Quelques mois seulement après la MPC Live III, Akai a dévoilé un nouveau vaisseau amiral en remplacement de la MPC X SE. Elle aurait pu s’appellait XXL : plus imposante, plus puissante et plus ambitieuse encore, la MPC XL entend devenir le centre névralgique du studio moderne.
Les générations successives de la MPC ont progressivement transformé la plateforme en véritable station de production autonome capable de composer, enregistrer, arranger et mixer sans ordinateur. L’arrivée récente de MPC 3 a encore renforcé cette orientation en rapprochant davantage l’expérience utilisateur de celle d’une STAN moderne.
Après la MPC Live III, qui marquait une importante évolution matérielle et logicielle, Akai revient déjà avec une nouvelle machine destinée à prendre la tête de la gamme. La MPC XL succède à la MPC X SE et reprend l’essentiel des avancées introduites sur la Live III : processeur huit cœurs de seconde génération, pads MPCe, séquenceur pas à pas, contrôleur tactile assignable et environnement MPC 3. Mais là où la MPC Live III conservait une certaine dimension nomade grâce à sa batterie intégrée et à ses haut-parleurs, la nouvelle venue assume pleinement son rôle de machine de studio. Plus volumineuse, mieux équipée et encore plus généreuse en commandes physiques, elle ambitionne de devenir le cœur d’un environnement de production complet. Reste à savoir si cette montée en gamme se traduit réellement dans l’expérience utilisateur.
Prise en main, ergonomie et connectique



Sur le plan matériel, la MPC XL reprend le processeur huit cœurs déjà aperçu sur la Live III mais double la quantité de mémoire vive avec 16 Go de RAM. Le stockage interne atteint désormais 256 Go avec son SSD intégré. Autant dire que ça laisse de la marge avant de se sentir limité. Cela en fait la MPC la plus puissante jamais commercialisée par Akai.
Comme pour le test de la MPC Live III, j’ai demandé à Cyril, alias Greenfinch, de réaliser avec moi deux petits morceaux sur la MPC XL, que vous pouvez écouter dans les extraits audio. Vous trouverez son avis sur la MPC XL à la suite du test.
Architecture, workflow et environnement MPC 3

Pour autant, les séquences conservent tout leur intérêt pour élaborer rapidement différentes sections d’un morceau. Cela peut même se révéler très pratique pour construire plusieurs variantes d’un passage avant de les assembler dans l’arrangeur. Cette coexistence entre ancien et nouveau workflow peut sans doute embrouiller certain·e·s utilisateur·ice·s, mais constitue pourtant l’une des grandes forces de l’environnement MPC actuel.
Le mode Matrix, hérité de l’Akai Force, est bien sûr toujours là. Inspiré des lanceurs de clips popularisés par Ableton Live, il permet d’organiser clips audio et MIDI dans une grille puis de les déclencher en temps réel. À l’usage, la XL profite pleinement de sa surface de contrôle plus généreuse. Les nombreuses commandes dédiées réduisent les allers-retours entre les différents écrans et rendent l’ensemble plus fluide qu’il ne l’est sur la MPC Live III ou sur les générations précédentes. Pourtant, la MPC XL demeure dense et demande un temps d’apprentissage non négligeable, mais cette richesse fonctionnelle reste bien maîtrisée compte tenu de l’ampleur des possibilités proposées.
Pads MPCe et séquenceur pas à pas

Même constat concernant le séquenceur pas à pas. Certes, les précédentes MPC permettaient déjà de programmer des séquences avec une approche similaire. Mais l’ajout de seize boutons dédiés change l’expérience utilisateur. La programmation devient plus directe et plus proche de ce que l’on retrouve sur certaines boîtes à rythmes classiques. Alors que les adeptes du finger drumming retrouvent leurs habitudes, les utilisateur·ice·s venu·e·s d’univers plus orientés TR, Elektron ou séquenceurs analogiques disposent désormais d’outils adaptés à leurs méthodes de travail.
Sampling, instruments et création sonore

