Baloran The River
+
Baloran The River

The River, Clavier synthétiseur analogique de la marque Baloran.

  • Augmenter ou diminuer la taille du texte
  • Imprimer
Pulsophonic 29/12/2017

Baloran The River : l'avis de Pulsophonic

« La renaissance du plaisir de découvrir une machine »
5

  • J'aime
  • Tweet
  • Partager
  • Mail
Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Les utilisateurs avertis
Bonjour,

Je poste cet avis suite à l'essai pendant 2-3 heures de la machine chez son propriétaire, Messire Baloran.

J'avais plutôt un apriori favorable quand à la machine puisque j'avais vu et entendu sur le net beaucoup de démos qui m'avaient enthousiasmé et étant moi-même l'heureux possesseur d'un Triko de la même marque, je savais quelle était la qualité des produits Baloran.

J'avais tout de même quelques interrogations quand à l'ergonomie qui m'inquiétait un peu avec ses petits écrans et son système de gestion clavier intégré appelé "The river key". J'étais aussi très curieux à propos du son car écouter des démos sur le net, et jouer d'un clavier n'est pas du tout la même chose, car le ressenti du musicien sur le clavier est pour moi tout aussi important que le son en lui-même.

Je vais commencer par le début, son apparence.

Ce clavier quand on le voit en vrai en impose. Large, haut, profond, "costaud", on se dit qu'il en a dans le ventre.
Sur la gauche se trouve The River Key, outil de gestion du clavier, des layers, des arpégiateurs... avec son système qu'on pourrait appeler "Click and Push" puisqu'il y a un seul bouton qu'il faut actionner pour ensuite appuyer sur une touche du clavier pour faire appel à une fonction. Très rapide comme système.
Mais comment se souvenir de tous les raccourcis sur le clavier ? Pas de soucis, le maitre des lieux a pensé à un bandeau magnétique que l'on pose au dessus du clavier et qui sert d'aide mémoire (et qui ressemble à un ribbon controler). Et pour ceux qui préfèrent la navigation par écran, le petit écran de gauche sert à la gestion de l'ensemble et à l'affichage des valeurs (type d'arpégiateur, layers, etc etc). L'écran est petit mais avec une très bonne résolution et un contraste élevé. Tout y est clair. Rien à voir avec une Elektron et son écran brûlant les yeux...
Sur le centre se trouve le système de gestion des parties et du Triko. L'écran au bas permet aussi de voir les valeurs modifiées et le nom des presets et bien d'autres choses.
Sur la droite se trouvent les potards et autres boutons de sélection des modulations, etc etc...

A ce sujet, les boutons répondent parfaitement bien à la pression, et les potards rotatifs sont nets et précis. L'échelle de précision est grande avec par exemple pour l'ouverture du filtre une étendue qui va de 0 à 400 !!! Tous les potards n'ont pas une telle étendue mais ceux dont l'aspect musical l'exige sont pourvus de grandes échelles de valeurs (cela change des 128 escaliers habituels ou un peu plus chez Dave Smith).
Le contact aluminium des boutons est très agréable.

Agréable l'est aussi le clavier, un Fatar haut de gamme vraiment fantastique. L'aftertouch et la vélocité répondent parfaitement bien et sont parfaitement calibrés pour le moteur audio.

Venons en au son justement. Comment dire...

