Au-delà du nombre de cordes, du style et de son diapason, un aspect capital à prendre en compte lors de l’achat d’une guitare électrique est sa configuration électronique. Cette configuration rassemble les micros installés sur la guitare ainsi que leur interface de contrôle composée le plus souvent de potentiomètres de volume et tonalité et d’un sélecteur. Dans ce dossier, nous allons vous donner toutes les clés afin que vous puissiez choisir le(s) meilleur(s) micro(s) pour guitare électrique.
Fonctionnement d’un micro de guitare électrique : principes électromagnétiques
On peut résumer le fonctionnement d’un micro de guitare à celui d’un capteur électromagnétique. Son action est permise par trois éléments fondamentaux : un ou plusieurs aimants, une bobine de fil de cuivre et une corde métallique dont le matériau (nickel, acier) est magnétique. L’aimant installé dans le micro créé un champ magnétique autour des cordes, champ qui est perturbé quand la corde entre en vibration. Cette perturbation fait varier le flux magnétique qui traverse la bobine et créé ainsi une tension électrique, c’est la loi de Faraday. Cette tension électrique exprimée en millivolts est envoyée vers la sortie de l’instrument, puis à l’ampli via un câble.
Dans la mesure où le micro de guitare capte le mouvement de la corde dans un champ électromagnétique, le bois et la construction de la guitare n’ont pas d’effet direct sur le son. Ils ont cependant un effet indirect en influençant la manière dont la corde vibre avec plus ou moins d’harmoniques, d’attaque ou de sustain. Le micro ne fait que « lire » la vibration de la corde. Un micro étant essentiellement une bobine, on peut mesurer précisément son inductance. C’est la propriété d’une bobine qui fait qu’elle s’oppose aux variations de courant et qu’elle stocke temporairement de l’énergie dans un champ magnétique. Dans un micro guitare, l’inductance est déterminée par le nombre de tours de fil, la forme globale de la bobine et ses dimensions, la présence de pièces métalliques et la perméabilité magnétique du circuit. Elle influence la fréquence de résonance du micro (plus elle est élevée, plus la fréquence de résonance baisse) et son voicing (plutôt clair ou puissant). C’est pour cela qu’un micro simple est plus brillant qu’un micro humbucker, une forte inductance générant un son plus ouvert et une faible inductance développant un son plus dense.
Types d’aimants de micros guitare et influence sur le son
Au-delà d’influencer directement le son perçu, les aimants vont surtout jouer sur la force du champ électromagnétique (le niveau, l’attaque et le sustain), la manière dont la corde est tenue et la réponse en fréquences, indirectement. On peut dégager des grandes familles d’aimants couramment utilisés dans la confection de micros guitare : AlNiCo (Aluminium/Nickel/Cobalt), Céramique (Ferrite) et Néodyme.
AlNiCo 2
Sonorité vintage, douce et musicale avec des graves ronds qui bavent un peu, des médiums bien présents et des aigus doux et jamais agressifs. Cet aimant génère une attaque douce, une légère compression et un bon sustain sans trop de « pull » magnétique. Aimant très utilisé dans les P.A.F de Gibson.
AlNiCo 3
Sonorité claire et ouverte avec une qualité vintage très appréciée, des graves bien définis, des médiums plus creusés qu’avec un aimant AlNiCo 2, et des aigus clairs avec une qualité « glassy ». Cet alliage développe une attaque précise et rapide avec très peu de compression. Aimant très utilisé pour le micro manche d’une Telecaster et les micros Stratocaster pour retrouver ce son de cloche.
AlNiCo 4
Sonorité vintage avec un bon équilibre. Les graves sont ici plus tenus que sur les AlNiCO 2, les médiums sont équilibrés et les aigus présents sans être agressifs. On profite ici d’une attaque plus définie qu’avec les AlNiCO 2 avec une compression modérée et un excellent sustain. Aimant très utilisé pour retrouver un caractère de humbucker vintage en moins mou et plus défini.
AlNiCo 5
Sonorité punchy et claire avec des graves percussifs, des médiums plus agressifs et des aigus plus mordants. L’attaque est plus rapide et le sustain peut diminuer si le micro est trop proche des cordes (pull magnétique plus fort). Aimant utilisé en position chevalet d’une Stratocaster, d’une Telecaster ou pour des humbuckers modernes pas trop extrêmes.
AlNiCo 8
Sonorité épaisse et agressive sans entrer sur le territoire des aimants céramique. On retrouve des basses énormes et bien présentes, des médiums très épais et des aigus présents mais moins que sur les AlNiCo 5. L’attaque est très définie et la compression modérée. Aimant utilisé dans des styles comme le Hard Rock avec des humbuckers puissants.
Céramique (Ferrite)
