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Le Pub

Le Pub de l'Amérique Latine

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Le Pub de l'Amérique Latine
Salut.
Si comme moi vous adorez ce continent, êtes fascinés par ses cultures, sa géographie. Son football, sa musique, sa littérature, sa politique actuelle ou passée. Que vous la connaissiez ou non, que vous l'aimiez ou la détestiez.
N'hésitez pas à poster, même si c'est pour en dire pis que pendre...
Venez nous faire partager vos expériences de voyage, du Rio Grande au Cap Horn, en passant par le Sertao brésilien ou les cordillères.
Des sierras mexicaines au canal de Panama. Le sujet est aussi vaste que ce continent, et peut être aussi passionnant.
Si ça vous chante d'y aller, il se trouvera bien un Afien pour vous filer quelques tuyaux...

Bienvenue.
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En bordure du Salar, vers Colchani, on exploite artisanalement le sel. Terrible métier, la réverbération, le sel. Les ouvriers travaillent à mains nues, sans lunettes. C'était avant qu'on décide d'exploiter le lithium. Là c'est l'exploitation de sel de table.
Très photogénique, socialement, n'en parlons pas.

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Il est pas loin de 14h, nous arrivons à Uyuni. La ville qui a donné son nom au Salar. Ou l'inverse... Ville sur l'Altiplano, sans âme, assez récente. Mais je sais pas pourquoi, j'ai aimé cette ville. Coin paumé boutdumondesque mais touristique... un peu en 1999. Ça vivote, un peu de mine, un peu de sel, le chemin de fer, de plus en plus de tourisme. Il n'y avait à cette époque pas d'aéroport. La ville est à mi chemin entre l'Argentine et La Paz. Un train y passe depuis Tupiza ou Villazon, au sud vers l'Argentine. Au nord, Oruro la minière, son carnaval puis La Paz. A l'est Potosi, Sucre, Cochabamba. Les villes de la haute Bolivie.

Avant de quitter Ambrosio et son 4X4 je propose aux 4 autres touristes de lui laisser un pourboire de 10$, correspondant à 10% du prix payé pour le trajet. Un touriste israélien me dit tout de suite banco, bien vu. On a senti une certaine réticence chez les 3 autres... Qui ont finalement accepté, un peu contraint et forcés, c'est comme ça qu'on l'a ressenti avec l'israélien.
Ok, mais tu lui donnes et tu lui expliques. Ben oui, je jacte l'espingouin...
Ambrosio, c'est pour toi. Remerciements pour ta gentillesse et tout ce que tu veux...
Putain, sa tronche. Illuminée. Je ne sais pas quel était son salaire mais il a apprécié. On a tous eu le droit à l'abrazo. L'accolade.
J'ai expliqué aux autres... nos voyages nous coûtent ce qu'il gagnerait en quelques années. Ces 50 balles c'est peut être ce qui va mettre ses mômes à l'école, lui payer les travaux de sa baraque ou simplement le faire bouffer dignement avec sa famille.

Petit aparté. Dès que j'ai commencé à voyager j'ai toujours prévu un budget pourliches. Je me promène dans des pays pauvres. Pas de sécu, pas d'assurance chômage, pas ou peu d'écoles. Ce que je claque pour y aller est pour eux des années de travail. Mon billet d'avion c'est leur salaire annuel voire plus. En France je suis pas riche mais être radin là bas, pas trop. Si je peux passer 3 mois dans ces contrées c'est que leur niveau de vie est extrêmement bas. On va dire que j'en profite. La raison de ces promenades en Amérique latine c'est la passion, pour ces cultures, histoires, paysages. Si j'avais eu une passion pour la Norvège... un week-end de 3 jours tous les 10 ans m'aurait coûté plus que 3 mois entre La Paz et Lima ou Guatemala Ciudad et Managua.

Me promener par là me donne une impression d'être le "bon" colonisateur. C'est sympa les péones d'être pauvres, qu'est ce que j'en profite. Restez pauvres, n'augmentez pas vos prix.

Bref, quand je suis là bas je lâche les pourboires. Ça fout du beurre dans leurs épinards et soulage ma conscience...
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La ville d'Uyuni. Photos faites en 1999, 2000 et 2003.

