Nouveau venu chez Sennheiser, le HD 480 PRO promet précision, confort et robustesse pour le studio comme pour la maison. Nous l’avons passé au crible entre mesures, écoutes et tentative de le mettre en pièces détachées. Verdict ? On vous dit tout…
Voici donc le nouveau casque de Sennheiser, dont Red Led nous parlait encore récemment dans sa matinale. La marque allemande le présente comme ayant été pensé pour répondre aux exigences du travail en studio comme aux attentes des passionnés de son. Un casque qui se veut donc polyvalent, le HD 480 PRO Plus serait un outil à la fois précis, confortable et fiable, capable d’accompagner aussi bien les ingénieurs du son que les musiciens durant de longues sessions d’écoute… si l’on en croit les arguments de Sennheiser.

Caractéristiques et conception du Sennheiser HD 480 PRO Plus
Le HD 480 PRO est un casque de type circum-auriculaire, fermé, avec un transducteur dynamique. La taille du transducteur est de 38 mm.
Les spécifications annoncées par le constructeur sont les suivantes :
impédance : 130 ohms
réponse en fréquence : 3 Hz – 28,7 kHz
L’impédance est assez élevée, et le casque requiert un amplificateur qui peut fournir une puissance convenable.

Le câble est semi-droit, semi-torsadé, avec des connectiques serties (je préfère vraiment les connectiques démontables et désoudables) : côté ampli casque, une prise jack TRS 3,5 mm avec un adaptateur 6,35 mm à visser, côté casque une connexion par mini-XLR trois broches. Le raccordement peut se faire indifféremment sur l’oreillette droite ou gauche, ce qui est toujours pratique.
Ajoutons, en ce qui concerne l’identification des écouteurs que Sennheiser fait les choses très bien en proposant la connexion du câble à gauche par défaut (la connectique droite étant obturée quand vous recevez le casque), en indiquant l’orientation en lettres majuscules dans les écouteurs et en ajoutant une signalétique visuelle / tactile sur la fourche.
Démontage, réparabilité et architecture interne du casque
Le casque est tout à fait démontable et, comme d’habitude, on commence en retirant les coussinets. Il suffit de tirer dessus fermement, puisqu’ils se clippent sur l’écouteur :
On découvre le cache avec l’inscription L / R, que l’on peut retirer :
On découvre aussi cinq vis, avec des têtes Torx, qu’il convient ensuite de retirer avec un très petit tournevis. Et là, ATTENTION, il faut retirer la plaque supérieure très délicatement, car les câbles qui relient le HP au connecteur XLR sont assez courts, et très fins !
Entre la plaque supérieure et le réceptacle, on remarque deux découpes de mousse, placées de façon concentrique, la plus centrale pouvant être enlevée telle quelle, tandis que celle à la périphérie nécessite le dessoudage des câbles pour être retirée.
En les soulevant, on découvre ce squelette interne dont je parlais plus tôt, et sur lequel la plaque qui soutient le HP vient en fait se visser (et non sur le réceptacle en dessous). La connectique, elle aussi, est attachée à cette structure interne. En définitive, la partie externe de l’écouteur n’est en fait qu’une simple coquille, partiellement isolée de la structure interne : une construction, somme toute, assez complexe, ingénieuse, et que l’on a rarement vue dans les casques que nous testons. Rien que pour cela, l’équipe de R et D de Sennheiser mérite d’être applaudi.
Confort de port lors des longues sessions d’écoute

Isolation
Là aussi, c’est tout à fait convenable, rien à redire.
Transport

Mesures objectives : réponse en fréquence et distorsion
Voici donc le nouveau protocole de mesures objectives, mené par nos soins afin de compléter l’écoute subjective. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plaisir de pouvoir vous fournir des courbes de réponse en fréquence et distorsion, réalisées dans notre atelier.
Réponse en fréquence :
- Dans l’extrême grave, une légère bosse qui met en avant la zone 30–50 Hz.
- Puis, dans le grave, un premier creux, très modéré, centré autour de la zone entre 70 et 80 Hz, puis un second creux, plus marqué, autour de 200 Hz.
- Ensuite, du bas médium jusqu’au début du haut médium, on note un plateau globalement linéaire, très homogène.
- Dans la zone haut-médium, on remarque une légère bosse, juste au-dessus de 2 kHz.
- Entre 4 et 6 kHz, un creux notable, le seul de tout le graphique, qui atteint son maximum vers 5 kHz.
- Dans les aigus, un pic prononcé, là aussi le seul de toute la réponse en fréquence, autour de 8 kHz.
- Au-dessus de 10 kHz, on trouve l’habituelle alternance de petits creux et bosses, avec une tendance à l’irrégularité entre les deux voies. Le signal est plutôt bien suivi jusqu’à 20 kHz.
On remarque que les transducteurs sont très bien appariés, à l’exception d’une déviation gauche-droite légèrement plus forte (2 dB) à 100 Hz, et les quelques irrégularités que nous notions dans les aigus.
Distorsion :

