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Test du casque Alchem-E de Zildjian - La plus parfaite alchimie ?

8/10

Avec l’Alchem E, Zildjian nous promet un casque pensé pour les batteurs (mais pas seulement !) : isolation soignée, restitution fidèle et confort longue durée. Nous l’avons donc mis à l’épreuve pour voir s’il peut vraiment devenir l’allié incontournable des sessions exigeantes (mais pas seulement !).

Test du casque Alchem-E de Zildjian : La plus parfaite alchimie ?

Fondée il y a plusieurs siècles, au sein de l’Em­pire otto­man (ça ne nous rajeu­nit pas !), la marque Zildjian a bâti sa répu­ta­tion en façon­nant des cymbales deve­nues incon­tour­nables pour des géné­ra­tions de batteurs. Depuis quelques années, la marque propose égale­ment des batte­ries élec­tro­niques de grande qualité, connue pour leur grand réalisme de timbre et de jeu, sous le nom d’Al­chem-E. L’an­nonce de la d’un casque dans cette série — pensé initia­le­ment pour accom­pa­gner les batte­ries élec­tro­niques déve­lop­pées par la marque, on le comprend aisé­ment — a ainsi attisé notre curio­sité. Voir Zildjian s’aven­tu­rer sur le terrain des casques audio dans ce cadre a de quoi surpren­dre…

L’Al­chem E, conçu pour offrir une isola­tion adap­tée au jeu acous­tique comme élec­tro­nique, un confort de longue durée et une resti­tu­tion sonore cali­brée pour les musi­ciens, réunis­sait suffi­sam­ment de promesses pour nous donner envie de le mettre à l’épreuve. Reste main­te­nant à voir si Zildjian parvient à trans­po­ser son exigence histo­rique dans cet exer­cice inédit. C’est préci­sé­ment ce que nous allons décou­vrir dans la suite de ce test.

Spéci­fi­ca­tions tech­niques et concep­tion du casque Zildjian Alchem-E

Le Alchem-E est un casque de type circu­mau­ri­cu­laire, fermé, avec un trans­­duc­­teur dyna­­mique dont la taille est de 40 mm.

Les spéci­­fi­­ca­­tions annon­­cées par le construc­­teur sont les suivantes :

Impé­­dance : mystère ! Le construc­teur annonce 4700 ohms (vous avez bien lu), Thomann indique 32 ohms, d’autres vendeurs 47 ohms, notre propre site l’a un jour annoncé à 4.7 ohms. Le chiffre du construc­teur nous semble irréa­liste (sauf peut-être s’il s’agit de l’im­pé­dance d’en­trée de l’am­pli inté­gré, mais dans ça n’est pas précisé), et celui avancé par notre site paraît égale­ment fantai­siste.

Réponse en fréquence : 7 Hz – 22 kHz

DSC2762Voilà pour les chiffres. Quant à la forme, le casque est proposé en trois couleurs (noir, blanc ou bleu), il est plutôt lourd (plus de 350 g), et réalisé avec des maté­riaux qui ont l’air à la fois robustes et un peu clinquants (on pense, en parti­cu­lier, aux fourches dorées présentes sur les modèles blanc ou noir).

Il est accom­pa­gné d’un câble de 1,80 mètre envi­ron, droit, avec pour termi­nai­sons (côté casque et côté ampli) des mini-jack TRS 3,5 mm, complé­tés par l’ha­bi­tuel adap­ta­teur vers jack 6,35 mm. Ce câble est accom­pa­gné d’un petit module de range­ment plutôt bien pensé, qui tient dans la paume, et permet de loger le câble en le roulant, de bloquer les deux connec­tiques, et de ranger l’adap­ta­teur. On a tenté d’ex­traire le câble, puis de le remettre en place, et l’opé­ra­tion n’est pas très compliquée, en tout cas si l’on a pris les devants en véri­fiant atten­ti­ve­ment le posi­tion­ne­ment de chaque pièce dans son range­ment.