Mais, évidemment, comme les autres MPC récentes, la XL ne se limite pas au sampling. Elle embarque un ensemble d’instruments virtuels couvrant aussi bien les synthétiseurs que certains instruments acoustiques ou électromécaniques. Certains sont optionnels et nécessitent de mettre la main à la poche. Des modes démo sont toutefois disponibles. On retrouve la même collection que sur la MPC Live III. La qualité de ces instruments reste variable. Les synthétiseurs remplissent parfaitement leur rôle, mais si certains reproduisent des références analogiques, n’espérez pas y trouver des émulations fidèles du Minimoog ou du Juno, par exemple. Les pianos électriques sont très réussis. En revanche, les instruments acoustiques se montrent plus inégaux et ne rivalisent pas toujours avec les meilleures bibliothèques logicielles actuelles. Mais dans la pratique, cela constitue rarement un problème. Une fois intégrés dans une production complète, ils remplissent correctement leur fonction et permettent de travailler efficacement sans dépendre d’un ordinateur. Contrairement à ce dernier, l’intégration est ici parfaite, tout est immédiatement disponible, parfaitement adapté à l’interface tactile et aux commandes directes, et directement exploitable dans le contexte de la machine.
Le son et les performances audio

Les effets de la MPC XL

Retour d’expérience : l’avis de Greenfinch sur la MPC XL

J’ai eu peur au début.
Tu l’as trouvée intimidante ?
Oui, intimidante. Je me suis dit que ça allait être plus complexe que la MPC Live III et, en fait, ça a même été plus simple. Bon, j’avais déjà pris mes marques avec l’OS de la Live III, donc je connaissais déjà un peu l’environnement. Ça m’a aidé à anticiper certaines choses, mais malgré tout, je l’ai trouvée plus simple à utiliser. J’ai été beaucoup plus rapide.
Il y a davantage de commandes et celles qui sont communes sont disposées différemment.
Oui, il y a plus de boutons, on retrouve peut-être un peu moins le workflow des MPC vintage, mais on a quasiment tout ce qu’il faut pour travailler en studio. On n’a même pas besoin d’une interface audio.
Ici, on a presque un DAW sous forme de hardware.
Pour moi, c’est carrément un DAW intégré. Franchement, je me suis presque senti comme sur Ableton ou Cubase. J’ai vraiment eu cette impression. On retrouve le même type de fonctions, avec un workflow assez proche. Je pense que quelqu’un qui vient de n’importe quel DAW ne sera pas perdu face à l’interface.
Tu me disais que tu avais été intimidé. C’est à cause de son format plus imposant que la MPC Live III ?
Oui, elle est plus grande. Du coup, on n’a pas spécialement envie de la déplacer. Pour moi, c’est une machine qui doit rester au studio. Et puis elle n’a ni batterie, ni haut-parleurs, ni micro intégrés. Pour tout ça, la MPC Live III est beaucoup plus nomade. Je n’aurais aucun scrupule à la prendre dans un parc ou en forêt pour jouer avec.
Pour faire de la scène, la MPC XL reste quand même intéressante.
Oui, bien sûr. Mais tu réfléchis quand même à deux fois avant de la transporter. En tout cas, moi, j’y réfléchirais à deux fois. Peut-être parce qu’elle a ce côté un peu plastique sur les flancs. On ne sent pas le gros châssis métallique, comme sur une Isla, par exemple. Une Isla, c’est lourd et ça inspire immédiatement confiance.
Tu ne serais donc pas totalement en confiance pour la déplacer ? Elle t’a donné une impression de fragilité ?
De fragilité… peut-être pas à ce point-là. Un chouia, on va dire. Mais en même temps, je ne pense pas qu’elle soit faite pour ça. Je la vois davantage comme une machine de studio. Après, je suis moi-même un musicien de studio, pas vraiment nomade et pas très orienté live non plus. C’est donc aussi mon interprétation.
Personnellement, elle m’a semblé solide. J’ai regardé les embases des connexions, tout m’a paru robuste. Les boutons répondent bien, tout est parfaitement aligné. Dans l’ensemble, la fabrication paraît vraiment sérieuse. Le seul élément qui me dérange, ce sont les flancs en plastique, qui semblent en dessous du reste.
Oui, ça crée un contraste. À ce prix-là, on serait en droit d’attendre autre chose. Heureusement, le reste est en métal et, c’est vrai, les boutons comme les commandes répondent très bien.
Nous avons déjà parlé des pads MPCe avec la MPC Live III, donc nous n’allons pas y revenir puisque c’est exactement la même chose. En revanche, qu’as-tu pensé de l’écran ?
