Pour sa 13e mouture, Spectralayers entend bien combler les lacunes qui faisait encore de RX le produit phare du marché de la restauration. De quoi devenir la nouvelle référence du marché ?
Si Steinberg peut se vanter d’avoir placé ses logiciels phares dans quantité de studios d’enregistrement et chez quantité de musiciens, il a tout lieu d’être fier aussi que son Wavelab soit très utilisé dans le domaine industriel et que son Spectralayers ait séduit autant les cinéastes d’Hollywood (Christopher Nolan et Denis Villeneuve les utilisent actuellement sur The Odyssey et Dune 3) que… les enquêteurs du FBI et les policiers de Norvège, au point que son auteur, Robin Lobel a été nommé policier à titre honorifique en Norvège et qu’il est désormais expert auprès des tribunaux de Paris…
Il faut dire qu’à chaque version, Spectralayers repousse les limites de ce que l’on pensait possible en termes de traitement audio, surtout depuis qu’il est devenu LE champion du démixage. Le fait de pouvoir séparer le contenu audio en fonction des instruments, des voix, des constituantes ou des bruits divers pour agencer tout cela sur des calques fait en effet toute la puissance du logiciel, permettant d’agir dans les strates du son à des fins correctives comme créatives. L’idée est si bonne d’ailleurs que même Izotope RX, son grand rival – et jusqu’ici leader de marché de la restauration – s’est mis lui-aussi aux calques dans sa dernière version. Serait-ce qu’Izotope s’inquiète de la concurrence ? À l’évidence oui, et il a bien raison si l’on considère qu’avec cette version 13, Spectralayers a à coeur de s’intéresser plus que jamais au domaine du broadcast et du son à l’image, ce qui passe par l’adjonction de nouveaux modules de traitement, vous vous en doutez, mais aussi par quantité d’améliorations du côté de l’interface et de la productivité.
Des nouveautés 13 attendues…
On commencera par aller voir les nouveautés du côté du copier-coller avec l’apparition de Paste Into Selection et Paste Insert. Le premier permet de restreindre la copie d’une partie du spectrogramme à une sélection tandis que le second va décaler le suite du contenu après la copie… Et puisqu’on parle de sélection, il est à noter qu’on peut désormais paramètrer le fondu de sélection après avoir fait cette dernière, qu’il s’agisse du fondu de temps ou de fréquences. En se positionnant sur un coin de la sélection, on peut aussi désormais jouer simultanément sur la hauteur et la largeur de cette dernière : bref, on sent qu’une foule de petites choses ont été améliorées pour nous épargner des clics et c’est tant mieux, tandis que cette treizième version nous propose aussi du neuf en termes d’organisation et de navigation.

Côté gain de temps, il est à noter qu’on dispose désormais aussi de présets d’organisation d’interface (Interface Layout presets), ce qui permettra de sauvegarder et de rappeler toute le positionnement des fenêtres du logiciel pour des tâches particulières … voire les réglages des modules ! Et ces nouveautés sont d’autant plus appréciables que le logiciel a grandement progressé aussi du côté des raccourcis clavier : ces derniers peuvent désormais être affecté à un preset de Layout, de module ou d’outil. Voilà qui devrait faire gagner énormément de temps à l’usage, sachant qu’on dispose aussi d’une nouvelle action (assignable à un raccourci elle-aussi) pour fermer tous les modules d’un coup…
La productivité est encore au centre des préoccupations avec le nouveau « Batch Process Project Tabs ». Dans le sillage du système de traitement de fichiers par lot, on peut désormais faire du traitement par lots sur tous les onglets du logiciel (les projets ouverts simultanément donc).

Et puisqu’on en est rendu à parler Module, allons voir ce qu’il y a de neuf de ce côté….
Mo-mo-modules !
S’il n’y a rien de nouveau à signaler concernant les algos de démixage de musique qui demeurent parmi les meilleurs du marché, on notera d’abord l’amélioration du module Denoise, proposant plus de paramètres, et du module de démixage des constituants du son, autrement plus efficace pour séparer le bruit des parties tonales : très efficace pour réduire l’attaque d’une guitare acoustique par exemple :

- AcGuitarSource00:30
- AcGuitarLessAttack00:30
Mais c’est surtout du côté de la voix, du dialogue, de l’ambiance, et donc du son à l’image ou des milieux broadcast et industriels, que cette version présente le plus de nouveautés. On dispose ainsi d’un nouveau module Voice DeClick pour supprimer les divers bruits de bouches qui peuvent survenir sur une prise tels les claquements de langue ou de lèvres, notamment lors d’une prise avec un micro statique qui n’a pas son pareil pour exacerber ces petites détails. Et pour tester ça, rien ne vaut un peu d’ASMR :

