Avec l’Alchem E, Zildjian nous promet un casque pensé pour les batteurs (mais pas seulement !) : isolation soignée, restitution fidèle et confort longue durée. Nous l’avons donc mis à l’épreuve pour voir s’il peut vraiment devenir l’allié incontournable des sessions exigeantes (mais pas seulement !).
Fondée il y a plusieurs siècles, au sein de l’Empire ottoman (ça ne nous rajeunit pas !), la marque Zildjian a bâti sa réputation en façonnant des cymbales devenues incontournables pour des générations de batteurs. Depuis quelques années, la marque propose également des batteries électroniques de grande qualité, connue pour leur grand réalisme de timbre et de jeu, sous le nom d’Alchem-E. L’annonce de la d’un casque dans cette série — pensé initialement pour accompagner les batteries électroniques développées par la marque, on le comprend aisément — a ainsi attisé notre curiosité. Voir Zildjian s’aventurer sur le terrain des casques audio dans ce cadre a de quoi surprendre…
L’Alchem E, conçu pour offrir une isolation adaptée au jeu acoustique comme électronique, un confort de longue durée et une restitution sonore calibrée pour les musiciens, réunissait suffisamment de promesses pour nous donner envie de le mettre à l’épreuve. Reste maintenant à voir si Zildjian parvient à transposer son exigence historique dans cet exercice inédit. C’est précisément ce que nous allons découvrir dans la suite de ce test.
Spécifications techniques et conception du casque Zildjian Alchem-E
Le Alchem-E est un casque de type circumauriculaire, fermé, avec un transducteur dynamique dont la taille est de 40 mm.
Les spécifications annoncées par le constructeur sont les suivantes :
Impédance : mystère ! Le constructeur annonce 4700 ohms (vous avez bien lu), Thomann indique 32 ohms, d’autres vendeurs 47 ohms, notre propre site l’a un jour annoncé à 4.7 ohms. Le chiffre du constructeur nous semble irréaliste (sauf peut-être s’il s’agit de l’impédance d’entrée de l’ampli intégré, mais dans ça n’est pas précisé), et celui avancé par notre site paraît également fantaisiste.
Réponse en fréquence : 7 Hz – 22 kHz

Il est accompagné d’un câble de 1,80 mètre environ, droit, avec pour terminaisons (côté casque et côté ampli) des mini-jack TRS 3,5 mm, complétés par l’habituel adaptateur vers jack 6,35 mm. Ce câble est accompagné d’un petit module de rangement plutôt bien pensé, qui tient dans la paume, et permet de loger le câble en le roulant, de bloquer les deux connectiques, et de ranger l’adaptateur. On a tenté d’extraire le câble, puis de le remettre en place, et l’opération n’est pas très compliquée, en tout cas si l’on a pris les devants en vérifiant attentivement le positionnement de chaque pièce dans son rangement.
Le casque présente un ensemble de contrôles et de prises accessible au niveau des écouteurs. D’abord, on remarque le logement des fiches jack femelles au bout des fourches des écouteurs (voir photo ci-dessus). Le câble se branche indifféremment à droite comme à gauche, une option de plus en plus souvent proposée, et que l’on apprécie toujours pour la liberté qu’elle offre à l’utilisateur, selon son activité, sa préférence ou, tout simplement, le fait qu’il ou elle soit gaucher/droitier.

Démontage du Alchem-E : une conception peu pensée pour la réparation
Oui, mais peu, et il vaut mieux éviter.
On a aisément réussi à passer la première étape, celle qui consiste à ôter les coussinets, que l’on débloque en leur appliquant une rotation de quelques degrés.
Cela permet de révéler la cage du haut-parleur, sur laquelle on découvre trois vis. On les retire :
Et là, on se calme : des composants ultraminiaturisés, des câbles en nappe super fines…
On a essayé de soulever le cache noir du HP, mais même si l’on a pu facilement retirer ses vis, on n’a quand même pas réussi à le décoller (sans forcer comme une brute). Il nous a donc semblé qu’il était plus prudent de s’arrêter là.
