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Piano en groupe : arrêtez de saboter le mix - Les pianistes, vous êtes où ?

Rédigé par un humain

Sur le papier, le piano peut tout faire : assurer les basses, poser l’harmonie, soutenir le rythme et porter la mélodie. Mais, dès qu’il rejoint une batterie, une basse, des guitares et un chant, cette polyvalence peut vite devenir un piège. Si votre jeu disparaît dans un brouillard sonore, ou, au contraire, prend toute la place, ce n’est pas forcément un problème de niveau : vous jouez peut-être encore comme un soliste. Main gauche, voicings, registre, nuances, pédale de sustain et égalisation… Voyons comment alléger votre jeu pour que le piano trouve sa place dans le groupe sans encombrer le mix.

Piano en groupe : arrêtez de saboter le mix : Les pianistes, vous êtes où ?

Jouer du piano en groupe est une expé­rience radi­ca­le­ment diffé­rente du jeu en solo. Une grande majo­rité de pianistes, moi y compris, ont suivi une forma­tion (conser­va­toire, école de musique ou cours parti­cu­liers) desti­née au piano solo. Nous avons été habi­tués à porter seuls l’har­mo­nie, la mélo­die, le rythme et les basses, de La Lettre à Élise jusqu’à un arran­ge­ment pour piano d’In­ter­stel­lar. Cepen­dant, ces tech­niques et cette vision ne sont pas toujours adap­tées au jeu en groupe. On arrive à nos premières répé­ti­tions, à nos premiers concerts et :

  • on ne s’en­tend pas
  • on se sent inutile parce que le guita­riste joue aussi les accords
  • tous nos super plans main gauche sont deve­nus invi­sibles
  • notre préci­sion se perd dans un immense flou sonore

La réponse est toute­fois évidente : on en fait trop par rapport à la situa­tion et on écrase invo­lon­tai­re­ment le mix géné­ral. Rien de grave ! Avec quelques ajus­te­ments et une réflexion sur votre place dans l’équi­libre sonore, vous trans­for­me­rez votre jeu en un atout majeur pour le groupe. C’est géné­ra­le­ment ce que l’on imagine en écou­tant Bohe­mian Rhap­sody, Rocket­man ou Life on Mars.

Voyons donc comment adap­ter notre approche, depuis le choix des voicings jusqu’à la gestion des nuances, en passant par la main gauche et l’éga­li­sa­tion de ce son de piano si cher à nos cœurs.

Je joue quoi en fait ?

En solo, le piano peut occu­per tout l’es­pace sonore. En groupe, non, sauf lors du mythique passage piano-voix d’une chan­son. Cet instru­ment est extra­or­di­naire, car il peut remplir presque tous les rôles. Il est donc indis­pen­sable de se poser cette ques­tion avant de se lancer dans un arran­ge­ment :

Quelle partie de la musique je joue à ce moment-là ?

Les basses ? L’har­mo­nie ? Les exten­sions harmo­niques ? La mélo­die ? Un contre­chant ? Un osti­nato ?

Gardez systé­ma­tique­ment en tête votre rôle et commen­cez par suppri­mer les parties qui doublent un autre instru­ment.

Comment faire ?

  1. Enre­gis­trez-vous en jouant avec le groupe et écou­tez-vous.
  2. Puis, surtout, le plus impor­tant : écou­tez les autres.

Repé­rez ensuite les situa­tions suivantes :

  • Si vous jouez, par-dessus le bassiste, une ligne de basse diffé­rente à la main gauche.
  • Si vous jouez exac­te­ment les mêmes accords que le guita­riste, au risque de détruire son groove et le vôtre.
  • Si vous impro­vi­sez des phra­sés très mélo­diques en même temps que le chan­teur.

Recti­fiez le tir en chan­geant vos parties. Échan­gez aussi un maxi­mum avec les autres membres du groupe. C’est le moment de jouer ensemble, de progres­ser vers de meilleurs arran­ge­ments et de faire sonner la façade comme il faut.

N’ou­bliez pas l’es­sen­tiel :

Ce doit être le plus clair possible pour l’au­di­teur. Plus l’har­mo­nie, les basses et la mélo­die seront nettes et défi­nies, plus votre groupe sera agréable à écou­ter. Tout simple­ment !

En parlant de façade, parlons de mix !

Pour expliquer l’im­pact de notre jeu sur la façade, j’aime bien établir un paral­lèle entre les touches d’un clavier et le spectre sonore.

1.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - mix

Atten­tion : ces deux images juxta­po­sées ne reflètent pas la rela­tion exacte entre les fréquences et les notes. Le timbre d’une note grave contient notam­ment des compo­santes aiguës, et inver­se­ment.