DSC2766

Le casque présente un ensemble de contrôles et de prises acces­sible au niveau des écou­teurs. D’abord, on remarque le loge­ment des fiches jack femelles au bout des fourches des écou­teurs (voir photo ci-dessus). Le câble se branche indif­fé­rem­ment à droite comme à gauche, une option de plus en plus souvent propo­sée, et que l’on appré­cie toujours pour la liberté qu’elle offre à l’uti­li­sa­teur, selon son acti­vité, sa préfé­rence ou, tout simple­ment, le fait qu’il ou elle soit gaucher/droi­tier.

DSC2767Sur l’écou­teur droit, on trouve les contrôles (boutons pous­soirs, enco­deur rota­tif, affi­chage à LED) qui permettent d’ac­ti­ver et de gérer la connexion en Blue­tooth, le niveau de sortie de l’am­pli inté­gré et l’an­nu­la­tion du bruit ambiant. Comme toujours avec ce genre de système, un temps de prise en main est abso­lu­ment néces­saire pour s’y retrou­ver, mais une fois cette étape de mémo­ri­sa­tion passée, il nous a paru très simple de commu­ter les diffé­rentes fonc­tions, sans trop s’y perdre. On note que le gros enco­deur de volume a une sensi­bi­lité assez basse, ce qui permet d’évi­ter de monter le son d’un seul coup par inad­ver­tance : un bon point.

Démon­tage du Alchem-E : une concep­tion peu pensée pour la répa­ra­tion

Oui, mais peu, et il vaut mieux éviter.

On a aisé­ment réussi à passer la première étape, celle qui consiste à ôter les cous­si­nets, que l’on débloque en leur appliquant une rota­tion de quelques degrés.

DSC2802

Cela permet de révé­ler la cage du haut-parleur, sur laquelle on découvre trois vis. On les retire : 

DSC2803

Et là, on se calme : des compo­sants ultra­mi­nia­tu­ri­sés, des câbles en nappe super fines…

DSC2804

On a essayé de soule­ver le cache noir du HP, mais même si l’on a pu faci­le­ment reti­rer ses vis, on n’a quand même pas réussi à le décol­ler (sans forcer comme une brute). Il nous a donc semblé qu’il était plus prudent de s’ar­rê­ter là.

Confort : cous­si­nets à mémoire de forme et pres­sion maîtri­sée

Très bon, les cous­si­nets, en matière à mémoire de forme, sont souples et viennent vrai­ment s’adap­ter à la forme du pour­tour de l’oreille, ce qui a pour consé­quence que… (suite après l’in­ter­titre)

Isola­tion acous­tique : un casque clai­re­ment orienté batte­rie

…l’iso­la­tion soit très bonne égale­ment.

Pour l’ob­te­nir, il est toute­fois néces­saire que le casque serre assez forte­ment, ce à quoi l’on s’at­tend souvent avec des casques spécia­li­sés pour les batteurs, mais, contrai­re­ment aux casques Vic Firth SIH ou Direct Sound EX-29, tous deux essayés dans d’autres condi­tions (en studio), on a trouvé les cous­si­nets du Alchem-E vrai­ment bien confor­tables, plus souples, et l’on a donc eu l’im­pres­sion qu’ils « compen­saient » la forte sensa­tion de serrage. Un bon point, à voir comment cela tient à l’usage !

Trans­port et acces­soires : pochette, range-câble et ergo­no­mie nomade

DSC2763Le casque ne se plie pas, mais les écou­teurs peuvent tour­ner jusqu’à permettre de poser le casque « à plat » sur son côté, ce qui fait toujours gagner de la place et permet de mieux proté­ger les HP ou les cous­si­nets durant un trans­port. De plus, l’Al­chem-E est livré avec une pochette, réali­sée dans une matière plas­tique très surpre­nante, épaisse, mais molle, avec un toucher externe très synthé­tique, et une doublure inté­rieure dans un tissu très doux. Pas indé­fi­ni­ment protec­teur contre les chocs, c’est certain, mais c’est bien mieux que la plupart des sacs en tissu géné­ra­le­ment propo­sés avec les casques.