Confort : coussinets à mémoire de forme et pression maîtrisée
Très bon, les coussinets, en matière à mémoire de forme, sont souples et viennent vraiment s’adapter à la forme du pourtour de l’oreille, ce qui a pour conséquence que… (suite après l’intertitre)
Isolation acoustique : un casque clairement orienté batterie
…l’isolation soit très bonne également.
Pour l’obtenir, il est toutefois nécessaire que le casque serre assez fortement, ce à quoi l’on s’attend souvent avec des casques spécialisés pour les batteurs, mais, contrairement aux casques Vic Firth SIH ou Direct Sound EX-29, tous deux essayés dans d’autres conditions (en studio), on a trouvé les coussinets du Alchem-E vraiment bien confortables, plus souples, et l’on a donc eu l’impression qu’ils « compensaient » la forte sensation de serrage. Un bon point, à voir comment cela tient à l’usage !
Transport et accessoires : pochette, range-câble et ergonomie nomade

Autre bon point, le range-câble, qui constitue un excellent accessoire pour faciliter le transport, en évitant de transformer le câble en plat de spaghetti.
Notons, pour finir sur ce sujet, que le casque est livré avec des protections en mousse pour les fourches en métal, protections que l’utilisateur maniaque saura garder attentivement, afin de les remettre en place, mais qui seront certainement jetées par une personne plus décontractée…
Application Alchem-E : calibration auditive, ANC et égalisations
Le casque Alchem-E est donc accompagné d’une application qui permet de mettre en place la correction personnelle, et d’appliquer divers niveaux de correction supplémentaire, pensés pour l’écoute de différents styles de musique. L’appli permet aussi de commuter l’annulation de bruit ambiant (avec deux niveaux d’annulation, le niveau moyen nous ayant paru agréable pour l’écoute de la musique — pas trop claustrophobe — tandis que le niveau supérieur, très radical, serait à réserver à la pure recherche de silence, pour la concentration au travail, par exemple. À voir selon le ressenti personnel), de gérer la mise en pause automatique du casque, et d’enclencher le limiteur. Penchons-nous un peu plus près sur ces diverses fonctions…
Une fois le support numérique et le casque appareillés, l’écran d’accueil vous propose immédiatement de procéder au réglage de votre correction personnelle :
L’appli vous fait d’abord vous exercer, avec un mode « démo », qui vous permet de découvrir le geste adéquat : le casque mesure d’abord le niveau sonore extérieur, et vous indique s’il est assez faible pour procéder au réglage, puis un son (un bip accordé à une certaine fréquence pure) est joué de plus en plus fortement dans une oreille (puis dans l’autre, dans un second temps), puis de plus en plus faiblement – il vous faut presser un bouton sur l’interface utilisateur à parti du moment où vous commencez à percevoir le bruit, et le garder appuyé tant que vous continuez à entendre ce son. Puis l’interface recommence le même processus, avec une autre fréquence, jusqu’à couvrir neuf pôles, régulièrement espacés au sein du spectre sonore, qui serviront à tracer une courbe de correction.
C’est simple et assez rapide à configurer, mais cela manque assez clairement de précision. Il suffit de regarder les deux captures d’écran suivantes : la première, où je découvrais encore le système, et où mon temps de réaction pour appuyer sur le bouton central n’était pas assez rapide, et la suivante, que j’ai refait 10 min plus tard, en essayant d’être beaucoup plus précis et concentré (c’est celle-ci que j’ai utilisée pour la mesure de réponse en fréquence calibrée que l’on trouve dans la partie suivante du test). On voit bien combien ma relative lenteur, dans le premier essai, a donné lieu à une correction beaucoup plus importante, en particulier dans les fréquences graves (au passage, et pour bien lire ces barres d’égalisation, il faut comprendre que plus la partie noire est importante, plus la fréquence correspondante est accentuée par l’ampli intégré au casque, ce qui n’est pas du tout évident).
