Eventide Space
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Eventide Space

Space, Réverb Guitare de la marque Eventide appartenant à la série Factor.

coyote14 20/08/2012

Eventide Space : l'avis de coyote14

« Une reverb créative qui ajoute une dimension au son »
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Une pédale d'effet (appelée "Stompbox" chez Eventide) qui rassemble la fine fleur des algorithmes de réverb du manufacturier américain.

Seulement 12 algorithmes, mais:
- 11 paramètres pour chacun, tous accessibles depuis la façade.
- certains algorithmes sont la combinaison de 2 effets
- ils sont issus de l'Eclipse et, pour certains, du H8000W, le fleuron de la marque.
- 100 presets, dont certains faits par des artistes de renom (Sigur Ros, etc). Chaque preset a 2 pré-réglages indépendants, faisant varier un ou plusieurs paramètres via le bouton Hotswitch.
- La plupart des effets sont stéréo. La machine détecte seule, selon le nombre de prises connectée, si elle doit traiter la source en stéréo ou pas.

Entrées et sorties analogiques, port USB (pour les mises à jour ainsi que pour le MIDI). Prises MIDI. Prises pour des pédales d'expression, destinée à modifier les paramètres.

La pédale n'est évidemment pas rackable. Pas d'éditeur, mais un bibliothécaire qui permet de gérer ses banques de presets.

Pas de bouton on/off. Il faut débrancher la petite alim murale pour mettre la pédale hors tension. C'est très bête, surtout vu le prix de l'appareil, mais ça devient une généralité sur les effets, même en rack.

UTILISATION

Commençons par signaler 2 bons points:
- L'importateur, JukeBox LTD, a mis en ligne un manuel en Français. Franchement, la machine n'étant pas très complexe, ce n'était pas indispensable, mais c'est tout de même très appréciable. Le manuel en français est téléchargeable directement sur le site Eventide.
- La pédale bénéficie d'une possibilité d'update par port USB. Après s'être enregistré auprès de Eventide, une petit utilitaire reconnaît la pédale dès lors qu'elle est branchée sur un port USB et flashe l'OS de la pédale. C'est une procédure simple mais fastidieuse. Au moment où j'écris ceci, nous en somme à l'OS 4.0 qui résout quelques bugs mais apporte aussi des fonctionnalités supplémentaires, comme des paramètres disposant d'une plage plus étendue, ainsi que le support de la vraie stéréo pour certains algorithmes.

A l'utilisation, la pédale se montre très simple:
- un encodeur cranté rotatif permet de changer de preset (ils sont 100 au total, c'est peu dans l'absolu, mais suffisant sur une réverb.) Cet encodeur peut être aussi enfoncé, ce qui a pour effet d'afficher l'algorithme utilisé et, le cas échéant, d'en changer.
- Un bouton "tap tempo" permet d'entrer un tempo manuellement. Cela peut aussi être fait avec un encodeur, ou encore par une horloge MIDI externe.Ce bouton tap a d'ailleurs 2 fonctions: celui d'entrée le tempo, mais aussi celui de servir à changer de programme. On peut modifier sa fonction via un appui long. Le chargement d'un nouvel algorithme n'est pas très fluide, puisque qu'environ 1/2 seconde est nécessaire à charger un nouvel algo.
- Tous les autres potentiomètres modifient les paramètres de chaque algorithme. Selon les algorithmes choisis, ces boutons modifient des paramètres différents, mais on retrouve le plus souvent des decay, des pré-délays, des EQ, le MIX (équilibre entre son sec et son traité). Il faut souligner que, contrairement au changement d'algorithme qui est un peu long à la détente et engendre une coupure de son, une modification de paramètre est très fluide, et ne provoque aucun artefact. La Space se prête donc très naturellement aux manipulations en live, c'est un vrai point fort.
- L'enregistrement d'un son modifié est tout simple, mais va obligatoirement écraser un preset usine, qu'il est possible de renommer. Il n'y a que des banques user pré-programmées, pas de banques en ROM.

