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Test du AtoV Project Faderpunk - Clash Control

9/10

Sous l’apparence d’un simple contrôleur, le Faderpunk d'AtoV Project est en fait un centre de modulation hybride et open source. Il transforme seize faders en séquenceurs, LFO ou enveloppes pour piloter du MIDI et du CV. Un outil puissant pour unifier hardware et STAN.

Test du AtoV Project Faderpunk : Clash Control

Pour les habi­tués du monde modu­laire, le fabri­cant berli­nois AtoV Project est devenu un nom fami­lier. On lui doit plusieurs modules pour synthé­ti­seurs modu­laires ainsi que le contrô­leur à faders 16n AtoV­project Rework. Après plus de deux années de recherche, de déve­lop­pe­ment et de tests, la marque propose le  Fader­punk. Ce nouveau venu semble esthe­tique­ment très proche du 16n AtoV­project Rework, mais il s’af­firme en fait comme une propo­si­tion bien plus ambi­tieuse : une centrale de commande arti­cu­lée autour de 16 faders confi­gu­rables.

Le Fader­punk est défini par ses propres concep­teurs comme le modu­la­teur ultime hackable. Son rôle prin­ci­pal est de jeter un pont entre des univers qui, bien que complé­men­taires, restent souvent cloi­son­nés par leurs proto­coles respec­tifs. Le format Euro­rack, les synthé­ti­seurs semi-modu­laires, les logi­ciels de MAO et les instru­ments MIDI clas­siques. C’est une machine hybride pensée pour la perfor­mance scénique et le travail en studio, capable d’évo­luer selon les besoins spéci­fiques de chaque utili­sa­teur grâce à un système ingé­nieux de biblio­thèques logi­cielles internes appe­lées Apps.

Débal­lage, inter­face et ergo­no­mie du Fader­punk

Faderpunk - topDès la sortie de boîte, le Fader­punk séduit par sa robus­tesse appa­rente et sa qualité de fabri­ca­tion. Le châs­sis est inté­gra­le­ment réalisé en métal, offrant une sensa­tion de soli­dité indis­pen­sable pour un usage nomade et rassu­rante sur un bureau encom­bré. L’ap­pa­reil est livré dans une confi­gu­ra­tion auto­nome (stan­da­lone), mais il est possible de dévis­ser la partie infé­rieure du boîtier pour extraire le cœur de la machine. Cette opéra­tion permet de trans­for­mer l’unité en un module Euro­rack de 56 HP de largeur. Une fois cette mani­pu­la­tion effec­tuée, la carte mère révèle des connec­teurs internes qui étaient aupa­ra­vant dissi­mu­lés, notam­ment l’ali­men­ta­tion stan­dard Euro­rack et des ports d’ex­ten­sion IO compa­tibles avec les stan­dards d’In­tel­lijel ou de Befaco.

Faderpunk - backL’in­ter­face utili­sa­teur se concentre sur seize canaux verti­caux. Chaque tranche est consti­tuée d’une prise jack 3,5 mm située en haut, d’un fader ALPS de haute qualité offrant une course fluide et précise, et d’un bouton de fonc­tion rétroé­clairé par des LED RGB. Ces boutons peuvent être iden­ti­fiés par un auto­col­lant. AtoV Project four­nit une planche d’au­to­col­lants. Ces marqueurs permettent d’iden­ti­fier si un canal est utilisé comme LFO, séquen­ceur ou simple atté­nua­teur, par exemple. Cette person­na­li­sa­tion est très utile pour aider à s’y retrou­ver parmi les multiples fonc­tions possibles assi­gnées aux seize faders. En plus des seize tranches prin­ci­pales, la façade accueille trois prises auxi­liaires nommées Atom, Meteor et Cube, séri­gra­phiées par des picto­grammes. Ces entrées et sorties supplé­men­taires sont pour l’ins­tant prin­ci­pa­le­ment dédiées à la gestion des horloges analo­giques (Clock Input et Output). Deux boutons de navi­ga­tion complètent le tableau : le bouton Shift, de couleur jaune, permet d’ac­cé­der aux fonc­tions secon­daires et aux réglages fins des appli­ca­tions, tandis que le bouton Scene, de couleur rose, gère la mémoire globale de l’ap­pa­reil. L’er­go­no­mie est assez bien pensée, avec un espa­ce­ment suffi­sant entre les faders pour éviter les mani­pu­la­tions acci­den­telles lors d’une perfor­mance live. Côté connec­ti­vité, on trouve à l’ar­rière, un port USB-C pour l’ali­men­ta­tion, le trans­fert de données MIDI et la connexion au confi­gu­ra­teur sur ordi­na­teur. Chose rela­ti­ve­ment rare, un port I2C, qui permet une commu­ni­ca­tion numé­rique ultra-rapide avec des modules compa­tibles (Monome Tele­type ou l’Ex­pert Slee­pers Disting EX, par exemple). La gestion MIDI est exem­plaire, elle passe par trois prises (une entrée et deux sorties) au format jack 3,5 mm. L’en­trée jack est compa­tible avec les types A et B avec auto-détec­tion de pola­rité, tandis que les deux sorties jack envoient un flux MIDI iden­tique, incluant la synchro­ni­sa­tion d’hor­loge. Un port mysté­rieux nommé Punk­bus est égale­ment présent, réservé à de futures exten­sions de connec­ti­vité.

