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A la mode du modulaire - Guide d'achat des synthétiseurs modulaires

Rédigé par un humain

Les synthétiseurs modulaires permettent de construire un instrument à partir de fonctions indépendantes, reliées selon les besoins. Ce guide revient sur leur fonctionnement, les différents formats et les choix à faire pour concevoir un système cohérent.

Guide d'achat des synthétiseurs modulaires : A la mode du modulaire

Le synthé­ti­seur modu­laire se distingue des autres instru­ments élec­tro­niques par son archi­tec­ture ouverte. Au lieu de repo­ser sur une chaîne sonore défi­nie par le fabri­cant, il se compose de plusieurs éléments indé­pen­dants, chacun chargé de produire, trans­for­mer ou contrô­ler un signal. Leur rôle dépend ensuite des connexions réali­sées entre eux. Cette orga­ni­sa­tion permet de conce­voir un instru­ment adapté à un usage précis. Un système modu­laire peut prendre la forme d’une voix de synthèse, d’une boîte à rythmes, d’un séquen­ceur, ou d’un proces­seur d’ef­fets. Il peut aussi être inté­gré à un studio exis­tant, asso­cié à une STAN ou utilisé pour pilo­ter d’autres machines. Cepen­dant, tous les synthé­ti­seurs modu­laires ne reposent pas sur les mêmes dimen­sions, les mêmes connec­teurs, ni les mêmes tensions. Plusieurs formats coexistent, avec leurs propres contraintes méca­niques et élec­triques. Certains restent liés à des fabri­cants tandis que d’autres ont donné nais­sance à des écosys­tèmes plus ouverts. Parmi eux, l’Eu­ro­rack s’est imposé comme le format le plus répandu. Son énorme cata­logue permet de mélan­ger des modules issus de nombreux fabri­cants et de construire des systèmes très élabo­rés. C’est donc prin­ci­pa­le­ment sur lui que se concen­trera ce guide, après un retour sur les prin­cipes communs à l’en­semble des synthé­ti­seurs modu­laires.

Comprendre le modu­laire

Comment fonc­tionne un synthé­ti­seur modu­laire ?

Moog ModulaireUn système modu­laire repose sur deux caté­go­ries de connexions : celles qui trans­portent le son et celles qui servent à le contrô­ler. Les premières forment le trajet audio, depuis une source jusqu’à une sortie. Les secondes font varier les para­mètres des modules au moyen de tensions élec­triques. Ces tensions de contrôle, ou CV, peuvent agir sur la hauteur d’un oscil­la­teur, la fréquence d’un filtre, le niveau d’un VCA ou la durée d’une enve­loppe. Les signaux Gate et Trig­ger servent de leur côté à déclen­cher une note, une enve­loppe ou un événe­ment ryth­mique, tandis qu’une horloge permet de synchro­ni­ser plusieurs modules. La fron­tière entre ces signaux n’est pas toujours stricte. Un oscil­la­teur peut servir de source audio à haute fréquence, mais aussi de modu­la­tion, par exemple lorsqu’il fonc­tionne plus lente­ment. À l’in­verse, certains signaux de contrôle peuvent atteindre le domaine audible. Cette souplesse fait partie du fonc­tion­ne­ment même du modu­laire. Les signaux peuvent aussi être atté­nués, inver­sés, mélan­gés ou distri­bués vers plusieurs desti­na­tions. Ces opéra­tions sont assu­rées par des modules utili­taires, comme les atté­nua­teurs, les mixeurs, les multiples ou les VCA. Moins spec­ta­cu­laires qu’un oscil­la­teur ou qu’un effet, ils sont pour­tant souvent essen­tiels pour conce­voir un patch.

Un synthé­ti­seur semi-modu­laire utilise des prin­cipes proches, mais conserve des connexions internes. Il peut donc fonc­tion­ner sans câble tout en permet­tant de modi­fier une partie de son archi­tec­ture ou de l’as­so­cier à d’autres appa­reils compa­tibles.

Le modu­laire existe égale­ment sous forme logi­cielle. Des envi­ron­ne­ments comme VCV Rack reprennent les mêmes notions de modules, de câbles et de tensions de contrôle. Ils permettent d’en comprendre la logique, même si, bien sûr, la mani­pu­la­tion et les contraintes diffèrent d’un système maté­riel.

