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Le Pub

Le Pub de l'Amérique Latine

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Le Pub de l'Amérique Latine
Salut.
Si comme moi vous adorez ce continent, êtes fascinés par ses cultures, sa géographie. Son football, sa musique, sa littérature, sa politique actuelle ou passée. Que vous la connaissiez ou non, que vous l'aimiez ou la détestiez.
N'hésitez pas à poster, même si c'est pour en dire pis que pendre...
Venez nous faire partager vos expériences de voyage, du Rio Grande au Cap Horn, en passant par le Sertao brésilien ou les cordillères.
Des sierras mexicaines au canal de Panama. Le sujet est aussi vaste que ce continent, et peut être aussi passionnant.
Si ça vous chante d'y aller, il se trouvera bien un Afien pour vous filer quelques tuyaux...

Bienvenue.
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L'architecture de Tarabuco, la petite ville coloniale espagnole, basse, simple, fonctionnelle, le plan géométrique. Je me dirige vers l'hôtel. Une porte, une fenêtre. Une enseigne, hôtel-restaurant. J'entre. C'est tout en longueur, une salle à manger, au fond un minuscule comptoir. Une dame assez âgée, pas loin de 70 ans.
- Bonjour Madame, vous avez une chambre, avec douche ?
- Oui, vous restez combien de nuits ?
- Je pars dimanche, 2 nuits.
- Vous êtes le seul client, je vais vous donner la chambre sur la terrasse à l'arrière. La terrasse est un peu encombrée mais vous verrez, la chambre est tranquille, s'il y a du monde au restaurant vous n'entendrez rien.
Tout est vieillot, Madame, la déco, le mobilier. C'est aussi leur maison. Ça respire le charme et la gentillesse, la simplicité. A l'arrière, après ce qui semble être leur partie privée, une courette, un escalier. A l'étage une petite terrasse, encombrée, arrosoirs, pots de fleurs, linge qui sèche. A gauche, une porte, une fenêtre. Ma chambre. Parquet, lit, table, chaise. On peut pas faire plus simple. Propreté exquise.

Je suis sur mon lit. Je prends mon appareil photo:
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Je lis toujours Shi Nai An...
Madame m'a dit qu'elle faisait aussi restaurant, j'en profite. Je me mets en pension complète. Ça fait pas de réduc mais comme je me sens bien ici...
Une petite sieste puis je prends mes cliques et mes claques et vais me promener.

D'un strict point de vue touristico-touristique il n'y a rien à faire ou voir à Tarabuco en dehors du marché dominical. C'est pour ça que je suis venu un vendredi.
S'il n' y a rien à voir et faire c'est que c'est bien...
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Je découvre Tarabuco.
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Mon vendredi après midi et mon samedi sont consacrés à la découverte du village et de la campagne environnante.

1 L'ancienne voie ferrée Sucre-Tarabuco.
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A l'est du village, une colline boisée. Un chemin de terre monte au sommet. Je l'emprunte. Croise une grand-mère et sa petite fille adolescente. La môme à sa grand mère...
- Il est mignon lui.
Merci, c'est gentil, mademoiselle que je lui réponds...
La gamine gênée. La grand-mère:
- Je t'avais déjà dit faire attention, y'a des Gringos qui parlent espagnol...
- C'est pas grave c'était pour dire une gentillesse.
- Oui, mais faut faire attention quand même.
La môme savait pas où se foutre...

Je continue mon chemin vers le sommet de la colline. Un piaf. Genre rapace. J'ai décidé que c'était un condor. Je mets le téléobjectif, bouffe le tiers d'une péloche. C'était plutôt un aigle voire une buse... mais de belle taille. Sur le moment j'avais décidé que c'était un condor.

Du haut de la colline j'ai une belle vue sur le village, la campagne.

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Ces vendredi et samedi à Tarabuco furent de belles journées. Ça n'avait rien d'extraordinaire, juste des promenades. En fait, si, c'était extraordinaire, la preuve, je m'en rappelle parfaitement 27 ans après.
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AS tu l'a peut-être dit (excuse moi si c'est le cas), mais j'ai la flemme de revenir en arrière: C'était à quelle période de l'année ton voyage? En fait, quelle était la saison, là bas? Dans l'ensemble, le temps a l'air plutôt clément quoique pas très chaud?
T'inquiète, je réponds avec plaisir à tes questions*. Mi-Mars à mi-Juin. Donc l'automne austral. D'où le début d'un temps pourri à l'entrée de la Patagonie, des journées tempérées avec des nuits très froides dans l'Atacama. Idem sur l'Altiplano. Ces régions, Atacama, Bolivie, nord de l'Argentine et Sud du Pérou sont à peu près au niveau du tropique du Capricorne.
*Edit, c'est valable pour tous ceux qui ont des questions... je répondrai avec plaisir, dans la limite de mes compétences.