Autre bon point, le range-câble, qui consti­tue un excellent acces­soire pour faci­li­ter le trans­port, en évitant de trans­for­mer le câble en plat de spaghetti.

Notons, pour finir sur ce sujet, que le casque est livré avec des protec­tions en mousse pour les fourches en métal, protec­tions que l’uti­li­sa­teur maniaque saura garder atten­ti­ve­ment, afin de les remettre en place, mais qui seront certai­ne­ment jetées par une personne plus décon­trac­tée…

DSC2756

Appli­ca­tion Alchem-E : cali­bra­tion audi­tive, ANC et égali­sa­tions

Le casque Alchem-E est donc accom­pa­gné d’une appli­ca­tion qui permet de mettre en place la correc­tion person­nelle, et d’ap­pliquer divers niveaux de correc­tion supplé­men­taire, pensés pour l’écoute de diffé­rents styles de musique. L’ap­pli permet aussi de commu­ter l’an­nu­la­tion de bruit ambiant (avec deux niveaux d’an­nu­la­tion, le niveau moyen nous ayant paru agréable pour l’écoute de la musique — pas trop claus­tro­phobe — tandis que le niveau supé­rieur, très radi­cal, serait à réser­ver à la pure recherche de silence, pour la concen­tra­tion au travail, par exemple. À voir selon le ressenti person­nel), de gérer la mise en pause auto­ma­tique du casque, et d’en­clen­cher le limi­teur. Penchons-nous un peu plus près sur ces diverses fonc­tions…

Une fois le support numé­rique et le casque appa­reillés, l’écran d’ac­cueil vous propose immé­dia­te­ment de procé­der au réglage de votre correc­tion person­nelle : 

Zildjian Alchem-E APP accueil2

L’ap­pli vous fait d’abord vous exer­cer, avec un mode « démo », qui vous permet de décou­vrir le geste adéquat : le casque mesure d’abord le niveau sonore exté­rieur, et vous indique s’il est assez faible pour procé­der au réglage, puis un son (un bip accordé à une certaine fréquence pure) est joué de plus en plus forte­ment dans une oreille (puis dans l’autre, dans un second temps), puis de plus en plus faible­ment – il vous faut pres­ser un bouton sur l’in­ter­face utili­sa­teur à parti du moment où vous commen­cez à perce­voir le bruit, et le garder appuyé tant que vous conti­nuez à entendre ce son. Puis l’in­ter­face recom­mence le même proces­sus, avec une autre fréquence, jusqu’à couvrir neuf pôles, régu­liè­re­ment espa­cés au sein du spectre sonore, qui servi­ront à tracer une courbe de correc­tion.

  • Zildjian Alchem-E APP captureambient2
  • Zildjian Alchem-E APP accordagedroithold
  • Zildjian Alchem-E APP acordagedroitrelease

 C’est simple et assez rapide à confi­gu­rer, mais cela manque assez clai­re­ment de préci­sion. Il suffit de regar­der les deux captures d’écran suivantes : la première, où je décou­vrais encore le système, et où mon temps de réac­tion pour appuyer sur le bouton central n’était pas assez rapide, et la suivante, que j’ai refait 10 min plus tard, en essayant d’être beau­coup plus précis et concen­tré (c’est celle-ci que j’ai utili­sée pour la mesure de réponse en fréquence cali­brée que l’on trouve dans la partie suivante du test). On voit bien combien ma rela­tive lenteur, dans le premier essai, a donné lieu à une correc­tion beau­coup plus impor­tante, en parti­cu­lier dans les fréquences graves (au passage, et pour bien lire ces barres d’éga­li­sa­tion, il faut comprendre que plus la partie noire est impor­tante, plus la fréquence corres­pon­dante est accen­tuée par l’am­pli inté­gré au casque, ce qui n’est pas du tout évident).

