« Un laboratoire sonore ultra-modulable, pas totalement abouti.. »
Publié le 29/12/25 à 22:16
Rapport qualité/prix :
Correct
Cible :
Les utilisateurs avertis
Mes impressions après quelques semaines d’utilisation régulière de cette machine, en espérant qu’elles pourront éclairer celles et ceux qui passeront par ici avant de décider de l’acheter ou non.
En contexte, le Tonverk souffre d’un lancement raté, une première pour la marque. La machine est sortie complètement buggée et il s’en est suivi une avalanche de mises à jour pour atteindre la version 1.2 de l’OS en quelques mois. L’essentiel des bugs me semble aujourd’hui corrigé et la version actuelle la rend - presque - utilisable pour un usage pro, me permettant de profiter du void spatio-temporel entre Noël et le jour de l’an 2026 pour rédiger cet avis.
Je passe rapidement sur les spécifications techniques : il existe déjà quantité de vidéos en ligne qui permettent de s’en faire une bonne idée. Chez Elektron, on paye en général les specs très cher, mais pour une fois, -nouvelle plateforme logicielle oblige - ils ont été généreux.
On a donc huit pistes audio, chacune disposant d’une section pour le sample, d’un filtre, d’un ampli, de deux slots d’effets en insert, puis de cinq sources de modulation : deux LFO et une enveloppe pour la partie sample, auxquels s’ajoutent deux slots de modulation (LFO) dédiés aux effets. Chaque piste audio peut accueillir différents types de machines :
- Single Player permet de jouer un sample stéréo de façon chromatique avec huit voix de polyphonie. C’est vraiment straightforward pour qui connaît le Digitakt, avec en bonus un crossfade sur le loop très appréciable pour supprimer les clicks.
- Multi Player permet quant à lui de jouer un instrument multi-échantillonné avec des couches de vélocité. C’est à mon sens là que la machine se distingue réellement du reste de la gamme et que réside son principal intérêt. Il devient possible de sampler son patch favori et de le rejouer en polyphonie. Imaginez un lead monophonique complètement fou, fraîchement patché sur un synthé modulaire : il est désormais gravé à jamais dans la mémoire de la machine et disponible en polyphonie en trois clics.
- Grainer reprend le principe du Single Sampler, mais orienté vers la synthèse granulaire. Il propose trois modes de fonctionnement pour les grains : aléatoire, synchronisé au tempo, et un mode oscillateur pour des tables d’ondes.
- Les Sub Tracks permettent de découper une piste audio afin d’assigner huit samples différents, en monophonie, à chaque touche blanche. Les fonctions de lecture restent assez basiques, mais on dispose tout de même, pour chaque sample, du choix du sens de lecture, d’un filtre variable state et des cinq modulations. Le bémol principal concerne les envois d’effets : les trois sends s’appliquent à l’ensemble du groupe des huit pistes, ce qui empêche par exemple d’envoyer uniquement les charleys dans un delay ou une reverb sans affecter le reste.
À partir de là, chaque piste audio peut être routée vers l’un des quatre bus, qui accueillent eux aussi deux effets, deux slots de modulation et un EQ. On dispose également de trois sends globaux et d’une piste master avec un effet. Niveau hardware, on a deux sorties stéréo indépendantes et une entrée stéréo pour le routage vers des effets externes. Les possibilités de routage deviennent vraiment impressionnantes, et le champ des modulations vertigineux.
À noter que les effets et le (nouveau ?) moteur audio sont de très grande qualité. Je suis vraiment bluffé par la qualité du son de la sortie mix, beaucoup plus définie et fine que sur la DT ou l’Octatrack, et ce même avec la quantité d’informations audio que l’on applique aux signaux. En détail, ça va du très très TRÈS bon (Daisy Delay, Steel Reverb, Dirtshaper, Degrader, Filter Folder, Warble, Rumsklang Reverb, ChronoPitch, CombFilter), au bon (les classiques Saturated Delay et Supervoid Reverb, Chorus, Phaser, Flanger, Frequency Warper), vers le passable (Filterbank, pas compris l’intérêt… on en voudrait bien une vraie).
