Roland JUNO-6
+
Roland JUNO-6

JUNO-6, Clavier synthétiseur analogique de la marque Roland appartenant à la série Juno.

kosmix 27/10/2019

Roland JUNO-6 : l'avis de kosmix

« Nostalgie de la première moitié des années 80 »
5

  • J'aime
  • Tweet
  • Partager
  • Mail
Rapport qualité/prix : Mauvais Cible : Tout public
Introduction :

Que dire de la première série des Junos (6/60/106) ? Synthés analogiques polyphoniques "petits budgets" (en comparaison des Jupiters et autres "gros polys" contemporains) tellement connus et largement utilisés dans la première moitié des années 80, tombés en désuétude à l'arrivée des premiers numériques (DX-7, M1 et D-50) puis rapidement revenus sur le devant de la scène lors de l'explosion de la techno (oui on disait ça à l'époque) dans les années 90 pour finalement devenir mythiques, cultes et incontournables pour qui apprécie à la fois les années 80 et l'analogique.
En ce qui me concerne le(s) Juno fait partie de mes premiers amours en matière de synthétiseurs. Quand j'ai commencé la musique dans les années 90 (donc quand les musiques électroniques ont à l'époque littéralement déferlé dans le paysage culturel musical) alors que de légendaires synthés comme le Jupiter-8 étaient totalement inaccessibles (et d'ailleurs c'est toujours le cas), mes rêves se portaient vers les Junos pour les analogiques et le D-50 pour les numériques. Inutile de vous préciser que pour moi, alors débutant dans le monde de l'électronique, Roland c'était le Boss - huhu vous avez compris ? Humour de zicos :-)
J'ai donc d'abord possédé un Juno-106, choix évident d'une part pour les mémoires (128 c'est plutôt pas mal) et surtout pour son interface MIDI (simplissime certes mais indispensable pour moi à l'époque). Il est malheureusement tombé en panne (maladie aujourd'hui ultra-connue des voix qui meurent, mais à l'époque il n'y avait pas internet...) et je l'ai donc revendu en l'état. Remplacé par le D-50 (mon deuxième choix, celui-là je le possède toujours mais c'est une autre histoire) c'est des années plus tard que je rachetais un Juno, 6 celui-là. Non pas que le 60 ne m'intéressa point (il a de sérieux avantages tout en restant quasiment le même synthé) mais j'avais là l'occasion d'acquérir un synthé en très bon état et MIDIfié. Il est important, quand on achète un synthé qui a 20 ou 30 ans, de s'assurer que celui-ci a été bien traité et se trouve donc dans un état qui garantira (du moins on peut l'espérer) un bon fonctionnement et peu de maintenance/réparations. Car le matériel électronique "vintage" est coûteux non seulement à l'achat mais aussi à l'entretien voire pour certains à la remise en état.
Du coup le mien est irréprochable esthétiquement et fonctionne convenablement si l'on excepte quelques petites bricoles que j'aborderai plus tard car il est temps de répondre aux questions types d'AudioFanzine :-D

Pour quels styles de musique et dans quel contexte (studio, concert, etc.) utilisez-vous ce synthétiseur ?
Musique classique (quatuor à cordes). Mais non, électro bien-sûr (transe-goa old school) ! Mais aussi new-wave/coldwave et le Juno excelle dans ces domaines. Pour l'électro les basses du Juno (et son fameux chorus) sont une valeur sûre mais on peut également l'utiliser pour des nappes (cependant assez simples, le Juno n'est pas un monstre de synthèse et se montre incapable de faire des sons très complexes), des leads (même si ce n'est pas sa spécialité) et aussi des arpèges/séquences. Les FX c'est pas trop son truc, en même temps c'est un poly et pour les drones et compagnie plein de petits monos sont tout à fait adaptés.

Vous semble-t-il solide et bien fini ?
Oui, absolument. Le châssis est en bois (fond et flancs) et le panneau de commandes en métal. Pour avoir également eu un 106 je trouve que le 6 fait moins "plastoc" mais surtout il n'est pas rempli de composants au rabais et à ce niveau là il se révèle bien plus durable dans le temps. Malgré l'état très bon du mien à son achat j'ai quand-même des craquements de potentiomètres régulièrement, ce qui est normal car ils sont d'origine et mon utilisation n'est pas intensive, et j'ai dû faire un peu de maintenance au niveau d'un rhéostat particulier qui accorde les oscillateurs : il a un cœur en graphite et ce dernier s'effrite et peut se casser. Du coup le mien en a perdu un petit bout mais en le retournant j'ai pu continuer à l'utiliser (heureusement car ce type de pièce est très difficile à se procurer). Mon exemplaire nécessite un léger ré-accordage de temps en temps (un comble pour un synthé à DCO !) c'est peut-être dû à ce composant... Sinon le noise a perdu en volume, ce qui me dérange assez peu finalement car je ne l'utilise quasiment pas mais je pense que dans un futur proche mon Juno aura droit à une petite révision.

