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Test de l'Akai MPC XL - Akai d'école

Rédigé par un humain
9/10

Quelques mois seulement après la MPC Live III, Akai a dévoilé un nouveau vaisseau amiral en remplacement de la MPC X SE. Elle aurait pu s’appellait XXL : plus imposante, plus puissante et plus ambitieuse encore, la MPC XL entend devenir le centre névralgique du studio moderne.

Test de l'Akai MPC XL : Akai d'école

Les géné­ra­tions succes­sives de la MPC ont progres­si­ve­ment trans­formé la plate­forme en véri­table station de produc­tion auto­nome capable de compo­ser, enre­gis­trer, arran­ger et mixer sans ordi­na­teur. L’ar­ri­vée récente de MPC 3 a encore renforcé cette orien­ta­tion en rappro­chant davan­tage l’ex­pé­rience utili­sa­teur de celle d’une STAN moderne.

Après la MPC Live III, qui marquait une impor­tante évolu­tion maté­rielle et logi­cielle, Akai revient déjà avec une nouvelle machine desti­née à prendre la tête de la gamme. La MPC XL succède à la MPC X SE et reprend l’es­sen­tiel des avan­cées intro­duites sur la Live III : proces­seur huit cœurs de seconde géné­ra­tion, pads MPCe, séquen­ceur pas à pas, contrô­leur tactile assi­gnable et envi­ron­ne­ment MPC 3. Mais là où la MPC Live III conser­vait une certaine dimen­sion nomade grâce à sa batte­rie inté­grée et à ses haut-parleurs, la nouvelle venue assume plei­ne­ment son rôle de machine de studio. Plus volu­mi­neuse, mieux équi­pée et encore plus géné­reuse en commandes physiques, elle ambi­tionne de deve­nir le cœur d’un envi­ron­ne­ment de produc­tion complet. Reste à savoir si cette montée en gamme se traduit réel­le­ment dans l’ex­pé­rience utili­sa­teur.

Prise en main, ergo­no­mie et connec­tique

Akai MPC XL - dessus.jpgAu débal­lage, la MPC XL impres­sionne. Avec ses dimen­sions de 488 × 543 × 94 mm pour un poids de 7,2 kg, il ne s’agit clai­re­ment plus d’une machine que l’on trans­porte faci­le­ment d’une pièce à l’autre. La XL semble conçue pour trou­ver sa place au centre d’un studio et y rester. La qualité de fabri­ca­tion inspire confiance. Le châs­sis métal­lique et l’en­semble donnent une impres­sion de robus­tesse rassu­rante. Les connec­teurs sont soli­de­ment implan­tés, les enco­deurs présentent une résis­tance agréable et aucun élément ne donne l’im­pres­sion d’avoir été négligé. Un détail surprend toute­fois : les flancs en plas­tique. Ils contrastent avec le reste de la machine et paraissent un peu légers sur un produit de cette caté­go­rie et à ce tarif. Le plas­tique semble être le même que sur l’Akai MPK Mini IV, mais ce qui paraît accep­table sur un produit à 100 euros l’est nette­ment moins au tarif auquel est propo­sée la MPC XL. C’est d’au­tant plus éton­nant que tout le reste respire la qualité. 

Akai MPC XL - face avantLa surface de contrôle consti­tue sans doute l’une des plus belles réus­sites de cette nouvelle MPC. L’or­ga­ni­sa­tion géné­rale appa­raît très cohé­rente. Malgré le grand nombre de commandes dispo­nibles, l’en­semble demeure lisible et les diffé­rentes zones fonc­tion­nelles sont immé­dia­te­ment iden­ti­fiables. L’écran tactile multi­point de 10,1 pouces parti­cipe large­ment à cette impres­sion de confort. Plus grand que celui de la Live III, il offre un espace de travail plus agréable, par exemple lors de l’édi­tion dans le piano roll, le mixer ou l’ar­ran­geur. La défi­ni­tion est excel­lente, les angles de vision très larges et la réac­ti­vité irré­pro­chable. Comme sur la Live III, l’uti­li­sa­tion évoque davan­tage une tablette moderne qu’un simple écran tactile embarqué dans un instru­ment de musique. L’autre élément qui saute immé­dia­te­ment aux yeux concerne la quan­tité de contrôles physiques dispo­nibles. Les seize enco­deurs Q-Link disposent chacun de leur propre écran OLED et permettent d’ac­cé­der rapi­de­ment à une multi­tude de para­mètres sans devoir constam­ment solli­ci­ter l’écran tactile. À cela s’ajoutent seize boutons rétroé­clai­rés qui peuvent par exemple servir au séquen­ceur pas à pas et de nombreuses commandes dédiées. À l’usage, cette abon­dance de contrôles améliore réel­le­ment le confort de travail. De nombreuses opéra­tions deviennent plus rapides et demandent moins d’al­lers-retours entre les diffé­rentes pages du système.