Les diffé­rents formats

Synthé modulaire 1Comme nous venons de le voir, les synthé­ti­seurs modu­laires ne répondent pas tous aux mêmes normes. Selon le format, les dimen­sions des modules, leur alimen­ta­tion, les connec­teurs et les niveaux élec­triques peuvent varier. Il n’est donc pas toujours possible de mélan­ger direc­te­ment des éléments issus de systèmes diffé­rents.

Les premiers instru­ments modu­laires de Moog utilisent de grands modules et des connec­teurs jack 6,35 mm. Ce type de concep­tion subsiste aujour­d’hui dans les formats 5U, qui offrent des commandes espa­cées et une mani­pu­la­tion confor­table, mais demandent davan­tage de place.

Les systèmes inspi­rés de Buchla et Serge Modu­lar suivent d’autres conven­tions. Ils utilisent souvent des connec­teurs banane pour les tensions de contrôle, tandis que l’au­dio peut emprun­ter des connexions sépa­rées. Leur orga­ni­sa­tion et leur voca­bu­laire (la synthèse dite West Coast) diffèrent égale­ment de ceux de la synthèse sous­trac­tive clas­sique (dite synthèse East Coast), même si leurs prin­cipes peuvent être repris dans d’autres formats. D’autres stan­dards plus compacts existent, comme le 4U, le Frac Rack ou l’AE Modu­lar. Leur offre reste toute­fois confi­den­tielle.

L’Eu­ro­rack occupe une place diffé­rente. Le format repose sur des carac­té­ris­tiques méca­niques et élec­triques communes, tout en restant ouvert, ainsi de nombreuses marques s’y sont engouf­frées. Il s’agit clai­re­ment du format le plus répandu, c’est donc sur lui que nous allons nous concen­trer pour le reste du guide.

Qu’est-ce que le format Euro­rack ?

Doepfer A-100Le format Euro­rack a été déve­loppé dans les années 1990 par Doep­fer. Il reprend la hauteur de 3U utili­sée dans les racks de studio, tandis que la largeur des modules est expri­mée en HP. Une unité corres­pond à 5,08 mm, ce qui permet de connaître préci­sé­ment l’es­pace occupé dans un boîtier.

Comme il s’agit d’un format ouvert, il permet ainsi de réunir dans un même boîtier des modules conçus par des fabri­cants diffé­rents, à condi­tion de respec­ter les contraintes d’ali­men­ta­tion et de profon­deur. Cette diver­sité explique en grande partie sa diffu­sion. L’Eu­ro­rack couvre aussi bien les fonc­tions clas­siques d’un synthé­ti­seur analo­gique que l’échan­tillon­nage, les effets numé­riques, le séquençage.

La plupart des modules restent compa­tibles entre eux, à condi­tion de tenir compte de ces diffé­rences. Les signaux passent par des connec­teurs mini-jack de 3,5 mm. Ils permettent de relier libre­ment les modules, mais ne garan­tissent pas pour autant que tous les niveaux soient iden­tiques. Les tensions utili­sées pour l’au­dio, le CV, les Gate ou les Trig­ger peuvent varier d’un fabri­cant à l’autre. 

Le socle du système : boîtier et alimen­ta­tion

Choi­sir son boîtier

Boitier ArturiaLe boîtier déter­mine la place dispo­nible, mais aussi la manière dont le système pourra évoluer. Sa largeur est expri­mée en HP et sa capa­cité dépend du nombre de rangées qu’il propose. Un modèle compact peut conve­nir pour complé­ter un semi-modu­laire ou réunir quelques fonc­tions ciblées, tandis qu’un système plus ambi­tieux deman­dera évidem­ment plus d’es­pace.

Il peut être tentant de choi­sir un boîtier au plus juste. Pour­tant, une petite réserve de place permet d’ajou­ter plus tard un module qui n’avait pas été prévue au départ. À l’in­verse, un grand boîtier vide peut encou­ra­ger des achats mal défi­nis.  

La profon­deur dispo­nible doit égale­ment être véri­fiée. Elle peut varier selon les zones du boîtier, en parti­cu­lier lorsque celui-ci est incliné ou lorsque l’ali­men­ta­tion est placée direc­te­ment derrière les modules. Une réfé­rence compa­tible en largeur peut ainsi se révé­ler trop profonde pour l’em­pla­ce­ment choisi.

