Malheureusement, depuis quelques années, les platines vinyles se font de plus en plus rares sur les scènes des festivals et des clubs. Et, de fait, lorsque certain·es DJ les réclament en amont d’une prestation, les organisateur·ices ne sont pas toujours en mesure de fournir du matériel de qualité, bien entretenu et correctement installé. Voyons donc ensemble quelques règles de base pour parer à toutes éventualités. C’est parti !
Vinyl is not dead
À l’époque où les platines vinyles étaient considérées et utilisées par les DJ comme leur seul véritable outil musical, il n’y avait nul besoin de se soucier de leur installation ou de leur état. Ces merveilles étaient constamment entretenues et solidement fixées dans la cabine. À cette époque bénie, les vinyles tournaient sans jamais perdre l’adhérence de la cellule (ou presque), et le club fournissait même les diamants de rechange en cas de besoin. Or, de nos jours, les CDJ et les contrôleurs ont largement remplacé ces platines analogiques jadis dominantes, en partie grâce à leur facilité d’utilisation et à la démocratisation des formats numériques, mais aussi à cause des problèmes de maintenance notoires des mythiques platines Technics issues de la série SL.
Ainsi, désormais, pour répondre aux exigences des différentes fiches techniques rédigées par les artistes et leurs équipes, les clubs privilégient souvent la location de matériel à des prestataires externes. Malheureusement, les platines ainsi louées présentent parfois (même souvent) des défauts de fonctionnement à cause des nombreuses heures de route qu’elles ont déjà parcourues. De plus, il n’est pas rare que la cabine conçue pour accueillir les DJ pose de sérieux problèmes acoustiques : rumble intempestif, bourdonnement d’origine inconnue, larsen et autres joyeusetés. Voyons donc ensemble comment minimiser ces effets indésirables pour réussir à exécuter un set de la meilleure des manières.
Rapide rappel théorique
Pour mieux comprendre comment résoudre ces problèmes, il convient de rappeler quelques éléments théoriques très simples. Les cellules de lecture sont composées de trois éléments qui génèrent une transduction électromagnétique (la conversion des vibrations mécaniques du disque en signal électrique), à savoir un diamant fixé sur une tige (le fameux cantilever), un aimant et une paire de bobines. Or, ce dispositif possède un défaut physique de taille : il ne capte pas seulement les vibrations du disque, mais aussi celles émises par les éléments à qui l’entoure, à commencer par les enceintes de retour, surtout lorsqu’elles sont situées à proximité immédiate du setup.
Ce signal reproduit par les haut-parleurs est donc capté par la cellule, qui le réintègre inévitablement au signal émis par le disque, créant ainsi une sorte de boucle qui génère un bourdonnement dans les basses fréquences. Un peu à la manière d’un larsen capté par un microphone, ce bourdonnement commence souvent discrètement, puis augmente progressivement et risque de venir endommager le haut-parleur dédié aux graves.
Le placement des enceintes de retour
Pour éviter les vibrations et les résonances indésirables, vous devez en priorité découpler les platines des sources parasites potentielles et ainsi tuer dans l’œuf chaque risque de perturbation. Avant tout, ne placez pas les platines vinyles trop près du système de retour, et, si possible, pas sur la même table. Et pour cause, les basses fréquences feront forcément vibrer l’ensemble de votre configuration (table de mixage, platines, etc.) et entraineront tout un tas de micros chocs et secousses. C’est pourquoi il est toujours préférable de découpler l’ensemble et de positionner les retours au sol.
Autre point très important : veillez à toujours retirer le capot de toutes vos platines vinyles avant de vous produire sur scène, car les vibrations générées par les enceintes de retour seront inévitablement répercutées sur ces derniers, entraînant au passage les plateaux et les cellules dans leur élan, ce qui engendrera (ici encore) un rumble incessant, insupportable et ingérable une fois le set lancé.
L’installation de la régie
Dans l’idéal, il faudra aussi essayer d’éviter que la cellule ne saute en dehors du sillon à cause des vibrations transmises par le sol lorsque le DJ (ou une partie du public en délire) bouge et danse derrière les platines. C’est la raison pour laquelle, en club ou en festival, le matériel et la régie sont souvent installés sur des podiums de scène modulaires (très souvent des références issues du constructeur Bütec). Il s’agit tout simplement de grandes plateformes renforcées reposant sur une armature métallique.