Akai MPC XL face arrièreLa connec­tique est à la hauteur du posi­tion­ne­ment de la machine. On retrouve deux entrées micro/ligne sur connec­teurs combi­nés XLR-jack avec alimen­ta­tion fantôme, deux entrées ligne supplé­men­taires commu­tables en mode phono, deux entrées instru­ment, huit sorties audio analo­giques, quatre sorties MIDI, deux entrées MIDI, seize sorties CV/Gate répar­ties sur huit mini-jacks stéréo et deux sorties casque, une sur jack 6,35 mm et une autre en mini-jack 3,5 mm. En plus, trois ports USB-A permettent de raccor­der contrô­leurs et péri­phé­riques de stockage tandis que l’USB-C assure la commu­ni­ca­tion avec un péri­phé­rique infor­ma­tique. La machine peut ainsi trans­mettre jusqu’à 24 canaux audio et 32 canaux MIDI via une seule connexion. Un empla­ce­ment pour carte SD complète l’en­semble.

Sur le plan maté­riel, la MPC XL reprend le proces­seur huit cœurs déjà aperçu sur la Live III mais double la quan­tité de mémoire vive avec 16 Go de RAM. Le stockage interne atteint désor­mais 256 Go avec son SSD inté­gré. Autant dire que ça laisse de la marge avant de se sentir limité. Cela en fait la MPC la plus puis­sante jamais commer­cia­li­sée par Akai.

Comme pour le test de la MPC Live III, j’ai demandé à Cyril, alias Green­finch, de réali­ser avec moi deux petits morceaux sur la MPC XL, que vous pouvez écou­ter dans les extraits audio. Vous trou­ve­rez son avis sur la MPC XL à la suite du test.

Archi­tec­ture, work­flow et envi­ron­ne­ment MPC 3

Akai MPC XL - dessusComme la MPC Live III avant elle, la MPC XL repose sur l’en­vi­ron­ne­ment MPC 3. La philo­so­phie géné­rale est toujours la même : propo­ser une plate­forme capable de couvrir l’en­semble du proces­sus de produc­tion, depuis la créa­tion des sons jusqu’à l’ar­ran­ge­ment final, sans passer par un ordi­na­teur. On retrouve ainsi les diffé­rents types de pistes : Drum Programs, Keygroups, pistes audio, instru­ments virtuels, MIDI externe ou encore contrôle CV/Gate. Si l’ar­chi­tec­ture histo­rique basée sur les Programs et les Sequences est toujours présente, Akai a progres­si­ve­ment rappro­ché son envi­ron­ne­ment de celui d’une STAN moderne. En effet, l’une des évolu­tions les plus impor­tantes de ces dernières années reste l’in­tro­duc­tion de l’ar­ran­geur linéaire. Long­temps centrées sur une logique de séquences indé­pen­dantes assem­blées ensuite dans un mode Song, les MPC permettent désor­mais de travailler direc­te­ment dans une time­line conti­nue. C’est une approche qui simpli­fie consi­dé­ra­ble­ment la construc­tion de morceaux complets et séduira les utili­sa­teur­·i­ce·s habi­tué­·e·s à des logi­ciels comme Able­ton Live, Logic Pro, Cubase ou Studio One.

Pour autant, les séquences conservent tout leur inté­rêt pour élabo­rer rapi­de­ment diffé­rentes sections d’un morceau. Cela peut même se révé­ler très pratique pour construire plusieurs variantes d’un passage avant de les assem­bler dans l’ar­ran­geur. Cette coexis­tence entre ancien et nouveau work­flow peut sans doute embrouiller certain·e·s utili­sa­teur·i­ce·s, mais consti­tue pour­tant l’une des grandes forces de l’en­vi­ron­ne­ment MPC actuel.

