pixie42 19/05/2020

Behringer DeepMind 12 : l'avis de pixie42

« Juno sous stéroïdes »
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Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Tout public
j'ai longtemps hésité avant de rendre mon avis sur ce synthé, tant de choses ont déjà été écrites et débattu ad nauseam. Le point Godwin du synthé est franchi dès que le cas Behringer est évoqué, et ça en devient complètement ridicule. Honteux même, vu la qualité habituelle des posts de ce forum. Par moment on se croirait sur jeuxvideo.com avec des gamins indignés parce que le journaliste a mis une note trop faible ou trop élevée à un Call of Duty cristalisant les attentes.

Ce que j'ai à dire de cette machine, c'est que je la considère comme le digne et légitime successeur de la série mythique des Juno analogiques. Ca n'engage que mon point de vue, mais il en reprend tous les concepts : le type de sonorités, l'interface et même son accessibilité financière. Une grosse claque à l'arrière goût d'humiliation pour les Juno DS, D, et Gi que Roland a pondu ces dernières années. Quelque part, je trouve ça triste que Roland ne soit pas capable de réinventer les machines qui ont construit son mythe. En attendant, pour faire revivre l'héritage des machines d'antan, je trouve que Uli Behringer est plus qu'à la hauteur. Indépendemment, bien sûr, du débat moral et juridique dont on ne peut pas faire l'économie.

Le Deepmind est une machine de bonne qualité, où rien n'est au rabais, son touché et sa manipulation sont gratifiants. Rien ne laisse suspecter un premier prix ou une entrée de gamme. Le toucher du clavier avec aftertouch est bien meilleur que celui d'un Nordlead par exemple. J'aime le poids et la densité surprenante de ce synthé petit gabarit. Les flancs en bois ne font pas cheap comme je le redoutais. Dire que c'est un synthé de débutant et que le vrai synthésiste ferait mieux de s'orienter vers un Prophet 6 ou un OB-6 est un peu condescendant. la seule chose de sûre, c'est que le deepmind est idéal pour un débutant qui souhaite découvrir la synthèse analogique à un prix raisonnable. Quant aux autres : pros, semi pros ou hobbyists éclairés, je vois absolument aucune raison objective de ne pas s'y intéresser.

Quant à sa palette sonore. Tous les sons classiques des machines analogiques sont à portée de faders. Un circuit de synthèse analogique simple et efficace: 2 oscillos, 2 LFO , 3 enveloppes et un bon gros filtre passe bas permettent de taquiner de la synthèse soustractive en allant directement à l'essentiel.
Au delà de cette simplicité conceptuelle, il y a une matrice de modulation qui pimente les choses mais surtout un quadruple processeur d'effets de compétion qui ouvre la boîte de Pandore et laisse entrevoir des perspectives inenvisageables pour un analo d'époque. Le processeur d'effets est largement au niveau de celui d'un Virus Ti.

Le caractère ou le grain de cette machine n'est pas spécialement marqué, il a un timbre pour moi assez caméléon avec un ADN définitivement Roland. Le filtre sans doute. J'ai possédé 2 juno 106 et j'ai toujours un Roland JX10 avec lequel je souhaite être enterré. Ce DM12 me rappelle furieusement ces 2 machines. Au passage, on peut largement se passer des presets d'origines pour installer les banks de Geosynth qui rendent vraiment justice à cette machine.

Le DM12 n'est pas exempt de défauts : pas de saw en 2ème oscillo, pas de bitimbralité, mais honnêtement au vu de son prix et de la somme de toutes ses qualités, il reste imbattable. Le reste n'est que subjectivité. Jouer sur ce synthé me rend simplement heureux, malgré plus de 30 ans passés à acheter et revendre des syntés, et un home studio bien fourni en claviers. Aucune raison de jouer les blasés avec ce DM12. c'est un bel instrument avec des sonorités inspirantes et un héritage sonore Roland qui me séduit. D'autres musiciens n'accrochent pas avec cette machine et je respecte entièrement leur point de vue. Les synthés sont comme les goûts musicaux. On est pas obligé de les partager. C'est même rarement le cas d'ailleurs.

En conclusion je dirais que ce DM12 est pour moi un synthétiseur déjà culte au même titre qu'un Juno 106 et pour exactement les mêmes raisons. Le 106 était en 1984 la première machine à proposer une polyphonie de six voix avec une implémentation midi complète, et en bonus des mémoires de presets, le tout pour 1000$. Révolutionnaire dans le contexte de l'époque où il était très rare pour un musicien d'avoir les moyens de se payer un Jupiter 8, un Prophet 5 ou un OB-8. Les Junos 106 et 60 étaient considérés comme une alternative accessible à ces monstres polyphoniques. Accessible faute d'être bon marché, parce que 1000$ en 1984 ça piquait un peu quand même. Aujourd'hui, seul Behringer renouvelle cet exploit avec son entrée dans le monde de l'analo polyphonique. Pour ma part j'espère que ce n'est qu'un début.