Le monument d'inspiration réalisme soviétique à la gloire des cheminots...
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Je reste quelques jours à Uyuni. Je me promène dans la ville. Un hôtel devant la gare. Une longue cour tout en longueur, à l'étage des chambres le long d'un corridor qui fait le tour. Un grand lit, une salle de bains. Pas de chauffage mais des piles de couvertures. Il fait un froid polaire dès le crépuscule. La nuit tombée j'attaque le premier volume de "Au bord de l'eau" de Chi Nai An. Roman picaresque chinois du 14ème siècle. 2 volumes de 1000 pages chacun.

l'Amérique Latine est fan de Jean Claude Van Damme...
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Uyuni, les arrières.
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2003. J'entends du bruit dans la rue. Je vais voir. Des jeunes balancent des bouteilles d'eau en plastique, mais vides, sur des militaires. Je me rencarde. C'est un simulacre de manif'... On apprend aux flics et militaires du coin à pas vider le chargeur du M-16 ou de la Kalach' sur la foule à la moindre occasion. Ils doivent rester plus stoïque et zen qu'un moine bouddhiste en pleine méditation transcendantale. Je sors l'appareil, au bout de quelques secondes un officier me donne l'ordre de remballer l'appareil. C'est du secret défense... J'ai eu le temps de faire 3 photos. Un peu ratées. L'ambiance est bon enfant, ça rigole.

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La voie ferrée part d'Uyuni vers le sud, Tupiza, Villazon et autres villes vers l'Argentine. Au loin je distingue des wagons renversés, des locos à vapeur. J'y vais. Je ne sais pas ce que c'est mais j'ai l'impression que ça va me plaire.
Le cimetière de trains d'Uyuni. Là où se trouve l'embranchement pour Potosi. 1 kilomètre à pied le long de la voie ferrée, là où on voit l'envers du décor d'Uyuni. La pauvreté est toujours un peu à l'écart...

Je me suis retrouvé au milieu de ce décor hallucinant. Abandonné. Je me suis promené là dedans, grimpant sur les wagons, montant dans les locos. Que du bonheur. Pour l'amateur de trains, de désert, de photo.
Attention, va y avoir du flood...

Le trajet... Rien que ça j'adore...
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La moitié de la pellicule perdue par la DHL était faite au cimetière de trains... Heureusement j'y suis retourné en 2000 avec un pote.
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Mai 2000. J'emmène mon pote au cimetière de trains. On y est quand on voit venir vers nous un monsieur sur son vélo. On discute, il nous raconte l'histoire des chemins de fer dans la région d'Uyuni. Il est un ancien cheminot foutu au chômage par l'arrêt d'une bonne partie des trains. Il nous explique qu'il n'existe pas d'assurance chômage, pas de sécu sociale.
Rien ne l'impressionne plus que les trains à l'européenne, 300 km/h pour un TGV qui part à 8h53 pour arriver 800 bornes plus loin à 11h02... Alors ça. Ici c'est le train de vendredi. Il arrive aux alentours de 23h, donc entre 23h et 7h du mat', et arrive à Ollagüe entre 11h et 20h. Pour 200 bornes.
Mon pote me dit, je crois qu'il veut un pourliche.
On lui a filé quelques bolivianos. Je lui ai pas fait l'aumône, il a fait le guide... J'ai pas oublié le guide.

J'ai trouvé quelques vidéos récentes du cimetière de trains. Maintenant à la sortie du Salar, avant de lâcher les touristes devant l'agence, les 4X4 font un détour par le cimetière. On voit des dizaines de 4X4 garés juste à l'entrée, devant locos et wagons et des hordes de selfistes et instagrameurs.

Un aéroport a été construit pour remplacer l'antique piste d'atterrissage qui ne servait qu'à quelques coucous de l'armée de l'air bolivienne.