Archi­tec­ture du Fader­punk : système d’ap­pli­ca­tions, scènes et fonc­tion­ne­ment global

Faderpunk - 2Le fonc­tion­ne­ment du Fader­punk repose sur un concept d’ap­pli­ca­tions (Apps). Il est impor­tant de préci­ser que, contrai­re­ment aux termi­no­lo­gies modernes, il n’est ici ques­tion ni de boutique en ligne, ni de stockage cloud, ni d’abon­ne­ment. Tout l’éco­sys­tème logi­ciel est gratuit, open source et hébergé sur GitHub. Cette approche est rassu­rante pour la péren­nité du Fader­punk, même si la marque venait à dispa­raître, la commu­nauté pour­rait conti­nuer à déve­lop­per et à main­te­nir le code. Ces appli­ca­tions, déve­lop­pées en langage Rust, défi­nissent la nature de chaque canal. Selon l’ap­pli­ca­tion char­gée, le jack 3,5 mm d’une tranche peut se compor­ter comme une entrée CV ou comme une sortie CV. Au moment de sa sortie, 17 appli­ca­tions sont déjà dispo­nibles. Certaines sont simples et n’oc­cupent qu’un seul canal, comme un LFO, tandis que d’autres sont plus complexes et s’étendent sur plusieurs tranches, à l’image des séquen­ceurs. Grâce à la fonc­tion Total Recall gérée par le bouton Scene, le Fader­punk est capable de mémo­ri­ser jusqu’à seize scènes complètes dans sa mémoire interne. Une scène ne se contente pas de sauve­gar­der les posi­tions des faders ; elle enre­gistre l’in­té­gra­lité de l’état de la machine, et donc des apps : les pas des séquen­ceurs, les réglages des enve­loppes (Attack, Decay), la vitesse et la forme d’onde des LFO, ainsi que tous les para­mètres globaux. C’est une avan­cée signi­fi­ca­tive pour le monde du modu­laire qui, par nature, est souvent dépourvu de toute forme de mémoire de masse. Pour garan­tir une tran­si­tion fluide entre les scènes en plein concert, AtoV Project a implé­menté un système de verrouillage (latching). Lorsqu’une nouvelle scène est appe­lée, si la posi­tion physique d’un fader ne corres­pond pas à la valeur enre­gis­trée, le signal de sortie reste figé sur la valeur mémo­ri­sée. La modi­fi­ca­tion effec­tive ne reprend que lorsque le fader physique croise la valeur virtuelle. C’est un prin­cipe courant dans le monde des synthé­ti­seurs ou des contrô­leurs, et nous sommes ravis de le trou­ver ici.

Analyse des appli­ca­tions du Fader­punk : LFO, séquen­ceur, enve­loppes et outils de modu­la­tion

Faderpunk - 1La confi­gu­ra­tion se fait via le confi­gu­ra­teur Web, avec le Fader­punk connecté en USB. Voici le détail des fonc­tions testées en situa­tion réelle :

Appli­ca­tion CONTROL : C’est le mode le plus direct. Le fader génère une tension ou un MIDI CC. En pres­sant le bouton, on coupe le signal (Mute). Le confi­gu­ra­teur permet de défi­nir si la sortie est en 0–10V ou –5/+5V. La préci­sion du fader ALPS est redou­table pour des balayages de filtre précis.

Appli­ca­tion MULTI SHAPE LFO : Ce module trans­forme la tranche en oscil­la­teur basse fréquence. On change de forme d’onde (sinus, triangle, carré, rampes) via le bouton de canal. Le fader gère la vitesse. En mode synchro, le fader devient un sélec­teur de divi­sions tempo­relles par rapport à l’hor­loge globale.

Appli­ca­tion AD ENVE­LOPE : Plutôt complète, elle propose les modes AD, ASR ou loop. En revanche, pour régler les temps d’at­tack ou de decay, il faut passer par le confi­gu­ra­teur web. Le bouton peut servir de déclen­cheur manuel (Trig­ger), c’est utile pour tester des patchs de percus­sion ou des lignes de basse sans clavier externe.

