Ordinateur, interface audio, casque, microphone, instruments, logiciels… La facture peut vite grimper. Mais combien faut-il réellement dépenser pour se constituer un home-studio efficient aujourd'hui ?
0 € : oui, c’est possible

Côté logiciels, il existe des solutions gratuites ou déjà fournies avec certaines machines. Si vous possédez un ordinateur ou une tablette Apple, GarageBand est une petite STAN (Station de Travail Audio-Numérique, ou DAW en anglais) tout à fait complète qui permet, par exemple, de composer, d’utiliser des instruments virtuels et d’enregistrer de l’audio. D’autres logiciels gratuits permettent d’en faire autant et même d’aller plus loin, et fonctionnent également sur Windows, comme Cakewalk Sonar et Waveform Free, ce denier fonctionnant même sur Linux.
Cette configuration a évidemment ses limites. Jouer un piano virtuel avec une souris ou le clavier d’ordinateur n’offre pas une expérience de jeu optimale. Enregistrer une guitare ou une voix avec le micro intégré à une tablette, par exemple, est loin d’être idéal pour obtenir une bonne captation. Enregistrer avec un micro nécessite, en plus de ce dernier, une entrée audio adaptée. Et le travail au casque hi-fi ou sur les haut-parleurs intégrés ne remplace pas une véritable solution d’écoute. Mais cela répond à la première partie de la question : non, il n’est pas nécessaire d’acheter du matériel pour commencer à faire de la musique. Le premier budget apparaît lorsque l’on veut supprimer une limitation précise.
C’est ici qu’il faut se poser les bonnes questions, car il n’existe pas une configuration minimale valable pour tout le monde. Le guitariste, le chanteur, le beatmaker et le compositeur qui travaille exclusivement avec des instruments virtuels n’auront pas les mêmes besoins. Le premier achat ne devrait donc pas être déterminé par ce que possède un « vrai » home studio, mais par ce que l’on cherche à faire avec le sien.
Pour la suite de l’article, nous considérerons que l’ordinateur est déjà possédé, comme c’est généralement le cas.
Autour de 150 euros : commencer à (s’)investir
À ce niveau, il devient possible d’acheter un premier élément matériel utile, voire de trouver une petite configuration complète.
Un clavier MIDI compact peut suffire pour quelqu’un qui travaille principalement avec des instruments virtuels. Une interface audio d’entrée de gamme peut au contraire être prioritaire pour un guitariste ou un chanteur. Et si l’on ne possède pas de casque adapté, celui-ci peut constituer le premier achat.

Ce type de pack montre qu’il est possible de réunir une petite chaîne d’enregistrement pour une somme relativement contenue. Mais il ne constitue pas nécessairement le meilleur choix pour tout le monde. Si l’on possède déjà un bon casque et que l’on ne chante pas, une interface seule peut être un achat plus pertinent.
À ce niveau de budget, la bonne question n’est donc pas « quel matériel puis-je acheter pour 150 € ? », mais « quelle limite de ma configuration actuelle est-ce que je veux supprimer ? » C’est cette question qui va progressivement faire monter le budget.
200 à 300 € : une configuration commence à prendre forme

Pour quelqu’un qui veut enregistrer de la voix ou des instruments, cette enveloppe permet d’associer une interface audio, un microphone et un casque studio. Pour une personne qui travaille principalement en MIDI, le budget peut être réparti différemment, avec un clavier, un casque et éventuellement quelques logiciels ou instruments virtuels.
Dans cette tranche de prix, on regardera bien sûr encore du côté des packs. Ils permettent de constituer rapidement une configuration complète. Le Focusrite Scarlett 2i2 Studio 4th Gen, proposé à 279 € chez Thomann, réunit une interface audio deux entrées, un microphone à condensateur, un casque et le câble nécessaire. À 279 € également, l’Arturia MiniFuse Recording Pack propose la MiniFuse 2, un microphone CM1, un casque EF1 et un câble XLR. Deux ensembles qui permettent de démarrer confortablement l’enregistrement avec l’essentiel.
Bien sûr, les promotions sont également à surveiller de près. Au moment du Black Friday, on trouve chaque année des offres vraiment intéressantes, qui peuvent permettre d’accéder à du matériel habituellement plus cher sans dépasser son budget.
C’est aussi à partir de cette somme que l’occasion peut changer sensiblement la donne. C’est un marché à considérer, n’hésitez pas à parcourir les annonces, par exemple sur Audiofanzine, les possibilités sont ici nombreuses. Une interface ou un clavier de génération précédente peut être parfaitement exploitable, à condition que ses connexions et sa compatibilité avec l’ordinateur utilisé soient toujours adaptées.
Mais 300 € ne permettent toujours pas de répondre confortablement à tous les besoins. Si l’on veut enregistrer des voix, une guitare stéréo, utiliser plusieurs synthétiseurs et disposer d’un système d’écoute sur enceintes, le budget augmente rapidement.
L’intérêt de cette tranche est donc de permettre de passer d’un équipement minimal à une installation pensée autour d’une pratique.
500 € : choisir plutôt que tout acheter