J'imagine qu'ils n'ont pas fini d'en ajouter
Au rayon de ce qui fâche, je vous conseille de faire un tour sur Elektronauts, mais voici ce qui manque dans mon utilisation :
* Overbridge. À l’heure actuelle, il m’est d'ailleurs impossible d’enregistrer via USB dans Live 12 sous macOS Sonoma.
* Pas non plus possible de pré-écouter un preset directement depuis le dossier de presets (avec sa touche dédiée), on est obligé de le charger ce qui rend la navigation et le choix des sons via ce menu laborieux voir inutile.
* Il manque clairement une machine de playback/Looper, pour ceux qui sont familier avec le DT je pense à Slice, Grid et/ou WERP. Sur un sampler affiché à ce tarif, cela me semble presque indispensable… Vu la manière dont la marque segmente actuellement ses machines, je pense qu'on peut se brosser pour voir Slice et Grid arriver un jour, Werp peut être.
* Sur les pistes Multi Player, l’absence de visualisation des samples pose question. Pas de points de start, end et loop non plus. J’espère qu’ils développeront davantage cette partie lors des futures MAJ. Dans la même logique, il n’existe pas de véritable éditeur de samples dédié au Multi Sampler, si une note est mal enregistrée il faut recommencer.
* Au niveau hardware l’occasion était idéale d’intégrer un crossfader avec un système de scènes issu de l’Octatrack. À mes yeux, c’est une opportunité largement manquée. Pas non plus de control all à la Machinedrum / DT. On se consolerait avec une page de macros similaire à l’Analog Four.
* L’absence de modulation par la vélocité ou de key tracking se fait aussi sentir, surtout dans un contexte de jeu polyphonique et d’instruments multi-échantillonnés.
* Sur les Sub Tracks, il est vraiment dommage de ne pas disposer de send par sample : c’est appliqué à l’entièreté du kit. Je le redis mais c'est vraiment chiant.
* Enfin, un envelope follower serait une très belle addition à la section de modulation.
Malgré l’ensemble de ce que je viens d’énumérer, cette machine possède un potentiel incroyable, clairement l’Elektron la plus modulable depuis l’Octatrack. C’est évidemment subjectif, mais en comparaison, la Tonverk me semble beaucoup plus ergonomique. Les effets sont très bons et nécessitent d’être modulés et séquencés pour révéler tout leur potentiel. C’est un instrument qui récompense clairement l’exploration sonore. Elle s’oriente plus naturellement vers tout ce qui touche de près ou de loin à l’IDM, mais reste versatile. Je ne la recommanderais pas à un utilisateur débutant chez Elektron.
Peut-être est-ce lié à sa relative jeunesse, mais il me semble qu’il faut la considérer avant tout comme un laboratoire : un espace pour triturer les sons, expérimenter et sortir des sentiers battus. Si vous l’abordez avec une idée très précise et assez figée de la façon dont tel sample ou tel kit de drums doit sonner, vous risquez d’être déçu. En revanche, si vous aimez explorer, prendre des détours et laisser l’instrument vous surprendre, elle peut devenir un outil extrêmement inspirant et FUN… probablement plus que n’importe laquelle des Elektron.
À titre personnel, je n’ai pas ressenti autant de joie à créer un nouveau pattern sur une Elektron depuis bien longtemps. Un rapide exemple avec les Subtracks qui paraissent simple de prime abord. Mais dès qu'on ajoute des effets modulés, qu'on route la piste dans un bus avec de nouveaux effets séquencées, qu'on revient jouer avec les retrigs, les probabilités, qu'on reséquence le routage de certains pas vers d'autres bus.. on obtient très vite des rythmes très complexes, des tonalités qu'on n'avait pas en tête. Mon avis est donc mitigé, j’oscille entre l’enthousiasme d’avoir entre les mains un instrument au concept novateur qui me permet d’explorer des territoires sonores insoupçonnés et qui fit parfaitement avec mon gout pour l’IDM. Et la déception saupoudrée de colère de devoir en passer par attendre un bon nombre d’update potentielles avant que la machine soit réellement terminée.
Je finirai par dire que l’Octatrack était un sampler complet au moment de sa sortie, il y’a 15 ans. Le Tonverk non. On peut s’interroger sur la stratégie marketing et commerciale de la marque qui s’appuie sur des mises à jour régulières sans vraiment communiquer sur ce qui sera implémenter ni quand. Un point en moins pour les Suédois qui avaient fait quasiment un sans faute en 25 ans, je ne doute pas qu'ils se rattraperont.