Le fait qu’il soit plus grand que celui de la Live III fait une vraie différence. C’est beaucoup plus confortable.
Parlons aussi des morceaux que nous avons réalisés. Tu as très rapidement mis en place MPC Green Three, c’était assez impressionnant. Pour MPC Green Four, tu as créé une petite structure, puis nous avons tous les deux ajouté des parties. Tu t’es servi des plugins internes de la MPC, tandis que, de mon côté, j’ai enregistré des parties de synthés analogiques externes dans la MPC XL.
Oui, les plugins sont les mêmes que sur la Live III, mais les contrôleurs sont plus nombreux sur la XL. C’est plus agréable à utiliser sur cette dernière.
Une chose importante à souligner avec la MPC XL, c’est le son. Une fois nos parties enregistrées, nous avons tous les deux perçu une très légère différence de rendu. Et surtout, tout se mixait mieux. On s’est appelés pour en parler, en se demandant même si ce n’était pas un effet psychoacoustique. J’ai donc contacté l’importateur pour obtenir les fiches techniques complètes et, là, surprise : il existe bien de petites différences entre les deux machines, notamment un niveau de sortie plus élevé sur les sorties ligne.
Oui, c’était surprenant. Tout se mixait beaucoup mieux. Je me suis aussi demandé si ça venait simplement du choix des sons, parce que ça peut faire une énorme différence. Mais j’ai eu besoin de moins nettoyer les pistes. C’était plus carré. Et puis, sur la MPC XL, nous avions activé la simulation vintage, le mode SP. Il faut aussi le prendre en compte.
Justement, parlons de ces simulations de DAC vintage.
Je les ai trouvées très réussies. Après, pour une oreille qui n’a pas l’habitude de travailler le son, ça reste assez subtil. Sur une machine vintage, même en 16 bits, quand on pitche un échantillon, on entend toujours qu’il se passe un petit quelque chose. Il y a une petite coloration. Sur l’Isla, en revanche, l’aliasing est complètement abusé. C’est plus violent, parfois même un peu trop. Sur la MPC XL, à part le mode SP Ring, tout reste assez subtil, et finalement ce n’est pas plus mal. Aujourd’hui, le lo-fi est devenu un style très léché. Il y a le lo-fi old school et le lo-fi new school. On entend de moins en moins de productions vraiment sales. Pourtant, à l’origine, c’est un peu l’âme du lo-fi : l’aliasing, les imperfections. Mais même certains A&R de labels spécialisés n’aiment plus trop ça. Aujourd’hui, le lo-fi est presque devenu cinématographique.
C’est vrai. J’écoute parfois des productions présentées comme du lo-fi et je me demande ce qu’il y a encore de lo-fi là-dedans. Ça ne veut pas dire que ça ne sonne pas, mais pour moi le terme désigne autre chose.
Oui, maintenant c’est ultra léché. C’est l’école de la lenteur.
Revenons à la MPC XL. Son credo, c’est quand même de se suffire à elle-même. Tu t’imagines travailler uniquement avec elle ?
Oui, mais je pense qu’il faut plusieurs mois d’apprentissage avant de se dire qu’on peut réaliser un morceau de A à Z avec elle, du mixage jusqu’au mastering. Enfin, peut-être pas le mastering… quoique, pourquoi pas ? il y a des plugins qui permettent aussi de faire ça. Mais il faut vraiment bien maîtriser la machine. Mais personnellement, j’ai toujours ce besoin d’exporter les morceaux pour refaire ma petite popote dans un DAW. Cela dit, on peut parfaitement tout faire sur la MPC XL à condition de l’avoir vraiment assimilée. Au début, si je l’avais, je serais davantage dans une logique de maquette et de pré-mixage. Je suis assez maniaque et j’ai l’impression de pouvoir l’être davantage dans un DAW. C’est peut-être aussi simplement une question d’habitude. En revanche, avec la MPC XL, on va davantage droit au but. Elle amène une autre manière de travailler et c’est l’un de ses grands intérêts. Tout dépend du projet. Si demain on me demande un gros morceau lo-fi à l’ancienne, sans prise de tête, je partirais exactement comme nous l’avons fait sur les morceaux réalisés ensemble.
Personnellement, je t’ai senti beaucoup plus à l’aise sur la MPC XL que sur la Live III.
Oui, clairement. La Live III est une superbe machine, mais si je devais en choisir une, je préférerais économiser un peu plus pour prendre la MPC XL. Alors oui, on perd le côté nomade, la batterie… En fait, l’idéal, ce serait d’avoir les deux ! (rires)
Ce sera le mot de la fin. Merci, Cyril.