On exploite le lithium. La ligne Uyuni-Calama sert à transporter tout un tas de minerais entre la Bolivie et Antofagasta sur la côte pacifique chilienne.
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Je quitte Uyuni pour Potosi. Une grande avenue poussiéreuse, quelques bus, des agences de voyage. Il est 10h du mat'. La lumière est belle. Touristes, boliviens, on est nombreux à monter dans le minibus. Un vieux machin japonais de 20 ou 30 places assises. Beaucoup feront le trajet debout, espérant que du monde descendra en chemin et que personne ne monte. C'est parti. Je ne sais même pas combien de temps durera le voyage. Je pense que ça fait 200 bornes. 4 heures ?
On quitte la ville, quelques kilomètres de piste puis ça grimpe assez sec. Des virages. Arrivée à une sorte de col, avant de redescendre, je vois une ville à l'abandon sur la gauche, ville minière, encore des locos à vapeur, des wagons éventrés, des baraquements de mineurs à moitié abandonnés.
Pulacayo que ça s'appelle. Putain que ça me botte cet endroit. Je reviendrai. Ce n'est qu'à 1 petite heure d'Uyuni.

En 2003 je suis revenu à Uyuni. Je suis monté à Pulacayo.
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Petite entorse par rapport au voyage de 1999. J'inclus un voyage de 2003.
Pulacayo et Ollagüe. Je ne pouvais pas ne pas y aller un jour.

Un matin d'Avril ou Mai 2003, j'arrive à Pulacayo en provenance d'Uyuni. La ville est à flanc de colline, sur un col, perchée à 4200 mètres d'altitude. D'un côté le Salar 600 mètres plus bas, de l'autre une vue plongeante sur l'Altiplano en direction de Potosi. Je descends du bus, heureux. Je ne sais même pas à quelle passerait un bus pour me ramener à Uyuni. Je pars du principe qu'il y en aura un, peu importe l'heure... J'y suis. Pulacayo.

Le décor est planté... On attend le touriste. Sauf qu'il n'y a ni hôtel ni resto. Y'a t-il des habitants ? J'en suis même pas sûr.

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Quelques clébards m'aboient dessus, plus le genre roquets que pitbulls. Tous plus bâtards les uns que les autres. Et miracle, des gosses. Ouais. 5 ou 6 gosses qui se mettent à gueuler, y'a un gringo... L'un d'eux rentre chez lui, maman, y'a un gringo qui se promène en ville. Je suis l'attraction du jour. Je n'ai vu aucun adulte.

Je me promène. Pas de resto, je m'y attendais. J'ai ma bouteille de flotte et mon paquet de gâteaux, des Chip's Ahoy. Des cookies quoi. En Amérique latine je ne bouge jamais sans mon paquet de Chip's Ahoy. A 4200 mètres d'altitude l'automne austral, sous le soleil, je n'arrive pas à savoir s'il fait froid ou chaud. Je supporte autant un T-shirt qu'un polaire. Y'a juste le soleil qui cogne sévère. Je mets mon bandana pour me protéger la tête.

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Je profite de Pulacayo. Je marche au pif. Je vais, je viens, j'explore. Dire que cet endroit fut une importante mine d'argent, une des cash-machine de la Bolivie au début du 20ème siècle. 2 personnages célèbres y auraient perpétré un casse contre un train.
Butch Cassidy & Sundance Kid. Vous savez, Newman et Redford, le film de George Roy Hill. Raindrops are falling on my head...

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Pulacayo.

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Depuis le cimetière y'a une jolie vue sur l'Altiplano.

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Il est pas loin de 16h, il faut que je pense à redescendre sur Uyuni. Surtout que je ne sais même à quelle heure passent les bus en provenance de Potosi... s'il y en a.
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Pas de bus à l'horizon. Un camion passe, je lui fais signe de s'arrêter. Le chauffeur me dit de monter à l'arrière, derrière la cabine. Camion avec un plateau entouré de hautes ridelles. On peut y entasser du bétail, humain ou animal et tout et n'importe quoi.
Là il transportait des grosses bouteilles de gaz qui allaient et roulaient dans tous les sens sur le plateau vu qu'elles n'étaient pas attachées. Je reste debout sur le plateau et accoudé sur la cabine. La piste est en sale état.
Ça descend, au loin le Salar de Uyuni. Au crépuscule. Le ciel entre l'orange, le rouge et le bleu se reflète sur le Salar. Grandiose. Je tente de prendre l'appareil mais impossible de faire une photo, je suis secoué dans tous les sens et dois faire gaffe qu'une bouteille de gaz me renverse pas. Tant pis.
Je mate, c'est sublime. Je me sens épanoui, mélancolique, heureux, contemplatif. Plénitude. Ce spectacle devant ma gueule !!!
Je n'oublierai jamais ce paysage, ce que j'ai ressenti même si je suis incapable de le partager. Je me rappelle m'être dit " vas-y, profite, déguste, là tu mates et vis de l'exceptionnel". 1 heure comme ça... avec de temps en temps les bouteilles de gaz qui me labouraient les chevilles.
Arrivé à Uyuni j'ai payé le chauffeur, la nuit et le froid étaient tombés. Je suis rentré à mon hôtel. Suis allé bouffer. Un peu de lecture après ça.
Quelle journée superbe, finie en apothéose.
Y'a pas de photos de l'apothéose... Juste ma mémoire.
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AmerSoviet > Récits de voyages passionnants bien illustrés de photos, c'est formidable. Il n'y a pas d'équivalent ailleurs pour ces paysages et ces lieux. Pour ceux qui n'ont jamais été sur place, c'est simplement iextraordinaire. Une planète lointaine et inconnue qui surpasse l'imagination.
N'y aurait-il pas un livre à faire de tout ça?