En contexte, le Tonverk souffre d’un lancement raté, une première pour la marque. La machine est sortie complètement buggée et il s’en est suivi une avalanche de mises à jour pour atteindre la version 1.2 de l’OS en quelques mois. L’essentiel des bugs me semble aujourd’hui corrigé et la version actuelle la rend - presque - utilisable pour un usage pro, me permettant de profiter du void spatio-temporel entre Noël et le jour de l’an 2026 pour rédiger cet avis.
Je passe rapidement sur les spécifications techniques : il existe déjà quantité de vidéos en ligne qui permettent de s’en faire une bonne idée. Chez Elektron, on paye en général les specs très cher, mais pour une fois, -nouvelle plateforme logicielle oblige - ils ont été généreux.
On a donc huit pistes audio, chacune disposant d’une section pour le sample, d’un filtre, d’un ampli, de deux slots d’effets en insert, puis de cinq sources de modulation : deux LFO et une enveloppe pour la partie sample, auxquels s’ajoutent deux slots de modulation (LFO) dédiés aux effets. Chaque piste audio peut accueillir différents types de machines :
- Single Player permet de jouer un sample stéréo de façon chromatique avec huit voix de polyphonie. C’est vraiment straightforward pour qui connaît le Digitakt, avec en bonus un crossfade sur le loop très appréciable pour supprimer les clicks.
- Multi Player permet quant à lui de jouer un instrument multi-échantillonné avec des couches de vélocité. C’est à mon sens là que la machine se distingue réellement du reste de la gamme et que réside son principal intérêt. Il devient possible de sampler son patch favori et de le rejouer en polyphonie. Imaginez un lead monophonique complètement fou, fraîchement patché sur un synthé modulaire : il est désormais gravé à jamais dans la mémoire de la machine et disponible en polyphonie en trois clics.
- Grainer reprend le principe du Single Sampler, mais orienté vers la synthèse granulaire. Il propose trois modes de fonctionnement pour les grains : aléatoire, synchronisé au tempo, et un mode oscillateur pour des tables d’ondes.
- Les Sub Tracks permettent de découper une piste audio afin d’assigner huit samples différents, en monophonie, à chaque touche blanche. Les fonctions de lecture restent assez basiques, mais on dispose tout de même, pour chaque sample, du choix du sens de lecture, d’un filtre variable state et des cinq modulations. Le bémol principal concerne les envois d’effets : les trois sends s’appliquent à l’ensemble du groupe des huit pistes, ce qui empêche par exemple d’envoyer uniquement les charleys dans un delay ou une reverb sans affecter le reste.
À partir de là, chaque piste audio peut être routée vers l’un des quatre bus, qui accueillent eux aussi deux effets, deux slots de modulation et un EQ. On dispose également de trois sends globaux et d’une piste master avec un effet. Niveau hardware, on a deux sorties stéréo indépendantes et une entrée stéréo pour le routage vers des effets externes. Les possibilités de routage deviennent vraiment impressionnantes, et le champ des modulations vertigineux.
À noter que les effets et le (nouveau ?) moteur audio sont de très grande qualité. Je suis vraiment bluffé par la qualité du son de la sortie mix, beaucoup plus définie et fine que sur la DT ou l’Octatrack, et ce même avec la quantité d’informations audio que l’on applique aux signaux. En détail, ça va du très très TRÈS bon (Daisy Delay, Steel Reverb, Dirtshaper, Degrader, Filter Folder, Warble, Rumsklang Reverb, ChronoPitch, CombFilter), au bon (les classiques Saturated Delay et Supervoid Reverb, Chorus, Phaser, Flanger, Frequency Warper), vers le passable (Filterbank, pas compris l’intérêt… on en voudrait bien une vraie).
J'imagine qu'ils n'ont pas fini d'en ajouter
Au rayon de ce qui fâche, je vous conseille de faire un tour sur Elektronauts, mais voici ce qui manque dans mon utilisation :
* Overbridge. À l’heure actuelle, il m’est d'ailleurs impossible d’enregistrer via USB dans Live 12 sous macOS Sonoma.