Le mode Matrix, hérité de l’Akai Force, est bien sûr toujours là. Inspiré des lanceurs de clips popu­la­ri­sés par Able­ton Live, il permet d’or­ga­ni­ser clips audio et MIDI dans une grille puis de les déclen­cher en temps réel. À l’usage, la XL profite plei­ne­ment de sa surface de contrôle plus géné­reuse. Les nombreuses commandes dédiées réduisent les allers-retours entre les diffé­rents écrans et rendent l’en­semble plus fluide qu’il ne l’est sur la MPC Live III ou sur les géné­ra­tions précé­dentes. Pour­tant, la MPC XL demeure dense et demande un temps d’ap­pren­tis­sage non négli­geable, mais cette richesse fonc­tion­nelle reste bien maîtri­sée compte tenu de l’am­pleur des possi­bi­li­tés propo­sées.

Pads MPCe et séquen­ceur pas à pas

Akai MPC XL - dessus 3Comme la MPC Live III, la MPC XL adopte les nouveaux pads MPCe. Derrière cette appel­la­tion se cache une évolu­tion plus impor­tante qu’il n’y paraît. Chaque pad conserve la qualité de frappe qui a large­ment contri­bué à la répu­ta­tion de la gamme, tout en ajou­tant une détec­tion tridi­men­sion­nelle capable de prendre en compte la posi­tion du doigt ainsi que la pres­sion exer­cée. Concrè­te­ment, on peut déclen­cher diffé­rentes couches d’échan­tillons selon la zone frap­pée, pilo­ter des para­mètres de synthèse ou encore ajou­ter diverses arti­cu­la­tions ryth­miques sans quit­ter les pads. Les possi­bi­li­tés sont nombreuses et pour­raient sembler gadget sur le papier. Dans les faits, elles s’in­tègrent plutôt natu­rel­le­ment au jeu et apportent un réel supplé­ment d’ex­pres­si­vité.

Même constat concer­nant le séquen­ceur pas à pas. Certes, les précé­dentes MPC permet­taient déjà de program­mer des séquences avec une approche simi­laire. Mais l’ajout de seize boutons dédiés change l’ex­pé­rience utili­sa­teur. La program­ma­tion devient plus directe et plus proche de ce que l’on retrouve sur certaines boîtes à rythmes clas­siques. Alors que les adeptes du finger drum­ming retrouvent leurs habi­tudes, les utili­sa­teur·i­ce·s venu·e·s d’uni­vers plus orien­tés TR, Elek­tron ou séquen­ceurs analo­giques disposent désor­mais d’ou­tils adap­tés à leurs méthodes de travail.

Sampling, instru­ments et créa­tion sonore

Akai MPC XL - sample éditionMême si les MPC modernes ressemblent de plus en plus à des stations de travail complètes, diffi­cile de passer sous silence le sampling, qui demeure au cœur de leur iden­tité. Sur ce terrain, la XL conserve toutes les quali­tés habi­tuelles des MPC, augmen­tées d’une faci­lité toute moderne, grâce, entre autres, au grand écran tactile. L’en­re­gis­tre­ment est rapide et intui­tif. Les nombreuses entrées dispo­nibles permettent de captu­rer faci­le­ment le signal prove­nant d’un micro­phone, d’un synthé­ti­seur, d’une boîte à rythmes, d’une platine vinyle ou de toute autre source externe. L’USB-C étend encore les possi­bi­li­tés en en faci­li­tant les échanges avec les ordi­na­teurs et les appa­reils mobiles. L’édi­tion des échan­tillons reste l’un des points forts de la machine. Décou­page, détec­tion de tran­si­toires, slicing auto­ma­tique, norma­li­sa­tion, time-stret­ching ou encore créa­tion de programmes multi-échan­tillon­nés : tout est réuni pour trans­for­mer rapi­de­ment une matière brute en produc­tion musi­cale exploi­table.