Or, sur beaucoup d’installations « rapides », les organisateur·ices ont la fâcheuse tendance d’utiliser des grands podiums attachés les uns aux autres. De fait, le setup du DJ est posé sur la même plateforme que celle sur laquelle il marche ou danse. En conséquence, lorsque vous tapez du pied, marchez ou sautez, la plateforme vibre et transmet un ensemble d’interférences à votre setup. C’est pourquoi, ici encore, il est important de désolidariser ces deux espaces (la plateforme qui accueille le DJ et la plateforme qui accueille la régie), sans jamais les visser ni les sangler ensemble. Encore mieux, essayer de laisser un espace vide de quelques centimètres pour être absolument certaine qu’ils ne se toucheront jamais, même si la soirée est très mouvementée.
Choisir et configurer son matériel pour plus d’efficacité
Les platines vinyles les plus courantes, comme les Technics SL-1210 MK2, Pioneer PLX-1000 ou Reloop RP7000 MK2, compensent naturellement ces vibrations parasites grâce à leur châssis lourd et massif, dépassant parfois les dix kilogrammes pour une seule unité. Les pieds amortisseurs de vibrations, notamment les modèles remplis de silicone des nouvelles Technics SL-1200GR, contribuent également à atténuer ce phénomène. Cela étant dit, vous pouvez aussi optimiser les performances en ajustant les réglages de la platine et en choisissant une cellule adaptée.
En règle générale, on sait qu’il vaut mieux éviter de choisir une force d’appui trop élevée, car cela accélère l’usure du diamant et du vinyle. Cependant, si vous constatez un humble / larsen constant et que le diamant saute un peu trop souvent, vous pouvez tenter une légère augmentation de cette fameuse force d’appui. Ici, on retiendra simplement qu’un cantilever supporte facilement 1 à 1,5 gramme de plus que la force recommandée par le fabricant. Rappelons au passage qu’il existe aussi des cellules spécialement conçues pour les environnements acoustiques difficiles des clubs, comme l’Ortofon Concorde Club MK2, par exemple.
Attention aux solutions DIY douteuses
Internet regorge d’images et d’idées plus farfelues les unes que les autres pour rendre une platine vinyle plus résistante aux chocs et aux vibrations. Et bien que certaines solutions puissent avoir un certain intérêt, nous vous déconseillons fortement l’utilisation de supports fragiles, comme ceux à base de serviettes de bain ou de rouleaux d’essuie-tout. Néanmoins, des balles de squash ou des demi-balles de tennis, judicieusement placées sous chaque plateau, peuvent aider à réduire considérablement la surface de contact entre ceux-ci et la table.
Commencez donc par placer les balles de manière approximative sous les pieds de la platine (c’est presque impossible d’y arriver du premier coup, et encore moins plusieurs fois d’affilée), puis ajustez légèrement leur position. Ces quatre points de contact sont essentiels pour amortir les vibrations et garantir la parfaite horizontalité du plateau. Malgré tout, un défaut de taille subsiste avec cette méthode : les DJ qui ont tendance à malmener leurs vinyles en scratchant sans concession devront s’habituer à jouer avec une légère instabilité verticale du disque, et donc manier l’ensemble avec un peu plus de précautions qu’à l’accoutumée lorsqu’ils effectueront leurs figures de style, sous peine que le diamant saute de plus belle.
Des outils prêts à l’emploi
Si l’organisateur·ice de l’événement ne propose pas de solution clé en main, le·la DJ devra se débrouiller seul·e. Ainsi, vous pourrez opter pour des coussins gonflables de type « Freefloat », qui absorbent les chocs et les vibrations encore mieux que nos amies les balles de squash, tout en garantissant une excellente stabilité. On pense également aux amortisseurs Luke ASB-1 qui combattent ces effets mécaniques indésirables avec une efficacité qui n’est plus à prouver. Ils sont constitués de cinq amortisseurs en mousse pris en sandwich entre deux panneaux rigides, et absorbent les vibrations et les chocs avec une facilité assez étonnante. Leur construction robuste justifie leur prix relativement élevé, mais une paire pèse près de huit kilogrammes, ce qui reste considérable pour les DJ qui se déplacent beaucoup.
Pas forcément moins chers, mais bien plus pratiques en déplacement, les pieds MK Stands Over Feet proposent aussi une alternative de choix pour palier ce genre de problèmes. Ils sont conçus pour s’adapter aux pieds des platines standards (Technics ou Pioneer), s’installent très simplement et assurent une stabilité de lecture remarquable, même dans les environnements les plus hostiles. Dans le même esprit, mais avec un positionnement tarifaire encore un peu plus conséquent, les pieds Isonoe, fabriqués au Royaume-Uni depuis 2004, sont considérés comme la référence absolue pour résoudre les problèmes mécaniques. Ils sont fabriqués à partir d’un alliage d’aluminium de qualité aéronautique, taillé dans la masse à l’aide d’une machine CNC, et combinent des amortisseurs à ressort et à roulement à billes afin de réduire encore davantage les points de contact entre la surface vibrante et les plateaux.
La suite au prochain épisode !





