La marque californienne Beetronics nous a présenté son premier délai analogique BBD nommé Bee Bee Dee Analog Delay. Pour se démarquer, la marque semble avoir misé sur des fonctionnalités originales que nous vous proposons de découvrir dans ce test.
Conception et caractéristiques techniques du delay Beetronics Bee Bee Dee

Au déballage, on découvre une pédale au boîtier bien robuste, aux dimensions de 140 × 102 × 70 mm pour 455 grammes. La face principale se compose de six potentiomètres en plastique : DELAY TIME, TONE, MIX, REPEATS, ACTIVITY ET DEPTH. À cela s’ajoutent deux petits switchs permettant de naviguer entre les modes de fonctionnement. Nous y reviendrons dans le chapitre suivant. La pédale est également équipée de deux footswitches, BYPASS et TAP-HOLD, accompagnés de leur LED de fonctionnement. D’ailleurs, au sujet du Tap Tempo, Beetronics a opté pour deux puces BBD (Bucket-Brigade-Device). Si elles délivrent un délai analogique « propre » jusqu’à 600 ms, l’utilisation du Tap Tempo permet de pousser le circuit dans ses retranchements jusqu’à deux secondes, offrant alors des textures beaucoup plus dégradées.
Côté connectique, l’approche est minimaliste : entrée mono, sortie mono et alimentation 9 V demandant 200 mA. Un choix assumé, mais qui pourra frustrer les utilisateurs habitués aux pédales modernes dotées d’options avancées (stéréo, MIDI ou encore pédale d’expression).
Il faut également noter que la Bee Bee Dee n’est pas une pédale true bypass et possède un buffer permettant l’effet de trails. Autrement dit, lorsque l’on bypass l’effet, on entend les répétitions du délai s’estomper naturellement.
La Bee Bee Dee est conçue et fabriquée aux États-Unis. La qualité d’assemblage semble très bonne. Toutefois, l’exemplaire envoyé pour ce test présentait un petit éclat de peinture sur la plaque sérigraphiée. Cela peut laisser supposer une possible fragilité à ce niveau-là, même si cela reste purement esthétique.
Enfin, le prix de vente constaté au moment de la rédaction de ce test, en Europe, est de 325 euros. Cela représente une somme certaine pour un délai ; voyons donc si celle-ci se justifie sur le plan sonore.
Modes de fonctionnement et ergonomie des réglages de la Bee Bee Dee
La Bee Bee Dee est un délai qui oscille entre une apparente facilité de prise en main, du fait de la présence de réglages tout à fait communs, et une grande amplitude quant aux sonorités qu’il est possible d’obtenir. Plus précisément, la pédale peut être utilisée selon trois modes :
- Classic : comme son nom l’indique, il s’agit d’un mode qui se concentre sur une sonorité analogique BBD.
- Lo-Fi : ce mode est pensé pour générer des répétitions plus « chaotiques ».
- Pitch : vous allez l’entendre sur les exemples, c’est le mode le plus original et probablement celui qui donne toute sa singularité à la Bee Bee Dee. Ici, les répétitions vont être pitchées à la seconde, quarte, quinte, octave ou un mélange de tout ça.

Le potentiomètre DEPTH permet, sur les deux premiers modes cités, de gérer la profondeur de l’effet de modulation et, en mode Pitch, de choisir les intervalles musicaux. Ce potentiomètre fonctionne de pair avec celui nommé ACTIVITY, qui permet de gérer la vitesse de la modulation.
Comme je le stipulais dans la première partie, cette pédale est dépourvue de MIDI, mais aussi d’un système de rappel de préréglages. Toutefois, Beetronics a été suffisamment inventif pour donner une forme de flexibilité à l’effet. Ainsi, les deux footswitches, au-delà de leurs fonctions initiales de bypass ou encore de Tap Tempo, fonctionnent comme des « interrupteurs créatifs ». Par exemple, si l’effet n’est pas actif, le footswitch de droite peut être utilisé en mode « momentary » pour activer le délai le temps d’un passage. À l’inverse, si l’effet est déjà actif et qu’on laisse son pied sur ce footswitch, on génère alors un feedback presque infini (mais pas totalement). Le second footswitch va fonctionner sur le même principe et permettre d’engager les effets de modulation le temps de l’appui. Enfin, on peut aussi appuyer sur les deux simultanément pour booster l’effet de modulation et le feedback.
Je reste convaincu malgré tout que, surtout à ce prix, une connectique MIDI et la possibilité d’utiliser la pédale en stéréo auraient donné plus de polyvalence à la Bee Bee Dee.
Performances sonores et rendu des modes Classic, Lo-Fi et Pitch
J’ai tout d’abord commencé par m’amuser sur le mode Classic, qui est finalement le moins original, ce qui est loin d’être un défaut. Je vous propose d’écouter quelques extraits :