Mais, évidem­ment, comme les autres MPC récentes, la XL ne se limite pas au sampling. Elle embarque un ensemble d’ins­tru­ments virtuels couvrant aussi bien les synthé­ti­seurs que certains instru­ments acous­tiques ou élec­tro­mé­ca­niques. Certains sont option­nels et néces­sitent de mettre la main à la poche. Des modes démo sont toute­fois dispo­nibles. On retrouve la même collec­tion que sur la MPC Live III. La qualité de ces instru­ments reste variable. Les synthé­ti­seurs remplissent parfai­te­ment leur rôle, mais si certains repro­duisent des réfé­rences analo­giques, n’es­pé­rez pas y trou­ver des émula­tions fidèles du Mini­moog ou du Juno, par exemple. Les pianos élec­triques sont très réus­sis. En revanche, les instru­ments acous­tiques se montrent plus inégaux et ne riva­lisent pas toujours avec les meilleures biblio­thèques logi­cielles actuelles. Mais dans la pratique, cela consti­tue rare­ment un problème. Une fois inté­grés dans une produc­tion complète, ils remplissent correc­te­ment leur fonc­tion et permettent de travailler effi­ca­ce­ment sans dépendre d’un ordi­na­teur. Contrai­re­ment à ce dernier, l’in­té­gra­tion est ici parfaite, tout est immé­dia­te­ment dispo­nible, parfai­te­ment adapté à l’in­ter­face tactile et aux commandes directes, et direc­te­ment exploi­table dans le contexte de la machine.

Le son et les perfor­mances audio

Akai MPC XL - connectique avantComme toutes les MPC modernes, la MPC XL profite d’un son très propre. Même s’il est possible de profi­ter du grain parti­cu­lier d’une MPC-60, d’une MPC-3000 ou d’une SP-1200 grâce à des “moteurs” simu­lant leurs carac­té­ris­tiques audio. Pour autant, lors de nos essais compa­ra­tifs avec la MPC Live III, nous avons eu l’im­pres­sion que la XL propo­sait une resti­tu­tion légè­re­ment plus défi­nie. C’est très subtil, mais suffi­sam­ment présent pour susci­ter quelques véri­fi­ca­tions supplé­men­taires. Après analyse des carac­té­ris­tiques tech­niques et des mesures publiées par Akai, plusieurs éléments permettent d’ex­pliquer ce ressenti. La diffé­rence la plus marquante concerne les niveaux de sortie. Les sorties ligne de la MPC XL peuvent atteindre +20,4 dBu contre +12 dBu sur la Live III. Dans un envi­ron­ne­ment de studio profes­sion­nel, cette marge supplé­men­taire faci­lite l’in­té­gra­tion avec des consoles, proces­seurs externes et inter­faces haut de gamme. Les entrées phono profitent égale­ment d’amé­lio­ra­tions mesu­rables. La dyna­mique atteint 103,3 dB contre 92 dB sur la Live III, tandis que le rapport signal/bruit progresse de manière signi­fi­ca­tive. Même constat pour les entrées micro­phone, dont les perfor­mances dépassent celles de la version portable. La situa­tion est plus nuan­cée concer­nant la sortie casque. La Live III conserve même un léger avan­tage sur certains para­mètres tech­niques comme la dyna­mique ou le taux de distor­sion. La XL délivre en revanche une puis­sance nette­ment supé­rieure, ce qui lui permet d’ali­men­ter sans diffi­culté des casques parti­cu­liè­re­ment exigeants. Dans la pratique, ces diffé­rences ne trans­forment pas radi­ca­le­ment l’ex­pé­rience utili­sa­teur. Les deux machines restent très proches sur le plan sonore. Néan­moins, la XL appa­raît davan­tage orien­tée vers une inté­gra­tion studio profes­sion­nelle, là où la Live III privi­lé­gie un équi­libre entre mobi­lité et poly­va­lence.

Les effets de la MPC XL

Akai MPC XL - flanc droitComme la Live III, la MPC XL béné­fi­cie de l’en­semble de l’éco­sys­tème d’ef­fets déve­loppé au fil des années par Akai et AIR Music Tech­no­logy. La collec­tion est aujour­d’hui suffi­sam­ment grande. Réver­bé­ra­tions, délais, compres­seurs, égali­seurs, satu­ra­tions, filtres, effets de modu­la­tion ou trai­te­ments créa­tifs, il y a vrai­ment de quoi faire, et rien ne semble manquer. La qualité globale est honnête, parfois très bonne selon les trai­te­ments concer­nés. Certaines réver­bé­ra­tions et certains délais s’in­tègrent plutôt bien dans les produc­tions élec­tro­niques, tandis que les outils de dyna­mique remplissent effi­ca­ce­ment leur rôle lors des étapes de mixage. Bien entendu, certain·es produc­teur·ices conti­nue­ront à préfé­rer les plug-ins spécia­li­sés dans leurs STAN favo­rites. Mais il faut recon­naître qu’il devient de plus en plus facile de fina­li­ser un morceau direc­te­ment dans la MPC sans ressen­tir le besoin immé­diat d’ex­por­ter le projet. L’au­to­ma­ti­sa­tion est complète, les routages sont souples et le CPU et la RAM dispo­nibles permettent d’uti­li­ser les effets sans se sentir limi­té·e. 