  • Zildjian Alchem-E APP EQdroitgauchepersonnel2
  • Zildjian Alchem-E APP EQdroitgauchepersonnel3

À cette première correc­tion, vous pouvez ajou­ter une égali­sa­tion spéci­fique, pensée pour le type de musique écou­tée. Si l’idée d’une correc­tion person­nelle, visant à une réponse plus linéaire, me paraît être béné­fique pour un musi­cien ou un produc­teur, car elle permet de s’as­su­rer d’une réponse en fréquence opti­mum, autant l’ajout d’une accen­tua­tion « pour le plai­sir des oreilles » par-dessus, me semble être son anti­thèse parfaite, et sera réser­vée à l’écoute de loisir : 

  • Zildjian Alchem-E APP EQAcoustic
  • Zildjian Alchem-E APP EQClassical
  • Zildjian Alchem-E APP EQElectronica
  • Zildjian Alchem-E APP EQJazz
  • Zildjian Alchem-E APP EQR&B
  • Zildjian Alchem-E APP EQRock
  • Zildjian Alchem-E APP Custom

 Remarquons au passage que pour les EQ par genre, le mode de repré­sen­ta­tion est inversé par rapport à la visua­li­sa­tion de votre courbe de correc­tion person­na­li­sée : ici, un point relevé par rapport au centre égale une accen­tua­tion, tandis que sur votre courbe de réponse mesu­rée, plus le point est haut, moins la fréquence en ques­tion ne néces­site d’ac­cen­tua­tion. Bref, un mauvais point pour le concep­teur de l’in­ter­face utili­sa­teur, les deux modes de repré­sen­ta­tion oppo­sés créant une lecture confuse.

Pour finir, préci­sons qu’à la fin de la mesure person­na­li­sée, l’ap­pli vous passe un extrait sonore (de batte­rie, bien entendu) et vous permet de passer de l’écoute avec à sans correc­tion. Remarquez comment tout le visuel est alors fait pour vous accom­pa­gner dans l’im­pres­sion que le chan­ge­ment sonore est flagrant : 

  • Zildjian Alchem-E APP methodecouet
  • Zildjian Alchem-E APP accordagefini

Alors que, comme vous allez le voir, nos mesures n’in­diquent qu’un chan­ge­ment assez faible – ce qui n’est pas du tout un défaut, mais indique bien combien l’ap­pli est conçue pour « survendre » sa propre fonc­tion, et convaincre l’uti­li­sa­teur façon méthode Coué.

Et juste­ment, passons aux mesures.

Mesures objec­tives : réponse en fréquence et distor­sion mesu­rée

Voici donc le nouveau proto­­­­cole de mesures objec­­­­tives, mené par nos soins afin de complé­­­­ter l’écoute subjec­­­­tive. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plai­­­­sir de pouvoir vous four­­­­nir des courbes de réponse en fréquence et distor­­­­sion, réali­­­­sées dans notre atelier.

Réponse en fréquence : 

On l’a d’abord mesu­rée en mode passif, sans utili­sa­tion de l’am­pli inté­gré : 

Zildjian ALCHEM E RF

Puis on a mis en route l’am­pli, et l’on a comparé deux modes : cali­bré avec la fonc­tion « Perfect Tune » (ici la courbe « Cal » orange) et sans cali­bra­tion (la courbe « Raw », rouge) – dans les deux cas, il s’agit de l’oreille droite : 

Zildjian ALCHEM E RF Cal UnCal

Première remarque, si vous voulez de la linéa­rité, ou encore du grave, mieux vaut utili­ser l’Al­chem-E en mode actif, car le casque employé sans l’am­pli­fi­ca­teur présente une courbe beau­coup moins linéaire, et beau­coup plus « heur­tée ». Au passage, la courbe « active » ci-dessus est inté­res­sante, car elle reprend certaines des attentes que l’on a avec les casques de batteurs, spéci­fique­ment de ne pas avoir l’ha­bi­tuelle surac­cen­tua­tion des aigus (par rapport aux hauts médiums ou au grave) que l’on trouve sur la plupart des casques de réfé­rence. Ici, l’ac­cent est plutôt mis sur le haut médium (pour que la voix se détache bien) et le grave (pour que la basse soit bien présente), ce qui tombe sous le sens.

