Palmer n'est pas une marque identifiée sur le marché des enceintes de monitoring, et c'est avec un certain étonnement qu'on voit arriver en ce début d'année 2026 le très ambitieux modèle Orbit 11... de quoi titiller fortement notre curiosité !
Palmer et le monitoring studio : une marque peu attendue sur ce segment
Jusqu’ici, ce que l’on connaissait de Palmer était essentiellement des boîtes de direct et autres produits de ce genre. Notre parcours sur son site web nous a confirmé que la marque conçoit de nombreux boîtiers d’isolation, de sommation, d’atténuation, mais aussi des contrôleurs de monitoring, ce qui nous rapproche de notre sujet, et enfin un modèle de moniteurs de studio appelé Studimon. Le produit qu’on teste aujourd’hui, Orbit 11, est donc le deuxième du constructeur dans cette catégorie. Contrairement à ce que les palmiers du logo pourraient laisser entendre, Palmer est une marque allemande, et on sait que les Allemands et les enceintes de monitoring, c’est une success story qui n’en finit plus : après Adam Audio, Neumann, HEDD, Eve Audio, nous voici face à une nouvelle proposition venue d’outre-Rhin.
Orbit 11, des moniteurs trois voies, dont deux coaxiales


Design, connectique et DSP des moniteurs Palmer Orbit 11
Les moniteurs sont donc lourds et compacts, complètement noirs, avec un liseré rouge autour du haut-parleur médium, et le logo chromé de la marque en haut à droite. 


Écoute critique des Palmer Orbit 11 sur des références musicales variées
La première impression, à l’écoute de quelques morceaux sur ces moniteurs, est saisissante : on perçoit une grande précision dans les transitoires, une spatialisation stéréo particulièrement claire, et une ouverture du spectre impressionnante. On est sous le charme, et franchement surpris ! Il y a peut-être une présence un peu inhabituelle, une représentation importante de fréquences en haut des médiums, sur laquelle on portera notre attention plus tard, mais globalement, on est séduits.
Radiohead – 15 Step
Dans l’introduction de cette chanson, notre attention se porte justement sur les transitoires de la magnifique production rythmique et l’image stéréo, et les moniteurs Palmer excellent dans ces domaines. Il est rare que des enceintes délivrent des attaques aussi nettes que celles des moniteurs Genelec auxquels on est habitués, mais là c’est clairement le cas. En revanche les graves descendent nettement plus bas, et on sent bien que ces trois voies donnent la pleine mesure à un arrangement riche et complexe comme celui-là. Les basses qui vont et viennent dans cette chanson sont très homogènes, la voix à la fois pleine, bien dosée en bas médiums et présente occupe exactement l’espace qui convient, tout fonctionne très bien.
Moderat – A New Error
Le morceau qui nous permet souvent de jauger les très basses fréquences, un test que les Orbit 11 passent là encore haut la main : même quand elle descend dans les profondeurs, la ligne de basse est bien là, puissante, mais pas envahissante. On garde tout le punch des caisses claires par ailleurs, et l’équilibre global reste très cohérent. On en profite pour tester un ou deux filtres, voir ce qu’ils peuvent modifier et éventuellement apporter. Sans surprise, la première bande d’égalisation concerne les graves, en étage. Les trois bandes fonctionnent uniquement en négatif, et cette première permet de baisser de 2 dB, 4 dB ou 6 dB. La bande semble remonter un peu haut, assez large, et baisser de plus de 2 dB semble vite déséquilibrer le spectre. Le filtre HPF est franchement brutal, et probablement destiné à une configuration dans laquelle on utiliserait un caisson de basses en complément. Le filtre Desk, par contre, est très subtil et même si on n’avait pas le sentiment d’en avoir besoin, on se dit qu’il peut être utile. Ce filtre, voué à compenser les fréquences amplifiées par la surface sur laquelle les enceintes reposent, concerne souvent les bas médiums qui ne sont pas a priori surreprésentés dans ce qu’on perçoit des Orbit 11, mais on avait au préalable fait en sorte d’isoler les enceintes du châssis de la console pour éviter cela. Le dernier filtre qui pourra concerner le grave serait Rear Wall, on va donc l’essayer aussi sur cette écoute. Deux positions sont possibles, pour une distance plus ou moins proche du mur ; dans notre configuration, les murs sont éloignés et le plus proche est un bass trap à l’arrière. La position pour un mur moins proche est à nouveau subtile, en revanche, l’autre position retire une dose importante de graves et de bas médiums. Au final on regrette un peu qu’il n’y ait pas un filtre qui permette de retirer subtilement un peu de l’extrême grave, et plusieurs qui semblent agir sur des bandes un peu larges, remontant jusqu’aux bas médiums, une zone qui est loin d’être envahissante dans le réglage par défaut.
