Plus compact, plus léger, mais toujours pensé pour des oreilles exigeantes : avec le DT 275 PRO, Beyerdynamic transpose sa nouvelle gamme PRO au format supra-auriculaire. Mais les performances sont-elles au rendez-vous ?
Pendant des décennies, chez Beyerdynamic, les casques de studio se sont essentiellement déclinés autour de deux formats : les grands classiques circum-auriculaires de la série DT, devenus des références en enregistrement comme en monitoring, et quelques modèles plus compacts destinés à des usages spécifiques. Le DT 270 PRO, lancé fin 2025, avait un peu « rebattu les cartes » en proposant un casque fermé compact, pensé pour répondre aux besoins des créateurs de contenu, des musiciens nomades et des home-studistes à la recherche d’un modèle abordable, léger et polyvalent. Une proposition qui tranchait un peu avec l’image traditionnelle de cette marque.
Sorti en juillet 2026, le nouveau DT 275 PRO s’inscrit dans cette même philosophie, mais change cette fois de format en adoptant une conception supra-auriculaire. Plus compact encore, il entend séduire les utilisateurs en quête d’un casque facile à transporter et travaillant dans des environnements bruyants, où l’isolation et la légèreté sont des points cruciaux.
Reste à savoir si ce pari est tenu. Ce DT 275 PRO parvient-il à conserver les qualités sonores qui ont fait la réputation de la marque malgré ses oreillettes supra-auriculaires ? C’est ce que nous allons vérifier dans ce test.
Spécifications et construction
Le DT-275 PRO est un casque de type supra-auriculaire, fermé, avec un transducteur dynamique.
Les spécifications annoncées par le constructeur sont les suivantes :
impédance : 45 ohms
réponse en fréquence : 5 Hz – 24 kHz
Avec seulement 195 g sur la balance (sans le câble), le casque mise sur la légèreté sans sacrifier la robustesse. Beyerdynamic fait appel à une structure mêlant plastique de bonne qualité et éléments métalliques, notamment au niveau de l’arceau à ressort en acier, afin de garantir une bonne résistance aux contraintes d’un usage quotidien.
Le casque est livré avec un câble spiralé détachable de 1,5 à 3 m, verrouillable et raccordable indifféremment à l’oreillette gauche ou droite. Cette conception limite efficacement la transmission des bruits de frottement et de manipulation vers les écouteurs, un point appréciable en enregistrement comme en monitoring. Un adaptateur jack 6,35 mm est également fourni.
Les coussinets en similicuir, remplaçables, participent à l’isolation passive annoncée à 22 dBA. Leur mousse est suffisamment souple pour répartir la pression malgré le format supra-auriculaire, tandis que le coussinet de l’arceau, lui aussi interchangeable, contribue au confort lors des longues sessions de travail.
Ainsi, du point de vue de la construction, il n’y a pas grand-chose à redire : c’est solide, bien fait, avec pas mal de vis qui permettent de démonter et de réparer. Et, d’ailleurs, à ce sujet…
Le DT 275 PRO est-il démontable ?
Tout à fait, même si l’on ne peut pas tout atteindre. On commence par retirer les coussinets :
On découvre alors quatre petites vis à tête cruciforme. Armé d’un petit tournevis, on peut les retirer :
Le support du HP se détache, et révèle le petit circuit imprimé sur lequel les câbles sont connectés :
C’est petit, mais plutôt bien réalisé. En tout cas, on pourra facilement intervenir.
Toutefois, on ne peut pas aller plus loin au niveau de l’oreillette, car le HP est collé, et ne peut pas être retiré.
En revanche, nous voulons souligner que Beyerdynamic fournit avec le casque un manuel d’instructions pour le remplacement de certaines pièces :
Excellent !
Confort : léger et mousse à mémoire de forme
Très bon. Comme nous l’avons déjà signalé, le casque est léger et ses mousses (sur l’arceau et les coussinets), en une matière à mémoire de forme, rendent l’utilisation du casque très confortable, même lors de longues sessions d’écoute.
