Acher 14/04/2011

Alesis Ion : l'avis de Acher

« Une super machine qui paye pas de mine »
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Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Tout public
Un rapide tour sur les caractéristiques de ce synthé histoire d'être au clair. Il s'agit d'un VA crée par KRAFTWERK qui est composé, grosso modo de la manière suivante :

-- Trois Oscillateurs qui peuvent se moduler l'un l'autre (FM , Hard sync ...), avec des formes d'onde qu'on peut facilement éditer et bidouiller (orientation des dents de scies, bidouiller les sin etc etc ... ) et des possibilités de FM à trois opérateur (bon pas comparable avec un DX 7).

-- Des niveaux de sorties de la section oscillateur permettant de déterminer comment on attaque les filtres. Un routage des sorties vers les filtres de manière assez "custom" (on peut dire par exemple que l'osc 1 rentre dans le filtre 2 exclusivement, et l'osc1 dans le filtre 1 ...). Des possibilités d'émuler une sorte de drift (comme vintage) moyennement réussi.

-- Une section filtre "customisable". On dispose de toute une panoplie de filtres dont des émulations de filtre Jupiter 8, MiniMoog, ARP 2600 , TB 303 et Oberheim SEM et toute une foison de filtre made in Alesis (formant, vocal, 18db etc etc ...). On décide quels filtre on assigne sur deux slots. On retrouve tout les paramètres d'édition classique des filtres (cutoff, résonance, enveloppe etc etc ... ). Un mixer à la sortie des filtres pour savoir comment on réparti sur les sorties de la machine et un multieffet correct (sans être exceptionnel).

-- Deux LFO, un S&H, deux enveloppes et une très bonne matrice de modulation (sans non plus être de la complexité de celle de l'Andromeda).

-- Une polyphonie de 8 voie (suffisant), une connectique standard que nous ne détaillerons pas, et un clavier de qualité très médiocre.

Il est aujourd'hui plus fabriqué en tant que tel et remplacé par le miniak d'Akai qui est bâti sur le même moteur sonore.


UTILISATION

L'utilisation est simple, dès qu'on passe une petit heure dessus. Très rapidement on comprend rapidement le fonctionnement pour peu qu'on ai déjà fait un peu de synthèse analogique. Au début on peut parfois être surpris par certains comportements, mais vite on comprend et on adapte son travail (je pense entre autre au routage parfois étonnant et à l'offset du filtre 2 ...).

Sinon on est vite au parfum, la doc est très bien faite et très didactique pour un débutant en synthèse. L'écran souvent critiqué, suffit largement.

SONORITÉS

Venons en au faits, sans non plus s'étendre trop.

Tout d'abord on peut s'interroger sur la qualité des émulations des filtres "vintage". Le timbre est proche des originaux, même si "trop propre", l'Origin d'Arturia les émule beaucoup mieux de manière quasi identique (sur le timbre) mais c'est pas le même budget.

Les filtres propriétaire Alesis sont géniaux et permettent de faire des sons hyper originaux et typés. D'une manière générale l'ensemble des filtres ont un grain très particulier à l'Ion, à la fois très profond et tranchant, même si ... numérique mais bon. Disons que ce qui aurait été perçu comme un défaut sur n'importe quel autre VA passe niquel sur le Ion et fait parti de l'âme de la machine.

Enfin les filtres décoiffent vraiment. Selon les réglages, ça arrache, ça a une patate d'enfer, non pas que la machine ai des enveloppes rapides (elles sont plutôt molassones d'ailleurs mais il y a pire), mais les filtres compensent très bien de part leur caractère super trempé et pouvant être très agressifs.

La section oscillateur est sympa et permet de faire plein de choses, mais ils sonnent un peu "fin". Les filtres rattrapent largement la sauce. La FM est efficace et très très originale, le Ion est un des rares synthé VA (ou même analo) à permettre de faire des vrai hard sync qui tranche fort fort. Alors oui c'est pas un Prophet 5, ni un OB-6 ou encore un Prophet 6 mais bon ... Plaquez les émulations de filtres "vintage" sur des éléments de synthèses sonore "moderne" qu'offre les OSC et un univers sonore que seul sait faire le Ion s'ouvre.

