Voici mon humble participation à la première édition des compos inspirées qui pourrait être sous-titrée "Splendeur et décadence d'un tigre". J'ai construit mon texte autour de cette idée : de la naissance d'un tigre, là-haut dans la montagne, à la mort de ce dernier dans la plaine où vivent les hommes en suivant quatre mouvement : l'enfance dans les cimes, l'adolescence dans le torrent, l'âge adulte dans la forêt, et la vieillesse dans la plaine. Dans les deux premières parties, on le voit prendre possession de ses moyens, de sa puissance, de son identité avant qu'il ne soit confronté à un semblable et que la déchéance s'amorce dans les deux dernières parties qui le poussent malgré lui vers l'homme (qui a pris la photo). En parallèle des mouvements ascendants puis descendants, le texte est construit en miroir : de la tanière du tigre à celle de l'homme, du tigre chassant au tigre chassé. Sur le fond, même si j'ai antropomorphisé mon sujet, je voulais essayer de trouver un équilibre entre la beauté et la 'cruauté' de la nature, et souligner la nécessaire prédation des uns et des autres. En tête, j'avais ce passage du film Un roi sans divertissement où une oie égorgée perd son sang sur la neige. A la fois magnifique et terrible : https://youtu.be/qmEvPI45A-Q?t=1h18m46s
Au niveau musical, je me suis amusé autour d'un canevas plutôt pauvre harmoniquement, laissant le soin aux arrangements de faire l'animation dans un style groovy calme. Les cordes ont la part belle (je voulais ça pour la grâce féline) mais je fais intervenir à certains moments une flûte et une clarinette pour souligner les passages plus sensuels, tandis qu'une guitare en palm mute et un clavinet donnent le petit côté sautillant du tigre qui se ballade. Après le combat charnière qui tire vers le rock avec une deuxième voix pour mettre de l'intensité et peindre le ballet des deux tigres, on aboutit sur une ambiance plus synthétique pour figurer le monde des hommes, animaux dénaturés par excellence. Les cordes à la toute fin sont là pour conclure sur des points de suspension : on ne sait pas ce qui va se passer, et si l'on s'en doute, ça reste hors champ.
J'espère que ça vous plaira.
Les paroles :
Je me souviens ma mère
La chaleur de son flanc
Nos premiers repas de chair
Et le sang rouge sur blanc
D’une proie sur la neige
Qu’elle avait chassée seule
Et ramené dans sa gueule
De nourrice et de piège
Je me souviens aussi
Serré contre mes frères
La tiédeur de la tanière
Les nuits bien à l’abri
Je me souviens encore
De mon corps devenu fort
Et de la promesse de l’air
Et j'ai quitté ma mère
Je me souviens la montagne
L’éclaboussant torrent
Où les rivières s'empoignent
Sur le poisson d'argent
Frétillant que l’on tue
Frétillant qu’on l’avale
De ces jouets qui se ruent
Sur mes griffes en aval
Je me souviens la fonte
Et l’herbe qui surgit
Dans la pente adoucie
Les odeurs qui remontent
D’humus et de sueurs
Que je ne connais pas
Cette forêt sent la peur ;
Elle est pour moi
Sous un feuillage criblé
Par des rais de lumière
J’ai goûté la forêt
Comme un propriétaire
Rattrapé ce qui fuit
Et cloué ce qui vole
Ce qui ne sort que la nuit
Qui se cache dans le sol
Le délice de silence
De la faune effrayée
A chaque pas que j’avance
Chaque feulement que je fais
Jusqu’à ce qu’un matin
Tout ce théâtre tremble
Sous d’autres pas que les miens
Sous ceux d’un autre
Qui me ressemble
Un éclair rouge et puis
Le doute me saisit
Je rends pourtant coup pour coup
Et je rugis cri pour cri
Mais l'autre est bien plus fort
Il est bien plus rapide
Et me laissera pour mort
Si j’insiste stupide
Alors pousser sur mes pattes,
D’abord
Il poursuit, je m’échappe
Encore
Courir
Jusqu’à cette clairière
Et le semer
Juste à la lisière
La plaine s’étend
Où tout n’est qu’horizon
Pavée de routes et de champs
Et bordée de maisons
Et les hommes qui en sortent
En sortent des fusils
Puis referment les portes
Sur leurs femmes, leur petits
Ils sont loin la montagne
Le torrent, la forêt
Ils sont loin la tanière
Et le flanc de ma mère
Les hommes sont à distance
Mais ils pointent leur canons
Faut-il tourner talon
Ou bien tenter sa chance ?
Technique : La façon de chanter m'a immédiatement fait penser à Moustaki (pas du tout à Gainsbourg), ainsi que les orchestrations (violon, ...).
Bon, ce n'est pas une tare même s'il n'a plus trop la côte. Il a fait de très bonne chanson qui ont été reprise.
La voix est intéressante, et peut encore gagner avec une interprétation plus abouti (comme si tu t'étais auto-bridé)
Les sons sont corrects, même s'ils ne déchirent pas
A 3'00, l'accélération est bien vue mais il y a un petit quelques choses qui ne fonctionnent pas bien: la guitare funk est bien mais pas la guitare saturée
La batterie est moyenne, sauf sur le moment plus intense à 3mn (doublage?)
La basse qu'on entend au début se fait trop discrète (choix artistique?)
Le mix est très bien, très clair et punchy.
Pas de vrais guitares alors que tu as des collègues à coté ! dommage
Artistique : Voici une des rares chansons, une mélodie
Rien que pour ça, un grand bravo
Je pense que sans changer la façon de chanter, une orchestration plus moderne aurait été plus efficace et plus consensuel
Belle chanson mais un poil vieillotte
Technique : Disons que techniquement, c'est propre et qu'il n'y a rien qui dépasse, ça se déroule peut-être un peu trop mécaniquement pour l'enrobage musical, du coup, je ne sais pas si ça sert vraiment le texte...
Artistique : Texte et histoire nickel, quoi qu'on puisse discuter de l'intérêt qu'aurait le tigre vieillissant à venir s'exposer ainsi à l'homme dans la plaine ( destruction de son biotope initial, un arrière plan écologique sous-jacent?). La voix manque à mon sens d'intensité, du coup,on ne sent pas d'urgence et ça ne vibre pas beaucoup,on ressent plutôt une douce bal(l)ade tranquille et sereine. Finalement, un tigre un peu plan-plan...