Ça y est, le nouveau système sono a été livré, le câblage est prêt, les enceintes sont installées, mais après quelques secondes d’écoute seulement, une évidence s’impose : quelque chose cloche ! C’est le genre de situation délicate que nous rencontrons tous·tes. Mais avec ces quelques conseils réunis par l’équipe d’AF, vous parviendrez sans difficulté à tirer le meilleur résultat de votre setup. C’est parti !
Pourquoi le placement des enceintes prime sur la puissance
Pour qu’un système de sonorisation offre le meilleur rendu possible, il ne suffit pas toujours d’empiler des enceintes et de multiplier les kilowatts. De plus, les salles et les clubs qui accueillent ce type de matériel ne sont que trop rarement optimisés sur le plan acoustique. Il est donc important de garder à l’esprit quelques règles de base lors de la planification de votre setup. Pour nous accompagner aujourd’hui, nous utiliserons les enceintes QSC à titre d’exemples, toutefois, vous pourrez appliquer ces humbles conseils à n’importe quel autre système de diffusion.
La propagation du son : fréquences et dispersion
Avant de commencer, rappelons nous que l’un des facteurs les plus importants à prendre en compte lors du positionnement des enceintes de sono, est le fait que le son qu’elles émettent ne se propage pas de la même manière, dans un espace donné, selon les fréquences reproduites. Les fréquences graves, par exemple, se diffusent de manière omnidirectionnelle (elles partent donc dans tous les sens), tandis que les fréquences comprises entre 2,5 et 10 kHz environ, rayonnent de façon beaucoup plus linéaire, avec une directivité assez marquée.
Ensuite, avant de positionner une enceinte, il est nécessaire de connaître et de comprendre l’angle de dispersion de la bête. L’objectif idéal est toujours d’obtenir une couverture sonore uniforme sur l’ensemble de la zone d’écoute, même si, en pratique, c’est presque impossible. L’enceinte QSC K10.2, par exemple, offre un angle de dispersion de 90° x 90° (H x V). Cela signifie simplement qu’elle arrose la zone située en face des transducteurs avec un angle de 90°, à la fois sur le plan vertical et sur le plan horizontal.
Prendre en compte les réflexions de la pièce
Malheureusement, dans les espaces clos, le son direct émis par le système sono sera inévitablement perturbé par diverses réflexions provenant des murs, du plafond et du sol. Ces réflexions peuvent entraîner l’annulation (ou l’amplification) de certaines fréquences, à certains endroits. En acoustique, on appelle ce phénomène un mode propre. Et, par définition, ce mode sera rattaché à une série de fréquences (une fondamentale et ses harmoniques) qui résonneront de manière désagréable et provoqueront une coloration tonale indésirable, rendant ainsi difficile la localisation précise de la source sonore, voire pire.
Concrètement, dans les hautes fréquences, l’intelligibilité de la parole sera altérée, tandis que dans les basses fréquences, la pression acoustique pourrait s’avérer insuffisante et venir gâcher le plaisir du public. De plus, l’image stéréo pourrait se détériorer, c’est-à-dire que la zone dans la salle où les auditeur·ices pourront profiter du champ stéréo complet, de manière parfaitement équilibrée, pourrait se réduire à peau de chagrin. Ainsi, la première solution à mettre en place pour améliorer cette situation consiste simplement à faire pivoter les enceintes supérieures vers l’extérieur, en y allant progressivement, par palier de cinq degrés environ. Cette légère rotation vous permettra d’élargir le champ stéréo et de déplacer les premières réflexions plus loin dans la salle.
Le cas particulier des basses fréquences
En intérieur, en ce qui concerne les basses fréquences, un autre phénomène entre en jeu. Et pour cause, selon le positionnement choisi, les distances entre le caisson et les cloisons situées à proximité vont inévitablement modifier la dispersion sonore obtenue. En effet, les surfaces solides qui l’entourent vont venir contraindre cette dispersion en renvoyant une grande portion de l’énergie émise par le caisson, qui va tout simplement rebondir contre les parois.
Dans ce type de configuration, en règle générale, on retiendra que le niveau de pression acoustique augmentera dans la gamme de fréquences inférieures à 200 Hz. Comme vous vous en doutez, cet effet est particulièrement marqué lorsque le caisson de basses est installé dans un coin de la salle, car la dispersion sera contrainte dans trois directions en simultané.
Configurer les enceintes pour éviter le phénomène d’annulation
Exactement comme pour un mixage en studio qui vise à combiner plusieurs instruments, afin de minimiser les interférences entre différents haut-parleurs, il est recommandé d’attribuer à chacun une plage de fréquences fixe. Cette approche, simple, mais nécessaire, vous permettra d’éviter les chevauchements de fréquences intempestifs. Concrètement, vous pourrez, par exemple, paramétrer un filtre coupe-haut fixé à 100 Hz pour le caisson de basses et un filtre coupe-bas, également fixé à 100 Hz, pour les enceintes principales. Ainsi, le son émis par chaque transducteur interférera le moins possible avec les autres.
