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Reportage / Salon
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Comment Greenwood, Prince ou Gilmour ont utilisé leurs pédales de travers - 4 pédales improbables utilisées par les plus grands musiciens

On aime raconter que les sons légendaires naissent dans des studios hors de prix, avec des centaines de entourés de pédales et des racks introuvables. Comme si le caractère d’un son dépendait avant tout du prestige du matériel ! Petit débunk.

4 pédales improbables utilisées par les plus grands musiciens : Comment Greenwood, Prince ou Gilmour ont utilisé leurs pédales de travers

Certains des sons les plus marquants de l’his­toire de la musique sont nés d’ou­tils parfai­te­ment ordi­naires. Pas mauvais, pas excep­tion­nels non plus, simple­ment utili­sés autre­ment. Des pédales pensées pour un usage précis, dépla­cées, détour­nées, parfois pous­sées dans leurs angles morts. Un peu comme récem­ment avec Mk.gee et son VG-8, appa­reil banal devenu fasci­nant par la manière dont il est inté­gré à son jeu. Voici donc quatre exemples véri­fiés de pédales impro­bables, utili­sées par des musi­ciens ultras connus, non pas parce qu’elles étaient extra­or­di­naires, mais parce qu’elles ont été employées de travers.

Jonny Green­wood détourne la Digi­Tech Whammy pour créer la tension sonore de Radio­head

À l’ori­gine, la Digi­Tech Whammy est conçue pour produire des effets spec­ta­cu­laires : montées d’oc­tave propres, pitch shif­ting lisible, solos démons­tra­tifs. Jonny Green­wood l’a emmené plus loin. Sur My Iron Lung, Just, Para­noid Android ou en live, il l’uti­lise de manière brutale et instable : sauts d’in­ter­valles abrupts, pitch tordu en plein riff, notes volon­tai­re­ment désac­cor­dées. La Whammy cesse d’être un gadget pour solos et devient un outil de tension perma­nente. Chez Green­wood, l’ef­fet ne sert pas à embel­lir le jeu, mais à le pertur­ber. La guitare devient nerveuse, incon­for­table, presque anxieuse. Un prolon­ge­ment net et direct de l’es­thé­tique émotion­nelle de Radio­head.

Prince utilise la Boss Metal Zone hors contexte metal pour des textures funk-rock tran­chantes

La Boss Metal Zone traîne une répu­ta­tion diffi­cile : trop de gain, trop d’éga­li­sa­tion, trop cari­ca­tu­rale. Peu de guita­ristes osent la reven­diquer. Et pour­tant, Prince l’a inté­grée à son arse­nal, notam­ment sur scène dans les années 1990. Ce qui rend l’exemple inté­res­sant, ce n’est pas l’idée qu’il cher­chait un son métal, mais qu’il exploi­tait une pédale répu­tée exces­sive dans un contexte tota­le­ment diffé­rent. La Metal Zone lui permet­tait d’ob­te­nir des textures tran­chantes, précises, parfois presque synthé­tiques, parfai­te­ment inté­grées à ses arran­ge­ments funk et rock. Un boîtier souvent asso­cié à une musique qui n’a rien à voir devient, entre ses mains, l’ou­til inat­tendu d’un son de guitare redou­ta­ble­ment effi­cace.

Comment David Gilmour a fait de la Big Muff un pilier du son planant de Pink Floyd

David Gilmour est souvent asso­cié à des rigs impres­sion­nants, mais une partie essen­tielle de son son repose sur une pédale très loin du mythe : la Big Muff. Cette fuzz, produite en masse, parfois jugée brouillonne ou diffi­cile à contrô­ler, est deve­nue l’un des piliers de ses textures sur scène et en studio. David Gilmour l’uti­lise non pas pour écra­ser le son, mais pour créer des nappes épaisses, chan­tantes, presque liquides. Ce qui pour­rait être une satu­ra­tion enva­his­sante devient un outil d’ex­pres­sion émotion­nelle, capable de soute­nir des solos aériens et des climats planants. La fuzz, ici, ne sert pas à être sale, mais à être immense.

Matthew Bellamy exploite l’in­sta­bi­lité de l’Elec­tro-Harmo­nix Micro Synth pour façon­ner le son de Muse

La Elec­tro-Harmo­nix Micro Synth n’a jamais été une pédale facile : tracking capri­cieux, réglages complexes, compor­te­ment impré­vi­sible. En bref, elle a peu d’adeptes. Matthew Bellamy, lui, en a fait une de ses armes sonores. Utili­sée ponc­tuel­le­ment par Matthew Bellamy, notam­ment sur Hyper Music ou dans certaines versions live de Plug In Baby, la Micro Synth lui permet de rappro­cher la guitare du langage du synthé­ti­seur, quitte à en assu­mer l’in­sta­bi­lité. Bellamy ne cherche pas à masquer les limites de la pédale : il les exploite. Le côté instable, presque exces­sif, devient une signa­ture. Une pédale trop bizarre pour la majo­rité des guita­ristes devient un élément central d’un son de stade.

 

Les grands musi­ciens ne cherchent pas forcé­ment la meilleure pédale ni la plus chère. Ils cherchent celle qui résiste, qui déraille, qui force à penser autre­ment. Car au fond, l’his­toire de la musique est aussi celle d’ou­tils ordi­naires deve­nus extra­or­di­naires, de tenta­tives sonores et de détour­ne­ments.

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  • Jæckel 3962 posts au compteur
    Jæckel
    Squatteur·euse d’AF
    Posté le 10/02/2026 à 11:38:31
    Merci pour cet article qui rappelle que le matos ne fait pas tout. Pour Gilmour et la Big Muff, à mon sens le solo de Time a surtout cette particularité de sonner comme s'il jouait dans un stade. C'est surtout la reverb qui est très particulière, plus que la distortion.

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