Une guitare de luthier
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Jo Guitar
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Nouvel·le AFfilié·e
Membre depuis 15 ans
Sujet de la discussion Posté le 10/02/2026 à 15:52:00Une guitare de luthier
La guitare dont rêve Léo
Léo, lorsqu'il n'est pas en cours, à l'université des Sciences, passe son temps à gratouiller sa guitare devant BFM WC. C'est une véritable Cort que Léo a acquise d'occasion pour trois cent euros. Trois cent euros que notre héros a réuni avec beaucoup de difficultés au près de sa famille. C'est un répertoire que Léo prépare pour la fête de fin d'année de sa section. On y retrouve les standards que tout guitariste désireux de présenter une prestation de qualité se fait un devoir d'interpréter. Quelques pièces des Beatles bien sûr, c'est intemporel et fort plaisant. Cette guitare acoustique commence à présenter ses limites. L'action, plutôt haute, n'est plus réglable. Le sillet du chevalet est carrément au ras du palissandre. Le truss rod ne tourne plus depuis longtemps. Définitivement bloqué à tout jamais.
Aussi, notre ami caresse le secret souhait d'acheter une de ces fameuses guitares Américaines. Comment trouver l'argent d'un tel achat ? Pour le moment, cela reste un insondable mystère. Alors, entre deux interviews d'un politicien par Apoline de Malherbe, Léo surfe sur Google. Le site Thomann a toutes ses préférences. Notre guitariste y admire des instruments, tous plus beaux les uns que les autres. Celui avec la colombe blanche sur le pickguard, comme il est beau. Et la belle sunburst, là, avec le colibri jaune sur le pickguard. Mais il y a aussi ces superbes modèles plus sobres de la firme concurrente avec ses volutes d'ormeaux finement ciselés. Léo, éteint son MacBook Air, saisit sa Cort et se remet à gratouiller devant le monologue de Ruth Elkrief. Nourrisant ses rêves en interprétant "Sound of silence" de Simon et Kartofel.
Les journées s'enchaînent, se ressemblant toutes. Arrive enfin le vendredi soir. Au repas, avec Séverine, sa sœur et ses parents, ce sont les conversations habituelles. Chacun échangeant ses impressions de la semaine. Ce sont souvent d'amusantes anecdotes qui font rire la tablée. Léo évoque alors son désir de trouver un bon job pour les vacances d'été. Un boulot qui rapporte un maximum. Lorsque notre ami précise que c'est dans le but d'acheter une guitare "chère", son père propose de l'aider financièrement. Mais à condition que les résultats universitaires soient conséquents et prometteurs. Le "contrat" est conclu. Une fois seul dans sa chambre, à l'étage, Léo se remet à rêver devant l'écran de son ordinateur. Il porte son choix sur la belle guitare blonde à la colombe blanche. Se réservant de possibles changements d'avis.
Le dimanche arrive. Oncle Thibaut et Tante Aurélie viennent manger. Cousine Solène, la "gourde" de la famille comme l'appelle Léo. Lorsque ce dernier évoque le projet guitare, Solène émet soudain l'idée d'un luthier. Un silence s'installe. Même mort de soif, un homme n'est pas obligé de boire à n'importe quelle gourde. Pourtant, là, dans l'esprit de Léo, jaillit l'eau miraculeuse d'une fontaine. Son père trouve cette idée judicieuse. Une guitare de luthier ! Léo n'y avait même pas pensé. Sa mère précise qu'un instrument unique sera préférable à tous les autres. Oncle Thibaud propose de rajouter à la cagnotte. Avec toutefois la même condition. Des résultats universitaires brillants et exemplaires. En théorie, la somme nécessaire est réunie. La commande sera passée chez un luthier dès la rentrée de la mi septembre.
Fort de ce nouveau projet, alors que nous ne sommes encore qu'au début mai, Léo surfe sur tous les sites du Web. Par chance, il y a deux artisans luthiers dans le département. Léo consulte les avis sur différents forums. Lentement, dans sa tête, s'assemblent les premières pièces de ce puzzle encore chimérique. La guitare prend forme. Léo se surprend à dessiner des guitares partout. Même sur les marges de ses cahiers durant les cours dans l'amphithéâtre. Sans toutefois rester sur un quelconque nuage. Léo reste vigilant, attentif et travailleur. Le soir, il trouve même un boulot au McDo de sa ville. Ce qui ne va pas sans entraîner l'admiration de ses proches. En juin, ce qui n'était encore que projet prend forme avec un dessin parfait. Léo a même écrit, avec soin, les côtes et les dimensions souhaitées. Format OM.
