Plus de vingt ans après ses débuts, Zebra revient dans une version entièrement repensée. Plus moderne et doté d’un moteur sonore plus profond que jamais, Zebra 3 a la lourde tâche de prendre la suite d’un classique de la synthèse logicielle.
Dans l’univers de la synthèse logicielle, certains instruments traversent les années sans jamais perdre leur aura. Zebra fait incontestablement partie de cette catégorie. Développé par la société berlinoise U-He sous la direction de Urs Heckmann, Zebra a toujours occupé une place à part. Ni véritablement modulaire, ni totalement conventionnel, il proposait dès le début une approche extrêmement flexible de la synthèse et une identité forte. La sortie de Zebra 2 en 2007 a largement contribué à sa renommée. Adopté par de nombreux compositeurs pour le cinéma, les jeux vidéo ou la musique électronique, il s’est rapidement forgé une réputation de synthétiseur capable de produire des textures complexes et évolutives. Son nom est d’ailleurs souvent associé aux productions de Hans Zimmer, même si la réalité est évidemment plus nuancée. Entre-temps, de nouveaux acteurs sont apparus sur le marché. Les utilisateur·ice·s ont découvert des synthés comme Serum, Pigments, Phase Plant et Falcon, proposant des interfaces et des workflows plus modernes.
L’attente fut longue. Très longue même. Annoncé depuis plusieurs années et attendu par une communauté très fidèle, Zebra 3 arrive enfin avec la lourde responsabilité de succéder à l’un des synthés logiciels les plus respectés du marché. U-He aurait pu faire comme beaucoup d’autres et simplement moderniser son instrument historique, mais l’éditeur a choisi une voie bien plus ambitieuse. Zebra 3 est une reconstruction complète. Nouveau moteur audio, nouvelle interface, nouveaux oscillateurs, nouvelles possibilités de modulation, pratiquement tout a été refait.
Installation, interface et ergonomie


Zebra 3 est livré avec plus de 1 200 presets qui ne semblent pas conçus pour impressionner. Pas le genre de la maison. Ils se contentent de démontrer les possibilités de synthèse de l’instrument et de proposer d’excellentes bases de travail. On y trouve un peu de tout : des basses, des leads, des claviers, des nappes, des effets, des sons d’ambiance… et des séquences. C’est d’autant plus surprenant que le logiciel ne dispose ni d’arpégiateur ni de séquenceur, contrairement à Zebra 2. Et oui, U-He a fait le choix, dans cette version 3.0, de ne pas en intégrer afin de favoriser l’utilisation d’autres outils pour programmer des séquences. Pourquoi pas ? Effectivement, Zebra 3 possède tout ce qu’il faut pour concevoir des séquences originales sans avoir besoin d’un arpégiateur ou d’un séquenceur intégré.
Lors du test, malgré la complexité de sa synthèse et la richesse de ses modulations, Zebra 3 s’est montré relativement raisonnable en matière de consommation CPU. Il consomme davantage que Zebra 2, certes, mais rien de rédhibitoire.

- Zebra 3 – Water Pad Crystal01:59
- Zebra 3 – Alien Escapist01:15
- Zebra 3 – Cave Explorer00:42
- Zebra 3 – Aquatic Dive00:44
- Zebra 3 – Incantation01:04
- Zebra 3 – Habitable Planet00:45
- Zebra 3 – Miracles01:20
- Zebra 3 – Centrifuge00:58
- Zebra 3 – Berlin NYC Bass00:50
- Zebra 3 – Exciter Modal01:23
- Zebra 3 – Stepson01:09
- Zebra 3 – Bruiser01:29
- Zebra 3 – Bunker01:17
- Zebra 3 – Beats02:35
L’architecture de Zebra 3

Comme Zebra 2 avant lui, Zebra 3 reste un synthé hybride. Mais u-he pousse ici le concept beaucoup plus loin. Synthèse soustractive, wavetable, additive, FM, modélisation physique et traitement spectral : tout cohabite au sein d’un même instrument. Et contre toute attente, l’ensemble reste remarquablement cohérent. Jamais nous n’avons l’impression d’une accumulation de modules et de méthodes de synthèse. Zebra 3 semble avoir été pensé pour permettre de passer naturellement d’une approche à une autre au sein d’un même patch, sans jamais avoir l’impression de changer d’instrument. Et cette philosophie se retrouve dans toute l’architecture du logiciel. Pour autant, u-he a eu la bonne idée de ne pas tomber dans les excès de certains environnements totalement modulaires. Zebra 3 conserve une structure claire qui évite de transformer chaque patch en usine à gaz. Suffisamment ouvert pour construire des architectures très complexes, mais suffisamment encadré pour rester agréable à utiliser au quotidien. C’est probablement l’une des grandes réussites de Zebra 3.
Les nouveaux oscillateurs de Zebra 3


FM et modélisation physique : Zebra explore de nouveaux territoires

Zebra 3 introduit également le through-zero FM. Cette technique permet à la modulation de fréquence de traverser le point zéro, ce qui modifie le comportement des oscillateurs lorsqu’ils sont fortement modulés. Dans la pratique, cela se traduit par une FM plus stable dans les modulations extrêmes, tout en conservant un comportement continu dans les variations de fréquence. Le résultat reste exploitable sur des plages de modulation très larges, sans apparition des artefacts typiques que l’on retrouve parfois, comme sur le DX7 (qui reposait en réalité sur de la modulation de phase plutôt que sur une FM stricte). La FM through-zero permet d’obtenir des timbres allant de sons harmoniques très purs à des textures beaucoup plus instables et complexes, selon le degré de modulation appliqué.
Depuis plusieurs années, la modélisation physique revient elle aussi. Zebra 3 combine plusieurs outils pour y parvenir : générateurs de bruit, exciteurs, résonateurs modaux et filtres en peigne. Ces modules peuvent être assemblés afin de simuler le comportement vibratoire d’objets réels. On arrive ainsi à reproduire les phénomènes physiques qui participent à la production sonore d’un instrument acoustique. Mais l’intérêt est principalement de varier les plaisirs : un violon métallique avec des cordes que l’on gratte par exemple. C’est l’imagination la seule limite.
Les nouveaux filtres de Zebra 3

Modulation et effets : tout pour faire bouger vos sons