Au passage, si le chan­ge­ment apporté par la cali­bra­tion paraît assez faible à la mesure, les égali­sa­tions préen­re­gis­trées semblent avoir des effets beau­coup plus notables : 

Zildjian ALCHEM E RF Cal EQs

Distor­­sion :

  • Zildjian ALCHEM E THD
  • Zildjian ALCHEM E THD Cal

Ci-dessus, la distor­­sion du casque en mode passif, et la distor­sion mesu­­rée une fois le casque utilisé en mode « actif » et avec la cali­bra­tion. Le premier résul­tat est très clas­sique, avec une montée impor­tante dans le grave, qui nous amène à un pic de 2 % de THD à 20 Hz. En revanche, les résul­tats en mode « actif » sont vrai­ment remarquables, constam­ment en dessous de 0,5 %, y compris dans le grave, et même presque tout le temps sous 0,05 % au-dessus de 100 Hz. Un résul­tat que nous n’avons jamais vu, en main­te­nant 5 ans de tests pour AF.

Écoute critique : signa­ture sonore et compor­te­ment musi­cal

L’écoute a été réali­sée en mode « actif » avec la cali­bra­tion acti­vée, pour voir ce que donnait le casque dans sa courbe de réponse la plus linéaire, et avec sa THD au plus bas.

Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur True­lo­ve’s Gutter)
Une ballade acous­tique, avec beau­coup de réverbe et une diffé­rence de dyna­mique impor­tante entre la voix et la guitare. La voix est repro­duite avec une très bonne intel­li­gi­bi­lité, portée par un haut médium légè­re­ment mis en avant. La guitare acous­tique béné­fi­cie elle aussi d’at­taques nettes et bien détou­rées. Le bas médium rela­ti­ve­ment discret, ce qui est plutôt béné­fique, et la basse, en revanche, est assez forte­ment mise en avant, sans colo­ra­tion (c’est bien), mais avec un senti­ment léger de déséqui­libre, l’im­pres­sion d’une surac­cen­tua­tion. Ce n’est pas parfait pour une écoute de pur plai­sir, mais l’on a la sensa­tion que, comme casque de travail (répé­ti­tion, moni­to­ring direct), l’Al­chem-E propose à la fois un rendu précis, peu coloré, et qui souligne adéqua­te­ment les voix, les attaques des instru­ments à cordes, et le grave.

Sun Kil Moon – Butch Lulla­bye (sur Common As Light And Love…)
Sur l’in­tro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmo­niques médiums ajou­tées par la distor­sion, l’at­taque légè­re­ment piquée des notes, tout en sépa­rant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Et l’on n’est pas déçu ! Sur ce morceau, l’Al­chem-E excelle dans la sépa­ra­tion des éléments : la bosse à 300 Hz apporte une belle attaque à la grosse caisse, tandis que la caisse claire claque très fort grâce à l’ac­cen­tua­tion autour de 2 kHz. Le casque n’a aucun mal à suivre le clavier-basse jusque sur les notes les plus graves. Quant à la voix, elle est très présente, mais manque peut-être un peu « d’air », de fréquences aiguës pour avoir un rendu réaliste. Ici, et dans l’op­tique d’une écoute en session d’en­re­gis­tre­ment, on comprend que le casque aura surtout pour but de bien suivre la voix, de bien la souli­gner dans le mix, plutôt que d’en offrir le rendu le plus flat­teur.