* Pas non plus possible de pré-écouter un preset directement depuis le dossier de presets (avec sa touche dédiée), on est obligé de le charger ce qui rend la navigation et le choix des sons via ce menu laborieux voir inutile.
* Il manque clairement une machine de playback/Looper, pour ceux qui sont familier avec le DT je pense à Slice, Grid et/ou WERP. Sur un sampler affiché à ce tarif, cela me semble presque indispensable… Vu la manière dont la marque segmente actuellement ses machines, je pense qu'on peut se brosser pour voir Slice et Grid arriver un jour, Werp peut être.
* Sur les pistes Multi Player, l’absence de visualisation des samples pose question. Pas de points de start, end et loop non plus. J’espère qu’ils développeront davantage cette partie lors des futures MAJ. Dans la même logique, il n’existe pas de véritable éditeur de samples dédié au Multi Sampler, si une note est mal enregistrée il faut recommencer.
* Au niveau hardware l’occasion était idéale d’intégrer un crossfader avec un système de scènes issu de l’Octatrack. À mes yeux, c’est une opportunité largement manquée. Pas non plus de control all à la Machinedrum / DT. On se consolerait avec une page de macros similaire à l’Analog Four.
* L’absence de modulation par la vélocité ou de key tracking se fait aussi sentir, surtout dans un contexte de jeu polyphonique et d’instruments multi-échantillonnés.
* Sur les Sub Tracks, il est vraiment dommage de ne pas disposer de send par sample : c’est appliqué à l’entièreté du kit. Je le redis mais c'est vraiment chiant.
* Enfin, un envelope follower serait une très belle addition à la section de modulation.
Malgré l’ensemble de ce que je viens d’énumérer, cette machine possède un potentiel incroyable, clairement l’Elektron la plus modulable depuis l’Octatrack. C’est évidemment subjectif, mais en comparaison, la Tonverk me semble beaucoup plus ergonomique. Les effets sont très bons et nécessitent d’être modulés et séquencés pour révéler tout leur potentiel. C’est un instrument qui récompense clairement l’exploration sonore. Elle s’oriente plus naturellement vers tout ce qui touche de près ou de loin à l’IDM, mais reste versatile. Je ne la recommanderais pas à un utilisateur débutant chez Elektron.
Peut-être est-ce lié à sa relative jeunesse, mais il me semble qu’il faut la considérer avant tout comme un laboratoire : un espace pour triturer les sons, expérimenter et sortir des sentiers battus. Si vous l’abordez avec une idée très précise et assez figée de la façon dont tel sample ou tel kit de drums doit sonner, vous risquez d’être déçu. En revanche, si vous aimez explorer, prendre des détours et laisser l’instrument vous surprendre, elle peut devenir un outil extrêmement inspirant et FUN… probablement plus que n’importe laquelle des Elektron.
À titre personnel, je n’ai pas ressenti autant de joie à créer un nouveau pattern sur une Elektron depuis bien longtemps. Un rapide exemple avec les Subtracks qui paraissent simple de prime abord. Mais dès qu'on ajoute des effets modulés, qu'on route la piste dans un bus avec de nouveaux effets séquencées, qu'on revient jouer avec les retrigs, les probabilités, qu'on reséquence le routage de certains pas vers d'autres bus.. on obtient très vite des rythmes très complexes, des tonalités qu'on n'avait pas en tête. Mon avis est donc mitigé, j’oscille entre l’enthousiasme d’avoir entre les mains un instrument au concept novateur qui me permet d’explorer des territoires sonores insoupçonnés et qui fit parfaitement avec mon gout pour l’IDM. Et la déception saupoudrée de colère de devoir en passer par attendre un bon nombre d’update potentielles avant que la machine soit réellement terminée.
Je finirai par dire que l’Octatrack était un sampler complet au moment de sa sortie, il y’a 15 ans. Le Tonverk non. On peut s’interroger sur la stratégie marketing et commerciale de la marque qui s’appuie sur des mises à jour régulières sans vraiment communiquer sur ce qui sera implémenter ni quand. Un point en moins pour les Suédois qui avaient fait quasiment un sans faute en 25 ans, je ne doute pas qu'ils se rattraperont.