Pour l’enregistrement, mieux vaut consacrer une part significative de l’enveloppe au microphone. Les interfaces audio disponibles aujourd’hui offrent, y compris dans des gammes de prix abordables, une qualité de conversion et de préamplification très satisfaisante pour la plupart des usages courants. Il est donc souvent plus judicieux de conserver une interface raisonnable et de mettre davantage dans le micro, qui aura une influence directe sur la prise de son.
Par exemple, une Focusrite Scarlett 2i2 4th Generation, proposée à environ 175 €, permet déjà de disposer de deux préamplis micro et de convertisseurs travaillant jusqu’en 24 bits/192 kHz. On peut alors consacrer une part plus importante du budget au microphone, avec, par exemple, un Aston Origin à 222 €. Il reste une centaine d’euros pour le casque et les accessoires. Une autre possibilité consiste à choisir un Audio-Technica AT2035, proposé à 166 €, et à conserver davantage de marge pour le casque ou les accessoires.

Pour le mixage, les priorités sont différentes. Une partie importante des 500 € sera sans doute consacrée à une paire de moniteurs de studio. Les ADAM Audio T5V, par exemple, sont proposées à environ 175 € pièce, soit 350 € la paire. Les PreSonus Eris E5 constituent une autre possibilité moins coûteuse, à 219 € la paire. Dans les deux cas, il reste une enveloppe pour compléter selon les besoins. Mais n’oubliez pas : acheter des enceintes plus coûteuses ne garantit pas une meilleure écoute si elles sont placées dans une pièce mal adaptée. Leur positionnement, la distance d’écoute et l’acoustique du local sont déterminants.
À 500 €, on peut donc se construire une configuration sérieuse, mais il faut encore choisir son orientation. Ici encore, l’objectif n’est pas de pouvoir tout acheter, mais de pouvoir commencer à privilégier les éléments qui ont le plus d’importance pour sa manière de faire de la musique.
1 000 € : le premier vrai home studio polyvalent

Pour l’enregistrement et le mixage, on peut, par exemple, construire une installation autour d’une MOTU UltraLite-mk5, qui offre de nombreuses entrées et sorties dans un format compact. Une partie du budget peut ensuite être consacrée à un microphone comme le Lewitt LCT 440 PURE, à un casque Sennheiser HD 600 et à une paire de moniteurs comme les Kali Audio LP-6.
Pour un·e producteur·ice travaillant essentiellement en MIDI, les choix sont nombreux et dépendront beaucoup de l’orientation stylistique. À titre d’exemple, un Novation Launchkey 61 MK4 peut être complété par une Akai MPC One G2 pour disposer d’un véritable centre de production hardware, tout en conservant un casque et une interface audio simples pour le reste.

Ces situations montrent une nouvelle fois pourquoi il est difficile de donner un prix universel pour un home-studio. À ce niveau de budget, la différence avec les tranches précédentes tient donc surtout à la liberté de répartition. On peut ainsi privilégier une chaîne d’enregistrement, un environnement de production MIDI ou une installation destinée au travail multipiste. On commence à pouvoir construire le studio autour de sa pratique plutôt que de simplement réunir les équipements indispensables.
Cela ne signifie pas qu’un budget de 1 000 € constitue une sorte de seuil à atteindre. Pour quelqu’un qui compose uniquement avec des instruments virtuels, une telle somme peut être inutile. À l’inverse, un groupe qui souhaite enregistrer plusieurs instruments simultanément pourra dépasser ce montant très rapidement. C’est évident, plus on veut pouvoir faire de choses différentes avec la même installation, plus il faut multiplier les équipements ou choisir des appareils capables de remplir plusieurs fonctions.
Et au-delà de 1 000 €, où part réellement l’argent ?