Sonorité moderne, puissante et tranchante avec des graves très resserrés et parfois secs, des médiums maîtrisés et des aigus brillants. L’attaque est très rapide et franche et la compression plus appuyée. Les micros équipés d’aimants céramique peuvent être perçus comme moins dynamiques. Aimant utilisé pour la confection des micros destinés au Metal, genre dans lequel ils sont bobinés pour envoyer très fort.
Néodyme
Sonorité hi-fi très dynamique avec des graves profonds, des médiums neutres et des aigus très larges avec un côté hi-fi très appréciable. On retrouve une attaque rapide et une faible compression. Cet aimant exerce une forte attraction sur la corde (pull magnétique), il faudra donc être vigilant quant à sa hauteur. Aimant utilisé pour un son clair et large ou un son très agressif (selon la conception).
CuNiFe
Alliage de Cuivre, Nickel et Fer utilisé dans la conception des micros Wide Range de Fender. Cet alliage peut être usiné en tiges filetées contrairement à l’AlNiCo. Il peut donc servir directement de plots réglables. Sonorité équilibrée avec des graves fermes, des médiums plus creusés que sur un P.A.F et des aigus très ouverts. Aimant utilisé pour la confection des Wide Range, micro qui développe ce son de humbucker large et clair avec une articulation comparable à celle d’un micro simple. Cet alliage donne une impression de son plus « twangy » avec une attaque rapide et une bonne définition.
Rôle du fil de cuivre dans le son des micros de guitare
Le fil de cuivre d’un micro est évidemment une composante prépondérante dans la fabrication d’un micro. Son diamètre, son isolant, sa pureté, sa forme et même la tension du bobinage sont autant de facteurs qui influenceront le son.
Diamètre du fil (AWG) et impact sur le niveau de sortie et la tonalité
Les micros guitare sont bobinés avec du fil de cuivre très fin dont on mesure le diamètre avec la norme AWG. L’AWG 42 est le standard, il génère un bon équilibre et un niveau de sortie modéré. Les aigus sont bien présents. L’AWG 43 est plus fin et développe une résistance et une inductance plus élevées (plus de tours possibles dans le même espace). En termes de son, cela se traduit par davantage de médiums, un son globalement plus sombre et plus compressé. L’AWG 44 est encore plus fin ce qui permet encore plus de tours autour de la bobine. Le son est très puissant avec un côté plus sombre, une attaque moins ouverte et beaucoup plus de compression. Enfin, l’AWG 41 est plus épais et génère moins de résistance. On peut effectuer moins de tours sur un même espace. Le son est donc plus clair, plus ouvert et avec moins de compression.
Types d’isolants de bobinage et influence sur le rendu sonore
Le fil de cuivre d’un micro guitare est recouvert d’un isolant. Il fait varier deux paramètres importants : l’épaisseur totale du fil et la capacité parasite entre les spires. Le « Plain Enamel » est très courant sur les humbuckers de type P.A.F et les P-90 vintage. Cet isolant développe des aigus doux et des médiums riches, avec un grain vintage. Le « Heavy Formvar » est un isolant typique des Stratocaster des années 50 et 60 et des Telecaster Vintage. C’est un isolant plus épais qui génère des sons plus clairs avec un côté « glassy ». Le Poly est un isolant très utilisé dans l’industrie moderne. Il est en effet très stable, facile à bobiner et très régulier. Il développe un son globalement plus « clean » avec des aigus très nets et un son globalement plus précis.
Techniques de bobinage des micros guitare et conséquences sonores
La façon dont le fil est bobiné va changer la manière dont il se comporte. Plusieurs techniques existent. Avec une machine moderne, on obtient un bobinage très régulier, des spires bien alignées et une capacité parasite souvent plus élevée. Cela se traduit par un son plus lisse avec moins d’air dans les aigus. En bobinant le fil selon la technique du « Scatter Winding », on obtient fatalement des spires moins parallèles et une capacité parasite plus faible. Cela se traduit par un son plus ouvert et tridimensionnel avec une sensation globale plus organique. Attention, il ne faut pas non plus que le bobinage soit trop irrégulier sous peine d’obtenir un micro déséquilibré.
Tension de bobinage et effets sur la dynamique et la résonance
Si la technique de bobinage est importante, sa tension l’est tout autant. On obtiendra des résultats très différents d’un micro à l’autre avec une bobine serrée ou une bobine lâche. Une bobine plus serrée aura plus de capacité parasite et une résonance plus basse. Cela aboutit à une sonorité globalement plus sombre avec plus de médiums et de compression. Une bobine plus lâche fera entrer plus d’air entre les spires et aura beaucoup moins de capacité parasite. On retrouve donc un son plus brillant, ouvert et avec une grosse dynamique. Attention cependant, un micro bobiné en « Scatter Winding » avec une bobine lâche sera effectivement plus vivant mais également beaucoup plus microphonique. C’est pour cette raison qu’on paraffine de nombreux micros.
Histoire des micros de guitare électrique : des premiers modèles aux humbuckers