Retour d’ex­­pé­­rience : l’avis de Green­­finch sur la MPC XL

Greenfinch sur l'Akai MPC XLAprès avoir essayé la MPC Live III, nous avons fait une autre session avec la MPC XL. Alors, qu’en as-tu pensé ?

J’ai eu peur au début.

Tu l’as trou­vée inti­mi­dante ?

Oui, inti­mi­dante. Je me suis dit que ça allait être plus complexe que la MPC Live III et, en fait, ça a même été plus simple. Bon, j’avais déjà pris mes marques avec l’OS de la Live III, donc je connais­sais déjà un peu l’en­vi­ron­ne­ment. Ça m’a aidé à anti­ci­per certaines choses, mais malgré tout, je l’ai trou­vée plus simple à utili­ser. J’ai été beau­coup plus rapide.

Il y a davan­tage de commandes et celles qui sont communes sont dispo­sées diffé­rem­ment.

Oui, il y a plus de boutons, on retrouve peut-être un peu moins le work­flow des MPC vintage, mais on a quasi­ment tout ce qu’il faut pour travailler en studio. On n’a même pas besoin d’une inter­face audio.

Ici, on a presque un DAW sous forme de hard­ware.

Pour moi, c’est carré­ment un DAW inté­gré. Fran­che­ment, je me suis presque senti comme sur Able­ton ou Cubase. J’ai vrai­ment eu cette impres­sion. On retrouve le même type de fonc­tions, avec un work­flow assez proche. Je pense que quelqu’un qui vient de n’im­porte quel DAW ne sera pas perdu face à l’in­ter­face.

Tu me disais que tu avais été inti­midé. C’est à cause de son format plus impo­sant que la MPC Live III ?

Oui, elle est plus grande. Du coup, on n’a pas spécia­le­ment envie de la dépla­cer. Pour moi, c’est une machine qui doit rester au studio. Et puis elle n’a ni batte­rie, ni haut-parleurs, ni micro inté­grés. Pour tout ça, la MPC Live III est beau­coup plus nomade. Je n’au­rais aucun scru­pule à la prendre dans un parc ou en forêt pour jouer avec.

Pour faire de la scène, la MPC XL reste quand même inté­res­sante.

Oui, bien sûr. Mais tu réflé­chis quand même à deux fois avant de la trans­por­ter. En tout cas, moi, j’y réflé­chi­rais à deux fois. Peut-être parce qu’elle a ce côté un peu plas­tique sur les flancs. On ne sent pas le gros châs­sis métal­lique, comme sur une Isla, par exemple. Une Isla, c’est lourd et ça inspire immé­dia­te­ment confiance.

Tu ne serais donc pas tota­le­ment en confiance pour la dépla­cer ? Elle t’a donné une impres­sion de fragi­lité ?

De fragi­li­té… peut-être pas à ce point-là. Un chouia, on va dire. Mais en même temps, je ne pense pas qu’elle soit faite pour ça. Je la vois davan­tage comme une machine de studio. Après, je suis moi-même un musi­cien de studio, pas vrai­ment nomade et pas très orienté live non plus. C’est donc aussi mon inter­pré­ta­tion.

Person­nel­le­ment, elle m’a semblé solide. J’ai regardé les embases des connexions, tout m’a paru robuste. Les boutons répondent bien, tout est parfai­te­ment aligné. Dans l’en­semble, la fabri­ca­tion paraît vrai­ment sérieuse. Le seul élément qui me dérange, ce sont les flancs en plas­tique, qui semblent en dessous du reste.

Oui, ça crée un contraste. À ce prix-là, on serait en droit d’at­tendre autre chose. Heureu­se­ment, le reste est en métal et, c’est vrai, les boutons comme les commandes répondent très bien.