Durant les vacances d'été, Léo travaille le matin dans une entreprise de transport. Un bureau où il est seul. L'après-midi, il est chauffeur livreur pour un boîte bien connue. Le soir, il termine à la préparation des hamburgers au McDo. C'est épuisé que notre héros se couche aux environs de minuit. Pour juste six heures d'un profond sommeil. Un profond sommeil hanté par l'image de la guitare que Léo va se faire fabriquer. Ce projet qui donne tant de dynamisme et de force à notre ami dont il faut saluer l'inébranlable volonté. De plus, le dimanche, Léo fait le serveur à la terrasse d'une pizzéria. Nous arrivons au dix septembre. Léo fait ses comptes. Il détient un envieux pactole. Un pactole bien mérité avec cette méthode très Américaine de gagner de l'argent. Le travail.
La veille de la rentrée universitaire, pour sa seconde année, son père emmène Léo chez le luthier choisi. L'artisan est un grand gaillard à la carrure d'armoire Normande. L'accueil est chaleureux. Très fier, Léo ouvre le dossier qu'il s'est constitué. Il dépose le tout sur un des établis. Son père reste silencieux, flânant dans l'atelier. Prenant connaissance du cahier des charges présenté par notre héros, l'homme de l'Art reste silencieux. Étonné, épaté parfois, ébahi, consterné aussi. Le luthier saisit une des feuilles. L'étudie longuement. Puis se met à lire à voix haute. Léo reste silencieux, suspendu aux lèvres de l'artisan. On entend cette grosse mouche noire voler en tournant autour du ventilateur immobile. Le luthier pose la feuille. Il se tourne vers notre guitariste en herbe.
C'est d'une voix mesurée, régulière, à l'intonation neutre, que le luthier précise : << Pour le palissandre massif, il doit avoir été coupé sur quartier une nuit de pleine lune, entre vingt trois heures douze et vingt trois heures trente sept. C'est très important. Capital même ! >>. Le papa de Léo rejoint son fils qui écoute. Le luthier reprend : << Pour la table, l'adirondack doit être coupé sur quartier à l'aube, entre cinq heures vingt deux et cinq heures quarante quatre. Avec une scie dont la lame est en céramique. C'est crucial ! >>. Le silence se fait de plus en plus lourd. Le luthier continu : << L'acajou du manche doit être scié dans un tronc vieux de 72 ans. À la main et par un bûcheron âgé de 38 ans. Célibataire et Norvégien ! >>. Léo, bouche ouverte, écoute en bavant, buvant les paroles de l'homme de l'Art.
Ce dernier, après un moment de silence, reprend : << Quand à la touche et au chevalet, ils doivent êtres usinés par une jeune femme entre 22 ans et 24 ans. Pas moins, pas plus. Vierge, brune et mesurant un mètre quatre vingt deux ! >>. Devant l'incrédulité de Léo et de son père, le luthier conclu : << Il faudra me laisser un délai de six mois. Un acompte de la moitié du prix en avance. Je vais vous faire une guitare aux petits oignons. Incrustées aux champignons ! >>. Léo consulte son père du regard. << Ah, j'oubliais, c'est mon stagiaire qui s'en occupera. Il est pointilleux et aime travailler les nuits de pleine lune, à la lueur de la bougie et en psalmodiant des chants amérindiens en dialecte chinois du quatrième siècle avant Jacques Dutronc ! >> rajoute encore le facétieux artisan. Le luthier, ayant du mal à garder son sérieux, tend sa feuille à Léo.
Léo qui vient de comprendre. Sa commande est certes des plus plaisantes. Ce sont les conditions qui sont délirantes. En effet, à force de consulter les forums "spécialisés", de lire les articles les plus érudits, notre ami a posé tant de conditions par l'écrit qu'il prend conscience de l'absurdité de l'ensemble. Le Luthier pose ses mains sur ses épaules en disant : << Mon petit monsieur, je vais vous fabriquer une belle guitare. Avec les bois que vous désirez. Le modèle que vous souhaitez. Mais pour tout le reste, faite-moi confiance. Vous serez propriétaire d'un instrument unique qui fera votre fierté ! >>. Léo, soulagé, prenant conscience du côté surréaliste de sa démarche, se confond en excuses. L'artisan, s'adressant au père de Léo, termine : << La guitare sera disponible à la fin décembre, pour les fêtes ! >>. Le luthier se tourne vers Léo pour lancer : << Cher Léo, et surtout, arrêtez de lire des articles ésotériques quand à la fabrication d'une guitare ! >>
Une fois dans la voiture, sur le chemin du retour, Léo se fait gentiment moquer par son papa. Papa qui vient de signer le chèque d'acompte...
