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Culture / Société
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Le son d’hier au tarif d’aujourd’hui - Les guitares vintage valent elles toujours leur prix ?

Les guitares vintage font rêver, mais leur prix exorbitant ne garantit pas toujours un son exceptionnel. Entre mythe, prestige et spéculation, la réalité de ces instruments souvent surcotés est bien moins glamour qu’on l’imagine.

Les guitares vintage valent elles toujours leur prix ? : Le son d’hier au tarif d’aujourd’hui

Quand on parle de guitares vintage, de belles images surgissent en tête, on pense immé­dia­te­ment à un instru­ment idéal, où même les petits défauts ont une valeur ajou­tée. Des guitares capables de repro­duire le son parfait, entendu sur un album mythique. Les prix pour ce genre d’ins­tru­ment s’en­volent alors à plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’eu­ros, au simple prétexte que la guitare a plus de cinquante ans ou qu’un artiste célèbre l’a utili­sée. Mais si la passion et le rêve font partie de la musique, cette image roman­tique mérite d’être nuan­cée. L’im­mense majo­rité des instru­ments vendus sur le marché ne possèdent pas le timbre légen­daire ni l’his­toire excep­tion­nelle que l’on prête à quelques modèles. Toutes ces guitares n’ont pas toujours été entre­te­nues avec soin, et beau­coup ont été jouées, répa­rées, rafis­to­lées ou modi­fiées au fil des décen­nies, ce qui peut affec­ter leur qualité intrin­sèque. Ache­ter vintage, c’est souvent un pari sur l’his­toire et le pres­tige plutôt qu’une garan­tie de son parfait ou d’une joua­bi­lité excep­tion­nelle.

Des ventes record montrent à quel point le vintage peut deve­nir un objet de collec­tion plus que d’usage. La Gibson Les Paul Stan­dard de 1959 en est l’exemple parfait, avec des prix pouvant allè­gre­ment dépas­ser les 400 000 dollars. Une Les Paul signée par un·e musi­cien·ne célèbre ou arbo­rant un numéro de série parti­cu­lier peut même se vendre des dizaines de milliers d’eu­ros, même si son état ou son son n’est pas excep­tion­nel. Et dans le cas de modèles ayant appar­tenu à un artiste légen­daire, et souvent mort, alors là, on peut carré­ment fran­chir le cap du million de dollars. Quand on arrive à de telles sommes, ce sont la prove­nance et la rareté qui sont ache­tées, pas vrai­ment la joua­bi­lité ou la qualité sonore : on se procure une partie du rêve. La dimen­sion collec­tible joue donc un rôle crucial. Mais il faut être prudent, même sur les modèles modestes : les enchères et le marché spécu­la­tif créent une bulle où le pres­tige prime.
Comme nous l’avons vu, il existe un facteur pure­ment subjec­tif. Le vintage inspire un roman­tisme puis­sant, tenir entre ses mains le même instru­ment que ses idoles procure un fris­son diffi­cile à quan­ti­fier. Mais du point de vue sonore et tech­nique, une guitare moderne bien réglée offre souvent plus de constance, de confort et un meilleur rapport qualité-prix. Avec les amplis, pédales et micros actuels, il est possible de repro­duire presque tous les sons vintage sans casser sa tire­lire.

À ce niveau, il semble impor­tant de distin­guer le mythe de la réalité tech­nique. Oui, une Fender Stra­to­cas­ter de 1965 a été utili­sée par Jimi Hendrix, et oui, une Les Paul de 1959 a un timbre incroyable. Mais ces instru­ments sont excep­tion­nels. La plupart des guitares vintage en vente sur le marché n’ont ni cette aura ni ce son unique. Aujour­d’hui, la produc­tion moderne a beau­coup évolué. Les fabri­cants de guitares proposent des réédi­tions plus ou moins fidèles, construites avec des méthodes fiables et des bois sélec­tion­nés. Ces instru­ments contem­po­rains peuvent offrir un son tout aussi riche et stable qu’un modèle vintage fati­gué, et ce, à une frac­tion du prix. L’idée que le bois « vieillit mieux avec le temps » est souvent exagé­rée et n’a véri­ta­ble­ment de sens que pour les guitares acous­tiques. Certains luthiers recon­naissent qu’un bois qui a séché pendant plusieurs décen­nies peut présen­ter une stabi­lité et une réso­nance diffé­rente, subtile, diffi­cile à mesu­rer, mais percep­tible. Sur les modèles élec­triques, cela ne fait pas de diffé­rence signi­fi­ca­tive. N’ou­blions pas l’es­sen­tiel : le son et la plupart des varia­tions sonores viennent davan­tage de la tech­nique du musi­cien ou de la musi­cienne et des compo­sants élec­tro­niques que de quelques décen­nies de vieillis­se­ment. Mais après, la ques­tion n’est peut-être pas de savoir si la diffé­rence existe, mais si elle justi­fie l’écart de prix.

Pour­tant, pour certain·e·s musi­cien·­ne·s, la ques­tion ne se pose même pas. Ce n’est pas une affaire de statis­tiques, de courbes de fréquence ou de rapport qualité-prix. Il est ques­tion ici de sensa­tion. D’une vibra­tion dans le manche, d’une réponse sous les doigts. Pour certain·e·s d’entre nous, passer quelques minutes avec une guitare qui a du vécu suffit à comprendre l’at­ta­che­ment. L’odeur du bois, le vernis légè­re­ment craquelé, le poids parfois surpre­nant, les méca­niques un peu dures… Rien n’est parfait. Mais c’est préci­sé­ment cette imper­fec­tion qui séduit. Là où une guitare moderne semble cali­brée, opti­mi­sée, rassu­rante, le vintage peut paraître plus capri­cieux, et donc plus vivant. Nous le savons tous bien, il suffit parfois de quelques heures pour « coller » une person­na­lité à un instru­ment.

Peut-être que le vintage n’est pas une ques­tion de son, mais d’iden­tité. Certains cherchent la perfor­mance., tandis que d’autres cherchent une filia­tion. Et parfois, ce que l’on achète n’est ni un timbre ni une joua­bi­lité, mais une place dans une histoire plus grande que soi. Le vintage n’est pas toujours ration­nel. Mais la musique ne l’est pas non plus. Et c’est peut-être là que le débat devient inté­res­sant.

En résumé, les guitares vintage ne valent pas toujours leur prix. Elles peuvent offrir un son unique ou un pres­tige histo­rique, mais de nombreux modèles atteignent des tarifs déme­su­rés, parfois en raison de leur histoire, et parfois de la spécu­la­tion. Pour la plupart des musi­cien·­ne·s, l’es­sen­tiel n’est pas l’âge de l’ins­tru­ment, mais sa joua­bi­lité, sa stabi­lité et sa capa­cité à produire le son recher­ché. Après tout, c’est le ou la musi­cien·ne, pas la guitare, qui crée la magie.

La fasci­na­tion pour ces instru­ments reste compré­hen­sible. Elles incarnent une époque, une histoire, et parfois une légende. Mais il est impor­tant de distin­guer le mythe du son et de garder à l’es­prit qu’une guitare moderne peut offrir une expé­rience musi­cale tout aussi riche, souvent à une frac­tion du prix.

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