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Pédago
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Ces reprises qui ont éclipsé l’original - Le saviez-vous ? Ces morceaux cultes sont des reprises

Rédigé par un humain

Dans l’histoire de la musique, certains morceaux ont suivi une trajectoire étrange. Quand on les écoute, le riff, la voix, les arrangements... tout paraît évident : ce morceau appartient à cet artiste, à cette époque, à cette version précise. Jusqu’au jour où, en creusant par curiosité, on découvre la première plume derrière l’évidence. Parfois moins bien, méconnaissable, disparue sous le poids du succès de sa réinterprétation. Petite sélection non-exhaustive des plus belles reprises ou « dépossessions ».

Ces reprises qui ont éclipsé l’original : Le saviez-vous ? Ces morceaux cultes sont des reprises

Quand Johnny Cash trans­forme Hurt en testa­ment

À l’ori­gine, Hurt est un morceau de Nine Inch Nails, sorti en 1994. Un titre sombre, presque clinique, dans lequel Trent Reznor explore l’ad­dic­tion, l’au­to­des­truc­tion et la soli­tude. Une confes­sion brute, portée par une produc­tion abra­sive typique du rock indus­triel des années 90. Huit ans plus tard, Johnny Cash en propose une version radi­ca­le­ment diffé­rente.

Dépouillée, lente, presque fragile, sa reprise s’ins­crit dans la série des Ameri­can Recor­dings, produites par Rick Rubin. Cash a alors plus de 70 ans, une santé décli­nante, et une belle carrière qui prend douce­ment l’al­lure d’un souve­nir. Porté par sa voix, le morceau change de sens. Là où Reznor parlait d’une douleur intime et contem­po­raine, Cash donne l’im­pres­sion de regar­der sa vie, droit dans les yeux. Le clip, tourné peu avant sa mort, renforce encore cette lecture. Résul­tat : pour une large partie du public, Hurt est aujour­d’hui asso­cié à Johnny Cash. Et fait rare, Trent Reznor lui-même a reconnu que la chan­son lui avait “échappé”. 

 

The Clash : du rock 60’s à l’hymne punk

“I fought the law and the law won”, chan­tait Joe Strum­mer. Cette chan­son, premier succès outre-Atlan­tique du groupe londo­nien The Clash, ils ne l’ont pour­tant pas écrite. À l’ori­gine, c’est Sonny Curtis qui l’en­re­gistre dans les années 60 avec les Crickets, le groupe asso­cié à Buddy Holly. Une chan­son effi­cace, dans la tradi­tion rock’n’­roll de l’époque, mais sans véri­table explo­sion.

Tout change en 1979, quand The Clash la reprennent. Ils tombent sur le morceau via un juke­box, en écou­tant la version de Bobby Fuller (l’his­toire d’une reprise, d’une reprise, d’une repri­se…) Le tempo est accé­léré, le son plus corro­sif, l’in­ter­pré­ta­tion devient plus tendue. Le morceau s’ins­crit parfai­te­ment dans l’es­thé­tique punk : direct, nerveux, sans fiori­tures. Mais surtout, il prend une dimen­sion poli­tique et géné­ra­tion­nelle que l’ori­gi­nal n’avait pas.

Eric Clap­ton et l’art de rendre un morceau univer­sel

C’est l’his­toire d’une chan­son ambi­guë. Un hit anti-dope, mais que l’on a du mal à comprendre comme tel lorsqu’elle est popu­la­ri­sée par Eric Clap­ton. À l’ori­gine, la chan­son est écrite et enre­gis­trée en 1976 par J. J. Cale. Grand bonhomme égale­ment, mais plus discret. Dans ses morceau, Cale déve­loppe un style très person­nel, fait de noncha­lance, de groove feutré et d’ar­ran­ge­ments mini­ma­listes. Sa version de Cocaine est à son image, portée davan­tage par le feeling que par la démons­tra­tion.

Un an plus tard, Eric Clap­ton s’em­pare du morceau. Sans en modi­fier profon­dé­ment la struc­ture, il en change radi­ca­le­ment la portée. Le son est plus dense, la guitare plus tran­chante, le riff devient central. Là où Cale suggé­rait, Clap­ton affirme. La produc­tion, plus ample et plus directe, inscrit le morceau dans une esthé­tique rock taillée pour la scène et la radio.

 Björk : trans­for­mer une chan­son rétro en OVNI pop

Quand Björk sort It’s Oh So Quiet en 1995, le contraste est total. Alter­nance de chucho­te­ments et d’ex­plo­sions vocales, orches­tra­tion big band, clip entiè­re­ment choré­gra­phié signé Spike Jonze : tout est pensé pour jouer sur la rupture. Le calme, puis la défla­gra­tion. L’in­time, puis le spec­ta­cu­laire. Une méca­nique milli­mé­trée, presque exces­sive, qui devient immé­dia­te­ment mémo­rable.

Mais la chan­son n’est pas nouvelle. Elle est popu­la­ri­sée dans les années 50 par Betty Hutton, dans un registre beau­coup plus sage, proche des stan­dards de comé­die musi­cale de l’époque. Une inter­pré­ta­tion enjouée, maîtri­sée, mais encore inscrite dans un cadre très codi­fié. Björk ne se contente pas de la remettre au goût du jour. Elle la pousse dans ses retran­che­ments. Elle en exagère les dyna­miques, trans­forme la struc­ture même du morceau en terrain de jeu. Là où l’ori­gi­nal restait dans la mesure, elle fait du débor­de­ment une signa­ture.

 Si ces versions ont pris le dessus, ce n’est pas seule­ment une ques­tion de noto­riété. À chaque fois, la reprise arrive à un moment précis, et surtout, elle apporte autre chose. Une nouvelle lecture, un nouveau contexte, parfois même une nouvelle signi­fi­ca­tion. Johnny Cash trans­forme une confes­sion en épitaphe. Les Clash injectent du punk dans un stan­dard rock. Björk pousse une chan­son jusqu’à l’ab­surde. Dans ces cas-là, la reprise ne remplace pas simple­ment l’ori­gi­nale. Elle devient la version que l’on retient, celle que la mémoire collec­tive enre­gistre. Comme si, parfois, une chan­son avait besoin d’une seconde vie pour deve­nir elle-même.

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