Il aura fallu dix ans pour que Spectrasonics nous livre la relève tant attendue d’Omnisphere 2. Une attente récompensée ?
Rares sont les éditeurs qui peuvent se vanter d’avoir accouché d’un instrument virtuel devenu un tel classique qu’il a marqué la musique de son empreinte. C’est pourtant le cas de Spectrasonics avec Omnisphere qui, dès sa première version, a immédiatement séduit les plus grands professionnels, qu’ils évoluent dans le monde de la musique ou celui du son à l’image. Les raisons d’un tel succès tiennent bien évidemment dans la puissance et la qualité du logiciel, mais sans doute plus encore dans la qualité des sound designers employés par Spectrasonics. Car c’est la grande force d’Omnisphere : il regorge de sons aussi énormes que passionnants, avec tout ce qu’il faut comme outil pour les éditer, les transformer ou les combiner.
Bref, la réussite est telle que Spectrasonics ne se presse pas d’ailleurs pour mettre à jour son bébé. Si près de huit ans séparaient la V1 de la V2, il aura fallu attendre plus de dix ans pour disposer de la troisième mouture qui nous occupe aujourd’hui. Inutile de dire qu’on est impatient de voir tout ce que l’éditeur a pu faire de ce temps et qu’on trépigne en attendant le long téléchargement (plus de 60 Go tout de même) de la bête et son installation.
Un panneau pour les gouverner tous…

On dispose ainsi d’une nouvelle option Hide pour masquer les catégories de sons que l’on n’utilise pas, tandis qu’un nouveau système de tags fait son apparition en regard des catégories, lequel peut être utilisé avec des opérateurs booléens en cas de sélection multiple. Une bonne chose, indubitablement, même si tout n’est pas parfait : l’insistance avec laquelle Spectrasonics organise à la base ses sons en collections (Directory) n’a pas grand intérêt à l’usage : Analog Vibes, Classic Digital, Retro Vibes, etc. sont autant de noms fourre-tout qui ne rajoutent qu’une couche compliquant l’organisation…

Disons qu’il y a là suffisamment de paramètres pour se passer la plupart du temps de descendre dans les entrailles du moteur pour adapter le son à ses besoins : c’est une très bonne chose, en regard de l’orbe qui se tient toujours à un clic…
Notons-le toutefois : les commandes qui sont à notre disposition se résument, comme depuis le premier Omnisphere, à des boutons, des sliders et des potards. Que ce soit pour éditer une enveloppe, un égaliseur ou un compresseur, n’espérez pas disposer d’interfaces graphiques… « vraiment graphiques » comme chez la plupart des concurrents. Spectrasonics semble privilégier l’ergonomie oldschool…
Sous le capot…

Or, ce n’est pas la seule nouveauté qu’il y a à signaler du côté du moteur du logiciel puisqu’en plus de 36 nouveaux filtres répartis en sept “couleurs” sonores différentes, Spectrasonics a pris soin d’ajouter plus de 600 nouvelles tables d’ondes à morphing, mais aussi une fonction Oscillator Drift (simulant l’instabilité des vieux oscillos analogiques), un Unison Phase Scatter et un Dual Frequency Shifter polyphonique, assurément intéressant, surtout quand on module ses paramètres, mais qu’il faudra apprendre à dompter. Voyez ce que ça donne sur le son de base du soft :

- Numerique00:10
- DeriveAnalo00:10
- DeriveAnaloUnison00:10
- DeriveAnaloDualFreqShifter00:10
Spectrasonics propose de nouveaux modes de glide modélisés depuis les portamentos de l’OBXA, d’un clavier Moog, d’un Odyssey® et le glissando d’un CS80. Surtout : il est désormais possible de mélanger les moteurs Granular, Unison et Harmonia simultanément pour obtenir des textures complexes, tandis qu’un petit bouton Mutate a fait son apparition au bas du navigateur de présets.


- Original00:12
- Mutateesoft100:12
- Mutateesoft200:12
- Mutateextreme200:12
- Mutateextreme100:12
Bref, le terrain de jeu du sound design s’est considérablement agrandi et cela sera d’autant plus intéressant que l’éditeur a bossé sur la compatibilité matérielle de son bébé qui reconnait désormais plus de 300 claviers de contrôle du marché… et parle MPE ! Pour peu que vous disposiez d’un des petits monstres d’Expressive E, Roli ou encore du Push 3 d’Ableton, vous allez redécouvrir Omnisphere comme jamais, goûtant aux joies de faire évoluer ses sons au gré de l’after touch ou du pitch bend polyphoniques. Cela est d’autant plus vrai qu’en plus d’avoir ajouté 18 nouvelles collections de sons, Spectrasonics a revu l’intégralité des anciens présets du logiciel pour qu’ils tirent parti de cette possibilité, comme de la nouvelle section d’effets dont il est doté…
Avant de nous pencher sur cette dernière, je ne résiste pas au plaisir de faire entendre quelques sons :

- Omni100:09
- Omni200:10
- Omni300:10
- Omni400:10
- Omni500:10

Omnisphere en insert ?