- Classic – Ex 100:24
- Classic – Ex 2 – Modulation Toggle00:45
- Classic – Ex 3 – Modulation x1.500:29
C’est indéniable : le délai est chaleureux et, si l’on baisse le potentiomètre de tonalité, on obtient une jolie rondeur sur les répétitions. J’ai d’ailleurs noté que la pédale n’est pas totalement silencieuse ; par exemple, en augmentant la tonalité au maximum, on fait remonter du bruit. Cela a son charme, mais ça pourrait ne pas convenir à tout le monde. J’ai aussi trouvé que l’utilisation du footswitch de gauche pouvait apporter un certain intérêt créatif. La modulation reste ici très musicale, une sorte de chorus très agréable qui peut toutefois se transformer en quelque chose de plus singulier lorsque l’on pousse le potentiomètre DEPTH.
Voici maintenant quelques extraits, cette fois-ci sur le mode lo-fi :

- Lo-Fi – Ex 100:54
- Lo-FI – Ex 2 – Modulation ON00:40
- Lo-Fi – Ex 3 – WET 100 + Repeats 1001:11
- Lo-Fi – Ex 4 – Modulation ON – Tone 1000:25
C’est le mode qui m’a le plus emballé durant ce test. Comme vous pouvez l’entendre dans l’exemple 3, on peut aller vraiment très loin dans le côté expérimental « un peu barré ». Ce n’est probablement pas l’utilisation la plus courante que l’on ferait d’un délai, mais c’est plutôt agréable de savoir que l’on dispose de ces possibilités sur son pedalboard. D’ailleurs, dans cet exemple, on peut entendre assez clairement le souffle généré par la pédale.
Enfin, passons au mode Pitch. C’est clairement le mode le plus original, mais aussi le plus difficile à maîtriser. D’une certaine manière, il faut l’associer au bon style de jeu et, surtout, au bon univers musical. Là où je l’ai trouvé le plus intéressant à utiliser, c’est en le combinant à un double appui sur les footswitches pour générer les mouvements dynamiques que vous pouvez entendre dans les exemples 2 et 4. Ce dernier est d’ailleurs le plus fascinant, vous en conviendrez. C’est probablement sur ces textures les plus atypiques que l’on mesure le plus le manque d’une connectique stéréo, surtout pour une utilisation avec des synthétiseurs. Dans cette logique, l’absence de MIDI rend d’autant plus regrettable l’impossibilité d’y connecter une pédale d’expression pour contrôler la modulation en direct.

- Pitch – Ex 1 – 2 Oct – Div1.500:56
- Pitch – Ex 2 – 4th + Oct – x1.3 – Double FS00:40
- Pitch – Ex 3 – Oct – x100:35
- Pitch – Ex 4 – Rnd – Double FS00:25
De manière plus générale, quel que soit le mode utilisé, la Bee Bee Dee fait preuve d’un caractère assez singulier. Même si le mode Classic trouvera plus facilement sa place dans des contextes où l’on ne recherche pas forcément l’originalité, la pédale conserve malgré tout une signature sonore bien marquée. Autrement dit, la Bee Bee Dee n’est probablement pas la plus adaptée à celles et ceux qui recherchent un délai passe-partout, transparent et fidèle.