Massive Attack – Tear­drop (sur Mezza­nine)
Un titre avec beau­coup d’ex­trême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. L’Al­chem-E propose un grave propre et bien tenu, sans colo­ra­tion, sans effet de brouillage, et n’a aucune diffi­culté à faire ressor­tir la réso­nance sub sur la grosse caisse (par exemple). Le haut médium, assez présent, assure une resti­tu­tion détaillée du piano (très large) et des voix, et masque, de façon plutôt agréable, les consonnes un peu sifflantes que l’on trouve par moment dans ce morceau. Certains acci­dents dans la zone de présence peuvent toute­fois rendre l’écoute légè­re­ment plus analy­tique que confor­table sur la durée. Dans l’en­semble notre senti­ment reste le même : l’Al­chem-E propose un profil sonore très parti­cu­lier, assez chargé dans le grave, mais sans trop d’ef­fet de débor­de­ment grâce à un rendu précis, peu coloré, mais avec toute­fois un senti­ment de légè­reté dans les aigus (ce n’est pas un casque « loupe » qui cherche à poin­ter les défauts dans une prise, par exemple).

Char­lie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)
Voilà un morceau avec beau­coup de souf­flants jouant dans des tessi­tures simi­laires : c’est très touffu et le but est d’es­sayer de discer­ner les timbres. Grâce à une distor­sion très basse, les diffé­rents pupitres restent bien iden­ti­fiables, même dans les passages denses. Les attaques sont franches et les timbres bien diffé­ren­ciés, toute­fois le rendu des instru­ments graves est parfois un peu trop massif, là où l’on a souvent remarqué que des casques avec moins de graves permet­taient, par un meilleur équi­libre, de mieux entendre le trom­bone-basse (par exemple) dans le mix, et non de façon indu­ment surli­gnée.

Edgar Varèse – Ioni­sa­tion (New York Phil­har­mo­nic, dir. Pierre Boulez)
Ici on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réver­bé­ra­tion natu­relle de la salle, qui joue sur l’im­pres­sion d’es­pace. Et l’on trouve que tout cela est plutôt bien rendu : pano­ra­mique précis et stable, où l’on arrive sans problème à distin­guer la loca­li­sa­tion des instru­ments. De plus, le suivi des réver­bé­ra­tions est vrai­ment bien lisible. La « profon­deur » de certaines percus­sions graves est très bien rendue, et l’on n’a pas trop la sensa­tion que le bas du spectre envahi notre écoute, même si l’on remarque qu’il est clai­re­ment « boosté ». Dans l’en­semble, la lisi­bi­lité des réso­nances et des décrois­sances sonores en fait un outil sérieux pour l’ana­lyse et le travail en contexte de répé­ti­tion ou de studio, même si l’on a déjà entendu des casques plus « aérés », et donc qui donnaient une image sonore plus cise­lée.

Notre avis : 8/10

Avec l’Al­chem-E, Zildjian signe un casque à la person­na­lité affir­mée, clai­re­ment pensé comme un outil de travail avant d’être un simple objet d’écoute (même si dans cet usage, il n’est pas en reste non plus). Son prin­ci­pal tour de force réside dans une distor­sion excep­tion­nel­le­ment basse en mode actif, y compris dans le grave, un résul­tat tout simple­ment remarquable et encore très rare à ce niveau, et une linéa­rité géné­rale très bonne. Ajou­tons à cela une isola­tion effi­cace, une excel­lente lisi­bi­lité des voix et une sépa­ra­tion des plans sonores convain­cante, et l’on se retrouve avec un allié sérieux pour la répé­ti­tion, le moni­to­ring ou l’en­re­gis­tre­ment.