Tarabuco... c'est une sorte de chef lieu de canton. De quoi y vit-on ? Sûrement pas mal d'agriculture. La région est fertile. Je viens d'aller vérifier, elle est située à 3200 mètres d'altitude. C'est étonnant, je n'ai aucun souvenir d'avoir manqué de souffle lors de mon escapade sur la colline. Donc ce gros village vivote, est un peu endormi. Les diverses administrations offrent quelques emplois. Ça ne sent pas la richesse mais pas non plus l'extrême pauvreté urbaine. La Bolivie métisse et Aymara ou Quechua. C'est tranquille.
2 jours de promenade au hasard.
Le soir je dine au resto de l'hôtel. De temps en temps un client passe prendre un pot, la pluie et le beau temps...
Je discute avec madame, son mari arrive.
J'ai quelques souvenirs de ces moments.
Le frère de l'un des deux est artiste peintre en région parisienne, il habite vers la Défense. Alors il y a 2 ans ils sont allés à Paris. Le voyage de leur vie.
Ils en parlaient avec des étoiles dans les yeux. Je me rappelle encore l'expression de Madame pour décrire Paris.
- Que maravilla.
Quelle merveille. Elle m'a énoncé tous les monuments de Paris visités. Le classique touristique.
Monsieur était le médecin de la ville. Il est retraité.
Il passe une partie de son temps libre à explorer la région à la recherche d'artefacts précolombiens. Dans une petite vitrine à l'arrière du resto, ses trouvailles. Des tessons de poterie, des statuettes, des outils. L'archéologue amateur. Il est en contact avec les services archéologiques de la région. S'il trouve une pièce intéressante, direction les réserves ou le musée de la région. Il est très fier de sa petite collection.
Ils sont charmants. voilà comment se passent mes 2 diners dans cet hôtel... 2 jours à Tarabuco en dehors du marché dominical.
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  • sonicsnap
Dimanche matin. Je me réveille, descend vers le resto. La foule. Madame a installé des tables et chaises sur la Plaza de Armas. C'est plein de touristes. Des jeunes routards, des vieux en voyage organisé... Et des locaux venus de leurs hameaux et villages environnants vendre le produit de leurs récoltes. D'autres sont devenus vendeurs de babiole touristiques à la con. Le choc.
Madame me sert le petit dej' à l'intérieur du resto. Elle est affairée Madame... Monsieur est mis à contribution.
3 petits dej' pour la 2, 4 cocas et une bière pour la 6.
Quant à moi, je me sens un peu plus privilégié... Je sens Madame plus attentive.
- Que voulez-vous déjeuner, Gringo ?
- Comme hier. Le complet quoi.
- Un petit dej' pour notre hôte.
Je suis toujours chouchouté, les autres c'est la cash machine...
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  • sonicsnap
Les femmes sont en tenue traditionnelle. Comme un peu partout dans l'Amérique Latine beaucoup de chapeaux melon, d'autres portent des galures rappelant les casques des conquistadores, en feutre, heureusement pas en fer...
Des camions à plateaux et ridelles. Chaque hameau ou village en loue un pour amener sa marchandise. Certains sont venus avec les ânes.
Pour vous faire une idée de ce qu'était le marché en ce jour, imaginez le marché de Belleville où on trouverait autant de fruits et légumes que de tours Eiffel en plastique et de T-Shirts logotés I Love Paris avec des hordes de touristes instagrameurs au milieu des habitués.

Je me promène vaguement. Ça m'emmerde ces hordes touristiques. Je ne regrette pas d'être venu le vendredi. Je file sur ma colline voir les coulisses, je suis mieux là haut loin de la foule. Je fais quelques photos au 400mm. J'ai même pas l'inspiration...

