Dis moi ce que tu lis.
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Nantho Valentine
sonicsnap
Sinon, ça me rappelle que j'ai chez moi "Psychotic Reactions", recueil d'articles de Lester Bangs que j'ai commencé il y a longtemps sans aller au bout. Il faudra que j'y revienne. Par contre, le concernant, j'ai toujours eu du mal à accepter qu'il ait été assez "courte-vue" pour casser "Kick Out The Jams" de MC5, même s'il a rétropédalé en catastrophe par la suite, et pire, pour avoir flingué et moqué "SF Sorrow" des Pretty Things, ce qui outrepasse pour moi les limites du tolérable!
[ Dernière édition du message le 09/11/2025 à 17:29:10 ]
Polaroil
Je ne suis pas forcément fan de Bangs, le gonzo a forcément une part d’excès qui peut saoûler
"And in the end, the love you take is equal to the love you make"
sonicsnap
Claude Debussy - Monsieuur Croche (collection "L'Imaginaire" - Gallimard)
A la librairie, j'avais laissé ce livre de coté, le croyant destiné à un public très averti disons. Or que non! C'est lisible par tout le monde.
Il s'agit d'un recueil des chroniques et articles que Debussy a publié dans la presse de 1901 à 1917, initialement sous le pseudonyme de "Monsieur Croche". On y trouve aussi, à la fin des interviews donnés par le maître sur la même période.
Pas le moindre jargon. Le langage est limpide. Des esprits chagrins ont reproché à Debussy une certaine "paresse stylistique". Ça se discute sans doute et c'est de toutes façons largement compensé par la clarté du discours et un sens aigu de la formule qui fait mouche, ce qui rend la prose du musicien très agréable à lire et souvent savoureuse.
On a donc un intéressant aperçu de la vie musicale essentiellement parisienne de la belle époque, telle que vue par le compositeur. On notera qu'il y est souvent question des Concerts Colonne, où il semble être plus assidu qu'ailleurs. Ceci et des sujets d'ordre général sur la musique de son temps.
Dans l'ensemble, Debussy a la "dent assez dure" et se montre sarcastique plus souvent qu'à son tour. En général, il traite les interprètes avec plus d'aménité que les compositeurs. Mais ses discours sont toujours très argumentés.
Dans les interviews, il parle de ses propres travaux sans excès d'orgueil.
En lisant ce livre, je me suis remémoré une anecdote racontée par le compositeur d'avant-garde Edgard Varèse: Tout jeune encore, il s'était trouvé appelé à rencontrer Claude Debussy alors au faîte de sa gloire. Il était un peu inquiet car on lui avait dit que ce dernier était un ours. Or en fait, à son agréable surprise, selon ses propres termes Debussy s'était avéré être l'homme le plus "déboutonné" auquel il ait eu affaire. S'en est suivit entre les deux hommes une amitié épistolaire qui ne s'est jamais démentie. C'est bien ce Debussy que l'on rencontre au fil des pages de ce livre.
Du coup, je sens que je vais me laisser tenter par la correspondance de Claude Debussy, un énorme bouquin qui me semblait intimidant, mais qui à ce stade me fait fort envie..
Bon, au cas où vous ne l'auriez pas deviné, je suis un admirateur assez passionné du grand Claude-Achille!
[ Dernière édition du message le 16/11/2025 à 22:23:21 ]
sonicsnap
sonicsnap
Michel Odoul "Dis Moi Où Tu As Mal, Je Te Dirai Pourquoi - Les Cris Du Corps Sont Les Messages De L'Ame - Eléments De Psycho-Energétique" (Albin Michel, 270 pages).
