Les effets de Backspin et de Brake, bien connus des amateurs·ices de vinyles, ajoutent de la variété à un set, et sont désormais très biens simulés par les logiciels et contrôleurs DJ. Mais alors, comment faire pour obtenir un résultat sonore optimal et les intégrer correctement dans le mix ? C’est parti !
Backspin : bien choisir ses Slipmats et Slipsheets
Que vous utilisiez un système DVS ou des platines classiques, un bon Backspin (effet de rotation inverse) dépendra avant tout de la capacité de la feutrine (Slipmat) et du disque vinyle à tourner chacun dans leur sens, sans encombre. La feutrine doit être parfaitement lisse au dos, idéalement habillée d’une très fine couche de cire (Wax), pour encaisser la rotation inverse et glisser à l’envers du plateau sans sourciller. De nombreux·ses DJ ajoutent une feuille de plastique entre la feutrine et le disque pour accentuer encore un peu plus l’effet recherché, la fameuse « Slipsheet ».
Et pour cause, l’adhérence du disque à la feutrine influence considérablement la rotation inverse. Il est donc essentiel que la feutrine possède une surface très régulière, sans aucune imperfection. Dans le cas contraire, le disque risque de coller ou de frotter contre la feutrine, ce qui peut entraîner un blocage lors de la rotation et gâcher la fête.
N’hésitez pas à vous entraîner et à exercer un « lancer » relativement puissant lorsque vous initiez le mouvement de rotation inverse, mais attention, un Backspin trop violent peut facilement faire sauter le diamant hors du sillon. Il sera donc crucial de vérifier la force d’appui de la cellule et de bien doser l’antiskating pour éviter cet écueil et vous sentir en confiance lors de votre set.
Brake : paramétrer le temps de réaction de votre platine
En ce qui concerne le Brake (effet de freinage jusqu’à l’arrêt complet), il faudra aussi penser à régler vos platines (ou votre contrôleur) pour obtenir le rendu sonore qui vous plaira le plus : sur des platines classiques, on trouve souvent un potentiomètre ou un bouton dédié baptisé Brake (en interne, ou sous le plateau sur certains modèles), et sur les contrôleurs ou logiciels, on trouve souvent un paramètre baptisé « Vinyl Speed Adjust ».
L’autre élément à prendre en compte, c’est le couple moteur (Torque). Certains modèles permettent de le faire varier à votre guise. Mais généralement, on retiendra que les platines à couple élevé arrêtent le plateau brutalement, et peuvent même provoquer un léger retour en arrière. Alors que sur les platines à couple plus faible, le plateau ralentira plus progressivement.
Cependant, dans la plupart des cas, les réglages à disposition (les fameux potentiomètres ou boutons Brake) vous permettront d’atteindre le résultat voulu, peu importe le couple moteur du modèle en question. Autre point à prendre en compte : certains modèles plus anciens, dotés d’un frein réglable, influenceront également le temps de démarrage. Ainsi, un freinage plus lent impliquera inévitablement un redémarrage plus lent lui aussi.
Extraits sonores

- Brake : couple élevé (High Torque)00:10
- Brake : couple faible (Low Torque)00:13
Backspin : avec ou sans les mains ?
Pour effectuer un Backspin avec succès, nous vous conseillons de placer votre main à midi par rapport à l’étiquette du disque, soit pour la relâcher après un demi-tour très vigoureux afin que le vinyle tourne plusieurs fois autour de l’axe, soit pour maintenir le contact et donc le contrôle du disque jusqu’à la fin de la rotation inverse.
C’est une question de préférence, mais à la rédaction, la seconde méthode fait l’unanimité car elle permet de régler plus précisément la vitesse du Backspin et de rester en contact avec le disque, afin de mieux contrôler la tonalité générée. Car plus le disque dérive rapidement, plus la hauteur de la tonalité produite sera élevée. Autre avantage de taille, la durée du Backspin sera entièrement sous votre contrôle, ce qui vous permettra de l’allonger à volonté ou de le stopper net. Alors qu’un Backspin classique (sans laisser la main sur le disque) dépendra de l’inertie, du couple et du glissement, et ne durera pas plus d’une demi-mesure à une mesure entière dans la plupart des cas.
Désormais, une autre question se pose à nous : quel est le meilleur moment pour envoyer un Backspin ? Globalement, cette figure technique sonne mieux avec des séquences rythmiques appuyées plutôt qu’avec des séquences purement vocales ou autres. Une chose est sûre, il vaut mieux éviter les retours en arrière lors des moments forts d’un morceau. Sauf si c’est précisément l’effet recherché et que le style musical vous y invite (le célèbre Pull-Up, hérité des Selector jamaïquains, qu’il convient d’envoyer de temps en temps lorsque la séquence d’un morceau est tellement appréciée que le public souhaite l’entendre une seconde fois).
Les différents types de Brake
Pour exécuter un Brake de manière professionnelle, il ne suffit pas toujours d’appuyer sur le bouton Stop. Toute la subtilité de l’effet réside dans la gestion de la courbe de décélération et du timing. Voici donc les différentes méthodes pour y parvenir.
La méthode « Start/Stop » classique : sur une platine vinyle ou un contrôleur doté d’un réglage dédié, il suffit d’appuyer sur le bouton pour laisser le moteur s’arrêter. Avec un réglage court, le son s’arrête en un quart de seconde, et avec un réglage long, la tonalité descend lentement pendant deux à quatre secondes, créant un effet encore plus dramatique.
La méthode « Power Down » : cette approche est spécifique aux platines vinyles, et ici, au lieu d’appuyer sur le bouton Start/Stop, on tourne le commutateur de mise sous tension (On/Off) pour couper l’alimentation du moteur. Résultat ? Le plateau n’est plus entraîné, mais il n’est pas non plus freiné par le système électronique. Il s’arrête par simple inertie. C’est le Brake le plus long et le plus naturel que vous puissiez obtenir. Mais attention à ne pas oublier de rallumer la platine avant de vouloir relancer le morceau suivant !
La méthode « Manual Brake » : ici, on ne touche pas au moteur, on exerce simplement une pression graduelle sur le rebord ou le centre du plateau, avec le bout des doigts ou la paume de la main. Cette approche vous permettra de contrôler la vitesse de descente de la tonalité avec beaucoup plus de précision qu’un arrêt automatique.
Le mot de la fin
Au final, qu’il s’agisse d’un Brake ou d’un Backspin, il est souvent judicieux d’utiliser l’un ou l’autre pour conclure un morceau et effectuer un fondu enchaîné rapide sur la dernière mesure. Vous pouvez même vous payer le luxe d’y ajouter un départ de réverb ou de délai pour renforcer l’aspect dramatique de ce type d’effets.
Enfin, il est souvent avisé d’égaliser un peu des basses fréquences à la baisse, et éventuellement de réduire légèrement le volume du canal avant d’effectuer un Backspin, pour que le rendu sonore reste agréable à l’oreille de votre audience.
La suite au prochain épisode !