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Je retourne en ville déjeuner. Le resto est plein. Madame me dorlote toujours... c'est pas le cas des autres touristes. Eux c'est aboulez l'oseille. Normal, ils font leur beurre 1 jour par semaine. Je suis attablé dehors, une longue table, entouré de touristes. Comme Madame m'appelle par mon prénom, la question logique.
- Vous vivez ici ?
- Non. Je suis arrivé vendredi pour profiter du village.
- Ah ? Y'a quoi à faire ou voir en dehors du marché ?
- Se promener dans la campagne.
J'ai pas poursuivi le sujet... Là, au milieu de ce marché local parmi mes congénères touristes Gringos, je me sens colonisateur, voyeur. Je ne suis pas à l'aise.
Une sale impression de se trimballer dans un zoo humain.
Les touristes négocient à mort la moindre babiole, pour certaines des monstruosités. Du textile, genre que ça représente le Grand Inca Pachacutec matant de son regard perçant le Macchu Pichu au coucher de soleil. Vous voyez ? Le même style que les T-shirts Johnny Hallyday avec le loup hurlant à la mont devant les Rocheuses ou le pygargue à tête blanche, avec le regard méchant, en plein vol, toujours au dessus des Rocheuses... Quand on sait que les civilisations précolombiennes étaient les championnes du textile. Je suis assis sur un banc de la Plaza de Armas. Je mate tout ça, je suis atterré.
Je fais quelques rares photos, je suis presque honteux de les faire...
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  • sonicsnap
Un gringo, la soixantaine bien tassée, matos photo de "pro", objectif mahousse, du genre qu'on utilise pour la photo animalière. Il se plante devant les femmes Quechuas, à 1 mètre, et les photographie. Pas bonjour, rien. Il ne leur demande pas leur avis. Les femmes le voyant arriver dissimulent leurs visages. Au bout de 10 minutes quelques hommes du coin vont le voir, en colère, et lui font comprendre qu'il a intérêt à ranger son matos sans quoi il risque de se faire lyncher.
De ce que je comprends cet abruti leur dit qu'il n'a pas fait une seule photo... Il prend les locaux pour des cons mais finit par comprendre et range son appareil. Pour ma part, tellement honteux, il y a belle lurette que j'e l'ai rangé...
Voilà Tarabuco, l'un des plus beaux marchés d'Amérique Latine... Parait-il.

J'ai fait très peu de photos...
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2. On vend ses carottes ou son maïs et on achète un balai, une bassine, du riz...
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Il est 14 ou 15h, le marché se finit. Je vais récupérer mon sac et dire au revoir à mes hôtes. Hormis le marché j'ai adoré Tarabuco. C'était tranquille, reposant. Je me suis fait dorloter. J'ai été l'attraction, seul Gringo à y aller en semaine... Je trouve un bus pour Sucre. A bord quasi que des touristes, si contents d'avoir vécu, vu, et senti du typique, fait des achats qui vont ravir les amis et la famille...
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  • sonicsnap
Revenons en arrière. Lorsque j'étais à Sucre avant mon départ pour Tarabuco je voyais un monsieur sans âge porter et essayer de vendre aux quelques touristes des babioles, souvenirs à la con, "typiques"... Il allait vers chaque touriste en proposant sa camelote, je le voyais encore à la tombée de la nuit.
Je l'ai revu à Tarabuco. Il ne vendait rien. Il est monté dans le bus qui retournait à Sucre. Il a négocié le billet avec le chauffeur et aussitôt a tenté de vendre une fois de plus ses babioles. En vain. Il avait parmi ses babioles un Charango, petite guitare des Andes, dont la caisse était une carapace de tatou. Personne ne lui avait dit qu'il n'avait aucune chance de le vendre... le tatou des Andes est protégé, se faire choper à la douane avec au retour c'est la garantie de se le faire confisquer et de payer une amende sévère...
J'ai revu ce monsieur à Sucre juste après notre arrivée, sur la Plaza de Armas.
Parfois la misère nous revient en pleine gueule... Là je l'ai prise comme un uppercut cette misère. Pourquoi cette fois là, pourquoi ce monsieur, je ne sais pas.
Il émanait de lui un tel désarroi, un tel désespoir, une tristesse... La résignation absolue.
Et là j'ai été très con... je regrette encore de ne lui avoir rien acheté. Une copie de merdouille précolombienne, très moche... Un bracelet en laine à 3 francs 6 sous. Bref, lui filer de quoi bouffer sans lui faire l'aumône.
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  • sonicsnap