Cette semaine, nous recevons les moniteur in-ears GO live! Les premiers modèles produits en série par la marque colonaise (eh oui, c'est comme cela que l'on dit). Plus abordables - de loin - que la plupart des autres modèles de leur catalogue, ces in-ears aux finitions soignées nous ont intrigués.
Fondée à Cologne, la marque Vision Ears s’est imposée depuis 2013 comme un acteur intéressant dans le domaine des in-ear monitors, en se plaçant sur le créneau « haut de gamme », en particulier grâce à des modèles sur mesure, assemblés a la main. Ainsi, la marque cultive l’image (et pas que l’image, on l’espère) d’une approche artisanale, d’une grande exigence sonore, et d’une attention particulière portée aux détails et à la fiabilité en conditions professionnelles.
Nous avions annoncé leur sortie début mars, les GO live! de Vision Ears amorcent un virage dans la stratégie commerciale de la marque en proposant un modèle universel plus accessible, sans renier son sens de la sophistication : dotés d’une architecture hybride à quatre drivers et d’un design compact en aluminium, les GO live! viseraient à démocratiser la "qualité Vision Ears” auprès d’un public plus large, notamment les musiciens amateurs et semi-professionnels.
Spécifications techniques des Vision Ears GO live!
Les GO live! sont des écouteurs de type intra-auriculaire, fermé, avec quatre transducteurs dynamiques.
Les spécifications annoncées par le constructeur sont les suivantes :
Impédance : 10 ohms
Réponse en fréquence : 20 Hz – 20 kHz
Les GO live! se présentent dans une structure métallique très robuste, qui se terminent en un triple évent, recouvert d’une grille de protection.
Cette grille, dont on sait qu’elle finira par se salir et se boucher, est remplaçable par l’utilisateur lui-même, puisque deux jeux supplémentaires sont fournis avec les moniteurs.
Au nombre des accessoires, on compte aussi trois jeux d’embouts auriculaires (taille petite, moyenne et grande), un petit chiffon microfibre pour nettoyer les moniteurs, deux petits sachets pour les protéger et une trousse à fermeture éclair.
Le câble torsadé en Y est bien souple, et génère peu de bruit de frottement lorsque l’on porte les in-ears. De plus, il se termine par des gaines rétractables juste avant les écouteurs qui rigidifient la boucle de support au-dessus de l’oreille, tout en assurant une meilleure accroche contre la peau, en plus d’assurer une plus grande solidité au montage des connectiques. De façon générale, d’ailleurs, l’ensemble paraît particulièrement bien construit.
Quant à l’annonce d’écouteurs à « ergonomie universelle », elle nous a paru ne reposer sur rien de plus que ce que proposent de nombreux fabricants d’écouteurs in-ears (pour la scène ou l’écoute de loisir), typique de ce qui se fait dans le domaine du non-moulé sur mesure. Les trois jeux d’embouts assurent en effet une adaptation à un grand nombre de tailles de canaux auditifs, et le système de retenue par repos du câble sur l’oreille n’est pas spécifiquement nouveau. Alors, certes, contrairement à leurs produits habituels, ces GO live! sont moins exclusifs, mais de là à clamer l’universalité, il y a un pas marketing qui nous semble un peu exagéré.
Réparabilité et conception modulaire
Pas vraiment, et on ne s’attend pas à autre chose pour ce type de produit. Toutefois, on appréciera le fait que les connectiques soient toutes vissées et non pas serties, et que le câble puisse se détacher des écouteurs, ce qui permettra des changements de pièces en cas de panne, plutôt qu’un remplacement de tout le système.
Confort et ergonomie en utilisation prolongée
Très bon une fois que l’on trouve le jeu d’embout adapté à sa taille d’oreilles. Le câble très souple et léger, le bon maintien sur le dessus de l’oreille. Le seul point qui nous a laissé un doute est le poids : à 40 g, les GO live! sont clairement plus lourds que les Shure (SE425, 535 ou encore 215 PRO) à 30 g. Sur un point aussi physiquement sensible que l’oreille, et sur un dispositif avec lequel on va être amené à se mouvoir, nous nous sommes sincèrement demandé sir le poids supérieur ne pouvait pas fatiguer à la longue.
Isolation phonique en conditions live
Excellente, exactement comme l’on peut s’attendre avec ce genre de produit.
Transport et accessoires fournis
En plus des divers accessoires que nous avons listés auparavant, les GO live! sont fournis avec une trousse à fermeture éclair, assez petite pour se glisser dans la poche, et assez robuste pour supporter d’être serrée. Là aussi, rien à redire.
Mesures objectives : réponse en fréquence et distorsion
Voici donc le nouveau protocole de mesures objectives, mené par nos soins afin de compléter l’écoute subjective. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plaisir de pouvoir vous fournir des courbes de réponse en fréquence et distorsion, réalisées dans notre atelier.