Mais après tout, on est en droit de se demander pourquoi les fréquences reproduites par différentes enceintes s’annulent ou se renforcent mutuellement. Prenons l’exemple de deux caissons de basses placés à égale distance d’un point d’écoute central. Si l’on envoie une onde sinusoïdale identique aux deux caissons et que l’on inverse la phase de l’un d’eux, le signal s’annulera complètement. Bien entendu, en pratique, l’annulation du signal ne sera probablement pas totale dans la pièce, car même les plus infimes variations des caractéristiques acoustiques, ou de la symétrie architecturale de celle-ci suffiront à empêcher une annulation complète. Mais le principe reste valide, et heureusement pour nous, il existe différentes manières de configurer la structure d’un système sono pour minimiser les risques d’annulation de phase.
Les quatre configurations de caissons de basse en sonorisation
Le stack gauche / droite classique
La configuration la plus commune, notamment dans les salles de concert de petite et moyenne capacité, consiste tout bêtement à empiler les caissons de basses et les enceintes (de bas en haut), de part et d’autre de la scène. Cette manière de procéder offre généralement des résultats acceptables et convaincants pour les oreilles profanes. Mais en réalité, avec ce type de positionnement, de nombreux problèmes surviennent trop souvent dans les fréquences graves, car les caissons de basses sont trop éloignés les uns des autres, ce qui peut entraîner des phénomènes d’annulation ou d’amplification indésirables.
Le cluster mono et ses variantes
Pour obtenir une dispersion encore plus homogène dans les basses fréquences, vous pourrez aussi placer le caisson de basses au centre de la façade. Avec les petites configurations 2.1 (enceinte gauche + caisson + enceinte droite), c’est généralement très facile à mettre en œuvre. Cependant, avec des configurations plus importantes qui se composent de nombreux caissons de basses, cette configuration devient plus complexe. Et pour cause, si on se mettait à empiler tous les caissons les uns sur les autres au centre de la façade, certes, les basses seraient puissantes et bien dispersées, mais la voix lead du·de la chanteur·euse serait reléguée en arrière-plan.
Le sawtooth sub array
Ainsi, afin d’optimiser encore un peu plus ce type de configuration complexe, une disposition en dent de scie est vivement recommandée. Pour l’aspect mnémotechnique, on peut imaginer le positionnement des différents caissons de basses, comme la forme d’onde en dent de scie d’un synthétiseur soustractif analogique. Néanmoins, c’est un choix périlleux sur le plan technique, car l’espacement entre les caissons doit être d’une précision chirurgicale. En règle générale, on retiendra simplement que le centre du transducteur principal de chaque caisson ne doit pas se situer à plus de la moitié de la longueur d’onde de la fréquence la plus élevée reproduite par le caisson suivant.
Voici un exemple concret : prenons nos fidèles caissons QSC KS118, dont la fréquence de coupure (coupe-haut) est fixée à 80 Hz. Nous considérerons donc que c’est la fréquence maximale qu’ils sont censés reproduire (même si en pratique, c’est un peu plus compliqué que ça, mais passons). Grâce à la formule suivante, on peut très facilement calculer la longueur d’onde voulue :
c (vitesse du son) x f (fréquence en hertz) = λ (longueur d’onde)
c (343 mètres/seconde) x f (80 hertz) = λ (4,2875 mètres)
Donc, la longueur d’onde qui en découle est de 4,2875 mètres. Ensuite, il nous faut diviser le résultat par deux, ce qui nous donne environ 2,14 mètres, puis encore soustraire la largeur totale du modèle KS118 (52 cm), afin d’obtenir la distance adéquate, soit 1,62 mètre. Facile !
Le cardioïd sub array
Les trois configurations présentées plus haut (stack gauche / droite classique, cluster mono et sawtooth sub array) peuvent également être utilisées en configuration cardioïde. Dans ce cas précis, nous exploiterons l’annulation de phase dans les basses fréquences pour obtenir une atténuation optimale ciblée derrière les caissons, tout en profitant d’une directivité ciblée vers le public. Pour illustrer ce principe le plus simplement possible, nous considérerons une configuration d’empilement gauche/droite (en stack).