Nous avons déjà parlé des pads MPCe avec la MPC Live III, donc nous n’al­lons pas y reve­nir puisque c’est exac­te­ment la même chose. En revanche, qu’as-tu pensé de l’écran ?

Le fait qu’il soit plus grand que celui de la Live III fait une vraie diffé­rence. C’est beau­coup plus confor­table.

Parlons aussi des morceaux que nous avons réali­sés. Tu as très rapi­de­ment mis en place MPC Green Three, c’était assez impres­sion­nant. Pour MPC Green Four, tu as créé une petite struc­ture, puis nous avons tous les deux ajouté des parties. Tu t’es servi des plugins internes de la MPC, tandis que, de mon côté, j’ai enre­gis­tré des parties de synthés analo­giques externes dans la MPC XL.

Oui, les plugins sont les mêmes que sur la Live III, mais les contrô­leurs sont plus nombreux sur la XL. C’est plus agréable à utili­ser sur cette dernière.

Une chose impor­tante à souli­gner avec la MPC XL, c’est le son. Une fois nos parties enre­gis­trées, nous avons tous les deux perçu une très légère diffé­rence de rendu. Et surtout, tout se mixait mieux. On s’est appe­lés pour en parler, en se deman­dant même si ce n’était pas un effet psychoa­cous­tique. J’ai donc contacté l’im­por­ta­teur pour obte­nir les fiches tech­niques complètes et, là, surprise : il existe bien de petites diffé­rences entre les deux machines, notam­ment un niveau de sortie plus élevé sur les sorties ligne.

Oui, c’était surpre­nant. Tout se mixait beau­coup mieux. Je me suis aussi demandé si ça venait simple­ment du choix des sons, parce que ça peut faire une énorme diffé­rence. Mais j’ai eu besoin de moins nettoyer les pistes. C’était plus carré. Et puis, sur la MPC XL, nous avions activé la simu­la­tion vintage, le mode SP. Il faut aussi le prendre en compte.

Juste­ment, parlons de ces simu­la­tions de DAC vintage.

Je les ai trou­vées très réus­sies. Après, pour une oreille qui n’a pas l’ha­bi­tude de travailler le son, ça reste assez subtil. Sur une machine vintage, même en 16 bits, quand on pitche un échan­tillon, on entend toujours qu’il se passe un petit quelque chose. Il y a une petite colo­ra­tion. Sur l’Isla, en revanche, l’alia­sing est complè­te­ment abusé. C’est plus violent, parfois même un peu trop. Sur la MPC XL, à part le mode SP Ring, tout reste assez subtil, et fina­le­ment ce n’est pas plus mal. Aujour­d’hui, le lo-fi est devenu un style très léché. Il y a le lo-fi old school et le lo-fi new school. On entend de moins en moins de produc­tions vrai­ment sales. Pour­tant, à l’ori­gine, c’est un peu l’âme du lo-fi : l’alia­sing, les imper­fec­tions. Mais même certains A&R de labels spécia­li­sés n’aiment plus trop ça. Aujour­d’hui, le lo-fi est presque devenu ciné­ma­to­gra­phique.

C’est vrai. J’écoute parfois des produc­tions présen­tées comme du lo-fi et je me demande ce qu’il y a encore de lo-fi là-dedans. Ça ne veut pas dire que ça ne sonne pas, mais pour moi le terme désigne autre chose.

Oui, main­te­nant c’est ultra léché. C’est l’école de la lenteur.

Reve­nons à la MPC XL. Son credo, c’est quand même de se suffire à elle-même. Tu t’ima­gines travailler unique­ment avec elle ?

Oui, mais je pense qu’il faut plusieurs mois d’ap­pren­tis­sage avant de se dire qu’on peut réali­ser un morceau de A à Z avec elle, du mixage jusqu’au maste­ring. Enfin, peut-être pas le maste­ring… quoique, pourquoi pas ? il y a des plugins qui permettent aussi de faire ça. Mais il faut vrai­ment bien maîtri­ser la machine. Mais person­nel­le­ment, j’ai toujours ce besoin d’ex­por­ter les morceaux pour refaire ma petite popote dans un DAW. Cela dit, on peut parfai­te­ment tout faire sur la MPC XL à condi­tion de l’avoir vrai­ment assi­mi­lée. Au début, si je l’avais, je serais davan­tage dans une logique de maquette et de pré-mixage. Je suis assez maniaque et j’ai l’im­pres­sion de pouvoir l’être davan­tage dans un DAW. C’est peut-être aussi simple­ment une ques­tion d’ha­bi­tude. En revanche, avec la MPC XL, on va davan­tage droit au but. Elle amène une autre manière de travailler et c’est l’un de ses grands inté­rêts. Tout dépend du projet. Si demain on me demande un gros morceau lo-fi à l’an­cienne, sans prise de tête, je parti­rais exac­te­ment comme nous l’avons fait sur les morceaux réali­sés ensemble.