Sa prise en main et son ergonomie sont-elles simples ?
Oui sa prise en main est immédiate et pour cause : ce synthé sonne direct, quelques soient les réglages :bave: L'ergonomie est absolument parfaite : toutes les commandes sont accessibles directement en façade, on est dans la logique 1 bouton 1 fonction, on ne peut donc pas faire plus simple.
Le plus complexe à gérer est l'interface MIDI qui, je le rappelle, n'est pas d'origine, et se configure par messages sysex. Mais même ça est relativement simple. Le modèle dont mon exemplaire est équipé (kit CHD, MIDI IN uniquement, avec synchro MIDI clock pour l'arpégiateur) se paramètre avec un petit éditeur logiciel qui fonctionne avec n'importe-quel navigateur internet et qui génère les messages sysex. Ne reste plus qu'à envoyer ces derniers avec n'importe-quel soft pouvant le faire (MIDI-OX par-exemple). De plus ce type de configuration n'est généralement effectuée qu'une seule et unique fois car il est rare qu'on la modifie par la suite.
Pour en revenir à l'ergonomie, le Juno-6 est un synthé simple et relativement basique : un unique DCO (avec ondes cumulables saw, square avec PWM, sub-osc et noise), un HPF sans résonance (potard non cranté sur le Juno-6 alors qu'il l'est sur tous les autres modèles), un LPF avec résonance et auto-oscillation, un VCA (mode gate ou enveloppe mais pas de volume, uniquement le volume principal du synthé) une enveloppe ADSR et un LFO (avec réglage de retard), les deux pouvant être affectés au DCO (enveloppe ou LFO), VCF (les deux, avec niveaux) et VCA (enveloppe uniquement). On dispose également d'un suivi de clavier pour le filtre (réglable) et d'une inversion de courbe d'enveloppe pour le filtre. L'arpégiateur est très simple (U, D, U+D avec 1-3 octaves) et on dispose des fonctions hold et transpose en plus de la transposition du clavier de +/- 1 octave. Et bien-sûr le merveilleux chorus stéréo et ses modes I (slow), II (fast) et I+II (slow+fast). Côté contrôles : une entrée CV pour le filtre et une entrée trig pour l'horloge de l'arpégiateur. On peut également brancher une pédale de sustain. Pas de MIDI, pas de CV/gate, pas de mémoire, la misère quand on sait qu'à la même époque et pour un prix voisin le PolySix de Korg lui proposait tout ça. Roland corrigea le tir en revoyant sa copie et dès l'année suivante (1982) le Juno-60 proposait 76 mémoires et une interface Roland DCB tout en gardant l'architecture sonore (et donc le son) de son prédécesseur.
Pour ma part cela n'est nullement un problème car outre l'interface MIDI installée, mon utilisation en studio me permet de me passer de mémoires (en live bien-sûr ça peut être problématique). J'ajouterais que la simplicité du Juno-6 et sa facilité d'utilisation font qu'il est très aisé de retrouver un son en quelques manipulations de potards pour peu que l'on soit familiarisé avec le synthé et la synthèse soustractive. De plus le manuel d'origine propose des feuilles de patches vierges (et également des "presets") pour noter ses réglages à l'ancienne c'est-à-dire avec une feuille et un crayon :bravo:

Qu’en est-il de la qualité de son clavier et de son toucher ?
Le clavier ne transmet pas la vélocité (celle-ci ne sera implémentée dans la série Juno qu'à partir du modèle Alpha-1). Pour ma part je le trouve agréable.

Quel est votre avis sur le son de manière globale ?
Génial :bave: Très typé, surtout avec le chorus activé, mais tellement bon ! Bon comme je l'ai dit précédemment le Juno n'est pas fait pour les sons très complexes, il fait peu mais il fait bien. Idéal pour les basses, nappes et leads simples, il peut également faire de bons EP, organ et brass (typés 80 bien-sûr). Le son restera quoi qu'il en soit très typé surtout avec le chorus activé. Personnellement je trouve que l'onde saw manque un peu de mordant, en revanche la square et le PWM sont énormes. Le sub-osc aussi est bien efficace ! L'enveloppe n'est pas des plus rapides mais pas des plus molles non plus, elle me convient parfaitement car je n'aime pas les enveloppes trop brutales et je déteste les clics qui obligent à ralentir l'attaque ! En résumé pour des sons biens ronds ou feutrés le Juno est monstrueux, mais il peut aussi se montrer plus mordant, son VCF est superbe et la résonance terriblement efficace (elle n'écrase pas le son et ne fait pas baisser le volume).
Vous l'aurez compris j'adore le son des premiers Junos, pour moi ils sont mythiques et incontournables. A mon avis la différence entre 6 et 60 au niveau du son est quasiment inexistante. Par-contre le 106 utilise des composants différents et offre un son un peu plus baveux, moins précis et percutant que les 6-60, la différence étant quand-même à relativiser car ils sont très proches. Les possesseurs du Ju-06a seront peut-être plus à-même de juger, pour peu que les modélisations soient fidèles...