À cette première correction, vous pouvez ajouter une égalisation spécifique, pensée pour le type de musique écoutée. Si l’idée d’une correction personnelle, visant à une réponse plus linéaire, me paraît être bénéfique pour un musicien ou un producteur, car elle permet de s’assurer d’une réponse en fréquence optimum, autant l’ajout d’une accentuation « pour le plaisir des oreilles » par-dessus, me semble être son antithèse parfaite, et sera réservée à l’écoute de loisir :
Remarquons au passage que pour les EQ par genre, le mode de représentation est inversé par rapport à la visualisation de votre courbe de correction personnalisée : ici, un point relevé par rapport au centre égale une accentuation, tandis que sur votre courbe de réponse mesurée, plus le point est haut, moins la fréquence en question ne nécessite d’accentuation. Bref, un mauvais point pour le concepteur de l’interface utilisateur, les deux modes de représentation opposés créant une lecture confuse.
Pour finir, précisons qu’à la fin de la mesure personnalisée, l’appli vous passe un extrait sonore (de batterie, bien entendu) et vous permet de passer de l’écoute avec à sans correction. Remarquez comment tout le visuel est alors fait pour vous accompagner dans l’impression que le changement sonore est flagrant :
Alors que, comme vous allez le voir, nos mesures n’indiquent qu’un changement assez faible – ce qui n’est pas du tout un défaut, mais indique bien combien l’appli est conçue pour « survendre » sa propre fonction, et convaincre l’utilisateur façon méthode Coué.
Et justement, passons aux mesures.
Mesures objectives : réponse en fréquence et distorsion mesurée
Voici donc le nouveau protocole de mesures objectives, mené par nos soins afin de compléter l’écoute subjective. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plaisir de pouvoir vous fournir des courbes de réponse en fréquence et distorsion, réalisées dans notre atelier.
Réponse en fréquence :
On l’a d’abord mesurée en mode passif, sans utilisation de l’ampli intégré :
Puis on a mis en route l’ampli, et l’on a comparé deux modes : calibré avec la fonction « Perfect Tune » (ici la courbe « Cal » orange) et sans calibration (la courbe « Raw », rouge) – dans les deux cas, il s’agit de l’oreille droite :
Première remarque, si vous voulez de la linéarité, ou encore du grave, mieux vaut utiliser l’Alchem-E en mode actif, car le casque employé sans l’amplificateur présente une courbe beaucoup moins linéaire, et beaucoup plus « heurtée ». Au passage, la courbe « active » ci-dessus est intéressante, car elle reprend certaines des attentes que l’on a avec les casques de batteurs, spécifiquement de ne pas avoir l’habituelle suraccentuation des aigus (par rapport aux hauts médiums ou au grave) que l’on trouve sur la plupart des casques de référence. Ici, l’accent est plutôt mis sur le haut médium (pour que la voix se détache bien) et le grave (pour que la basse soit bien présente), ce qui tombe sous le sens.
Au passage, si le changement apporté par la calibration paraît assez faible à la mesure, les égalisations préenregistrées semblent avoir des effets beaucoup plus notables :
Distorsion :
Ci-dessus, la distorsion du casque en mode passif, et la distorsion mesurée une fois le casque utilisé en mode « actif » et avec la calibration. Le premier résultat est très classique, avec une montée importante dans le grave, qui nous amène à un pic de 2 % de THD à 20 Hz. En revanche, les résultats en mode « actif » sont vraiment remarquables, constamment en dessous de 0,5 %, y compris dans le grave, et même presque tout le temps sous 0,05 % au-dessus de 100 Hz. Un résultat que nous n’avons jamais vu, en maintenant 5 ans de tests pour AF.
Écoute critique : signature sonore et comportement musical
L’écoute a été réalisée en mode « actif » avec la calibration activée, pour voir ce que donnait le casque dans sa courbe de réponse la plus linéaire, et avec sa THD au plus bas.
Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur Truelove’s Gutter)
Une ballade acoustique, avec beaucoup de réverbe et une différence de dynamique importante entre la voix et la guitare. La voix est reproduite avec une très bonne intelligibilité, portée par un haut médium légèrement mis en avant. La guitare acoustique bénéficie elle aussi d’attaques nettes et bien détourées. Le bas médium relativement discret, ce qui est plutôt bénéfique, et la basse, en revanche, est assez fortement mise en avant, sans coloration (c’est bien), mais avec un sentiment léger de déséquilibre, l’impression d’une suraccentuation. Ce n’est pas parfait pour une écoute de pur plaisir, mais l’on a la sensation que, comme casque de travail (répétition, monitoring direct), l’Alchem-E propose à la fois un rendu précis, peu coloré, et qui souligne adéquatement les voix, les attaques des instruments à cordes, et le grave.
Sun Kil Moon – Butch Lullabye (sur Common As Light And Love…)
Sur l’intro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmoniques médiums ajoutées par la distorsion, l’attaque légèrement piquée des notes, tout en séparant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Et l’on n’est pas déçu ! Sur ce morceau, l’Alchem-E excelle dans la séparation des éléments : la bosse à 300 Hz apporte une belle attaque à la grosse caisse, tandis que la caisse claire claque très fort grâce à l’accentuation autour de 2 kHz. Le casque n’a aucun mal à suivre le clavier-basse jusque sur les notes les plus graves. Quant à la voix, elle est très présente, mais manque peut-être un peu « d’air », de fréquences aiguës pour avoir un rendu réaliste. Ici, et dans l’optique d’une écoute en session d’enregistrement, on comprend que le casque aura surtout pour but de bien suivre la voix, de bien la souligner dans le mix, plutôt que d’en offrir le rendu le plus flatteur.
Massive Attack – Teardrop (sur Mezzanine)
Un titre avec beaucoup d’extrême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. L’Alchem-E propose un grave propre et bien tenu, sans coloration, sans effet de brouillage, et n’a aucune difficulté à faire ressortir la résonance sub sur la grosse caisse (par exemple). Le haut médium, assez présent, assure une restitution détaillée du piano (très large) et des voix, et masque, de façon plutôt agréable, les consonnes un peu sifflantes que l’on trouve par moment dans ce morceau. Certains accidents dans la zone de présence peuvent toutefois rendre l’écoute légèrement plus analytique que confortable sur la durée. Dans l’ensemble notre sentiment reste le même : l’Alchem-E propose un profil sonore très particulier, assez chargé dans le grave, mais sans trop d’effet de débordement grâce à un rendu précis, peu coloré, mais avec toutefois un sentiment de légèreté dans les aigus (ce n’est pas un casque « loupe » qui cherche à pointer les défauts dans une prise, par exemple).
Charlie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)
Voilà un morceau avec beaucoup de soufflants jouant dans des tessitures similaires : c’est très touffu et le but est d’essayer de discerner les timbres. Grâce à une distorsion très basse, les différents pupitres restent bien identifiables, même dans les passages denses. Les attaques sont franches et les timbres bien différenciés, toutefois le rendu des instruments graves est parfois un peu trop massif, là où l’on a souvent remarqué que des casques avec moins de graves permettaient, par un meilleur équilibre, de mieux entendre le trombone-basse (par exemple) dans le mix, et non de façon indument surlignée.
Edgar Varèse – Ionisation (New York Philharmonic, dir. Pierre Boulez)
Ici on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réverbération naturelle de la salle, qui joue sur l’impression d’espace. Et l’on trouve que tout cela est plutôt bien rendu : panoramique précis et stable, où l’on arrive sans problème à distinguer la localisation des instruments. De plus, le suivi des réverbérations est vraiment bien lisible. La « profondeur » de certaines percussions graves est très bien rendue, et l’on n’a pas trop la sensation que le bas du spectre envahi notre écoute, même si l’on remarque qu’il est clairement « boosté ». Dans l’ensemble, la lisibilité des résonances et des décroissances sonores en fait un outil sérieux pour l’analyse et le travail en contexte de répétition ou de studio, même si l’on a déjà entendu des casques plus « aérés », et donc qui donnaient une image sonore plus ciselée.
