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Léo, lorsqu'il n'est pas en cours, à l'université des Sciences, passe son temps à gratouiller sa guitare devant BFM WC. C'est une véritable Cort que Léo a acquise d'occasion pour trois cent euros. Trois cent euros que notre héros a réuni avec beaucoup de difficultés au près de sa famille. C'est un répertoire que Léo prépare pour la fête de fin d'année de sa section. On y retrouve les standards que tout guitariste désireux de présenter une prestation de qualité se fait un devoir d'interpréter. Quelques pièces des Beatles bien sûr, c'est intemporel et fort plaisant. Cette guitare acoustique commence à présenter ses limites. L'action, plutôt haute, n'est plus réglable. Le sillet du chevalet est carrément au ras du palissandre. Le truss rod ne tourne plus depuis longtemps. Définitivement bloqué à tout jamais.
Aussi, notre ami caresse le secret souhait d'acheter une de ces fameuses guitares Américaines. Comment trouver l'argent d'un tel achat ? Pour le moment, cela reste un insondable mystère. Alors, entre deux interviews d'un politicien par Apoline de Malherbe, Léo surfe sur Google. Le site Thomann a toutes ses préférences. Notre guitariste y admire des instruments, tous plus beaux les uns que les autres. Celui avec la colombe blanche sur le pickguard, comme il est beau. Et la belle sunburst, là, avec le colibri jaune sur le pickguard. Mais il y a aussi ces superbes modèles plus sobres de la firme concurrente avec ses volutes d'ormeaux finement ciselés. Léo, éteint son MacBook Air, saisit sa Cort et se remet à gratouiller devant le monologue de Ruth Elkrief. Nourrisant ses rêves en interprétant "Sound of silence" de Simon et Kartofel.
Les journées s'enchaînent, se ressemblant toutes. Arrive enfin le vendredi soir. Au repas, avec Séverine, sa sœur et ses parents, ce sont les conversations habituelles. Chacun échangeant ses impressions de la semaine. Ce sont souvent d'amusantes anecdotes qui font rire la tablée. Léo évoque alors son désir de trouver un bon job pour les vacances d'été. Un boulot qui rapporte un maximum. Lorsque notre ami précise que c'est dans le but d'acheter une guitare "chère", son père propose de l'aider financièrement. Mais à condition que les résultats universitaires soient conséquents et prometteurs. Le "contrat" est conclu. Une fois seul dans sa chambre, à l'étage, Léo se remet à rêver devant l'écran de son ordinateur. Il porte son choix sur la belle guitare blonde à la colombe blanche. Se réservant de possibles changements d'avis.
Le dimanche arrive. Oncle Thibaut et Tante Aurélie viennent manger. Cousine Solène, la "gourde" de la famille comme l'appelle Léo. Lorsque ce dernier évoque le projet guitare, Solène émet soudain l'idée d'un luthier. Un silence s'installe. Même mort de soif, un homme n'est pas obligé de boire à n'importe quelle gourde. Pourtant, là, dans l'esprit de Léo, jaillit l'eau miraculeuse d'une fontaine. Son père trouve cette idée judicieuse. Une guitare de luthier ! Léo n'y avait même pas pensé. Sa mère précise qu'un instrument unique sera préférable à tous les autres. Oncle Thibaud propose de rajouter à la cagnotte. Avec toutefois la même condition. Des résultats universitaires brillants et exemplaires. En théorie, la somme nécessaire est réunie. La commande sera passée chez un luthier dès la rentrée de la mi septembre.
Fort de ce nouveau projet, alors que nous ne sommes encore qu'au début mai, Léo surfe sur tous les sites du Web. Par chance, il y a deux artisans luthiers dans le département. Léo consulte les avis sur différents forums. Lentement, dans sa tête, s'assemblent les premières pièces de ce puzzle encore chimérique. La guitare prend forme. Léo se surprend à dessiner des guitares partout. Même sur les marges de ses cahiers durant les cours dans l'amphithéâtre. Sans toutefois rester sur un quelconque nuage. Léo reste vigilant, attentif et travailleur. Le soir, il trouve même un boulot au McDo de sa ville. Ce qui ne va pas sans entraîner l'admiration de ses proches. En juin, ce qui n'était encore que projet prend forme avec un dessin parfait. Léo a même écrit, avec soin, les côtes et les dimensions souhaitées. Format OM.