Lou Reed – Walk On The Wild Side
Après ces grosses basses synthétiques, juste une belle contrebasse acoustique. On est revenus à la version de base, sans filtre ni égalisation, et c’est très beau. La voix est très pleine, et la profondeur de champ, de laquelle émergent les chœurs des refrains, est très belle aussi. Sur ce dernier aspect de la profondeur, on a entendu quelques modèles qui nous ont fait encore plus belle impression, mais on a plus souvent entendu moins performant. On profite aussi de cette chanson pour tester l’égalisation médium puisque c’est dans cette zone qu’on a la plus forte densité. Seules deux positions sont disponibles pour cette bande, –2 dB et –4 dB, c’est bien assez et à –2 dB, ce sera juste ce qu’il faut si le besoin s’en fait sentir.
Kendrick Lamar – Alright
On termine avec ce titre sur lequel on remet encore une fois les compteurs à 0, parce que c’est comme cela que ça sonne le mieux pour nous et dans notre pièce. La ligne de basse disjointe est ici encore très homogène, la voix à nouveau pleine, présente, pleine d’énergie, et les caisses claires tranchantes comme on les connaît. On a bien conscience que nos moniteurs de référence principaux dans cette pièce sont les Genelec 1030A, dont les hauts médiums étendus à une partie des aigus sont particulièrement saillants, et cet aspect qu’on retrouve ici et qui nous plaît ne conviendra peut-être pas à tout le monde. La troisième bande d’égalisation permet de baisser en étage le haut du spectre de 2 dB ou 4 dB. En retirant 2 dB dans cette zone, on se rapproche davantage de l’équilibre auquel sont habitués certains mixeurs qui travaillent avec des moniteurs d’autres marques. On est par exemple, plus proche de ce qu’on entend avec notre deuxième paire de comparaison pour ces tests, les Adam A7X, les Orbit 11 étant nettement meilleures que ces dernières sur de nombreux points.
Mesures et comparaison objective avec des moniteurs de référence
Pour vérifier un peu ces impressions recueillies par nos oreilles, on va effectuer quelques mesures. On sort du contexte d’écoute pour placer l’enceinte au milieu d’une pièce traitée, à environ deux mètres du mur le plus proche, sur un pied, sans aucun objet dans son environnement immédiat. On envoie dans une Orbit 11 un bruit rose pendant une dizaine de secondes, qu’on va mesurer avec le micro de mesure Neumann MA1 placé à un mètre, et un analyseur de fréquences. On répète le même protocole avec nos deux enceintes de référence, les Genelec 1030A et Adam A7X. On constate au regard de ces mesures que le moniteur Palmer génère effectivement des fréquences très graves, bien plus que les 1030A ce qui n’est pas étonnant. À partir des médiums, on retrouve une courbe plus semblable jusque dans les extrêmes aigus, où celle des Orbit 11 se maintient alors que celle des Genelec s’effondre. Si on compare à la courbe des Adam, qui présente un niveau important, mais irrégulier de graves, sans infrabasses, et une baisse un peu soudaine au-dessus de 2 kHz, là aussi, les Orbit 11 sont bien plus cohérents.