Ça me fait justement penser à un petit livre que je tiens de mon ami AFien Eklektik38 et que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire. Il s'appelle "Dernières Nouvelles Du Sud" et c'est un récit de voyage en Patagonie. Avec des photos. Je te le donnerai quand on se verra.

Enfin grand merci pour le dépaysement!


Merci sonic... je l'ai déjà. Un bouquin de Luis Sepúlveda. Photos de Luis Mordzinski. Oui, excellent.
J'aime beaucoup Luis Sepúlveda.
Ah ben ça ne m'étonne pas! Quand je l'ai lu, j'ai tout de suite pensé à toi..
Les photos du Salar sont irréelles, le bus donne l’impression d’être dans une dimension inconnue.
Pulacayo, photo 13, c’est une église en arrière plan ? Je serais curieux de voir l’architecture des églises dans ces endroits reculés et leur ornementation intérieure.
Édit: j’avais pas vu la photo 19, c’est bien l’église.
D’accord avec Sonic, tes photos nous font voyager et nous montre des paysages inconnus. Je suis frappé par l’immensité, le salar aussi grand que l’île de France ça me dépasse. Et de me questionner sur comment un lac d’eau salée aussi grand a pu exister à cette altitude.
Ouatisit.
Concernant l'architecture de ces églises dans les sites miniers. C'est fonctionnel. On est très loin du baroque qu'on peut trouver partout ailleurs dans les cathédrales latino-américaines. Ça se rapproche, par leur simplicité, des premières églises construites par les conquistadores dans des villages paumés lors des débuts de la Conquista et de la conversion des populations indigènes.
L'église de Parinacota, au Chili. Construite entre le milieu et la fin du 16ème siècle. 4400 mètres d'altitude, 29 habitants. Avec la Moujikette, en 2019, on a adoré.
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Concernant le Salar:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Salar_d%27Uyuni
Ça te donnera une idée du gigantisme de ce lac salé... 100 X 150 kilomètres dans ses plus grandes largeur et longueur.
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Retour en 1999.
Je passe devant Pulacayo, me dit que je repasserai un jour... voir plus haut.
Direction Potosi.
Le chemin est long. Un coup de la piste, un coup une route. Le décor, l'altiplano, ça oscille entre 3500 et 4500 mètres d'altitude. On suit par moments une voie ferrée à l'abandon. Des dunes de sable le long de la piste. Des hameaux. 6 ou 7 heures comme ça, secoués.
On arrive à Potosi en fin d'après midi. La ville moderne et la gare routière sont est en bas du Cerro de Potosi et de la vieille ville.

Le wiki sur Potosi. Je vous donnerai quelques explications supplémentaires.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Potosí

La haute ville est coloniale. Dominée par le Cerro Rico, la montagne riche. Cette montagne es une gigantesque mine exploitée depuis 450 ans.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cerro_Rico

Je trouve un dortoir dans un hôtel. Je fais mon radin, pas de chambre. Une belle vue sur le Cerro Rico.