Certains boîtiers utilisent des rails file­tés, qui faci­litent le dépla­ce­ment des modules, tandis que d’autres reposent sur des écrous coulis­sants. Ces derniers offrent davan­tage de liberté dans l’es­pa­ce­ment, mais leur instal­la­tion demande un peu plus de patience. Il faut aussi tenir compte de la présence éven­tuelle d’une rangée 1U, qui peut accueillir des utili­taires ou des connexions supplé­men­taires.

Pour une utili­sa­tion nomade ou sur scène, le poids, la soli­dité et la présence d’un couvercle deviennent tout aussi impor­tants. Certains modèles permettent de lais­ser les câbles bran­chés pendant le trans­port, à condi­tion que l’es­pace inté­rieur soit suffi­sant. Les boîtiers de studio privi­lé­gient géné­ra­le­ment la capa­cité et l’er­go­no­mie, tandis que les versions portables imposent davan­tage de compro­mis.

Enfin, tous les boîtiers ne sont pas vendus avec une alimen­ta­tion inté­grée. Lorsqu’elle est incluse, il faut encore véri­fier sa puis­sance, la répar­ti­tion dispo­nible sur chaque rail et le nombre de connec­teurs prévus pour les modules.

L’ali­men­ta­tion

Synthrotek Power UpL’ali­men­ta­tion d’un système Euro­rack doit four­nir sépa­ré­ment du +12 V et du –12 V. Certains modules utilisent aussi une ligne de +5 V, mais celle-ci n’est pas dispo­nible dans tous les boîtiers. La compa­ti­bi­lité ne dépend donc pas unique­ment de la place lais­sée en façade : chaque module consomme une certaine inten­sité sur un ou plusieurs de ces rails. Les fabri­cants indiquent géné­ra­le­ment cette consom­ma­tion en milli­am­pères. Il faut addi­tion­ner les valeurs de tous les modules pour chaque rail, puis les compa­rer aux capa­ci­tés de l’ali­men­ta­tion. Une réserve reste préfé­rable, car certains circuits peuvent deman­der davan­tage de courant au démar­rage et le système sera proba­ble­ment amené à évoluer. Une alimen­ta­tion annon­cée à 2 000 mA sur le +12 V ne délivre pas néces­sai­re­ment la même puis­sance sur le –12 V. Les calculs doivent donc être effec­tués sépa­ré­ment. Le nombre de connec­teurs présents sur la carte de distri­bu­tion est égale­ment à prendre en compte : une alimen­ta­tion suffi­sam­ment puis­sante ne permet­tra pas d’ins­tal­ler davan­tage de modules si aucun empla­ce­ment n’est dispo­nible pour les bran­cher. Chaque module est géné­ra­le­ment relié à cette carte par une nappe. Le liseré rouge corres­pond habi­tuel­le­ment au –12 V, mais il ne suffit pas de se fier à sa posi­tion sur le câble. Les indi­ca­tions portées sur le module et la carte d’ali­men­ta­tion doivent toujours être véri­fiées avant la mise sous tension. Les connec­teurs proté­gés contre les inver­sions réduisent les risques, sans être présents sur tous les systèmes.

La qualité de l’ali­men­ta­tion peut aussi avoir une influence sur le bruit de fond et sur les inter­ac­tions entre les modules. Les circuits numé­riques, les écrans ou certains effets peuvent, par exemple, trans­mettre des para­sites à d’autres éléments du système. Dépla­cer un module vers un autre connec­teur peut parfois amélio­rer la situa­tion, mais cela ne remplace pas une alimen­ta­tion correc­te­ment dimen­sion­née et distri­buée. Enfin, les valeurs enre­gis­trées sur les outils de plani­fi­ca­tion comme Modu­lar­Grid restent décla­ra­tives. Elles donnent une esti­ma­tion utile de la consom­ma­tion totale, mais doivent être compa­rées aux carac­té­ris­tiques four­nies par les fabri­cants avant tout achat ou chan­ge­ment de confi­gu­ra­tion.

Les modules, fonc­tion par fonc­tion

Les sources sonores

Eurorack Config 1Un système modu­laire ne produit pas néces­sai­re­ment son son à partir d’un oscil­la­teur clas­sique. La source peut être analo­gique ou numé­rique, prove­nir d’un échan­tillon, d’un géné­ra­teur de bruit, d’une entrée externe ou même d’un signal prévu à l’ori­gine pour la modu­la­tion. L’os­cil­la­teur reste toute­fois l’un des points de départ les plus courants. Il génère géné­ra­le­ment plusieurs formes d’onde, comme la sinu­soïde, le triangle, la dent de scie ou le carré. Chacune possède un contenu harmo­nique diffé­rent et réagit donc de manière parti­cu­lière aux filtres, aux distor­sions ou aux modu­la­tions.