Isolation passive annoncée à 22 dBA
Là aussi, c’est très bon, sans que le serrage soit excessif, cela s’expliquant par la qualité des coussinets. C’est un des points importants promis par le constructeur, et à notre sens, c’est plutôt réussi. Les bruits environnants sont adéquatement atténués, et le casque reste toutefois confortable.
Transport : du bon et du moins bon
Le casque n’est pas trop volumineux, et ses écouteurs peuvent se tourner de façon à se mettre « à plat », mais il n’est pas pliable pour autant donc, dans tous les cas, il prend un peu de place lors des déplacements. C’est notable pour un casque qui s’annonce comme destiné à l’usage DJing, prise de son sur plateau… bref, un casque qui va probablement être déplacé assez régulièrement. Alors, même si le casque ne coûte pas cher, on aurait quand même apprécié de trouver mieux qu’un simple sac en tissu fin pour l’emballer lors des déplacements.
Mesures du DT 275 PRO : réponse en fréquence et distorsion
Voici donc le nouveau protocole de mesures objectives, mené par nos soins afin de compléter l’écoute subjective. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plaisir de pouvoir vous fournir des courbes de réponse en fréquence et distorsion, réalisées dans notre atelier.
Réponse en fréquence
On remarque :
Un profil globalement plat de 20 Hz à 1 kHz, avec seulement…
Un creux de 3 dB autour de 100 Hz
Une accentuation très importante autour de 2,5 kHz, avec une montée qui commence juste au-dessus de 1 kHz et une redescente qui se termine à 4 kHz.
Un creux progressif, puis très fort, qui commence à 6.2 kHz et plonge définitivement à –10 dB (par rapport à 1 kHz) autour de 10 kHz.
Une dernière accentuation autour de 15 kHz.
Il est important de noter que l’absence d’appairage dans le grave est probablement plus due à notre matériel de test, qui est moins adapté aux casques supra-auriculaires et qui nécessite donc une recherche très précise de l’angle de pose du casque sur le capteur. Chaque modification de la pose du casque entraîne un changement drastique du résultat de la mesure dans le grave. Les résultats publiés ici sont donc une sélection des deux résultats (droite et gauche) les plus proches l’un de l’autre.
Distorsion
La distorsion mesurée est bien basse et cela dès 20 Hz (0,5 %) sans remontée significative dans l’aigu. La THD reste globalement sous 0,1 % entre 70 Hz et 8 kHz. D’excellents résultats !
Écoute du DT 275 Pro
Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur Truelove’s Gutter)
Une ballade acoustique, avec beaucoup de réverbe et une différence de dynamique importante entre la voix et la guitare. La voix de Richard Hawley se détache immédiatement, avec un médium particulièrement présent et précis, tandis que les réverbérations conservent une lisibilité acceptable dans leur longueur, même si l’on sent que l’aigu n’est pas vraiment le point fort du casque. Le grave apparaît propre et tenu, sans emphase excessive. C’est surtout la bosse autour de 2,5 kHz, très marquée, qui apporte de la présence aux voix et aux attaques, mais rend aussi le haut médium légèrement plus « démonstratif » que d’habitude. On sent immédiatement que l’on a affaire à un outil de travail assez spécifique.
Sun Kil Moon – Butch Lullabye (sur Common As Light And Love…)
Sur l’intro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmoniques médiums ajoutées par la distorsion, l’attaque légèrement piquée des notes, tout en séparant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Ici, le DT 275 PRO restitue proprement la fondamentale du clavier-basse, même jusque dans ses notes les plus graves. L’attaque ressort également avec précision, tandis que la grosse caisse reste bien distincte. Par ailleurs, on se dit que la faible distorsion mesurée se confirme à l’écoute : même lorsque le morceau se densifie, les différentes composantes restent nettes et bien séparées. La voix, en revanche, est traitée de façon soulignée : en avant, un peu nasale, avec des consonnes un peu exagérées. Bref, elle n’est pas tant mise en valeur qu’accentuée et c’est, nous semble-t-il, le propos sur un casque axé sur le monitoring dans des environnements bruyants.
