clock MIDI, je reste plus prudent. Je n’ai pas trouvé de méthode de test suffisamment probante pour affirmer clairement si le NAAS envoie une clock, en reçoit une, ou les deux. Pourtant, il circule sur les forums que le firmware d'août 2025 (V1.3.0) permet au moins la réception d'une clock MIDI. Je n'ai pas pu le démontrer ni le contredire. Je ne suis peut-être pas équipé comme il faut pour cela.
En revanche, je n’ai constaté ni dérive audible ni comportement manifestement anormal en usage réel. Je ne signale donc pas ici un dysfonctionnement, mais plutôt une incertitude méthodologique. Le MIDI fonctionne bien en entrée et en sortie pour les Program Change et les Control Change, mais le comportement de la clock reste, à ce stade, encore à confirmer de manière plus rigoureuse.
Pédale d’expression : de vraies possibilités mais...
Branchée directement dans le NAAS, la pédale d’expression peut déjà faire beaucoup de choses. Elle peut servir de pédale de volume, soit en début de chaîne, soit en fin de preset. Elle peut également contrôler des paramètres du noise gate, du compresseur, du bloc effet, du bloc ampli, du delay et de la reverb.
Il serait donc injuste de dire que cette partie est pauvre. Elle ne l’est pas. Il y a déjà une vraie matière, et cette intégration directe reste assez naturelle à l’usage.
Le grand manque : une gestion par preset plutôt que globale
Là où mon jugement devient beaucoup plus critique, c’est que cette gestion de la pédale d’expression reste globale à la machine. Elle n’est pas mémorisée preset par preset. Je l’ai vérifié concrètement : lorsqu’on affecte l’expression à un paramètre sur un patch, puis à un autre paramètre sur un second patch, le premier patch se retrouve lui aussi modifié. Pour moi, c’est un vrai manque.
Sur une machine fondée précisément sur une logique de presets, cette absence réduit fortement l’intérêt créatif de la pédale d’expression. Et ce qui me frappe, c’est que j’avais déjà cette souplesse sur un Roland GP-8 dans les années 80. Je ne comprends donc pas très bien qu’une machine actuelle, par ailleurs très réussie, n’offre pas cette finesse de contrôle. C’est clairement, à mes yeux, l’un des principaux axes d’amélioration souhaitables du firmware.
Touch Wah : la frustration du presque
Le Touch Wah du NAAS est intéressant, mais il reste fondamentalement un "envelope filter" (Wha automatique sensible à l'attaque) plus qu’une vraie wah-wah. Plusieurs voicings existent, mais ils changent surtout la couleur générale du filtre, pas son fonctionnement.
La vraie déception est que le paramètre de "cutoff frequency" n'existe pas. Il n'est donc pas assignable à la pédale. Mais c'est précisément ce paramètre essentiel qui permettrait d’en faire une vraie wah pilotée au pied. On peut agir sur d’autres paramètres, mais pas sur celui qui transformerait vraiment l’effet en wah jouable. Ce qui est étonnant c'est qu'il y a bien un paramètre de sensibilité. Si la sensibilité est mise à zéro sans pouvoir contrôler la "cutoff frequency", on se demande bien comment maîtriser le filtre. C'est vraiment dommage de limiter cette fonction, parce qu’on sent qu’il ne manque pas grand-chose pour que la fonction devienne réellement convaincante.
Un contournement partiel via MIDI CC
Un point intéressant est apparu lorsque j’ai utilisé une machine externe capable d’envoyer des MIDI CC vers le NAAS. Cela permet, dans certains cas, de piloter des paramètres que le menu d’expression interne du NUX ne propose pas directement.
C’est notamment le cas autour de l’égaliseur. En ce sens, le NAAS apparaît parfois plus ouvert via sa table MIDI qu’à travers sa propre interface d’expression. C’est intéressant, mais cela reste plus complexe et moins ergonomique. On perd alors la simplicité du branchement direct dans le NUX, qui, lui, affiche explicitement les noms des paramètres concernés.
Autrement dit, cette voie externe constitue un contournement partiel, pas une solution idéale.
NMP-2 Lite : utile, mais prisonnier de la même logique
Le NMP-2 Lite permet deux fonctions assignables lorsqu’il est branché directement au NAAS. Il peut servir à activer ou désactiver différents blocs, à appeler le tap tempo, le looper ou le tuner. C’est utile, parce que cela introduit une logique plus “stomp” au-dessus des presets.
Mais là encore, les affectations restent globales, et non mémorisées preset par preset. On retrouve donc la même limite de philosophie que pour la pédale d’expression : de bonnes idées, mais un contrôle qui pourrait être beaucoup plus fin.
Dans ma propre configuration finale, j’ai préféré réserver la pédale d’expression au NAAS et affecter le NMP-2 Lite à l'appareil esclave, où il m’a semblé plus pertinent.
Le vrai point faible : l’intelligence de pilotage
Si je dois résumer ce qui me retient de mettre la note maximale, ce n’est ni le son, ni la qualité de fabrication, ni l’intégration générale dans un petit système moderne. Tout cela est franchement réussi.
Le point faible est plutôt du côté de l’ergonomie avancée et de l’intelligence de pilotage. Je ne parle pas de l'interface physique qui est bien compensée par l'application Monarch via Bluetooth y compris sur téléphone portable. Mais, on sent partout que la machine a de bonnes idées, un vrai potentiel, un très bon fond, mais aussi plusieurs limitations étonnantes aujourd’hui : gestion globale là où l’on attendrait une gestion preset par preset, assignation de la pédale d'expression perfectible, Touch Wah incomplet, granularité de contrôle insuffisante sur certains points.
C’est d’autant plus frustrant que plusieurs de ces manques pourraient probablement être améliorés par les futurs firmwares.
Conclusion
Le NUX Amp Academy Stomp est, à mes yeux, une très bonne machine. Il est bien construit, inspire confiance, sonne très bien, donne envie de jouer et s’intègre de manière très convaincante dans un petit pedalboard numérique moderne. Sa simulation d’ampli est réellement réussie, au point de pouvoir retrouver une sensation très proche de celle d’un ampli dans la pièce. Sa boucle est utile, son MIDI de base fonctionne bien, et l’ensemble forme une plateforme compacte, sérieuse et musicale.
Ce qui l’empêche d’atteindre selon moi le plein 5/5, ce ne sont pas ses fondamentaux. Ce sont certaines limites de conception logicielle et ergonomique. Elles ne remettent pas en cause la valeur de la machine ; elles la rendent simplement perfectible là où elle aurait pu être exemplaire.
Note finale
Ma note : 4/5
Parce que c’est une machine très convaincante, musicale, bien pensée dans son concept, mais qui gagnerait beaucoup à voir son firmware et sa logique de contrôle encore affinés.