Linéa­rité géné­rale, disais-je, mais pas totale (ce serait d’ailleurs proba­ble­ment dommage) car l’Al­chem-E impose une signa­ture sonore assez person­nelle, privi­lé­giant un grave solide et maîtrisé et un haut médium bien présent, avec des aigus plus sages et d’un bas-médium discret. Un choix qui pourra surprendre (ou plaire, cela dépend) en écoute pure­ment « plai­sir », et qui n’est peut-être pas parfaite pour servir de casque de réfé­rence pour le mix, mais qui prend tout son sens dès lors qu’on cherche préci­sion, contrôle et fatigue mini­male sur la durée en temps que musi­cien, surtout lorsque l’on joue d’un instru­ment qui a vite un fort niveau sonore, comme la batte­rie. De plus, le confort physique, malgré un serrage marqué, est plutôt bien maîtrisé, et l’en­semble respire la robus­tesse, avec des acces­soires bien pensés.

Alors, certes, l’ap­pli­ca­tion méri­te­rait une ergo­no­mie parfois un peu plus claire et l’on tique sur quelques spéci­fi­ca­tions offi­cielles, mais ces petits défauts pèsent peu face à la cohé­rence globale du produit. Zildjian ne s’est pas contenté de poser son logo sur un casque de plus : avec l’Al­chem-E, la marque propose, à notre sens, un produit cohé­rent et tech­nique­ment abou­tie.

  • Distorsion exceptionnellement basse en mode actif, y compris dans le grave
  • D'où un rendu précis et peu coloré, particulièrement adapté au travail de studio
  • Excellente lisibilité des voix grâce à une mise en avant du haut médium.
  • Attaques nettes et franches, utiles pour le suivi rythmique et le jeu percussif.
  • Isolation acoustique efficace, bien adaptée aux batteurs et aux environnements bruyants.
  • Confort global très réussi, malgré un serrage marqué, compensé par des coussinets de qualité.
  • Image stéréo précise et stable, avec un bon suivi des réverbérations.
  • Mode actif et calibration réellement bénéfiques à la linéarité globale.
  • Accessoires bien pensés, notamment le range-câble et la pochette de transport.
  • Connection du câble à droite comme à gauche, pratique en situation de jeu.

  • Signature sonore très particulière, qui peut déséquilibrer certains mix
  • Moins adapté à une écoute “plaisir” qu’à une écoute de travail (sauf si l'on aime vraiment beaucoup les grosses basses)
  • Application perfectible, avec une ergonomie légèrement confuse des visualisation d'EQ et une calibration manquant de précision.
  • Proposition d'EQ par styles peu cohérente avec l’approche “travail”, et contradictoire avec la recherche de neutralité.
  • Démontage délicat, rendant toute réparation ou intervention utilisateur peu recommandée.
  • Spécifications constructeur floues, notamment concernant l’impédance.
Pays de fabrication : Chine
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  • Will Zégal 78331 posts au compteur
    Will Zégal
    Will Zégal
    Posté le 07/01/2026 à 17:19:05
    Merci pour le test, très clair.

    Citation :
    l’iso­la­tion soit très bonne égale­ment.

    Pour l’ob­te­nir, il est toute­fois néces­saire que le casque serre assez forte­ment, ce à quoi l’on s’at­tend souvent avec des casques spécia­li­sés pour les batteurs

    Il n'y a sans doute pas que pour l'isolation qu'il faut qu'un casque de batteur serre, mais pour tenir en place. Je me rappelle l'image de Lars Ulrich dans "some kind of monster", en studio, avec un ridicule bandeau de tennis autour de la tête pour bien tenir le casque. :mrg:
  • Akimov 90 posts au compteur
    Akimov
    Posteur·euse AFfranchi·e
    Posté le 07/01/2026 à 21:40:06
    Il manque une chose essentielle, un test par plusieurs batteurs et dans différentes configurations, studio et live.
  • croulebarbe 2597 posts au compteur
    croulebarbe
    Squatteur·euse d’AF
    Posté le 08/01/2026 à 06:07:08
    Pour info, la marque Zildjian est américaine, basée à Norwell au Massachusetts.
  • 192KHZ 17 posts au compteur
    192KHZ
    Nouvel·le AFfilié·e
    Posté le 08/01/2026 à 13:07:52
    Une marque américaine? Ha...

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