Ce paral­lèle peut néan­moins vous aider à affi­ner votre percep­tion et à mieux comprendre les consé­quences de vos choix d’ar­ran­ge­ment sur le mix géné­ral. Jouer la main gauche en octaves, comme on peut le faire en piano solo pour ajou­ter de la consis­tance et de la puis­sance, peut faire explo­ser les basses fréquences ! Ce faisant, vous ajou­tez une couche à la basse, à la grosse caisse et aux guitares, ce qui peut déséqui­li­brer le mix et faire hurler votre ingé­nieur du son. Le mot « mix » n’est pas choisi au hasard : votre partie doit se mixer avec les autres. Le mélange de chaque musi­cien crée la magie, pas le simple cumul. Mais comment faire ? Je vais vous faire une liste non exhaus­tive des astuces que j’ai comprise à force de jouer en groupe. D’écou­ter nos masters enre­gis­trés lors des concerts et la chance d’être arran­geur dans mes diffé­rentes forma­tions.

Voici donc une liste non exhaus­tive d’as­tuces que j’ai comprises à force de jouer en groupe, d’écou­ter les enre­gis­tre­ments de nos concerts et d’ar­ran­ger les morceaux de mes diffé­rentes forma­tions.

Main gauche : moins, mais mieux

En solo, la main gauche peut jouer des basses, des accords et des arpèges. En groupe,  simpli­fiez en fonc­tion de la situa­tion :

  • Évitez de doubler la ligne du bassiste à la main gauche, sauf si l’ar­ran­ge­ment le prévoit expli­ci­te­ment.
  • Ne doublez pas systé­ma­tique­ment les fonda­men­tales à l’oc­tave : choi­sis­sez le registre en fonc­tion de la partie de basse et du morceau.
  • Ajou­tez du rythme avec des notes fantômes très stac­cato pour groo­ver avec la batte­rie et enri­chir le carac­tère percus­sif du piano.

2.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - main gauche

En revanche, faites-vous plai­sir dans les basses lorsque vous jouez un riff à l’unis­son avec le bassiste et le guita­riste parce que l’ar­ran­ge­ment le prévoit. Je pense, par exemple, au riff post-refrain de Butter­flies and Hurri­canes de Muse.

3.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - main gauche

  • Testez diffé­rentes dispo­si­tions de vos accords. Dans le grave, espa­cez davan­tage les notes afin d’évi­ter les voicings trop serrés. Lorsque le bassiste joue, évitez égale­ment de placer des notes de l’ac­cord sous sa ligne, sauf si cet effet est volon­tai­re­ment prévu dans l’ar­ran­ge­ment.
  • À titre de repère, dans la nomen­cla­ture scien­ti­fique utili­sée ici, le do central corres­pond à C4 :
  • Basse à 4 cordes : mi1
  • Basse à 5 cordes : si0

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Main droite : arpèges, phra­sés et harmo­nie enri­chie

La main droite peut tout écra­ser si elle est mal gérée. Voici comment l’adap­ter :

  • Variez vos accords avec des arpèges lorsque l’ar­ran­ge­ment s’y prête. L’in­té­rêt dépend du registre, du rythme, du style et de l’ar­ti­cu­la­tion. En sépa­rant les notes, un arpège peut étaler dans le temps la masse sonore d’un accord plaqué. Placé dans un registre et un espace ryth­mique complé­men­taires de la guitare, un arpège stac­cato peut allé­ger la texture et renfor­cer le groove.
  • Testez diffé­rents renver­se­ments. Pour faire évoluer une partie, ne vous conten­tez pas de dépla­cer le même voicing à l’oc­tave.
  • Dans un même morceau, testez des voicings diffé­rents pour chaque section : couplet, refrain, pont, etc.
  • Testez vos voicings une octave au-dessus des guitares. En reggae, cette sépa­ra­tion des registres est souvent très effi­cace.

5.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - main droite

  • Utili­sez les octaves pour renfor­cer une mélo­die ou accen­tuer des pêches.
  • Utili­sez des glis­san­dos (comme un break de batte­rie) pour dyna­mi­ser les tran­si­tions.
  • Placez de petits phra­sés dans les espaces lais­sés par le chant.
  • Avec les guitares, parta­gez-vous l’har­mo­nie et les phra­sés à tour de rôle afin d’al­lé­ger le mix et d’amé­lio­rer la compré­hen­sion de l’au­di­teur.

Dans le détail de certains styles

Vous commen­cez à comprendre la démarche : la perti­nence est la prio­rité. Quoi de mieux que des exemples concrets pour l’illus­trer ? Quand j’ac­com­pagne un blues, les notes les plus impor­tantes sont la fonda­men­tale, la tierce et la septième :

  • La fonda­men­tale étant jouée par le bassiste, concen­trez votre main gauche dans un registre plus haut afin de renfor­cer la ryth­mique.
  • Enle­vez la quinte qui n’a pas de rôle harmo­nique.
  • À la main droite, vous pouvez réduire les accords de septième à leur tierce et leur septième.
  • Pour ajou­ter un peu de couleur, n’hé­si­tez pas à employer la neuvième ou la sixte.