D'une manière générale c'est une machine qui a un grain à elle, qui arrive à imiter très correctement les timbres des filtres vintage et permet de créer des choses surprenantes. Sur tout les registres, elle est assez à l'aise "à sa manière", très expressive. C'est une machine très particulière avec un grain bien à elle.

Comparé à un Nordlead : Rien à voir (voir ma critique sur le Nord lead 3). Le Ion est plus Juicy et arrache beaucoup plus. Le Nordlead a des enveloppes plus vives.

Comparé au Virus : Le Ion est plus ... "analogique", les deux machines sonnent très différemment. Le Virus réalise des sons très modernes, un peu plus dur et froid, mais surtout va sur des textures inaccessibles à l'Ion.

Comparé au V-Synth : Aucun rapport, les machines sont incomparables car très très différentes. Les effets du V-Synth sont excellents et largement devant ceux de l'Ion.

Comparé au Roland Gaia (le petit dernier): Le Ion enterre le Gaia. Il n'y a pas photo l'ombre d'une seconde, le Ion est vraiment attachant la ou le Gaia ne fait pas sourciller la moindre satisfaction et émotion.

Enfin on pourra regretter sur les hautes octaves ou les modulations un peu extrême la présence d'aliasing : dommage. Rien de comparable avec le Gaia qui est une calamité mais bon ...

Filtre par filtre, on peut se questionner sur la qualité des émulations. Je ne détaillerais pas les spécifiques Alesis (Formant, 18db etc etc ...):

1 - Le filtre Moog (élément de comparaison, l'émulation Arturia Origin et mon little phatty, ainsi qu'un Model D) : Très différent, on retrouve le gras du filtre moog mais le timbre est assez différent.

2 - Le filtre ARP2600 (élément de comparaison, mon Origin) : Assez similaire, on retrouve le timbre. Il faudrait le comparer à un des filtres de l'ARP Odyssey (réedition Korg).

3 - Le filtre Jupiter 8 (élément de comparaison mon Origin, et le filtre de mon JX3P qui est rigoureusement le même que celui du Jupiter 8) : On retrouve un peu le timbre, mais ça reste assez éloigné malgré tout. En particulier on ne retrouve pas le comportement si caractéristique de l'ouverture du filtre à la "limite de l'auto oscillation" de ce dernier, pourtant si musical.

4 - Je compare à ce jour ce filtre avec plusieurs SEM ou assimilés : le SEMFilter de l'Origin, le filtre multimode de l'Andromeda et surtout le SEM de l'OB-6.

L'émulation Oberheim multimode SEM (élément le SEMFilter de l'Origin) : Aucun rapport, le timbre est TRES différent. A la limite il est plus "proche" de celui de l'Andromeda ... et encore ... Ca reste cependant un très bon filtre. Enfin, il a aucun rapport avec celui de l'OB6, lequel sonne merveilleusement bien.

Les quatres filtres multimode "Sem-like" (Andromeda, Ion, Origin, OB-6) sont tout les quatres différents au niveau du timbre final. Lequel est le plus proche de l'original (à savoir les modules SEM) ? très certainement celui de l'OB-6 qui est designed par Tom Oberheim et Dave Smith. Si je compare tout ce beau monde à un DSI OB-6, aucun ne sonnent comme l'OB-6, à la rigueur l'Origin s'en rapproche un peu ... mais ne fait que s'en rapprocher. Rien n'égale la magie du filtre multimode de l'OB-6.

Enfin le dernier point important est l'imposante matrice de modulation qu'a ce synthé. Elle permet beaucoup de recherche sonore, et c'est véritablement appréciable.

AVIS GLOBAL

C'est au final une super machine, vraiment. Il ne faut surtout pas l'utiliser comme une émulation de machine vintage, ce serait complètement passer à coté du Ion et de ses possibilités excellentes. Plus fabriqué, le rapport qualité prix sur de l'occasion est actuellement excellent.

Le choix est à refaire sans hésitation malgré le clavier vraiment mauvais et même au milieu d'un gros set analo de prestige, il est très adapté et pertinent, il apporte sa personnalité qu'aucun autre synthé ne possède.