La hauteur est le plus souvent contrô­lée selon la conven­tion 1 V/octave. Une augmen­ta­tion d’un volt corres­pond alors à une octave supplé­men­taire. Cette norme faci­lite l’as­so­cia­tion avec un clavier, un séquen­ceur ou un quan­ti­fi­ca­teur, même si la préci­sion peut varier selon les modules et leur cali­bra­tion.

Certains oscil­la­teurs proposent une modu­la­tion de fréquence, une synchro­ni­sa­tion, une modu­la­tion de largeur d’im­pul­sion ou un wave­fol­der. D’autres reposent sur des tables d’ondes, de la synthèse addi­tive, granu­laire ou physique. Ces fonc­tions élar­gissent la palette sonore, mais ne remplacent pas forcé­ment les outils de modu­la­tion néces­saires pour les exploi­ter.

Les géné­ra­teurs de bruit consti­tuent une autre source impor­tante. Le bruit blanc, rose ou coloré peut servir à créer des percus­sions, des souffles, des textures ou des varia­tions aléa­toires. Un signal de bruit asso­cié à un sample and hold permet, par exemple, de produire une suite de tensions irré­gu­lières.

Les sampleurs et lecteurs d’échan­tillons peuvent quant à eux, resti­tuer des sons enre­gis­trés, des boucles, des voix ou des percus­sions. Selon les modules, ils offrent un simple déclen­che­ment, une lecture variable, des découpes, du time-stret­ching ou des trai­te­ments granu­laires.

Enfin, une guitare, un micro­phone, une boîte à rythmes ou un autre synthé­ti­seur peuvent deve­nir la source du patch. Leur niveau doit toute­fois être adapté à celui de l’Eu­ro­rack, souvent plus élevé que le niveau ligne. Les modules d’en­trée dédiés peuvent aussi ajou­ter du gain, un suivi d’en­ve­loppe ou un détec­teur de Gate afin d’ex­traire des signaux de contrôle à partir de la source externe.

Filtres et trai­te­ments du signal

Erica Synth Black LPGLe filtre agit sur le contenu harmo­nique d’un signal. Un coupe-haut atté­nue les fréquences situées au-dessus de sa fréquence de coupure, un coupe-bas celles qui se trouvent en dessous, tandis qu’un passe-bande conserve une zone plus étroite du spectre. Certains modules réunissent plusieurs modes ou permettent de les combi­ner. La réso­nance accen­tue les fréquences proches de la coupure. Lorsqu’elle est pous­sée suffi­sam­ment loin, certains filtres entrent en auto-oscil­la­tion et produisent eux-mêmes une onde sinu­soï­dale. Ils peuvent alors servir de source sonore, de percus­sion accor­dée ou de modu­la­teur.

Tous les filtres ne réagissent pas de la même manière. Leur pente, leur circuit, leur niveau d’en­trée et leur compor­te­ment à forte réso­nance influencent le résul­tat. Certains restent rela­ti­ve­ment propres, tandis que d’autres saturent rapi­de­ment ou modi­fient le niveau du signal. Le choix dépend donc autant de leur carac­tère que du nombre de modes propo­sés.

Le wave­fol­der suit une autre logique. Au lieu de reti­rer une partie du spectre, il replie la forme d’onde sur elle-même lorsque son ampli­tude dépasse un certain seuil. Il ajoute ainsi de nouvelles harmo­niques, en parti­cu­lier à partir de signaux simples comme une sinu­soïde ou un triangle.

Les distor­sions, satu­ra­tions et autres trai­te­ments non linéaires modi­fient eux aussi la struc­ture harmo­nique. Leur résul­tat dépend souvent forte­ment du niveau envoyé à l’en­trée. Un atté­nua­teur, un VCA ou un module de gain placé en amont permet donc de doser plus préci­sé­ment leur action.

Certains modules se consacrent à des opéra­tions plus spéci­fiques, comme la modu­la­tion en anneau, le déca­lage de fréquence, la réduc­tion de réso­lu­tion, le trai­te­ment granu­laire ou la synthèse spec­trale. D’autres regroupent plusieurs algo­rithmes dans un même appa­reil. Dans ce cas, la richesse fonc­tion­nelle peut s’ac­com­pa­gner de menus, de commandes parta­gées ou de réglages moins immé­diats.