Durant les vacances d'été, Léo travaille le matin dans une entreprise de transport. Un bureau où il est seul. L'après-midi, il est chauffeur livreur pour un boîte bien connue. Le soir, il termine à la préparation des hamburgers au McDo. C'est épuisé que notre héros se couche aux environs de minuit. Pour juste six heures d'un profond sommeil. Un profond sommeil hanté par l'image de la guitare que Léo va se faire fabriquer. Ce projet qui donne tant de dynamisme et de force à notre ami dont il faut saluer l'inébranlable volonté. De plus, le dimanche, Léo fait le serveur à la terrasse d'une pizzéria. Nous arrivons au dix septembre. Léo fait ses comptes. Il détient un envieux pactole. Un pactole bien mérité avec cette méthode très Américaine de gagner de l'argent. Le travail.
La veille de la rentrée universitaire, pour sa seconde année, son père emmène Léo chez le luthier choisi. L'artisan est un grand gaillard à la carrure d'armoire Normande. L'accueil est chaleureux. Très fier, Léo ouvre le dossier qu'il s'est constitué. Il dépose le tout sur un des établis. Son père reste silencieux, flânant dans l'atelier. Prenant connaissance du cahier des charges présenté par notre héros, l'homme de l'Art reste silencieux. Étonné, épaté parfois, ébahi, consterné aussi. Le luthier saisit une des feuilles. L'étudie longuement. Puis se met à lire à voix haute. Léo reste silencieux, suspendu aux lèvres de l'artisan. On entend cette grosse mouche noire voler en tournant autour du ventilateur immobile. Le luthier pose la feuille. Il se tourne vers notre guitariste en herbe.
C'est d'une voix mesurée, régulière, à l'intonation neutre, que le luthier précise : << Pour le palissandre massif, il doit avoir été coupé sur quartier une nuit de pleine lune, entre vingt trois heures douze et vingt trois heures trente sept. C'est très important. Capital même ! >>. Le papa de Léo rejoint son fils qui écoute. Le luthier reprend : << Pour la table, l'adirondack doit être coupé sur quartier à l'aube, entre cinq heures vingt deux et cinq heures quarante quatre. Avec une scie dont la lame est en céramique. C'est crucial ! >>. Le silence se fait de plus en plus lourd. Le luthier continu : << L'acajou du manche doit être scié dans un tronc vieux de 72 ans. À la main et par un bûcheron âgé de 38 ans. Célibataire et Norvégien ! >>. Léo, bouche ouverte, écoute en bavant, buvant les paroles de l'homme de l'Art.
Ce dernier, après un moment de silence, reprend : << Quand à la touche et au chevalet, ils doivent êtres usinés par une jeune femme entre 22 ans et 24 ans. Pas moins, pas plus. Vierge, brune et mesurant un mètre quatre vingt deux ! >>. Devant l'incrédulité de Léo et de son père, le luthier conclu : << Il faudra me laisser un délai de six mois. Un acompte de la moitié du prix en avance. Je vais vous faire une guitare aux petits oignons. Incrustées aux champignons ! >>. Léo consulte son père du regard. << Ah, j'oubliais, c'est mon stagiaire qui s'en occupera. Il est pointilleux et aime travailler les nuits de pleine lune, à la lueur de la bougie et en psalmodiant des chants amérindiens en dialecte chinois du quatrième siècle avant Jacques Dutronc ! >> rajoute encore le facétieux artisan. Le luthier, ayant du mal à garder son sérieux, tend sa feuille à Léo.
Léo qui vient de comprendre. Sa commande est certes des plus plaisantes. Ce sont les conditions qui sont délirantes. En effet, à force de consulter les forums "spécialisés", de lire les articles les plus érudits, notre ami a posé tant de conditions par l'écrit qu'il prend conscience de l'absurdité de l'ensemble. Le Luthier pose ses mains sur ses épaules en disant : << Mon petit monsieur, je vais vous fabriquer une belle guitare. Avec les bois que vous désirez. Le modèle que vous souhaitez. Mais pour tout le reste, faite-moi confiance. Vous serez propriétaire d'un instrument unique qui fera votre fierté ! >>. Léo, soulagé, prenant conscience du côté surréaliste de sa démarche, se confond en excuses. L'artisan, s'adressant au père de Léo, termine : << La guitare sera disponible à la fin décembre, pour les fêtes ! >>. Le luthier se tourne vers Léo pour lancer : << Cher Léo, et surtout, arrêtez de lire des articles ésotériques quand à la fabrication d'une guitare ! >>
Une fois dans la voiture, sur le chemin du retour, Léo se fait gentiment moquer par son papa. Papa qui vient de signer le chèque d'acompte...
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Joueur de Guitare .
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