Il est devenu le casse-tête préféré des guitaristes. Sa signature ? Un son de gratte que l'on ne retrouve nulle part ailleurs : compressé, granuleux, aérien et saturé. Mais c'est quoi le secret ?
Son matériel est disséqué dans les moindres détails sur YouTube, Reddit ou ailleurs, au point que certains fabricants de plug-ins tentent de surfer sur la tendance. Mais derrière les vieilles machines et les réglages obscurs se cache surtout une autre manière de penser le son de guitare. Alors, qu’est-ce qui fait vraiment sa signature ? Petit passage en revue de son arsenal, de sa philosophie… et de quelques pistes pour s’en approcher, même sans le sous.
Le matériel de Mk.gee : guitare baryton, Tascam Portastudio et pedalboard
Avant de parler de matos et de réglages, il faut comprendre une chose : le son de Mk.gee fait beaucoup parler pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas qu’un « son ». Là où beaucoup de guitaristes cherchent à obtenir le signal le plus propre possible avant de le transformer ensuite, Michael Gordon semble faire exactement l’inverse. Le son qui sort de sa guitare est pensé comme une matière brute, un signal vivant qui doit être malmené, compressé, saturé et légèrement abîmé jusqu’à devenir presque méconnaissable. En gros, les règles sont faites pour être contournées.
Sur Two Star & the Dream Police, l’album qui l’a fait connaitre en 2024, sa recette repose sur un instrument devenu presque aussi célèbre que ses chansons : une Fender Jaguar en open de La, équipée avec un tirant de cordes très épais avec filets plats et accordée dans un registre baryton. Le résultat est immédiatement reconnaissable : des graves qui rappellent presque un piano ou une basse, mais avec l’attaque claquante et fragile d’une guitare électrique.
Cette configuration change complètement la manière de jouer. Avec des cordes plus détendues et une attaque souvent très contrôlée, chaque note semble légèrement tirer sur un élastique avant de revenir en place. Mk.gee exploite énormément cette sensation physique : des accords simples, des motifs répétitifs, des notes isolées qui laissent de l’espace au reste de la production.
Mais l’élément qui a véritablement fait exploser la curiosité des amateurs de matos reste son utilisation détournée du Tascam Portastudio 424. Plutôt que de passer par un ampli de guitare à l’ancienne, Mk.gee utilise cet ancien multipiste cassette principalement comme un préampli, en poussant son étage d’entrée pour obtenir une compression naturelle et une saturation organique.
Le signal réagit alors différemment selon l’intensité du jeu : une attaque douce reste relativement claire, tandis qu’un coup plus fort fait apparaître cette texture granuleuse et presque « cassée » devenue sa marque de fabrique.``
Autour de cette pièce centrale gravitent plusieurs effets qui participent à cette impression de guitare venue d’ailleurs. Sur son pedalboard de tournée, on retrouve notamment un Roland VG-8, un processeur guitare numérique des années 1990 utilisé pour ses textures presque synthétiques, mais aussi un chorus Boss CE-2W, un delay Boss DD-20, une pédale DigiTech Drop, une Chase Bliss Mood et une Rainger FX Reverb-X. Le VG-8 est particulièrement important : avec son célèbre préset « Bowed Pad », il permet de brouiller la frontière entre guitare et synthétiseur, donnant cette sensation de son qui flotte et se déforme en permanence.
Mais au fond, ce qui bouscule vraiment avec la démarche de Mk.gee, ce n’est pas qu’il utilise du matériel rare ou inaccessible. C’est plutôt sa façon de détourner du matos qui n’était pas forcément destiné à ce qu’il en fait. Ainsi, le « son MkGee » repose moins sur une chaîne d’effets magique que sur une idée simple : pousser chaque élément jusqu’à trouver son propre caractère.
Les secrets de l’arôme Mk.gee : comment l’imiter ?
Pour vous faire oublier cet horrible jeu de mots dans l’intertitre, rentrons directement dans le vif du sujet. Premièrement, pas forcément d’avoir tout l’arsenal du matos mk.gien sous la main pour s’en rapprocher. Il existe plein de façons d’obtenir ce son de gratte texturé, que ce soit au fil d’une chaîne de plugins un peu quali, ou même uniquement avec les outils déjà présents dans votre STAN. Comme on dit, ce qui sonne, sonne.
Après avoir accordé votre guitare en Open de La, on peut poser la première pierre de votre chaine d’effet : un préampli numérique. Celui de Slate Digital fonctionne très bien, mais n’importe quel plugin du genre fera l’affaire, quitte à succomber au récent MK.Pre de Audio Hertz, clairement lancé pour surfer sur la tendance. Derrière, un compresseur de type LA-2A permet de lisser les attaques.
Maintenant que les bases sont solides, il faut salir le signal, mais par étapes ! Une petite dose de RC-20 peut ajouter un peu de wobble et casser le côté trop propre du son numérique. Puis, une émulation de bande, par exemple le Studer A 800, permet d’introduire une saturation intéressante dans les aigus : l’effet reste discret lorsque le jeu est doux, mais claque plus brutalement dès que les cordes sont attaquées plus franchement.
Pour se rapprocher du but, il faut ajouter une bonne dose de souffle à notre son. Une astuce consiste à envoyer la guitare vers un bus comprenant un noise gate avec un seuil assez élevé, une réverbe de type plate, puis une distorsion placée après la réverbe. Ce placement peu conventionnel permet de faire saturer la queue de réverbération plutôt que le signal direct, un procédé qui contribue largement à cette impression de texture mouvante et imparfaite.
La méthode à zéro euros
Si les plugins évoqués plus hauts sortent du budget et qu’il faut pousser les curseurs d’utilisation des plugins natifs au max, pas de panique. Dans Logic Pro X par exemple, l’ampli Best of Both Worlds constitue une excellente base. En lui ajoutant une bonne dose de chorus via le Pedalboard (Retro Chorus, Heavenly Chorus et Hi Drive en mode Treble), on retrouve rapidement cette largeur très caractéristique. Pour la réverbe, le préset Forward Reverb de Valhalla Supermassive – entièrement gratuit et franchement incontournable – fonctionne particulièrement bien.
Enfin, une partie du charme du son de Mk.gee vient du fait qu’il repasse son signal dans des machines physiques après sa chaîne d’effets. Une méthode similaire consiste à renvoyer la sortie de la carte son vers un sampler, comme un Roland SP-404 ou autre, avant de réenregistrer le résultat dans la STAN. Le rendu sera généralement plus lo-fi que celui de Mk.gee, mais cette étape apporte un grain difficile à reproduire uniquement avec des plugins et permet surtout d’obtenir un son plus personnel et moins prévisible.
Au bout du compte, ce qu’il faut retenir de la recette Mk.Gee, c’est qu’il n’y a pas vraiment de recette. Car en épluchant son arsenal, c’est sa manière de détourner le matériel, et de pousser chaque machine hors de son mode d’emploi qui rend sa signature sonore si unique. La meilleure façon de lui rendre hommage n’est donc peut-être pas de sonner comme lui, mais de trouver ce que personne d’autre ne fera sonner comme vous.