Les délais et réver­bé­ra­tions peuvent inter­ve­nir en fin de chaîne, mais rien n’im­pose de les réser­ver à ce rôle. Un délai très court peut parti­ci­per à la créa­tion du timbre, une réver­bé­ra­tion peut être envoyée dans un filtre ou un effet peut être inté­gré à une boucle de feed­back. Comme pour les autres modules, leur place dépend du patch plutôt que d’une orga­ni­sa­tion fixe.

VCA, enve­loppes et modu­la­tion

Intellijel Quad VCALe VCA contrôle l’am­pli­tude d’un signal à l’aide d’une tension. Placé sur le trajet audio, il permet de faire appa­raître ou dispa­raître un son, de régler son niveau ou de créer une arti­cu­la­tion. Il peut aussi trai­ter un signal de contrôle afin de doser la profon­deur d’une modu­la­tion.

Une enve­loppe four­nit une tension qui évolue dans le temps après la récep­tion d’un Gate ou d’un Trig­ger. Le modèle ADSR reste le plus connu, avec ses phases d’at­taque, de déclin, de main­tien et de relâ­che­ment, mais de nombreux modules proposent des formes plus simples ou plus complexes. Une enve­loppe peut contrô­ler un VCA, la fréquence d’un filtre, la hauteur d’un oscil­la­teur ou n’im­porte quel autre para­mètre équipé d’une entrée CV.

Les géné­ra­teurs de fonc­tions étendent ce prin­cipe. Ils peuvent produire une enve­loppe, un LFO, un slew limi­ter ou une modu­la­tion cyclique selon leur confi­gu­ra­tion. Certains réagissent égale­ment à un signal entrant, ce qui permet de ralen­tir ses varia­tions, d’en extraire une courbe ou de créer des compor­te­ments plus complexes.

Les LFO génèrent des varia­tions pério­diques lentes. Ils servent à faire évoluer un para­mètre de manière régu­lière, avec des formes d’onde et des vitesses variables. Selon leur plage de fréquence, certains peuvent aussi atteindre le domaine audio et deve­nir des oscil­la­teurs ou des sources de modu­la­tion de fréquence.

D’autres modules produisent des tensions aléa­toires, des séquences de valeurs, des varia­tions proba­bi­listes ou des mouve­ments chao­tiques. Ces sources sont utiles pour éviter les répé­ti­tions strictes, mais elles gagnent souvent à être atté­nuées, quan­ti­fiées ou combi­nées avec d’autres signaux.

Le nombre de sources de modu­la­tion ne suffit pas à déter­mi­ner la souplesse d’un système. Il faut aussi pouvoir régler leur inten­sité, les mélan­ger, les inver­ser ou les appliquer à plusieurs desti­na­tions. Les VCA, atté­nua­teurs, atté­nu­ver­seurs et mixeurs de CV permettent d’ef­fec­tuer ces opéra­tions sans modi­fier direc­te­ment la source.

Séquen­ceurs, horloges et quan­ti­fi­ca­tion

Erica Synth Black SeqLe séquen­ceur orga­nise une suite de valeurs ou d’évé­ne­ments. Il peut envoyer des tensions desti­nées à contrô­ler la hauteur, mais aussi pilo­ter un filtre, un VCA, un effet ou n’im­porte quel autre para­mètre compa­tible avec le CV. Certains modèles se concentrent sur les notes, tandis que d’autres privi­lé­gient les rythmes, les modu­la­tions ou les varia­tions proba­bi­listes. Les Gate et Trig­ger servent à déclen­cher les enve­loppes, les percus­sions ou diffé­rentes étapes d’un patch. Leur durée peut avoir une impor­tance : un Trig­ger corres­pond géné­ra­le­ment à une impul­sion brève, tandis qu’un Gate reste actif pendant un certain temps. Selon le module qui le reçoit, le résul­tat ne sera donc pas le même. L’hor­loge four­nit une pulsa­tion régu­lière qui permet de synchro­ni­ser plusieurs éléments. Elle peut prove­nir d’un module dédié, d’un séquen­ceur, d’une inter­face MIDI vers CV ou d’un autre appa­reil. Des divi­seurs et multi­pli­ca­teurs créent ensuite des pulsa­tions plus lentes ou plus rapides, utiles pour construire des rythmes liés entre eux. Le Reset permet de rame­ner un séquen­ceur ou un divi­seur à son point de départ. Sans lui, deux modules utili­sant la même horloge peuvent rester synchro­ni­sés en tempo tout en commençant leur cycle à des endroits diffé­rents. Cette connexion devient donc impor­tante dès que plusieurs séquences doivent conser­ver une orga­ni­sa­tion commune. Un quan­ti­fi­ca­teur rapproche une tension conti­nue de valeurs prédé­fi­nies, géné­ra­le­ment des notes appar­te­nant à une gamme. Il permet de trans­for­mer une séquence libre, un LFO ou une source aléa­toire en ligne mélo­dique accor­dée. Certains modèles proposent plusieurs gammes, des accords ou des possi­bi­li­tés de trans­po­si­tion.