6.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - blues

En trio jazz, il y a une multi­tude de façons de jouer le fameux ii-V-I. Un de ces exemples va vous montrer ce qu’il faut garder :

  • Jouez seconde, tierce et quinte pour vos ii et I.
  • Le V en tierce, septième et neuvième.
  • Les fonda­men­tales sautent pour ne garder que l’es­sen­tiel des couleurs harmo­niques.
  • Ceci vous libé­rera aussi la main droite pour impro­vi­ser de supers phra­sés

7.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - jazz

En salsa, le montuno au piano est un motif harmo­nico-ryth­mique syncopé et répété, souvent construit à partir des notes de l’ac­cord et arti­culé avec la clave. Au fil du morceau, le rythme peut évoluer afin de créer de la varia­tion. Certaines notes sont fréquem­ment doublées à l’oc­tave supé­rieure pour occu­per un registre plus aigu dans le mix.

8.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - salsa

Pour le rock, je voulais m’at­tar­der sur « Welcome to the Jungle », que je joue en groupe. Sur les couplets, je joue bien sûr le riff et n’hé­site pas à doubler la main gauche dans le grave. En revanche, lorsque le refrain arrive, je joue le contre­chant que l’on entend derrière, tandis que le guita­riste joue des power chords. Je le rejoins sur le ré avec seule­ment la fonda­men­tale et la quinte. J’ajoute égale­ment du rythme pour créer du mouve­ment.

9.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - rock

Les autres tech­niques

Les nuances

On en parle toujours en solo mais rare­ment en groupe. Le groupe doit jouer avec les nuances. Les diffé­rentes sections d’un morceau (couplet, refrain, pont, etc.) peuvent présen­ter des écarts de volume. Certains morceaux peuvent même former un long cres­cendo, comme le célèbre Boléro de Ravel. N’hé­si­tez pas à jouer avec le volume, la densité de votre jeu, le rythme et le timbre de chacun afin d’ajou­ter du relief à l’en­semble et de rompre la mono­to­nie.

Deux sons de piano : la solu­tion que j’af­fec­tionne person­nel­le­ment.

Atten­tion : ma confi­gu­ra­tion est à prendre avec des pincettes ! Testez toujours vos réglages en écou­tant le mix géné­ral. Cette confi­gu­ra­tion peut consti­tuer une base de travail, mais elle fonc­tionne bien avec ma forma­tion et sans doute moins bien avec une autre.

N’ou­bliez pas qu’il s’agit aussi d’un travail de colla­bo­ra­tion avec votre ingé­nieur du son. Nous sommes arri­vés à ces réglages parti­cu­liers au cours des rési­dences effec­tuées avant la saison.

J’uti­lise donc deux sons de piano diffé­rents en concert :

Le premier est très rond, riche dans le grave et géné­reux pour mes parties en solo, notam­ment lors des passages piano-voix.

Le second est plus équi­li­bré lorsque je joue avec les autres. J’uti­lise un égali­seur pour :

  • atté­nuer les fréquences infé­rieures à 200 Hz ;
  • creu­ser légè­re­ment autour de 500 Hz pour lais­ser de la place aux guitares ;
  • creu­ser légè­re­ment autour de 2 kHz pour lais­ser de la place au chant ;
  • creu­ser légè­re­ment autour de 7 kHz, un choix très person­nel ;
  • rele­ver légè­re­ment les fréquences à partir de 4 kHz.

10.Piano en groupe - Comment éviter de ne pas saboter le mix - égaliseur

La pédale de sustain / réso­nance : atten­tion !

Dans les passages en solo, utili­sez-la comme vous le feriez en piano solo. Elle peut alors remplir l’es­pace laissé par les autres instru­ments. En groupe, je l’uti­lise beau­coup moins : le chevau­che­ment et la réso­nance des notes peuvent rapi­de­ment densi­fier l’en­semble. Cepen­dant, si vous sentez qu’il manque de rondeur, utili­sez-la plus briè­ve­ment ou renou­ve­lez-la à chaque chan­ge­ment d’har­mo­nie afin de ne pas lais­ser réson­ner des notes appar­te­nant à l’ac­cord précé­dent. Je m’en sers toute­fois si je dois lier certains passages, par exemple lors d’un chan­ge­ment d’oc­tave ou de grands sauts mélo­diques.

À la prochaine répé­ti­tion, essayez égale­ment de jouer un morceau sans pédale et écou­tez la diffé­rence !

Dernier conseil pour mieux jouer du piano en groupe

Regar­dez ce qu’ont fait les grands, comme dans les exemples précé­dents. Essayez de trou­ver les parti­tions offi­cielles des parties de piano enre­gis­trées en studio et analy­sez les chan­sons qui vous paraissent parti­cu­liè­re­ment réus­sies. Écou­tez égale­ment les versions live et obser­vez leurs diffé­rences avec les enre­gis­tre­ments studio.

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    Alligator427

    Alligator427

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    Posteur·euse AFfamé·e
    Membre depuis 21 ans
    Commentaires sur le dossier : Piano en groupe : arrêtez de saboter le mix
    Très beau sujet et vraiment important, musicalement parlant.

    Effectivement avec un piano, c'est aussi facile d'enrichir le morceau que de le faire foirer! J'avoue souvent simplifier le problème en utilisant un Rhodes.

    Je ne suis pas suffisamment bon pianiste pour arriver à faire sonner le piano en toute circonstance, loin de là, surtout sur une partie guitare un peu complexe.

     

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