Au début du livre, j'ai cru à une volonté de rapprocher les thérapeutiques orientale et occidentale. En fait il s'agit plutôt d'une approche philosophique du mal et de la douleur selon les principes du yin et du yang. Le point d'orgue du livre se trouve page 57: "(...) si nous "acceptons" la douleur dans sa signification, si même nous l'anticipons et évitons ainsi qu'elle ait besoin de se produire, le processus de libération peut alors s'enclencher. Il se manifestera par une délivrance physique, matérielle de la souffrance, et sera véritablement ressenti comme une "libération", voire comme un "miracle"". Ce principe est soutenu par un schéma qui semble cohérent mais pour l'acceptation duquel il faut une bonne dose d'ouverture d'esprit si on a été formé toute sa vie aux principes cartésiens de la médecine occidentale. La troisième partie fait logiquement un tour d'horizon de tous les lieux du corps pouvant être endoloris et ce que ces douleurs signifient selon leur emplacement. A titre personnel, je ne sais pas si cette connaissance suffit à calmer les maux et encore moins à régler les origines physique de ces douleurs, mais qu'on y croie ou pas, on ne peut nier que tout ça est fort ingénieux, et toujours intéressant à découvrir..
eklektik38
Ravi que les 2 livres t'aient plu. Pour le dernier, vu que je passe par une période difficile concernant ma santé, je pense qu'il est temps que je le retrouve et que je le lise, meme si j'ai d'autres livres qui parlent de la connexion Emotions - Douleurs - Sens , celui de Michel Odoul est connu pour être une référence, du moins en France, sur le sujet. Pour info, beaucoup de choses sont basées sur la medecine orientale en generale, et la medicine chinoise en particulier, vielle de 2300 ans ou plus, et pratiquée encore aujourd'hui en Chine en complément a la médicine occidentale.
J'en profites pour parler du livre que je lis en ce moment. Vu le temps que je passe a la maison, j'ai entamé une biographie sur Philip K. Dick, retrouvee grace a un topic sur la SF sur le forum AF. Etant fan de l'auteur, et ayant lu que c'etait une des biographie les plus fiables sur cet auteur mysterieux aux milles facettes, je ne peux que confirmer l'enthousiasme de passer les pages et les histoires, et comprendre la complexite du personnage a travers son enfance, ses personnages et le genie de ses nouvelles et romans, qui trouvait tant bien que mal un public dans une section de l'edition difficile de la SF des annees 40, 50 et 60, qui represente pourtant l'age d'or de ce style.
Le livre s'appelle Invasions Divines, ecrit par Lawrence Sutin. C'est juste un regal tellement c'est croustillant, et les faits racontes s'enchainent super bien.
Je reviens vers vous des que je le finirai, avec plus de details.
Polaroil
Sa passion l’a amené à interviewer les stars les plus inaccessible du folk-rock avant ses 16 ans, partir en tournée avec les Allman Brothers et les Eagles, Bowie, littéralement habiter avec eux..
Ceci est fondu dans son histoire familiale, racontée de façon tendre et humoristique, notamment sa relation avec sa mère qui visiblement n’était pas n’importe qui.
Plongée dans une époque très rock, un récit plaisant, instructif, drôle avec énormément d’anecdotes intimes sur les artistes, sans voyeurisme ni name-dropping aucun.
Recommandé
"And in the end, the love you take is equal to the love you make"
Soot_and_Stars
En 1976, mon père a rouvert la maison qu’il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans.
À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux.
Une maison peuplée de récits, où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle, mais aussi Marguerite, ma grand-mère, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes qui ont gravité autour d’elles.
Toutes et tous ont marqué la maison et ont été progressivement effacés. J’ai tenté de les ramener à la lumière pour comprendre ce qui a pu être leur histoire, et son ombre portée sur la nôtre.
J'ai lu le premier tiers, ça me plait beaucoup!
knult

merci Père Noël
https://closedmouth19.bandcamp.com/
https://le-grand-heritage.fr/
sonicsnap
Ça y'est, je suis arrivé au bout du pavé (2300 pages). Ça m'a tenu en haleine plus de deux mois, d'autant qu'il faut absolument lire toutes les nombreuses et longues notes de bas de page si on veut comprendre de quoi il retourne. Mais c'est passionnant: Mieux qu'une biographie, on voit le maître, ses proches et ses relations vivre quasiment au jour le jour. On suit avec bonheur ses échanges avec de nombreux compositeurs, musiciens, artistes et toutes sortes de personnalités de son temps dit "La Belle Epoque".