Tous les séquen­ceurs ne suivent pas une lecture stric­te­ment linéaire. Certains permettent de chan­ger la direc­tion, de sauter des étapes, de modi­fier la longueur d’une piste ou d’in­tro­duire des proba­bi­li­tés. D’autres fonc­tionnent à partir de coor­don­nées, de motifs géné­ra­tifs ou de trans­for­ma­tions appliquées à une séquence exis­tante.

Mixeurs, multiples et autres utili­taires

WMD Performance MixerLes modules utili­taires ne produisent pas forcé­ment de son, mais ils permettent d’or­ga­ni­ser les signaux et de mieux contrô­ler le patch. Leur absence se remarque souvent plus vite que leur présence, en parti­cu­lier lorsqu’il devient impos­sible de doser une modu­la­tion, de répar­tir une tension ou de réunir plusieurs sources.

Un mixeur combine plusieurs signaux dans une même sortie. Il peut servir à réunir des oscil­la­teurs, des percus­sions, des effets ou des tensions de contrôle. Certains modèles sont conçus unique­ment pour l’au­dio, d’autres acceptent aussi les CV. Dans ce dernier cas, ils peuvent addi­tion­ner plusieurs modu­la­tions ou créer une nouvelle courbe à partir de signaux diffé­rents.

Les atté­nua­teurs réduisent l’am­pli­tude d’un signal. Ils sont utiles lorsqu’une modu­la­tion agit trop forte­ment sur un para­mètre ou lorsqu’un module ne possède pas de réglage dédié à son entrée CV. Les atté­nu­ver­seurs ajoutent la possi­bi­lité d’in­ver­ser le signal, afin qu’une tension posi­tive produise, par exemple, une varia­tion dans le sens opposé.

L’off­set ajoute une tension constante à un signal. Il permet de dépla­cer la plage d’un LFO, d’une enve­loppe ou d’une séquence afin de mieux l’adap­ter au para­mètre contrôlé. Asso­cié à un atté­nu­ver­seur, il offre un réglage plus précis de l’am­pli­tude et de la posi­tion de la modu­la­tion.

Les multiples distri­buent un signal vers plusieurs desti­na­tions. Un modèle passif suffit dans de nombreux cas, mais il peut entraî­ner une légère perte de tension. Cela devient gênant pour les signaux qui demandent une certaine préci­sion, comme le contrôle de hauteur en 1 V/octave. Un multiple buffe­risé main­tient alors plus fidè­le­ment le niveau envoyé à chaque sortie.

Les switches dirigent un ou plusieurs signaux vers diffé­rentes desti­na­tions. Ils peuvent être comman­dés manuel­le­ment ou par CV, et servent à modi­fier le trajet audio, alter­ner entre plusieurs séquences ou réor­ga­ni­ser un patch au fil du temps. Les cross­fa­ders et les panners permettent quant à eux de passer progres­si­ve­ment d’un signal à un autre ou de dépla­cer une source dans l’es­pace stéréo.

D’autres utili­taires assurent des opéra­tions logiques, comparent des tensions, limitent leur plage ou retardent certains événe­ments. Ces fonc­tions peuvent sembler secon­daires au moment de consti­tuer un premier système, mais elles deviennent rapi­de­ment impor­tantes dès que les patchs gagnent en complexité.