Réponse en fréquence :
On remarque :
Un début dans le grave avec un niveau élevé, accentué de 20 à 30 Hz
Une pente descendante très progressive, de 7 dB jusqu’à 700 Hz
Entre 1 et 2 kHz, une remontée nette, qui ramène à un niveau égal à 20 Hz
de 3 à 5 kHz, un creux très marqué, avec 5 kHz à –22 dB par rapport à 2 kHz
Une remontée secondaire, beaucoup moins importante, avec une zone accidentée mais généralement un peu accentuée, de 7 à 12 kHz
de 13 à 20 kHz, un creux qui couvre tous les extrêmes aigus
L’appairage est absolument excellent, avec rarement plus d’un décibel de différence entre les deux voies.
Distorsion :
La distorsion mesurée est très très basse, comme l’on voit rarement lors de nos mesures, puisqu’elle se situe majoritairement en dessous de 0,1 %, sans aucune remontée dans le grave ou l’aigu, comme on le voit presque toujours. On est surpris de voir cette surprésence de la première harmonique impaire entre 100 Hz et 1,5 kHz, chose que l’on observe très rarement, mais qui reste toutefois contenue sous 0,5 %, et doit donc être globalement sans impact remarquable.
Analyse sonore en situation réelle d’écoute
Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur Truelove’s Gutter)
Une ballade acoustique, avec beaucoup de réverbe et une différence de dynamique importante entre la voix et la guitare. Avec une telle accentuation à 2 kHz, on n’est pas surpris d’entendre une voix qui profite vraiment d’un haut médium bien en avant, avec pour conséquence une intelligibilité immédiate et une belle définition. Par ailleurs, la guitare paraît légèrement en retrait dans le bas médium, ce qui allège la texture globale. La réverbe est lisible, mais sans trop : ce n’est pas une écoute analytique, et c’est tant mieux, car, pour de la scène, on a besoin de précision, mais pas d’excès de brillance. La contrebasse, qui a tendance à être parfois un peu brouillonne sur ce morceau, n’est en revanche pas sauvée par ce grave très surligné. Mais au moins, on est sûr de l’entendre… Pour un début, c’est plutôt bien.
Sun Kil Moon – Butch Lullaby (sur Common As Light And Love…)
Sur l’intro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmoniques médiums ajoutées par la distorsion, l’attaque légèrement piquée des notes, tout en séparant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Pas de problème pour descendre pour le GO live! Les notes graves sont très bien rendues, jusque dans l’extrême grave. On s’est demandé s’il n’y aurait pas quelques petits risques de débordement sur le reste du spectre, mais, dans l’ensemble, on est plutôt convaincu : les basses sont puissantes mais pas trop « dégoulinantes ». Par ailleurs, la grosse caisse reste bien « détourée », avec un rendu sec et lisible, idéal en contexte live.
Massive Attack – Teardrop (sur Mezzanine)
Un titre avec beaucoup d’extrême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. Encore une fois, l’extrême grave est bien présent et, si l’on peut craindre une certaine lourdeur à l’écoute, le profil creusé dans les médiums permet de créer un équilibre grave-aigu assez maîtrisé. Les détails dans le haut-médium et l’aigu ressortent nettement, notamment sur la voix. Par ailleurs, et comme on l’avait noté précédemment, le creux au-dessus de 3 kHz permet d’avoir une écoute absolument pas fatigante. Si ça n’est pas idéal pour une écoute analytique, c’est au contraire plutôt bon pour de la scène.
Charlie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)
Voilà un morceau avec beaucoup de soufflants jouant dans des tessitures similaires : c’est très touffu et le but est d’essayer de discerner les timbres. Il nous a semblé qu’ici les GO live! touchaient à leur limite. Car sur ce morceau, notre écoute cherche généralement à percevoir à la fois les instruments comme une masse, et à pouvoir détecter les différents timbres. Si l’écoute est agréable, sans agressivité, sans excès de présence des cymbales, les timbres des cuivres semblent parfois manquer de précision, alors que par ailleurs que l’effet de puissance formée par la masse sonore est un peu atténué par les médiums en retrait.
Edgar Varèse – Ionisation (New York Philharmonic, dir. Pierre Boulez)
Ici on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réverbération naturelle de la salle, qui joue sur l’impression d’espace. L’écoute se fait entre 0:30 et 1:15 min. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’image stéréo nous a semblé surtout précise par une bonne localisation des attaques des percussions, grâce à un profil général qui souligne particulièrement l’impact des transitoires, et qui accentue l’assise dans le grave des instruments. La réverbération de salle, en revanche, si elle est perceptible, est légèrement écourtée par le retrait général de l’aigu.
Résultat à la fin de l’écoute : très peu de fatigue auditive. C’est très positif !