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Je me promène en ville. La traditionnelle architecture coloniale... à 4000 mètres d'altitude. Souvenir de Potosi. Je trouve le soir un resto populaire. Je le revois encore , une petite porte grande ouverte donnant sur une salle pas très grande, des sièges et tables en bois, pas de déco. Le menu à quelques bolivianos, une soupe sommaire en entrée. Du bouillon avec quelques pommes de terre, un peu de quinoa et un petit morceau de poulet. Ça réchauffe. Ensuite du poulet avec probablement du riz ou des frites. Pour l'équivalent de 5 francs de l'époque.
Je flâne avant de rentrer à l'hôtel. C'est pas particulièrement animé.
Dans le dortoir, un japonais est malade. On suppose qu'il ne supporte pas l'altitude. Il est tout vert. On flippe pour lui. Il est vraiment mal. Il mâche de la coca en permanence. On ne peut pas discuter avec lui, il ne parle que japonais. De ce qu'on comprend, il part le matin de bonne heure pour Sucre, bien plus bas.
On a tous peur pour lui, qu'il fasse un truc genre AVC. Dehors les températures sont négatives, dans la chambre c'est autour de zéro... J'ai laissé une bouteille de flotte au pied du lit, elle est à moitié gelée.
Aller à la douche le matin... pas de chauffage, eau à température ambiante. Toilette de chat. Au petit matin le japonais nous a quittés. Il allait à peine mieux, il n'a pas dormi. Ce soir je prendrai ma douche pendant qu'il fait encore jour. L'eau sera à 15 degrés...
Je passe ma journée à me promener dans Potosi. J'y ai fait très peu de photos. Je réserve une visite de la mine pour le lendemain.
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La mine.
Aujourd'hui elle n'est plus exploitée que par des micro-entreprises, des coopératives. La Comibol, l'entreprise minière nationale bolivienne, ne s'en charge plus. Si des mineurs veulent l'exploiter, qu'ils le fassent. Ce n'est plus rentable pour une grande entreprise. Pour tenter de rentabiliser l'exploitation des agences de tourisme organisent des visites de la mine. Condition pour ouvrir une agence, avoir été mineur et parler un peu anglais.
Visite prévue pour le lendemain. On demande aux visiteurs de prévoir des cadeaux pour les mineurs. Beaucoup de touristes achètent sur le marché des mineurs des bâtons de dynamite, des détonateurs, des mèches, de l'alcool à 96°, de la coca. J'ai décidé d'acheter des cahiers, des stylos et des crayons de couleurs. Une grande papeterie, à l'ancienne, tout pour l'école y compris les tenues d'écoliers aux armes de chaque école.
Je revois encore la tronche du vendeur quand je lui ai demandé une dizaine de cahiers et autant de lots de crayons de couleurs et stylos...
- Tu ouvres une école, gringo ?
- Non, c'est pour les mineurs...