Monter son premier système modu­laire

Consti­tuer un premier système équi­li­bré

Modulaire montageAvant de choi­sir les premiers modules, il faut déter­mi­ner ce que le système devra réel­le­ment accom­plir. Un Euro­rack destiné à produire une voix de synthèse complète ne deman­dera pas la même orga­ni­sa­tion qu’un séquen­ceur, un proces­seur d’ef­fets ou une boîte à rythmes. Une fois l’usage défini, le plus simple consiste à raison­ner en fonc­tions plutôt qu’en réfé­rences précises. Il faut pouvoir produire ou rece­voir un signal, le contrô­ler, le trans­for­mer, puis l’en­voyer vers une sortie adap­tée. Les modules choi­sis doivent surtout former un ensemble utili­sable dès le départ.

Une première confi­gu­ra­tion peut rester réduite, à condi­tion de ne pas négli­ger les éléments qui permettent de relier les fonc­tions entre elles. Un oscil­la­teur et un filtre attirent faci­le­ment l’at­ten­tion, mais ils seront vite limi­tés sans enve­loppe, VCA, atté­nua­tion ou solu­tion de contrôle. Les utili­taires occupent parfois peu de place, tout en appor­tant beau­coup plus de souplesse au patch.

Il n’est pas néces­saire que chaque fonc­tion dispose immé­dia­te­ment de son propre module. Un géné­ra­teur de fonc­tions peut servir d’en­ve­loppe ou de LFO, tandis qu’un mixeur compa­tible avec les CV peut trai­ter aussi bien des signaux audio que des modu­la­tions. Ces choix permettent de commen­cer avec un système compact sans multi­plier les achats.

La place lais­sée libre dans le boîtier a aussi son impor­tance. Elle permet d’ajou­ter plus tard une fonc­tion réel­le­ment manquante, repé­rée à l’usage, plutôt que d’an­ti­ci­per tous les besoins dès le départ. Quelques panneaux aveugles suffisent à proté­ger les espaces inuti­li­sés.

Un premier système n’a donc pas besoin de couvrir toutes les formes de synthèse. Il doit surtout permettre de construire plusieurs patchs cohé­rents avec un nombre limité de modules. Les exten­sions vien­dront ensuite répondre à des besoins rencon­trés dans la pratique, plutôt qu’à la seule envie d’ac­cu­mu­ler de nouvelles possi­bi­li­tés.

Poly­pho­nie et stéréo

Modulaire TipTopLa plupart des systèmes Euro­rack sont pensés autour d’un trajet mono­pho­nique. Produire plusieurs notes indé­pen­dantes demande de multi­plier les voix ou d’uti­li­ser des modules spécia­le­ment conçus pour la poly­pho­nie. Chaque note peut alors néces­si­ter son propre oscil­la­teur, son filtre, son enve­loppe et son VCA, auxquels s’ajoutent les fonc­tions de contrôle et de mixage. Cepen­dant, certains modules regroupent plusieurs voix, ils simpli­fient le câblage et réduisent l’es­pace néces­saire, mais offrent bien sûr moins de souplesse qu’une chaine complète. .

La stéréo soulève une ques­tion diffé­rente. Un patch peut rester mono pendant une grande partie de son parcours, puis deve­nir stéréo au niveau d’un effet, d’un pano­ra­mique ou du mixage final. Il n’est donc pas néces­saire de doubler chaque fonc­tion dès le départ. Les modules stéréo sont aujour­d’hui fréquents parmi les effets, les sampleurs, les mixeurs et certaines sources numé­riques. Il faut toute­fois véri­fier si leurs entrées et sorties traitent réel­le­ment deux canaux indé­pen­dants ou si le second canal dépend du premier. Dans un petit système, le passage à la stéréo peut aussi augmen­ter rapi­de­ment le nombre de câbles, de VCA et de voies de mixage néces­saires. Pour un premier ensemble, une chaîne prin­ci­pa­le­ment mono­pho­nique reste souvent plus simple à construire et à faire évoluer. La poly­pho­nie ou la stéréo peuvent ensuite être ajou­tées lorsqu’elles répondent à un besoin précis, plutôt que prévues systé­ma­tique­ment pour l’en­semble du système.