Au terme de ce test, les GO live! confirment une orientation claire : celle d’un outil de scène à la fois efficace et d’une très bonne qualité sonore générale. Vision Ears nous propose donc des in-ears solides, bien construits, et surtout au rendu des attaques très lisibles, avec une mise en avant marquée des voix et des transitoires qui facilite le travail en conditions live. Le grave, par ailleurs, est très présent, parfois généreux, mais reste globalement maîtrisé, ce qui mérite d’être souligné, car l’on aurait pu craindre à la lecture des mesures une accentuation excessive des fréquences basses. En parallèle, que le profil « écourté » dans le haut du spectre garantit une écoute peu fatigante sur la durée, même s’il limite les détails sur certains instruments – mais ce n’est pas vraiment grave pour l’usage qu’on fera de ces in-ears.
On pourrait donc dire que, sans révolutionner totalement le segment, les GO live! témoignent d’un réel savoir-faire (mais cela… on le savait de la marque colonaise) et parviennent à le retranscrire dans une gamme de prix relativement plus abordable. Résultat des courses : une proposition qui nous a paru cohérente et plutôt aboutie. On restera attentif à la marque.
Construction robuste et soignée
Bon ensemble d'accessoires
Confort très correct
Excellente isolation
Distorsion très faible
Appairage excellent
Profil avec des basses et des haut-médiums très soulignés d'où un sentiment de présence du grave, des attaques des instruments et des voix.
Écoute très peu fatigante, adaptée au live
“Universalité” discutable
Poids un peu élevé
Légèrement moins précis sur les mix très denses dans les médiums et bas-médiums
Pays de fabrication : Allemagne
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Réactions à cet article(3)
Will Zégal
79133
Will Zégal
Membre depuis 23 ans
27 Avril 2026 à 18:43Commentaires sur le test : Test des écouteurs GO live! de Vision Ears
#1
Merci pour le test.
Citation :
5 kHz à –22 dB
Cela me semble quand même énorme, mais ça marche peut-être pour limiter la fatigue auditive sur scène ?
On aurait pas quand même un risque que le charley disparaisse littéralement dans un mix un peu chargé ?
Je vais essayer de reproduire la courbe sur les miens pour m'en rendre compte.
Je trouve en revanche un peu dommage que ces in-ears n'aient pas été testés en situation. À défaut de concert, au moins en répétition. Si le testeur n'est pas membre d'un groupe, il peut demander à un ami.
Parce que pour des in-ears visant un usage scénique, c'est quand même autre chose que de tester en situation de scène, pour voir la façon dont on perçoit son jeu et celui de ses petits camarades sur lesquels on doit se caler, que d'écouter tranquillement des enregistrements studio masterisés sans soi-même jouer. Et le vrai crash-test de l'isolation, c'est quand même la présence d'un batteur et d'un guitariste qui font la course au volume.
2 réactions
Hermon de Vinon
TC Hotrod
Jacques Fontaine
34
Nouvel·le AFfilié·e
Membre depuis 7 ans
27 Avril 2026 à 19:03
#2
bonjour
vous devriez tester les intra de chez TRUTHEAR (zero:red à 70€ et Hexa à 100€) et
le dernier KZ KZ 12 PRO X ( à 30/40€) que j'utilise sur scène.
Calagan
1233
AFicionado·a
Membre depuis 20 ans
27 Avril 2026 à 19:15
#3
Oui, il me semble que le test en situation réelle (répet ou scène) est indispensable.
J'utilise des in-ears, et j'ai déjà fait l'expérience d'écouteurs très agréables en écoute "plaisir", mais trop mous et trop confus sur scène. Je ne suis pas sûr de mon analyse technique, mais il me semble que la restitution idéale pour un in-ear n'est dans l'exhaustivité et le détail, mais dans le fait de présenter les éléments essentiels du spectre dans des contextes parfois loins d'être idéaux... (ce qui, par ailleurs, est peut-être ou même sans doute le cas de ces écouteurs qui semblent d'excellente qualité).
Autre chose, j'utilise quasi essentiellement le casque VSX de Slate Audio pour mixer, et pour avoir suivi le développement de cette technologie depuis ses débuts (avec son évolution vers toujours plus de précision et d'efficacité), il semble que la réponse en fréquence d'un écouteur n'a absolument aucun sens séparé du contexte (en tout cas, pas du tout la même signification que pour des enceintes) : en fonction des conformations individuelles du canal auditif, des résonances spécifiques se créent qui rendent de toute façon nécessaire d'égaliser le retour casque, et notamment de faire quelques coupes précises dans la tranche 2-4kHz.
Au delà du fait que j'ai passé des plombes à trouver les meilleurs réglages pour mon casque VSX, j'ai aussi fait l'expérience de passer quelque temps à égaliser mon retour casque sur scène, en coupant dans cette zone certaines fréquences spécifiques, et le gain en clarté et en fiabilité du rendu est vraiment bluffant !
Tout ça pour dire que la réponse en fréquence "abstraite", sur un audiogramme tel que celui présenté dans ce test, a assez peu de lien avec le rendu concret pour telle ou telle personne en situation.
Mais quoi qu'il en soit, il est toujours très intéressant de découvrir de nouveaux produits et d'avoir tout de même un test sur AF (en particulier sur les in-ears, dont les tests ne sont pas légion)...