- asmr00:05
- asmrdeclick00:05
Pas mal, même s’il reste quelques petits résidus qu’on supprimera aisément à la main…
Dans le sillage du module Unmix Multiple Voices qui n’est pas une nouveauté, on dispose désormais aussi de deux nouveaux modules : Unmix Two Voices Module et Voice DeCrosstalk Module basé sur le même alfo. Le premier dispose de peu de paramètres et s’avère du coup moins flexible qu’Unmix Multiple Voices, il est même moins rapide en temps de traitement, mais il se passe de la définition de profil vocal : on a juste à définir comment doit être détectée la première voix, si c’est celle qui parle en premier, celle qui parle le plus fort ou celle qui parle le plus longtemps. Fonctionnant à l’identique, Voice Decrosstalk Module supprime purement et simplement la seconde voix.
Même s’il peut rester un peu d’édition à faire à la main pour obtenir un résultat parfait, il y a en tout cas de quoi remettre un peu d’ordre dans la légendaire courtoisie dont font preuve les politiciens :

- debatsource – Selection00:12
- debatsource – voix100:12
- debatsource – Voix200:12
Chirurgie réparatrice…
D’ailleurs, quand on sépare un élément de premier plan d’un fond sonore (que ce soit une voix ou des effets sonores), ce dernier est charcuté, laissant apparaître des silences béants. Pour remédier à cela, on dispose de deux nouveaux modules qui vont reconstruire le fond et générer le « matériau » manquant : Ambience Heal est plus indiqué pour les sons continuels (nappes, ambiance, bruits continus) tandis que le module Reconstruct resynthétise le son en observant ce qui se trouve avant et après la sélection manquante, ce qui peut inclure du bruit sous forme de transitoires et des composantes tonales, contrairement à l’ancien module Heal qui ne reconstruisait que du bruit… Dans les faits, ce sont les modules qui m’ont pour l’heure le moins convaincu dans la mesure où Ambiance Heal comme Reconstruct ne sont vraiment indiqués que pour combler de très brefs trous dans la matière audio. Dès que la partie manquante est trop longue, l’un comme l’autre ont tendance a créer un son « freezé » qui ne sera pas forcément plus efficace qu’un simple « copier/coller en mixant » d’une portion de bruit…
D’ailleurs puisqu’on parle de bruit, il est à noter qu’on dispose désormais d’un module Unmix Sound Effects capable de démixer les bruits continuels typique d’une ambiance (bruit des vagues, du vent, de la foule, etc.) des bruits courts (claquement de main, impacts, bruits de pas), ce qui va être un intéressant pour travailler sur une bande son dont on n’a pas les sources. Voyez ce que je suis parvenu à obtenir :

- barsource00:07
- barbruits00:07
- barambiance00:07
Enfin, du côté des traitements plus génériques, on notera l’arrivée de deux nouveaux modules : Attenuate qui atténue le volume de la zone sélectionné en fonction de son contexte et d’un ratio (parfait pour atténuer un bruit trop saillant dans le mix justement) et Fade qui va effectuer un fondu d’entrée ou de sortie, mais est également capable de faire un crossfade entre deux calques si besoin.
Pour le layer et pour le pire ?
Comme vous le voyez, on ne pourra pas reprocher à Spectralayers Pro 13 d’être chiche en nouveautés, sachant qu’avec ses 45 modules et ses nombreuses fonctionnalités pensées pour la productivité, il n’a plus rien du challenger qu’on pouvait envisager d’acheter en regard d’Izotope RX. Ce serait même plutôt l’inverse, RX manquant de quantité de fonctions offertes par Spectralayers Pro qui se paye le luxe d’être bien moins cher à l’achat et de jouir d’une meilleure intégration ARA. De fait, la bataille entre les deux concurrents se joue surtout désormais sur la résistance au changement et la capacité des utilisateurs habitués à une plateforme à s’adapter à une autre, tandis qu’avec la particularité de ces boîtes noires que sont les traitements créés par Machine Learning, on conseillera malgré tout aux pros de disposer des deux logiciels : sans qu’on sache forcément pourquoi, il se trouve parfois que tel matériel audio réagit mieux à tel soft ou tel algo que tel autre…
Ceci étant dit, s’il fallait trouver un nouveau rival à Spectralayers, ce serait sans doute moins du côté de RX qu’il faudrait regarder que du côté d’un RipX DAW PRO ou d’un Melodyne, pour ce qui est de la musique. La capacité de démixer non par STEM mais par notes en polyphonique, avec l’export MIDI à la clé, apporterait un plus incontestable, tout comme le fait de pouvoir user de resynthèse pour améliorer ou remplacer une voix ou un instrument, comme ce qu’on peut faire avec le ReSing d’IK Multimedia, le SoundID VoiceAI de Sonwarworks, le SpeechEnhancer d’Adobe ou plus encore avec Ace Studio. Reste que ces dernières solutions réclament des serveurs distants pour assurer les calculs, là où Spectralayers se débrouille tout seul comme un grand avec le simple petit processeur de votre ordinateur. Et c’est là un argument de poids, tant pour la confidentialité des données que pour l’empreinte environnementale du logiciel. Il s’agira toutefois de voir dans quelle direction stratégique Steinberg compte emmener son logiciels…