Inté­grer le modu­laire au reste du studio

Modulaire studioUn système Euro­rack peut fonc­tion­ner de manière auto­nome, mais il est souvent relié à un clavier, un séquen­ceur, une boîte à rythmes, une inter­face audio ou une STAN. Ces appa­reils n’uti­lisent pas toujours les mêmes types de signaux ni les mêmes niveaux, ce qui peut néces­si­ter des modules d’in­ter­face. Une inter­face MIDI vers CV conver­tit les notes et les commandes MIDI en tensions exploi­tables par le système. Elle peut four­nir la hauteur en 1 V/octave, un Gate, une vélo­cité, une horloge ou plusieurs sorties de modu­la­tion. Certains modèles fonc­tionnent en USB et permettent de relier direc­te­ment le modu­laire à un ordi­na­teur ou à un contrô­leur compa­tible. La conver­sion inverse existe égale­ment. Une inter­face CV vers MIDI peut trans­for­mer une tension, un Gate ou une horloge en messages MIDI afin de pilo­ter un synthé­ti­seur externe, une STAN ou un autre séquen­ceur. Elle permet ainsi d’uti­li­ser les modu­la­tions et les méthodes de séquençage du modu­laire au-delà du boîtier.

La synchro­ni­sa­tion demande parfois quelques ajus­te­ments. Une horloge MIDI, une impul­sion analo­gique et un signal audio utilisé comme clic ne sont pas toujours inter­pré­tés de la même manière. Le tempo peut rester stable sans que tous les appa­reils démarrent au même moment. Une connexion de Reset ou de Run peut alors être néces­saire pour conser­ver un point de départ commun.

Les niveaux audio posent une autre ques­tion. Un signal Euro­rack est géné­ra­le­ment plus élevé qu’une sortie ligne, tandis qu’un micro­phone ou une guitare four­nit un niveau bien plus faible. Un module d’en­trée permet d’ap­por­ter le gain néces­saire et peut aussi inté­grer un suiveur d’en­ve­loppe ou un détec­teur de Gate. À la sortie, un atté­nua­teur ou une inter­face dédiée évite de surchar­ger l’en­trée d’une console ou d’une carte son.

Certaines inter­faces audio à couplage continu peuvent trans­mettre des tensions de contrôle en plus du son. Elles permettent d’en­voyer des enve­loppes, des LFO ou des séquences depuis une STAN vers le système, puis de récu­pé­rer simul­ta­né­ment l’au­dio et les CV produits par les modules. Cette approche faci­lite les confi­gu­ra­tions hybrides avec des envi­ron­ne­ments comme VCV Rack.

Enfin, le casque et les enceintes ne doivent pas être bran­chés direc­te­ment sur n’im­porte quelle sortie de module. Un module de sortie ou de mixage adapté offre un contrôle de niveau, parfois une sortie casque, et réduit les risques de satu­ra­tion lors de la connexion au reste du studio.

Construire son système : ce qu’il faut rete­nir

Construire un synthé­ti­seur modu­laire demande d’abord de savoir ce que l’on attend de lui. L’Eu­ro­rack offre une grande liberté, mais celle-ci n’a d’in­té­rêt que si les modules forment un ensemble cohé­rent et réel­le­ment adapté à l’usage prévu. Mieux vaut commen­cer avec une confi­gu­ra­tion limi­tée, mais complète, puis la faire évoluer à partir des besoins rencon­trés. Un boîtier partiel­le­ment vide n’est pas un problème. Il laisse au contraire le temps de comprendre le système avant d’ajou­ter de nouvelles fonc­tions. Cette manière de construire soi-même l’ar­chi­tec­ture de l’ins­tru­ment ouvre aussi un espace impor­tant à l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Un patch peut partir d’une idée précise, puis évoluer au fil des connexions, des erreurs et des détour­ne­ments. Le modu­laire invite ainsi à cher­cher autant qu’à produire, et peut conduire vers des résul­tats que l’on n’au­rait pas forcé­ment envi­sa­gés au départ. Mais atten­tion : mettre un pied dans le modu­laire peut vite deve­nir chro­no­phage et enva­his­sant. La recherche de nouveaux modules, la réor­ga­ni­sa­tion du boîtier et l’ex­plo­ra­tion des patchs peuvent prendre autant de place que la créa­tion musi­cale elle-même. Sans objec­tif clair ni limite de budget, l’en­vie d’étendre constam­ment le système peut rapi­de­ment deve­nir hors de contrôle. Mais après tout, cela fait aussi partie du plai­sir, non ?

L’Eu­ro­rack ne consti­tue pas une solu­tion plus effi­cace ou plus complète qu’un synthé­ti­seur tradi­tion­nel, un semi-modu­laire ou une STAN. Il propose surtout une autre manière de conce­voir un instru­ment, en choi­sis­sant progres­si­ve­ment ses fonc­tions et les rela­tions qui les unissent.

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