L’interface audio peut alors monter en gamme ou offrir davantage d’entrées et de sorties. Une RME Fireface UCX II, par exemple, s’adresse à ceux qui ont besoin d’une interface fiable et très complète et d’un routage avancé. Pour l’écoute, on peut également franchir un cap avec des modèles comme les Neumann KH 120 II, proposées à environ 770 € pièce.
Bien sûr, le budget peut aussi partir dans les instruments eux-mêmes. Un Elektron Digitakt II, proposé à environ 870 €, constitue à lui seul un véritable instrument de production, avec 16 pistes audio ou MIDI, sampling et séquenceur intégré. Le Digitone II, à 911 €, représente une autre orientation, avec sa synthèse FM et ses 16 pistes.
Dans le cas d’un guitariste ou d’un autre instrumentiste, on partira encore du principe que l’instrument est déjà possédé. Le budget peut alors être consacré à ce qui l’entoure : amplification, effets, prise de son ou monitoring. Un guitariste peut, par exemple, choisir de consacrer une grande partie de son enveloppe à une chaîne d’amplification et d’effets, plutôt que de chercher à renouveler son instrument.
C’est aussi à ce niveau que l’acoustique du lieu de travail mérite d’être considérée comme une véritable dépense. Un traitement acoustique adapté, une correction de pièce ou simplement une installation permettant de positionner correctement les enceintes peuvent avoir davantage d’effet sur le résultat d’un mix qu’un changement de périphérique ou l’achat d’un nouveau plugin.
À ce niveau, le matériel devient donc un choix de production plutôt qu’une simple liste d’équipements à posséder. On ne cherchera plus nécessairement à compléter son studio, mais à déterminer dans quels domaines un investissement supplémentaire aura réellement un intérêt.
Les dépenses qui peuvent attendre

Un deuxième microphone peut attendre. Un clavier plus grand peut attendre. Les moniteurs peuvent attendre si le travail au casque convient. Une interface disposant de huit entrées n’a aucun intérêt si l’on n’enregistre jamais plus de deux sources simultanément.
Pareil pour les logiciels. Les STAN actuelles proposent déjà suffisamment d’instruments et d’effets pour produire un morceau complet. Acheter plusieurs collections de plugins avant de connaître les limites des outils que l’on possède revient souvent à augmenter la quantité de choix plutôt que les possibilités musicales.
Le marché de l’occasion permet également d’accéder à certains équipements pour un budget plus limité. Un matériel qui a quelques années n’est pas automatiquement dépassé, surtout lorsqu’il s’agit d’un équipement dont les fonctions ont peu évolué. Il faut en revanche vérifier sa compatibilité avec l’ordinateur, les connexions disponibles et son état général.
Au final, le budget peut donc être construit progressivement. On achète un premier élément parce qu’il répond à un besoin concret, puis un second lorsque ce besoin apparaît. Cette méthode permet aussi de constater que certaines envies disparaissent après quelques semaines.
Conclusion
Il n’existe pas de budget minimum universel pour faire de la musique. La technologie a rendu l’entrée dans la production musicale beaucoup moins coûteuse, mais elle a aussi multiplié les possibilités d’équipement. Il est donc facile de confondre ce qui est nécessaire avec ce qui est simplement disponible.
Un ordinateur, un logiciel et une solution d’écoute peuvent déjà permettre de composer. Le reste dépend de la manière dont on souhaite travailler. Chaque nouvel achat devrait idéalement apporter une possibilité absente de la configuration précédente, améliorer une limite que l’on rencontre réellement ou rendre une tâche plus pratique.
C’est aussi pour cette raison qu’un studio à 300 € peut être parfaitement adapté à un·e musicien·ne et qu’une installation à 3 000 € peut ne rien apporter de plus à un autre. Le prix indique ce que l’on a dépensé, pas la qualité de la musique que l’on va produire.
Le matériel reste un outil. La bonne configuration est donc moins celle qui affiche le montant le plus élevé que celle qui permet de travailler sans être constamment arrêté par ce qui manque.