Person­nel­le­ment, je t’ai senti beau­coup plus à l’aise sur la MPC XL que sur la Live III.

Oui, clai­re­ment. La Live III est une superbe machine, mais si je devais en choi­sir une, je préfé­re­rais écono­mi­ser un peu plus pour prendre la MPC XL. Alors oui, on perd le côté nomade, la batte­rie… En fait, l’idéal, ce serait d’avoir les deux ! (rires)

Ce sera le mot de la fin. Merci, Cyril.

Notre avis : 9/10

Avec la MPC XL, Akai conso­lide les acquis des dernières années en propo­sant la version la plus abou­tie de son concept de station de produc­tion auto­nome. Plus puis­sante, mieux équi­pée et plus confor­table que ses prédé­ces­seurs, la XL consti­tue une évolu­tion cohé­rente de la MPC X SE. Son immense écran, ses nombreuses commandes dédiées, ses pads MPCe et sa connec­tique très complète en font un outil de produc­tion extrê­me­ment sédui­sant.

Tout n’est pas parfait pour autant. Les instru­ments virtuels restent inégaux et certaines inco­hé­rences ergo­no­miques subsistent. Et puis, que penser de ces flancs en plas­tique cheap, indigne d’une machine de ce stan­ding ?

Reste qu’Akai signe ici la station de produc­tion auto­nome la plus complète actuel­le­ment dispo­nible. Plus qu’une simple groo­ve­box ou qu’un sampler évolué, la MPC XL est véri­ta­ble­ment capable d’ac­com­pa­gner l’uti­li­sa­teur de la première idée jusqu’au mixage final. Elle est desti­née à occu­per une place centrale dans le studio, il s’agit proba­ble­ment de la propo­si­tion la plus abou­tie de toute l’his­toire récente de la gamme.

Alors faut-il passer à la MPC XL ? Pour les posses­seurs d’an­ciennes MPC X ou MPC X SE, la réponse semble rela­ti­ve­ment simple. L’aug­men­ta­tion de puis­sance, les 16 Go de RAM, le SSD interne de 256 Go, les nouveaux pads MPCe, le séquen­ceur pas à pas et l’en­semble des amélio­ra­tions ergo­no­miques consti­tuent un bond géné­ra­tion­nel. Face à la MPC Live III, la situa­tion est moins évidente. Les deux machines partagent une très grande partie de leurs fonc­tion­na­li­tés et de leurs capa­ci­tés logi­cielles. Les limites de pistes et d’ins­tru­ments restent d’ailleurs iden­tiques malgré la mémoire supplé­men­taire de la XL. La véri­table diffé­rence tient à leur philo­so­phie. La ques­tion devient donc essen­tiel­le­ment une ques­tion d’usage. Les musi­cien­·­ne·s recher­chant une machine mobile privi­lé­gie­ront proba­ble­ment la MPC Live III. Ceux qui souhaitent construire un studio autour d’une MPC trou­ve­ront dans la XL une plate­forme plus confor­table, mieux équi­pée et plus agréable à utili­ser au quoti­dien.

Points forts

  • Surface de contrôle abondante et bien pensée
  • Pads MPCe
  • Grosse montée en puissance
  • 256 Go de stockage interne
  • Connectique extrêmement complète
  • Streaming audio multicanal USB-C
  • Écran 10,1" confortable et très lisible
  • Environnement MPC 3
  • Très bonne qualité de fabrication générale...

Points faibles

  • ... mais flancs en plastique décevants sur une machine de ce niveau de gamme
  • Quelques incohérences ergonomiques persistent dans MPC 3
  • Molette de navigation toujours non cliquable
  • Les instruments intégrés restent d'un niveau moyen
Pays de fabrication : Taïwan
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