Notre appréciation dans l’ensemble est que le profil de la réponse en fréquence, même avec quelques bosses par-ci par-là, bien entendu, reste quand même très « droit ». On s’attend aussi à trouver des graves biens présents, vu leur accentuation assez marquée. Trop ? Seule l’écoute nous le dira. Mais quoi qu’il en soit, la distorsion sur cette partie du spectre sonore reste plutôt contenue, donc on peut espérer des graves assez précis. Pour en avoir le cœur net, il va falloir procéder à une écoute.
Écoute critique et analyse sonore du HD 480 PRO Plus
Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur Truelove’s Gutter)
Une ballade acoustique, avec beaucoup de réverbe et une différence de dynamique importante entre la voix et la guitare. Notre première impression est que le grave apporte du corps à l’ensemble des éléments, et en particulier à la guitare, sans trop d’excès, mais qu’il alourdit un peu le rendu de la basse. Le creux dans le bas médium allège malgré cela le rendu des notes graves, et évite un effet d’empâtement trop important, laissant la voix bien ressortir. Il nous a semblé que le retrait vers 5–6 kHz adoucissait peut-être un peu les sifflantes. On verra si le reste de l’écoute confirme cette impression. Ce qui est sûr, c’est que le pic vers 8–9 kHz donne pas mal de détails dans l’aigu. Dans l’ensemble, ce que l’on ressent surtout, c’est une impression d’équilibre général des plages de fréquences entre elles, et donc d’une bonne lisibilité d’ensemble. Passons à la suite…
Sun Kil Moon – Butch Lullaby (sur Common As Light And Love…)
Sur l’intro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmoniques médiums ajoutées par la distorsion, l’attaque légèrement piquée des notes, tout en séparant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Des graves, il y en a ! Dans l’ensemble, on trouve qu’ils restent propres et lisibles, même si parfois, ils ont une légère tendance à prendre le devant de la scène. En tout cas, le casque n’a aucun problème pour descendre jusqu’à la note la plus grave. Comme pour le morceau précédent, on a l’impression que le creux du bas médium améliore la séparation avec la grosse caisse. En tout cas, on apprécie que le pic dans l’aigu compense ce grave très accentué, en apportant du détail et un peu de mordant.

Un titre avec beaucoup d’extrême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. Le sub-bass est présent, c’est déjà plus que ce que l’on peut dire à propos d’autres casques, et de façon générale, le grave n’empiète pas trop sur le reste du spectre. On est plutôt surpris, car l’on s’attendait à un extrême grave un peu boursouflé, mais finalement le HD 480 PRO Plus se tire très bien de ce genre d’esthétique. Par ailleurs, le pic dans l’aigu restitue très bien les nombreux détails du morceau, et donne une belle articulation à la voix, sans la rendre trop « sibilante », ce qui arrive parfois avec certains casques très analytiques. À ce point de notre séance d’écoute, on ne ressent pas encore de fatigue auditive trop évidente, et aucune fatigue physique.
Charlie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)
Voilà un morceau avec beaucoup de soufflants faisant partis des mêmes familles d’instruments : c’est très touffu et le but est d’essayer de discerner les timbres. On n’est pas déçu, et l’on s’en doutait un peu à l’avance : le médium très linéaire favorise la différenciation des instruments selon leur tessiture, leur timbre, etc. Et le creux léger dans le bas médium limite l’effet « massifié », un peu pâteux, que l’on peut parfois ressentir avec ce morceau sur certains casques. On a donc une bonne lisibilité du médium et de l’aigu, mais avec peut-être une basse un peu forte toutefois (elle doit rester très en retrait pour être facile à suivre, à mon sens, dans ce morceau), et des cymbales un peu trop présentes, ce qui est également un risque avec ce morceau. Mais rien de rédhibitoire à mon sens.
Edgar Varèse – Ionisation (New York Philharmonic, dir. Pierre Boulez)
Ici on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réverbération naturelle de la salle, qui joue sur l’impression d’espace. L’écoute se fait entre 0:30 et 1:15 min. L’image stéréo est précise, avec une bonne localisation des sources permise par un rendu clair des longueurs et des timbres des réverbérations. Par ailleurs, le profil généralement linéaire de la réponse en fréquence offre une place à peu près égale à toutes les percussions, ce qui permet à la fois à l’auditeur de se concentrer sur les différentes voix, dans une écoute analytique, ou de saisir l’effet d’ensemble, la masse instrumentale, dans sa totalité.
En concluant l’écoute, je ressens une fatigue auditive très faible, et aucune fatigue physique qui serait due au poids ou à l’ergonomie du casque.