Micro simple bobinage : fonctionnement, caractéristiques et variantes
Le micro simple est constitué d’un ou plusieurs aimants et d’une bobine de fil de cuivre. Il génère un son clair, précis, brillant et avec un certain « Twang ». Cette caractéristique particulière est conférée par la composition et le comportement du micro. Il se comporte comme une source avec une inductance, une résistance et une capacité parasite. Ces paramètres créent un système qui a une fréquence de résonance, fréquence qui donne ce fameux « Twang ».
Il existe plusieurs types de micros simples bobinages qui génèrent évidemment des sons différents.
Charlie Christian
Il s’agit d’un micro simple bobinage équipé d’un aimant en barre entouré d’une bobine de fil de cuivre. Il est très sensible aux variations d’intensité ce qui le rend très apprécié encore de nos jours. Cette sensibilité en fait un micro organique agréable à jouer.
Micro simple Fender Stratocaster, Jaguar et Mustang

Micro simple Fender Telecaster
Pour la Telecaster sorti au tout début des années 50, Leo Fender est allé piocher dans les micros qu’il avait sous le coude à l’usine Fender. Le micro chevalet de la Telecaster est adapté d’un micro de Lap-Steel. Il est plus long que le micro installé sur les Stratocaster, Mustang et 
Paradoxalement, le micro manche de la Telecaster est plus petit que celui d’une Strat. Ses plots sont tous à la même hauteur et il est abrité dans un capot en nickel étiré. Ce capot avait à l’époque deux objectifs : blinder le micro et l’isoler au maximum des interférences et parasites et empêcher les doigts du guitariste de toucher les plots des aimants. Les micros simples de Telecaster génèrent un son immédiatement reconnaissable qui a inspiré de nombreux musiciens, de Keith Richards à Jeff Beck en passant par Danny Gatton et Billy Gibbons.
Micro simple Fender Jazzmaster
Bien que son look l’éloigne drastiquement des micros simples « traditionnels », sa conception en est très proche. On retrouve en effet une série de six aimants cylindriques autour desquels est bobiné un fil de cuivre. Les bobines de ces micros sont néanmoins beaucoup plus larges que celles des micros simples « standards » ce qui leur permet de capter une plus large gamme de fréquences. Les micros de Jazzmaster sont assez uniques dans la mesure où ils ne sont installés que sur un modèle, la Jazzmaster. Ils développent un son plus brillant que celui d’une Stratocaster et un niveau de sortie plus important avec un côté hi-fi toujours très apprécié de nos jours.
P-90 (ou « P-Nonante »)
Le P-90 a été inventé par Walter Fuller en 1939. Il n’a été monté sur les guitares Gibson qu’à la fin de la guerre, dans une version modernisée. Il devient le micro de référence de la marque, allant même jusqu’à être monté sur la Les Paul de 1952 à 1957, année où il a été remplacé par le célèbre « PAF », premier micro Humbucker. Le P-90 est un micro simple bobinage équipé de deux aimants placés perpendiculairement aux cordes et en opposition magnétique. Ils sont en contact avec une pièce dans laquelle sont vissés six plots réglables en fer doux. Le bobinage de ce micro étant assez plat et très large, il créé un champ magnétique lui aussi très large. Le P-90 est décliné en deux versions autorisant des montages sur différentes guitares : Dogear et Soapbar. Les Dogrear sont vissés directement dans le bois de la table grâce à leur platine métallique recouverte d’un capot en plastique. Ce capot possède des extrémités triangulaires permettant l’insertion de deux vis. Les Soapbar ont une conception différente qui permet de fixer le micro par le dessous et qui le rendent réglable en hauteur. En raison de la largeur de son champ magnétique, le P-90 génère une sonorité moins brillante que celle d’une Stratocaster, mais plus claire et transparente que celle d’un Humbucker. Il est très dynamique et développe une présence très musicale dans les médiums ce qui le rend populaire de nos jours, surtout chez les guitaristes de Rock.
Micro simple « Lipstick »

Micro simple DynaSonic
Ce micro simple au charme fou est souvent considéré comme un équivalent au P-90 de Gibson par sa nature et son format. Il est conçu à 
Micro simple « Noiseless »