Jamais je ne me suis ennuyé, à part peut-être, toutes proportions gardées, quelques dizaines de pages où le héros envoie des lettres d'amour à sa première femme. Mais la prose de Debussy est très agréable à lire. Non seulement il écrit en général dans un beau français, mais il montre souvent qu'il ne manque pas d'esprit. A ce titre, ses échanges avec, par exemple, l'écrivain Pierre Louÿs, qui en a beaucoup aussi, sont particulièrement savoureux.
Pour le reste, il apparait que le compositeur n'a pas eu une existence facile. Par exemple, toute sa vie, il a été assailli et tourmenté par les problèmes d'argent, empruntant à l'un pour rendre à l'autre. A la fin de ses jours, il était couvert de dettes et dans une situation catastrophique.
Dans un sens, on peut lui en faire hommage. En effet, il lui aurait été facile de très bien gagner sa vie en écrivant à la petite semaine des "wagnéries" à la mode, ce qui aurait été largement dans ses cordes et ne lui aurait pas donné grand souci. Mais il avait une idée bien trop haute de son art pour le trahir ainsi, et, extrêmement perfectionniste, il ne fournissait son éditeur en nouveautés qu'au compte goutte demandant sans cesse des délais supplémentaires. Sa foi en la déesse musique était vraiment absolue et il ne supportait d'ailleurs pas de la voir maltraitée par d'autres (selon son idée, bien sûr). Et tout au long du livre, on suit l'éclosion de ses chefs d'œuvres, pas à pas.
Par ailleurs, Debussy ne collectionnait pas les amis très proches et il en a perdu un certain nombre qui ont été choqués de la manière assez légère avec laquelle il a géré ses affaires matrimoniales, notamment lorsqu'il a quitté sans façons sa première femme pour la seconde, opération qui lui coûtera très cher à tous points de vue.
Malgré ceci, qu'on peut mettre sur le compte d'une maladresse un peu infantile, Debussy est un homme plutôt sympathique, entier, qui peut se montrer souvent attendrissant..
Bien sûr, ce livre contient bien d'autres choses intéressantes que je ne peux en dire ici. Au total, c'est une chance pour les admirateurs du maître qu'il se soit trouvé être un compositeur épistolier. Ce bouquin est une somme d'informations, beaucoup plus facile et haletant à lire qu'on pourrait le croire avant de l'ouvrir.
Je ne crois pas avoir perdu mon temps!
[ Dernière édition du message le 13/02/2026 à 09:04:09 ]
knult
très drôle
https://closedmouth19.bandcamp.com/
https://le-grand-heritage.fr/
Neveud
rien ne nous est inconnu / nous savions dès le début / nous ferions cette erreur
c'est inscrit dans notre vie / nous l'avons presque choisi / pourquoi en avoir peur ?
[ Dernière édition du message le 13/02/2026 à 19:55:28 ]
sonicsnap
knult > Il faudra que je voie ça, j'aime beaucoup Fab Caro.
Polaroil
Plus distrayant et intéressant que l’un pourrait le croire, grâce au talent de l’auteur
"And in the end, the love you take is equal to the love you make"
[ Dernière édition du message le 13/02/2026 à 21:21:12 ]
knult
https://closedmouth19.bandcamp.com/
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birdbrain
Emile Gaboriau - Un précurseur du polar
Plutôt que de lire des thrillers préfabriqués, revenez aux origines du roman policier à la française avec Emile Gaboriau !
Les rayonnages de nos librairies sont continuellement recouverts des oeuvres palpitantes de « la reine du crime » ou du dernier polar sanglant « venu du froid ». Alors qu’on ne distingue plus guère le génie dans ces crimes pléthoriques, quel plaisir de redécouvrir les intrigues du « père du roman policier ». Emile Gaboriau invente le roman policier en plein mouvement naturaliste français. Exemple avec L’Affaire Lerouge, une enquête minutieuse à mi-chemin entre un roman d’Eugène Sue et une enquête du Commissaire Maigret, parue au XIXe siècle.