Appli­ca­tion SEQUEN­CER : Elle mobi­lise huit canaux. On dispose de quatre pistes de seize pas. Les faders règlent les notes. Les boutons défi­nissent si le pas est actif (Gate) ou lié (Legato). Avec la touche Shift, on accède à la longueur de la séquence et à la réso­lu­tion tempo­relle. Ce séquen­ceur rappelle les anciens modèles analo­giques mais avec la préci­sion numé­rique.

Appli­ca­tion EUCLID : Pour les rythmes complexes, cette appli­ca­tion utilise deux canaux. Le premier fader règle la longueur de la boucle et le second le nombre d’évé­ne­ments. C’est un outil utile pour géné­rer des poly­ryth­mies.

Appli­ca­tion TURING MACHINE : C’est une version logi­cielle du célèbre module de musique géné­ra­tive. Le fader défi­nit la proba­bi­lité qu’une note change dans la boucle. La version TURING+ utilise deux canaux pour plus de contrôle. Il est possible de sauve­gar­der la séquence géné­rée dans une scène.

Appli­ca­tion MIDI TO CV et CV TO MIDI : Ici, le Fader­punk devient une inter­face de commu­ni­ca­tion. Il peut récu­pé­rer le pitch, le gate, la vélo­cité ou le pitch­bend d’un signal MIDI pour pilo­ter un oscil­la­teur analo­gique. Inver­se­ment, il trans­forme des tensions de contrôle en messages MIDI pour votre ordi­na­teur.

Appli­ca­tion LFO+ : Il s’agit d’un LFO avec une entrée CV assi­gnable et qui permet de contrô­ler la fréquence, la phase, l’am­pli­tude et le reset.

D’autres outils comme le SLEW LIMI­TER (pour lisser les tensions), l’OFFSET + ATTE­NU­VER­TER (pour ajus­ter le gain et la posi­tion d’un signal) ou le RANDOM TRIG­GER complètent cet arse­nal. Avec toutes ces appli­ca­tions, le Fader­punk permet d’éco­no­mi­ser beau­coup de place (et d’ar­gent) en remplaçant divers modules maté­riels.

Notre avis : 9/10

Le Fader­punk de AtoV Project est une belle surprise. Sous l’ap­pa­rence d’un simple contrô­leur, il s’agit en fait d’un outil multi­fonc­tion qui réserve bien des surprises. L’uti­li­sa­tion est sympa et convi­viale. Vu le concept, il est diffi­cile de lui repro­cher d’être dépen­dant de l’ap­pli­ca­tion web pour la confi­gu­ra­tion, d’au­tant que cette dépen­dance ne concerne que rare­ment l’uti­li­sa­tion une fois le para­mé­trage effec­tué.

L’une de ses grandes forces est sa capa­cité à évoluer. Là où un module maté­riel clas­sique est figé dans ses fonc­tions, le Fader­punk est une plate­forme dyna­mique qui change de fonc­tion tour à tour et qui pourra évoluer dans le futur. Si son évolu­tion reste diffi­cile à devi­ner aujour­d’hui, le Fader­punk est en constante évolu­tion et les mises à jour se succèdent à un bon rythme (3 pendant l’écri­ture de ce test). Cepen­dant, n’ou­blions pas que l’on se procure un produit pour ce qu’il est au moment de l’achat, et aujour­d’hui, le Fader­punk en propose déjà beau­coup. Sa robus­tesse physique, alliée à la souplesse de son archi­tec­ture open source et à la puis­sance de son système de scènes, en fait un inves­tis­se­ment durable.

Il réus­sit le pari de simpli­fier la vie de l’uti­li­sa­teur de modu­laire en appor­tant des fonc­tions de sauve­garde et de conver­sion sans sacri­fier l’im­mé­dia­teté du contrôle physique. Malgré une docu­men­ta­tion web encore concise, le support direct de la marque sur Discord et l’en­thou­siasme de la commu­nauté autour du langage Rust laissent présa­ger un avenir riche. Pour celui qui cherche à unifier ses machines et son ordi­na­teur sous une seule inter­face intel­li­gente, le Fader­punk peut se révé­ler très utile.

  • 16 faders configurables
  • Pont entre les mondes MIDI, CV et STAN
  • Stockage des scènes et rappel total
  • Polyvalence
  • Open Source
  • Qualité de fabrication

  • Documentation complète mais laconique
  • Investissement personnel conséquent
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  • Mix Jagger 505 posts au compteur
    Mix Jagger
    Administrateur·trice du site
    Posté le 27/03/2026 à 18:02:08
    Excellent test, merci Coramel pour le boulot accompli :bravo:

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