Massive Attack – Teardrop (sur Mezzanine)
Un titre avec beaucoup d’extrême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. Encore une fois, le grave est suffisamment présent pour donner du poids à la ligne de basse et à la grosse caisse, sans venir baver sur le reste du spectre. Par ailleurs, les détails du haut médium ressortent nettement, notamment sur la voix et les éléments percussifs. Le creux marqué entre 6 et 10 kHz tempère les sifflantes et apporte une écoute plutôt douce dans l’extrême aigu, ce qui est bienvenu sur ce morceau où la voix devient parfois « sifflantes » sur des casques très généreux dans l’aigu.
Charlie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)
Voilà un morceau avec beaucoup de soufflants jouant dans des tessitures similaires : c’est très touffu et le but est d’essayer de discerner les timbres. Sur ce morceau, le DT 275 PRO fait preuve d’une plutôt bonne capacité à séparer les timbres, même si la réponse en fréquence très particulière donne plus de présence à certains qu’à d’autres. En revanche, le haut-médium très présent qui favorise la perception des attaques, et l’aigu, relativement en retrait, évitent une restitution agressive des cymbales, qui peuvent parfois couvrir certains détails. La restitution s’en trouve donc adoucie, ce qui favorise l’écoute sur la longueur : à ce stade, on remarque qu’on ressent assez peu de fatigue auditive.
Edgar Varèse – Ionisation (New York Philharmonic, dir. Pierre Boulez)
Ici, on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réverbération naturelle de la salle, qui joue sur l’impression d’espace. L’écoute se fait entre 0:30 et 1:15 min. Le DT 275 PRO, malgré son registre aigu assez modeste, offre une image suffisamment précise pour suivre les placements des percussions avec une précision acceptable. Les réverbérations de la salle restent perceptibles, même si la signature sonore, très marquée dans le haut médium plus que dans l’aigu, donne davantage de proximité aux attaques qu’à une sensation de profondeur d’espace. Notons toutefois que la faible distorsion contribue à conserver une bonne lisibilité dans les passages les plus denses.
Avec le DT 275 PRO, Beyerdynamic propose un casque qui assume pleinement sa vocation d’outil de travail spécialisé, et qui réussit plutôt son pari initial. Léger, particulièrement confortable et doté d’une isolation efficace, il bénéficie en plus d’une construction généralement sérieuse. Le produit séduit donc d’un point de vue de sa conception. Mais à l’écoute, qu’est-ce que ça donne ? Eh bien, sa signature sonore assez particulière, marquée par un haut médium très présent et un aigu plus discret, ne nous a pas semblé constituer un défaut, mais plutôt un parti-pris qui favorise la lisibilité des voix, des attaques et des passages denses, tout en limitant la fatigue sur la durée. Il s’agit donc, il nous semble, d’un casque-outil, qui ne s’adaptera pas à tous les usages musicaux, mais qui a vraiment sa place dans le marché actuel comme casque spécialisé. Ce qui était promis par le constructeur !
Seul point négatif : on regrettera surtout un équipement de transport un peu chiche, avec un simple sac en tissu. Dommage pour un casque dédié à des métiers où l’on travaille souvent en déplacement. Pour le reste, le DT 275 PRO assume clairement sa personnalité et son positionnement, et c’est cela qui le rend tout à fait convaincant.
Points forts
Très léger : seulement 195 g sans le câble.
Excellent confort, notamment grâce aux mousses à mémoire de forme.
Bonne isolation passive, efficace sans serrage excessif.
Construction solide et bien pensée
Plutôt bonne réparabilité : casque démontable avec plusieurs pièces remplaçables.
Très faible distorsion, notamment sous 0,1 % entre 70 Hz et 8 kHz.
Grave propre et bien tenu, y compris dans les fréquences les plus basses.
Haut-médium précis et très présent, particulièrement efficace pour le monitoring.
Aigu relativement doux, limitant la fatigue auditive sur les longues écoutes.
Points faibles
Sac de transport très basique, un simple étui en tissu fin.
Transducteur collé, donc difficile à retirer malgré la bonne accessibilité générale du casque.