Ceci étant dit, on regrettera surtout le parti pris oldschool des interfaces que nous évoquions plus haut et qui mène parfois à des ergonomies aberrantes. Chaque effet devant tenir dans un rack 1U, Il n’est pas rare qu’on trouve un bouton More sur l’interface pour accéder… à la seconde page du rack… Un rack à pages ? Mon dieu comme c’est pratique !
Or, devenez quoi : Spectrasonics est fier de nous annoncer que tous les effets d’Omnisphere 3 sont désormais disponibles dans un plug-in externe nommé Omnisphere FX Rack ! Gageons que ça pourra éventuellement avoir son utilité pour homogénéiser les instruments dans un projet (avoir la même réverbe sur une prise de guitare, de voix et un piano Toontrack que sur un synthé Omnisphere par exemple) mais qu’au-delà de ça, il n’y a rien de très excitant à retrouver cette panoplie lacunaire à l’ergonomie un brin datée, d’autant qu’aucune possibilité ne nous est donnée en termes de fonctionnalités. Pas de traitement parallèle, pas de spilt de signal, que ce soit en stéréo classique, M/S, ou en multibande, pas de modulateurs prévus pour les paramètres : on est très loin de ce que proposent un Native Instruments avec Guitar Rig ou un Kilohearts avec Snapheap et Multipass, pour ne citer que qu’eux… Disons que c’est un bonus, et qu’à ce titre, on ne sera pas trop exigeant, mais que pour en faire un plug-in vraiment convaincant, il y a pas mal de boulot…
En attendant Omnsiphere 4
Tant qu’à parler des petits détails qui fâchent comme cette section d’effets, on ne peut pas ne pas voir qu’en dépit de quantité de bonnes choses, le moteur d’Omnisphere, lui, n’a pas profité de ces dix ans pour se mettre à niveau de la « concurrence ». Quand bien même on lui rajoute toujours plus de fonctions et d’effets, il demeure ainsi toujours aussi limité en regard de ce qu’un Kontakt ou un Falcon savent faire grâce à leurs scripts. Ce n’est absolument pas un problème pour des sons synthétiques ou sound designesques qui restent le sujet principal d’Omnisphere, mais ça limite toujours grandement ce dernier dès qu’on aborde des instruments acoustiques plus complexes que le piano, qu’il s’agisse d’instruments à vent, de voix, de guitares ou de cordes frottées. De fait, même si l’on trouve de jolis présets dédiés au violoncelle par exemple, lesquels tirent partis de la quadzone et du MPE pour offrir un maximum d’expressivité, même si l’on note l’indubitable savoir-faire de l’éditeur en matière de sampling, ce qu’il a à proposer dans ce registre est très loin en effet de ce qu’on trouve chez les leaders de marché (Vienna, Spitfire, Orchestra Tools, etc.), tant en termes de réalisme que de performances (Omnisphere est loin d’être léger) et de simplicité de programmation. On se prend toujours à rêver à ce que l’on pourrait faire avec un Omnisphere s’il était doté d’un moteur plus moderne…
Que penser de cette mise à jour du coup ? Que Spectrasonics a assurément rempli sa mission en proposant toujours plus de sons, d’effets, de possibilités et en ouvrant son joujou à la compatibilité MPE, mais que tout en étant fidèle à l’identité de son colosse, sur le plan musical, il n’emmène pas Omnisphere 3 beaucoup plus loin qu’Omnisphere 2 : une évolution oui, une révolution, non. De fait, on a toujours en l’utilisant le plaisir de retrouver ces sons énormes réalisés avec amour par de brillants sound designers, dont un accord suffirait presque pour faire une compo pour peu qu’on lui adjoigne une boucle rythmique. On a toujours aussi le plaisir de bâtir des sons complexes en quelques clics en assemblant tous ces beaux matériaux sonores, avec un son toujours gigantesque à l’arrivée… Mais cette dernière qualité, qui est aussi parfois un défaut (Omnisphere a vite fait de prendre beaucoup de place dans un mix), est encore très perceptible dans la V2 du logiciel… S’il ne fait donc aucun doute que le logiciel phare de Spectrasonics est un formidable instrument qui, même à 499 euros, mérite son prix pour les galaxies sonores auxquelles il vous donne accès, un must have notamment pour les compositeurs de musique à l’image, il n’est pas si évident que les utilisateurs de la V2 se ruent sur la mise à jour à 200 euros, surtout s’ils ne sont pas dotés d’un clavier MPE…