Micros Gold Foil
Les Gold Foil, c’est une famille de micros bon marché montés sur les guitares Harmony, Danelectro, Teisco, Kay et d’autres marques. Leur 
Humbucker : principe, avantages et différences avec les simples bobinages
Le humbucker (micro qui bloque les « hum ») a fait l’objet d’un dépôt de brevet de la part de Gibson en 1955. C’est Seth Lover qui en est l’inventeur mais il a été fortement inspiré par les travaux d’Electro-Voice qui avait conçu des Humbuckers utilisés dans des équipements audio professionnels. Un micro double bobinage est constitué de deux bobines placées en série, bobinées en sens inverse et de deux aimants inversés. Le bruit ambiant est capté par les deux bobines mais il est annulé parce qu’elles sont inversées. Les signaux provenant de la corde et captés par les deux bobines s’additionnent, ce qui fournit ce son plus épais et plus chaleureux que celui d’un micro simple.
Micro Wide Range : conception et spécificités sonores

Mini-humbucker : format réduit et rendu sonore
Le mini-humbucker a été conçu par la marque new-yorkaise Epiphone. Gibson en a ensuite acquis les droits et la technologie quand sa 
Filter’Tron : un humbucker au caractère typé rock’n’roll

Humbucker à rails : stabilité du signal et gestion des bends
Les micros humbuckers « rails » utilisent un unique rail par bobine en lieu et place des six « pole pieces ». Cela permet aux cordes de rester 
Humbucker au format simple : alternatives pour guitares à défonce simple
Si on souhaite installer un ou plusieurs humbuckers sur une guitare dont les défonces n’acceptent que des micros simples, il existe une solution simple : le humbucker au format micro simple. Ce micro utilise le même procédé que les micros simples « Noiseless », à savoir deux bobines superposées verticalement et qui fonctionnent comme dans un humbucker traditionnel. Bien évidemment, le son ne sera jamais identique à celui d’un humbucker de format standard, mais on retrouve le côté épais, chaleureux, mordant et sans bruits parasites.
Micros actifs vs passifs : différences de fonctionnement et usages


Coil split et coil tap : modifier le son de ses micros guitare
Pour faire varier le son d’un micro, les constructeurs installent souvent des switches supplémentaires ou des systèmes de push/pull ou push/push sur un ou plusieurs potentiomètres. Ces switches activent les modes « Split » ou « Tap » que nous allons détailler.
Coil Split
Cette technique ne concerne que les micros humbuckers ou les micros à plusieurs bobines. Elle consiste à désactiver une des bobines afin de n’en conserver qu’une seule active. On obtient donc un son plus clair, moins de niveau de sortie et de graves et un son qui ressemble davantage à celui d’un micro simple (mais souvent plus fluet). Attention cependant, quand on split un humbucker, on récupère des bruits parasites, l’annulation de bruit n’étant plus effective.
Coil Tap
Ce procédé s’applique surtout aux micros simples ou à des humbuckers spécifiques. En plus du fil de fin de bobine, un micro « tapped » possède un autre fil qui sort à un autre point de la bobine. On a donc deux sorties de bobine : une sortie complète avec le bobinage complet et une sortie « tap » avec moins de tours. La sortie « tap » a une sonorité plus claire avec moins de niveau de sortie et plus de dynamique. Cette technique présente le gros avantage de conserver la nature du micro et donc sa signature sonore.
Niveau de sortie d’un micro guitare : définition et limites de mesure
Ce terme nécessite quelques éclaircissements dans la mesure où il est utilisé comme un mot fourre-tout. Le niveau de sortie d’un micro est l’amplitude du signal électrique que le micro produit quand la corde vibre, à la sortie de la guitare. On parle d’un signal alternatif qui varie en fonction de la puissance de l’attaque sur les cordes, de la nature de la corde, du micro et de sa hauteur. Un micro à haut niveau de sortie va donc envoyer davantage de tension dans le circuit (potentiomètres, câble, pédales, ampli) et faire saturer plus facilement l’étage suivant. À l’inverse, un micro à faible niveau de sortie générera moins de tension et aura donc plus de marge avant saturation.
Attention, le niveau de sortie ne représente en aucun cas le gain. Un micro de guitare ne créé pas de gain comme un préampli peut le faire. Il créé un signal exprimé en millivolts amplifié par un amplificateur. Ce n’est pas non plus la résistance de sortie, exprimée en kΩ. Cette résistance DC dépend du diamètre du fil, du type de fil et du nombre de tours. Le niveau de sortie est donc déterminé par le nombre de tours de bobine, la force du champ magnétique, l’inductance et la hauteur du micro.
On mesure par convention la résistance de sortie d’un micro parce qu’il s’agit d’une mesure simple et universelle. On peut l’obtenir rapidement avec un simple multimètre. De plus, la résistance de sortie donne une vague idée du bobinage (plus il y a de tours de fil, plus la longueur de fil est importante et donc plus la résistance augmente). Cela indique donc si le micro est « vintage » (entre 5kΩ et 8kΩ) ou « hot » (entre 10kΩ et 16kΩ). La résistance de sortie est donc une donnée importante quand on compare des micros similaires. Cependant, la comparaison devient inutile quand on fait s’affronter deux micros différents (P-90 vs Humbucker, par exemple).