En fait, il y a longtemps qu'un synthé ne m'avait pas autant enthousiasmé. J'ai découvert une machine au son très puissant, une présence incroyable, une musicalité proche d'un instrument acoustique (et je sais de quoi je parle en écrivant ceci).
Je dirais que nous avons là un savant mélange entre la puissance sonore d'un memorymoog, la présence d'un oberheim 4 voix et l'expressivité d'un CS80. La dernière fois que mes oreilles ont été caressées à ce point, c'était lors de l'essai d'un Polykobol RSF mais je n'avais pas trop osé le titiller de peur de le mettre en panne car je sais qu'ils sont fragiles et capricieux.
Chose suffisamment rare pour le préciser, en passant les presets, je me suis attardé sur quasiment chacun d'entre eux. Chaque preset a sa propre valeur musicale, on a l'impression qu'on pourrait faire un titre avec chacun d'entre eux.
Même si la filiation avec son ancêtre Moog Source est présente, The river est beaucoup plus versatile et permet d'aller faire des sons impossibles à faire avec un Moog Source "polyphonique". J'ai adoré certains pianos synthétiques d'une pure beauté, j'ai été étonné de la puissance de certaines basses, je suis resté sans voix devant des cloches puissantes mais sans être agressives.
J'ai été étonné de voir que certains sons de nappes étaient fait à base d'une synchro entre oscillateurs qui généralement font des sons plutôt agressifs.
Il y a aussi des sons d'orgues liturgiques tout à fait convaincants et très puissants, des sons d'orgues de cinéma très inspirants.
Les sons de nappes ou de "strings" qui se payent le luxe d'avoir un tri-chorus à bord sont eux aussi fantastiques.
Et ce qui m'a encore plus marqué, c'est la capacité de chaque son à être bon de l'extreme grave à l'extreme aigu. Je crois que c'est une sensation que je n'avais jamais autant ressenti que sur ce synthé.

J'ai aussi touché les potards, on arrive assez rapidement à ce que l'on veut même si la voix suave du chef des lieux m'a parfois susurré quelques conseils d'ergonomie afin de m'aider dans ma quête. Evidemment, il faut le dire, c'est un synthé qui demande un minimum d'apprentissage mais on est loin d'un Andromeda (que j'aime aussi). Et de toute façon, faire l'apprentissage de ce synthé reste un pur plaisir.

Enfin, au delà du son extraordinaire que produit ce synthé, c'est aussi et surtout sa musicalité qui m'ont séduit. En tant que musicien classique, j'aime avoir un instrument qui réponde convenablement à mon jeu et ce fût le cas avec beaucoup de brio. Le clavier répond bien, la dynamique est grande, il n'y a absolument aucune latence dans le jeu (ce qui n'est pas le cas de tous les synthèses même récents).
Le potard expression très bien pensé permet d'accentuer tout cela.
La vitesse de relâchement est aussi incontournable quand on veut être expressifs avec des nappes par exemple. Vous relâchez vite les touches, le release est faible, mais si vous relâchez lentement les touches, le release augmente. Bien vu.

Le filtre a une musicalité fantastique, sa résonance peut bien gratter le spectre si on la pousse à fond mais quoi qu'il en soit, même si c'est hyper pêchu, ce n'est jamais agressif.

Enfin, ce que j'ai trouvé de passionnant puisque j'ai eu la chance d'avoir les explications par le géniteur du gros bébé, c'est les choix esthétiques assumés.
Pour exemple, il y a 2 LFO dans le synthé, le Digital LFO et le Analog LFO. Et bien le LFO analogique n'est pas synchronisable entre les voix. Ceci afin d'avoir un rendu final plus aléatoire et au final, plus acoustique je dirais (le terme acoustique est de moi).
Ce qui au final donne à cette machine ce coté organique, ce coté vivant et je dirais même plus ce coté vintage qu'il manque souvent aux néo-analos.
Ce n'est pas le cas avec The River, si on ferme les yeux, on peut parfois avoir l'impression d'avoir un synthé des années 70 sous les doigts. Etonnant !!!

Bien sur, vous l'aurez compris, j'ai passé commande...

Je préciserai cet avis quand je l'aurai en ma possession, d'ici quelques longs mois qui me permettront de mettre les sous de coté, car comme vous le savez, il coute aux environs de 5000 euros, mais très honnêtement, je trouve au final le prix plus que correct quand on prend en compte :

-Le son
-La musicalité
-La polyphonie bien gérée (et multitimbrale)
-Le superbe clavier
-La machine en elle-même en acier avec les bords en bois et sans ventilateur (important de le préciser)
et de façon plus subjective quand on sait l'investissement du savant fou qui l'a conçu et le construit de ses petites mains.

Bravo, merci et longue vie à Baloran