Imaginons que, dans notre configuration, nous disposions de trois caissons de basses superposés de chaque côté de la scène. Première particularité : nous orienterons le caisson central vers la scène (vers l’arrière), tandis que les caissons du bas et du haut seront orientés de manière classique, vers le public. Pour atteindre notre but, on inverse la phase du caisson central de 180° et on ajoute lui ajoute une ligne de retard (un délai). Grâce à ce délai, on peut même définir la plage de fréquences approximative à amplifier. Reprenons 80 Hz comme exemple :
c (vitesse du son) x f (fréquence en hertz) = λ (longueur d’onde)
c (343 mètres/seconde) x f (80 hertz) = λ (4,2875 mètres)
Ici encore, nous n’avons besoin que de la moitié de la longueur d’onde, c’est-à-dire 2,14 mètres. Ainsi, pour calculer la durée du délai, on procède comme suit : 2,14 mètres ÷ 343 m/s = 0,006239067 seconde (6,23 ms). Il nous suffira donc de retarder le caisson central de 6,23 ms pour atteindre notre objectif. Tout ça reste théorique, heureusement pour nous, en pratique, de nombreux caissons de basses intègrent déjà un mode cardioïde. Avec le QSC KS212C, par exemple, il suffit de positionner deux caissons de manière à projeter le son vers l’avant et vers l’arrière. Lorsque le mode cardioïde est activé, la polarité et, surtout, le délai sont automatiquement gérés par le DSP interne.
Les enceintes de diffusion secondaire (nearfill et rappel)
Dans les salles de plus grande envergure, le système de sonorisation principal est souvent insuffisant pour assurer une couverture sonore équilibrée sur l’ensemble du public. Dans ce cas, l’utilisation d’enceintes supplémentaires est indispensable. Premièrement, lorsque l’on recherche une couverture sonore équilibrée sur une salle étendue en largeur, il devient problématique, au-delà d’une certaine distance entre les enceintes principales, de couvrir correctement la zone centrale avant du public. Selon les caractéristiques de dispersion des côtés gauche et droit du système de façade, les fréquences hauts-médiums et aiguës peuvent devenir difficiles à percevoir à cet endroit.
En pratique, cela signifie que le public entendra à peine les voix, les guitares ou les autres instruments qui jouent dans cette gamme de fréquences. Ainsi, les enceintes de type nearfill constituent une solution clef en main. Il s’agit d’enceintes large bande plus compactes, placées au centre de la scène. Généralement, elles sont simplement posées au sol, de part et d’autre de la scène, juste devant les premiers rangs.
Mais ce n’est pas tout, lorsque l’on recherche une couverture sonore équilibrée sur une salle étendue en longueur, il devient difficile, au-delà d’une certaine distance, de couvrir correctement la zone arrière du public. Ainsi, l’ajout d’enceintes latérales de rappel (ou de retard) est une bonne solution. Celles-ci sont alors installées de part et d’autre de la salle afin de couvrir une zone encore plus conséquente. Le principe est simple, le signal provenant des enceintes de retard doit être décalé dans le temps, par rapport à celui du système de façade, afin que les deux signaux atteignent le public simultanément. Prenons l’exemple d’enceintes situées à 20 mètres de la scène. Le calcul est le suivant :
d (distance à parcourir) ÷ c (vitesse du son) = r (retard effectif)
d (20 mètres) ÷ c (343 mètres/secondes) = r (0,058309 seconde) soit 58,3 millisecondes
Donc, à priori, il nous suffira de programmer un retard équivalent pour aligner les enceintes de retard et de façade. Or, à cause de l’effet de précédence (effet de Haas), on préfèrera souvent ajouter 10 millisecondes au temps de retard calculé pour que les auditeur·ices aient l’impression d’entendre le son venir directement du système de façade. Ce qui nous donne un temps de retard réel de 68,3 millisecondes. Naturellement, cette fenêtre de 10 millisecondes est ajustable manuellement, en fonction du niveau relatif des enceintes de retard par rapport au système principal en façade. Ainsi, un réglage fin, effectué à l’oreille, sera votre meilleur allié pour peaufiner ce type de configuration.
Contraintes de terrain : ce qui limite un setup idéal
Vous constaterez probablement qu’en pratique, il est malheureusement impossible de tout mettre en œuvre à 100 %. Des contraintes structurelles, telles que des piliers porteurs, des plafonds trop bas, des proportions de pièce inadaptées ou un revêtement de sol ultra réverbérant pourront souvent faire obstacle à un setup idéal sur le papier. Sans parler du fait que vous devrez, bien sûr, respecter toutes les normes de sécurité en vigueur (l‘inspecteur ne sera pas content si vous placez les caissons de basses devant la sortie de secours, même si le rendu sonore semble parfait).
Pour terminer, rappelons qu’un bon vieux tissu épais sur les murs peut faire des merveilles si le temps de réverbération est trop long. De même, quelques absorbeurs acoustiques DIY placés au plafond peuvent améliorer considérablement le son dans la pièce. Et en combinant ces éléments avec les principes physiques abordés dans cet article, vous obviendrez un résultat plus que satisfaisant.
La suite au prochain épisode !