Il faut souligner l'implémentation MIDI complète. Outre l'horloge MIDI, les messages Sysex pour archiver ses programmes sur ordinateur, chaque potard émet en MIDI à l'extérieur de la machine. Inversement, chaque paramètre peut être piloté en MIDI. C'est un truc à faire dans un séquenceur via l'automation, les paramètres apportant des modifs parfois vertigineuses et sans artéfact numérique. Un mode "Learn" est même présent. Cette implémentation MIDI nécessite un temps d'apprentissage, mais qui vaut la peine.


QUALITÉ SONORE

On se demande souvent s'il est bien raisonnable de mettre près de 500€ dans une pédale comportant 12 algorithmes.

La réponse est tout de même oui, pour plusieurs raisons:
- il y a peu d'algorithmes, mais ceux-ci sont tous très haut de gamme. Vous avez réellement ici le fleuron de chez Eventide, pas une déclinaison par le bas ou une concession sur les convertisseurs ou les algorithmes. Par contre, vous avez moins de paramètres modifiables, et un seul algorithme est utilisable simultanément. On se console en se disant que le nombre de personnes programmant vraiment un multi-effet est très faible, et que la pédale offre tout de même 11 paramètres à modifier. Certains potards permettent même d'en contrôler 2: un paramètre avant la position médiane, un après.
- la qualité de construction générale, la qualité des entrées et sorties audio.
- certains algorithmes très créatifs. Ici, on ne se contente pas d'embellir le son ou de cacher la misère, on rajoute quelque chose au son. C'est aussi un défaut: on n'est pas ici dans la réverb neutre, passe-partout, on est dans le sound design de haute volée. Bien sûr, on a des room, hall, stage...mais le principal intérêt, ce sont bien les effets de réverb plus originaux, plus destructeurs ou créatifs. Les voici résumés:

Hall: un algorithme de bonne qualité, sans personnalité marquante. Je pense qu'on peut trouver plus naturel chez TC ou Lexicon. Je retiens qu'on peut doser la réverb avec un EQ 3 bandes, permettant de faire des réverbs filtrées très drastiques.

Room: Cet algorithme-là est plus naturel. Il y a un paramètre permettant de doser les réflections courtes et celles de la pièce. Cela procure un résultat très crédible, sans aucun excès.

Plate: un algorithme qui simule une réverb à plaque. Rien de spécial à signaler, ça sonne tout simplement. Il m'est arrivé de lui trouver plus de qualité que la Hall, elle me semble moins brouillonne.

Spring: simulation de réverb à ressort. Là, on commence à toucher du doigt l'intérêt de la Space. Sur les réglages médians, on a un bon algorithme, crédible. Sur des valeurs plus extrêmes, voilà des effets plus délirants qui arrivent, produisant des effets de filtres en peigne ou des résonateurs drastiques.

Dual Verb: un algorithme qui mixe deux réverbs différents, qu'il est possible de doser individuellement. Il s'agit manifestement de reverbs de type Hall dotées du même algorithme, mais dont les paramètres peuvent bien sûr être différents. Depuis la dernière mise à jour, l'algorithme traite les entrées en double-mono en entrée et ne mélange plus les 2 entrées. C'est l'algorithme qu'il faut utiliser pour passer d'une réverb à une autre très différente, en live et sans artifice. Le résultat est très impressionnant.

Reverse: l'un de mes algorithmes préférés! Déjà, énorme qualité audio. Le son produit est une réverb inversée, qui se rapproche d'un délai dans le sens où les queue de réverb inversée se succèdent les unes après les autres, et sont synchronisables au tempo. Là encore, les réglages extrêmes produisent un son très barré.

ModEchoVerb: directement issu du H8000, cet algorithme est la combinaison d'une réverb "swept", d'un écho, d'un chorus ou d'un flanger. Le potard MIX permet de doser la reverb, ou le chorus, ou le flanger. Malgré cette combinaison très originale, on n'atteint pas de réglages extrêmes sur le chorus et le flanger qui restent assez mesuré. On aurait aimé plus de folie sur cet algorithme qui, par contre, saura se montrer mesuré.