Que pensez-vous des sons d’usine ?
Pas de mémoire donc pas de sons d'usine... enfin si, le manuel propose des réglages pour 23 "presets" : strings, organs, synth waves, EP, guitar, brass, etc. Ils ne sont pas mauvais (plutôt typiques) mais assez passe-partout ; en tous cas pour les débutants ils offrent de bonnes bases pour commencer à bidouiller du potard.

Que pensez-vous des possibilités d’édition et de traitement ?
Eh bien les possibilités d'édition ce sont les possibilités de synthèse décrites précédemment, quant aux possibilités de traitement disons qu'elles se limitent au seul effet disponible : le chorus. C'est d'ailleurs ce dernier qui est pour beaucoup dans la personnalité de ce synthé. On peut même dire que le son mythique et typé des Junos vient essentiellement de leur chorus stéréo, malgré ses réglages limités et le (léger) souffle qu'il amène. Mais pas que, ses 2 filtres excellents amènent également une superbe couleur aux sons générés par ce synthé décidément incontournable :bave: encore une fois :-D

Quelles sont les choses que vous appréciez le plus et le moins ?
Ce que j'aime :
+ Le son mythique "Juno" avec son chorus légendaire qu'on entend entre-autres sur l'album live "Concert" de The Cure (1984) où Lol Tolhurst utilise un Juno-60
+ L'ergonomie : tout directement accessible en façade
+ La qualité de fabrication et la fiabilité
+ Quelques soient les réglages : ça sonne !
+ Arpégiateur
+ CV pour le VCF
+ J'en possède un :bravo:

Ce que j'aime moins :
- Pas de mémoires (mais ça ne me manque pas finalement en studio)
- Pas de CV/gate, pas de DCB, pas de MIDI (mais le mien est MIDIfié)
- Pas de portamento (le 106 l'a, lui)
- Cote abusive en occasion (il a pris presque 300€ depuis que j'ai acheté le mien il y a quelques années)
- Entretien et maintenance éventuelle coûteuse comme pour tout matériel électronique "vintage" mais de ce côté-là je n'ai encore rien déboursé

Conclusion :

Mon avis n'est peut-être pas très objectif. Comme pour le D-50 le Juno est un synthé qui m'a fait rêver lors de mes débuts dans la musique. A l'époque ces deux synthés étaient déjà mythiques, aujourd'hui ils sont également vintages. Il m'est impossible de me séparer de l'un ou de l'autre car ils s'avèrent indispensables pour les styles de musique que j'affectionne. Est-ce que d'autres synthés peuvent produire ces types de sons ? Oui bien-sûr. Est-ce qu'ils peuvent être aussi bons ? Oui et non, les Junos ont un son tellement typé qu'il peut-être difficile d'en reproduire la quintessence, en particulier pour ce qui est de son chorus stéréo dont on voit apparaître de plus en plus de clones et de modélisations (analogiques ou numériques). Mais objectivement que ce soit en analogique ou en VA les sons du Juno sont très simples à imiter. Et pourtant j'ai revendu un JX-10 pourtant lui-aussi analogique vintage mais bien plus complet/puissant au niveau synthèse et possibilités (et lui aussi avec un chorus analogique stéréo directement issu du Juno-6 comme bien d'autres synthés Roland de cette époque).
Bref il y a une grande part d'affectif et d'effet "culte" comme pour le Jupiter-8, la TR-808 ou la TB-303. et malheureusement les spéculateurs s'en donnent à cœur joie. Honnêtement est-ce qu'un Juno-6 vaut 1000€ actuellement ? Est-ce qu'un Juno-60 vaut 1600€ ? Est-ce qu'un Jupiter-8 vaut 5000€, une TR-808 3000€ et une TB-303 2000€ ? (et encore là je ne fais que recopier les argus actuels d'AudioFanzine, certains sont vendus à des prix complètement exorbitants) :8O: Clairement non. Mais là on entre dans un autre débat et ce n'est pas l'objet de cet avis. Je suis content d'en posséder un, d'avoir eu les moyens de me l'offrir pour un prix qui déjà à l'époque était déraisonnable. Mais quand la passion dicte la conduite...

Photos liées à cet avis

photo photo