J'arrive devant l'agence. On monte dans un minibus avec notre accompagnateur, ex-mineur. On grimpe à l'entrée du Cerro. Papiers, contrôles. Des petites baraques avec tout pour le mineur. Sur des étals, comme au marché, de la dynamite, des mèches, de la plus lente à la plus rapide, des détonateurs... Interdit de fumer. Les gringos font le plein de cadeaux.
On remonte dans le minibus, ça grimpe encore. On arrive vers une entrée de mine, pas très loin du sommet, environ 4500 mètres d'altitude. Juste une galerie, pas étayée. C'est de l'artisanal. Du sang autour de l'entrée de la galerie. Sacrifice. Les mineurs, une fois l'an, éviscèrent une femelle lama enceinte et répandent le sang du foetus à l'entrée.
En dehors de la mine ils sont catholiques, pour le travail de la mine ils vénèrent El Tio ( l'oncle en français ) représenté sous une forme de diable et pratiquent des rituels issus de l'époque Inca. La mine, c'est le diable. Il faut l'apprivoiser et l'honorer. Pour les mineurs l'espérance de vie est de 15 ans de travail... Pas plus.
On rentre. Je trouve ça oppressant. Claustrophobes s'abstenir. 450 ans que la mine est exploitée. Aucun plan des galeries n'existe. Tout peut s'effondre à tout moment. Certaines galeries, les plus anciennes, sont condamnées à cause des gaz. Rien n'est vraiment étayé, le sol est boueux.
L'extraction est simple. Arrivés au bout d'une galerie les mineurs font un trou à la chignole, enfoncent un bâton de dynamite, mèche, détonateur, planquez vous ça va péter... Sans savoir si derrière y'a pas une autre galerie. On entend régulièrement des explosions. 4500 mètres d'altitude plus la raréfaction de l'air dans les boyaux mal ventilés, on respire mal... plus du toxique que de l'oxygène. Notre guide nous présente des mineurs. Chacun lâche des cadeaux.
- Lui, tu lui donnes 2 cahiers, 2 stylos, il a 2 gosses.
La visite se poursuit. On s'arrête au bout d'une galerie. Une petite statue du Tio avec les cornes de diable. Des mineurs font leurs offrandes au diable. Une clope allumée dans sa bouche, on verse autour de la statue de l'alcool à 96°, des feuilles de coca et un mélange de cendres et de feuilles de coca broyées. Ils mâchent ça à longueur de journée. On ne mange pas dans la mine, juste on boit l'alcool à 96°... On nous fait partager les offrandes. Dans un bouchon de bouteille le mineur verse son alcool. Chacun doit boire. Refuser c'est vouloir leur porter la poisse. J'ai bu mon bouchon d'alcool à 96°. Ça arrache mais c'est pas goûtu. Par contre on comprend bien le trajet fait par tout liquide ou solide ingéré. Ah, là ça tourne à gauche dans le bide. Un incendie dans le tube digestif.
Les mineurs boivent ça comme de la flotte mais disent qu'avec leur mélange cendres-coca ça passe très bien et protège de la faim...
J'avais une photo, floue, du Tio et d'un mineur, je ne la retrouve pas, désolé.
On assiste à une séance de dynamitage. Boum, ça résonne, se propage, poussière. Peut être que la chance va leur sourire...
Un trou dans le plancher de la galerie. Un treuil fait maison, une corde. On nous encorde, juste une corde autour du bide, on plonge chacun notre tour dans le trou, treuillés par un mineur. 5 mètres de descente peut être. Après le trou continue... On est prévenus. Dès que vous touchez plus la paroi avec vos pieds vous sentirez quelqu'un vous attraper les jambes et vous poser sur la galerie en dessous. Ne détachez pas la corde. C'est un mineur qui s'en chargera quand vous serez en sécurité. Sécurité avant tout...
On sort. On respire, grand bol d'air. Malgré l'altitude. Des tas de caillasse à flanc du Cerro. Des femmes assises prennent des cailloux, tapent dessus avec un petit marteau. Ce sont les déchets de la mine, pas de trace de minerai. Mais ces femmes tentent leur chance. Infime. Ce sont souvent des veuves de mineurs qui n'ont que ça pour espérer vivre et manger. Le fin fond du lumpen prolétariat.

Potosi depuis le Cerro
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Potosi, une des origines de la richesse de l'Europe. Une montagne d'argent qui déferle sur le vieux continent. A l'origine, un berger Quechua, à la nuit tombée, fait un feu. Dans le feu il aperçoit du métal en fusion. De l'argent. Voilà comment serait née l'exploitation de la mine par les espagnols. Les Quechuas et Aymara y mourraient tellement vite dans ces mines que les espagnols ont eu l'idée de faire venir des esclaves africains.
Imaginez, des populations des côtes africaines, issues de basses terres tropicales, emmenées en esclavage... La traversée jusqu'à Asuncion au milieu du Continent, sur le Rio Paraguay. Ensuite le trajet, à pied sur des centaines de kilomètres, pour rejoindre une ville glaciale à 4000 mètres d'altitude.
100 esclaves au départ des côtes africaines. Combien étaient vivants en arrivant à Potosi ? Et surtout dans quel état... Une fois dans la mine l'espérance de vie était de quelques semaines.
L'espagnol s'est dit...
- L'africain pour les mines de Potosi, c'est pas rentable.
Les esclaves africains se sont retrouvés dans le piémont andin, une région appelée les Yungas. Vers Coroico. Ils se sont mélangés avec les populations autochtones. Une nouvelle culture est née... Vous reconnaissez ? Par les auteurs compositeurs de l'originale.



Potosi fut pour l'Europe une sorte de paradis... pour les autres l'enfer.

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