Le détective français qui inspirera Sherlock Holmes
L’Affaire Lerouge est le premier roman policier d’Emile Gaboriau. C’est dans le journal Le Pays qu’il est d’abord publié en feuilleton, en 1865. Mais c’est en 1866, remanié, qu’il apporte la reconnaissance à son créateur, publiée cette fois dans Le Soleil. Oeuvre majeure du roman policier français, L’Affaire Lerouge introduit sur scène le premier vrai fin limier de la littérature, le détective Lecoq. Ce privé en inspira bien d’autres, en premier lieu Sherlock Holmes. Lecoq interviendra dans cinq autres romans, parmi eux Le Crime d’Orcival ; l’homme enquête avec malice et finesse, une première pour ce type de personnage.
Lecteur d’Edgar Allan Poe, Gaboriau construit son intrigue à partir d’un sordide fait divers qui s’est déroulé en 1865. Dans une ambiance parisienne et provinciale proche des romans classiques de son époque, le récit met aux prises des personnages que l’on pourrait croire extirpés de La Comédie Humaine et transférés sur une scène de théâtre de boulevard, meurtre en sus. Le crime est on ne peut plus simple : une femme isolée et en retour d’âge, la veuve Lerouge, est assassinée chez elle, emportant dans la tombe le secret de son aisance financière et de ses visiteurs mystérieux.
Sur le banc des accusés : le fils bâtard d’un aristocrate hautain et dur et son frère, légitime et lésé. Dans le rôle des justiciers : un procureur aux prises avec sa conscience par rapport au coupable idéal, un enquêteur affûté et curieux et enfin un limier, portrait croisé de Jean Valjean et Hercule Poirot, tant ses petites cellules grises sont en activité permanente. Tabaret, surnommé Tirauclair, connaît Paris et ses anonymes comme sa poche. Il enquête pour se divertir et affectionne l’exercice intellectuel que représente pour lui l’éclatement de la vérité et de la justice.
Le triomphe des petites cellules grises sans test ADN
L’avantage de toute cette galerie de portraits, c’est qu’aucun d’eux n’est un archétype puisqu’il est le premier de son genre. Dans une ambiance sombre, parfois feutrée, à cheval ou à pied, les enquêteurs sont d’autant plus valeureux qu’ils exercent la méthode déductive de l’enquête criminelle sans connaître l’empreinte digitale, le bornage du smartphone et les giclées de sang sur toute la scène de crime. Gaboriau, ancien journaliste de son état, s’appuie sur les réalités de la médecine légale qui lui sont contemporaines, mais encore balbutiantes. Penché sur plusieurs microcosmes sociaux – ici une étude d’avocat, un appartement bourgeois, une ville de province… Gaboriau est le Zola du crime.
Notre ancien hussard d’Afrique et clerc de notaire épaissit sans hésiter chacun de ses protagonistes, et les dote d’une intensité psychologique indéniable. Inévitable s’il veut voir son crime résolu ! Pas d’autre choix que l’observation à la loupe, l’intuition et la logique pour confondre le coupable, l’enquête de terrain pour examiner les mobiles. Si le crime est simple, la construction de l’intrigue n’est pas simpliste, elle se paye même le luxe des retournements de situation. Le narrateur omniscient ne s’amuse pas à nous donner toutes les cartes pour jouer au petit détective, mais il nous plonge dans les méandres psychiques et moraux des suspects et des justiciers. La plume d’Emile fera date : son style influencera les « maîtres du suspense » de la première partie du XXe siècle.
Hélas pour le lecteur qui cherche de l’authentique roman noir, Emile Gaboriau n’a pu nous laisser qu’une œuvre légère en quantité : né en 1832, il meurt en 1873 à cause d’une santé fragile. Cet ancien secrétaire de Paul Féval a, selon les mots du critique littéraire spécialiste du roman policier, traducteur et auteur de romans policiers français Michel Lebrun, « lancé le roman policier, et il l’a lancé loin. »
Les murs ont des oreilles mais les oreilles ont des murs. / So many books, so little time (Frank Zappa).
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