Blackhole: c'est un algorithme aussi issu du H8000, très mis en avant par Eventide pour la sortie de la space, et pour cause: il est très impressionnant, très créatif. On a une impression de son qui s’engouffre dans le vide, avec une réverb très ample, très artificielle aussi. On peut inverser le paramètre "Gravity", ce qui "aspire" le son. Le tempo est précieux ici pour synchroniser les réflexions avec le tempo de la source audio. Du grand art.

Mangledverb: cet algorithme-là vient de l'éclipse. Il s'agit de faire une réverb avec une distortion. Un son très crunchy et agressif peut être atteint en utilisant un overdrive, un son plus mesuré peut être atteint avec un softclip (au choix.) A noter que seul le son réverbéré bénéficie de l'overdrive, la source restant pure. Utilisé avec parcimonie, cet algorithme peut donner l'impression qu'une voix soufflée répète l'entrée audio avec un delay paramétrable. Très confidentiel et orienté sound design, mais aussi original.

TremoloVerb: c'est une réverb modulée par un LFO. La queue de la réverb est mise en charpie par un LFO muni de plusieurs formes d'onde, ou par une enveloppe. Quand le LFO est réglé sur une signal aléatoire de type S/H, on a un dosage aléatoire et en synchro du son de reverb, dont la queue est coupé à chaque pas. Réglé sur une enveloppe courte, on a droit à une réverb de type Gate avec une queue coupé sous un certain niveau, un effet très utilisé dans les années 80 sur les caisses claires de la musique pop!

Dynaverb: cet algorithme issu de l'Eclipse est un peu le cousin germain du précédent, à la différence que la réverb est ici modulée par le signal entrant, et non par un LFO. Ainsi, un son dépassant un certain niveau sera bien réverbéré, un son plus faible n'aura pas d'effet, ou l'inverse (ce qui est encore plus rigolo: seul les sons faibles sont réverbérés)! Les réglages empruntent ceux du compresseur expander de la marque (Omnipressor).

Shimmer: terminons la revue par un algorithme star de chez Eventide. C'est une réverb (en est-ce bien une??) complètement décalée, inspirée par un harmoniseur. Le queue de réverb se voit rajouter des harmoniques, semblant créer des accords. Le touillage des paramètres produit des résultats imprévisibles et très, très barrés!

Après avoir expliqué tout cela, qui osera encore dire que cette pédale est très limitée?










AVIS GLOBAL

Je l'utilise depuis septembre 2011, et je l'ai achetée neuve, car introuvable d'occasion. Pour une raison bien compréhensible: ceux qui l'ont la gardent! Je m'en sers principalement sur des synthés analogiques.

J'aime beaucoup la qualité de construction, le côté sound design, certains algorithmes audacieux et psychés, la très grande qualité sonore de l'appareil (ses entrées/sorties audio ainsi que ses convertisseurs). Son implémentation MIDI est aussi une réussite, car très complète.

C'est une réverb qu'on osera franchement touiller en live pour donner le vertige à son auditoire. Elle excelle sur tous type de sources sonores, je l'utilise sur des voix, des synthés, des boucles audio...

Le reproche qu'on peut éventuellement lui faire, c'est qu'avec une pareille patte sonore, elle est reconnaissable entre 1000. On peut aussi lui reprocher son manque de naturel, on n'est pas ici dans la reproduction d'espaces naturels, mais plutôt dans la création de sons très bizarre, très abyssaux, des environnements qui n'existent pas dans la nature (en tous cas, pas sur Terre!)

Son prix n'est pas très démocratique, mais franchement, entre une réverb milieu de gamme à 300€ et cette space à 490€, je peux vous dire tout de suite quelle solution est meilleure que l'autre...

Elle ne s'appelle pas "Space" pour rien!