Avec SH-MAX, Cherry Audio ressuscite l’esprit des SH vintage en fusionnant trois modèles cultes dans un seul instrument, dense et clairement orienté sound design. Audiofanzine le passe au crible.
Fondé en Californie, Cherry Audio, après avoir lancé un premier synthé modulaire propriétaire, semble s’être spécialisé dans la modélisation de synthétiseurs matériels, souvent issus des années 70 et 80. Le catalogue, en plus de rares propositions personnelles, alterne recréations relativement fidèles et interprétations plus libres. SH-MAX appartient clairement à cette seconde catégorie. Plutôt que de reproduire à l’identique un modèle unique, l’éditeur s’appuie principalement sur le Roland SH-5, tout en intégrant des éléments issus du Roland SH-7 et du Roland SH-3A. À cela s’ajoutent un séquenceur inspiré du module 104 du Roland System 100 et une section d’aftertouch rappelant le Roland SH-2000.
La série SH occupe une place un peu à part dans l’histoire des synthétiseurs Roland. Moins médiatisée que les Jupiter ou les Juno, elle a pourtant marqué la fin des années 70, tant dans la new wave que dans les musiques plus expérimentales. Le SH-5, en particulier, se distingue par son double filtrage parallèle et son approche quasi semi-modulaire dans un format autonome.
Alors que, pour le test du Trident MkIII, nous avions pu comparer le plugin à un modèle hardware d’époque, le mélange de SH ici proposé rend la comparaison plus difficile. Et comme nous ne disposons pas de modèles physiques à opposer au plugin au moment du test, cela nous arrange bien : nous pouvons nous concentrer sur les qualités et défauts du SH-MAX, tout en vérifiant si l’esthétique des Roland SH des années 70, que l’on connaît de mémoire, semble respectée.
Installation et prise en main du Cherry Audio SH-MAX

Trois thèmes graphiques sont proposés, reprenant les codes visuels des SH-3A, SH-5 et SH-7, et l’ensemble est agréable à l’œil. Une gestion MIDI complète est bien sûr présente, avec le MIDI Learn.
Tout au long du test, le plug-in s’est montré stable, et aucun problème n’est survenu. Quatre modes d’oversampling sont proposés afin d’adapter le traitement aux différents besoins et configurations matérielles. En mode minimal, la consommation CPU reste faible, mais une légère perte de définition et de clarté se fait sentir, surtout dans le haut du spectre. En mode 4x, le SH-MAX peut rapidement devenir très gourmand en ressources lorsqu’on utilise une polyphonie élevée. Le manuel d’utilisation, disponible en PDF et en version en ligne, est clair et détaillé. La version en ligne est accessible directement depuis l’interface du logiciel.
Analyse du son et exploration des présets du Cherry Audio SH-MAX

Les filtres jouent un rôle central dans cette identité. Comme nous l’avons vu, la résonance est très colorée. Rarement agressive, elle peut toutefois gagner en mordant selon les réglages. Elle flirte avec l’auto-oscillation en mode LP et l’atteint légèrement en BP et HP. Son comportement évoque davantage les circuits analogiques des années 70 que les filtres plus lisses des synthétiseurs modernes. Le second band-pass ajoute une couleur supplémentaire, souvent plus étroite et plus nasale. La combinaison de ces deux filtres donne toute sa personnalité au SH-Max et permet d’obtenir, par exemple, des timbres vocaux très sympathiques. La typologie particulière des oscillateurs, que nous détaillerons ensuite, participe également fortement à la signature sonore du SH-MAX.

- App System01:20
- SH-Max – Seq 100:57
- SH-Max – Seq 201:02
- Aimer bass00:58
- Wall Lead00:46
- Star Strings01:08
- Pensive Motion02:09
- Onerous friend Pad 101:23
- Onerous friend Pad 201:50
- Onerous friend Key02:09
- Love sunny02:06
- Duophonic lost drone04:36
On retrouve l’habituel gestionnaire de présets de Cherry Audio, il fait le job, mais il gagnerait à être modernisé. Il propose une fonction de recherche et la possibilité d’ajouter des favoris, mais ne propose toujours pas de système de tags. La banque d’usine dépasse les 300 présets et couvre un spectre large : basses séquencées, leads sync typés fin 70, nappes polyphoniques épaisses, effets bruitistes issus du sample & hold et de la ring mod, textures aux tonalités vocales obtenues par le double filtrage. Ces présets ont surtout l’intérêt de démontrer les possibilités de routage. Beaucoup exploitent le fait qu’un oscillateur puisse contourner le filtre principal, tandis qu’un autre traverse les deux étages de filtrage avant d’être traité par une chaîne d’effets dédiée. Dans un mix, SH-MAX peut occuper beaucoup d’espace. Il ne s’agit pas d’un synthé discret. Une égalisation est parfois nécessaire pour l’intégrer, en particulier lorsque les deux filtres sont fortement sollicités. Le SH-Max intègre un limiteur en sortie. Sur le papier, l’idée est excellente pour contenir les pics et prévenir les débordements liés à des réglages extrêmes. Malheureusement, en pratique, ce limiteur s’avère assez moyen : il écrase fortement le signal et étouffe le son bien au-delà du nécessaire. Heureusement, il est désactivable, et nous vous conseillons vivement de vous en passer.
Architecture du Cherry Audio SH-MAX
On commence par la gestion des voix, située tout en haut à gauche. On peut choisir entre mono, duophonique, polyphonique jusqu’à 16 voix ou unison. Le changement de mode modifie radicalement le comportement du SH-MAX : il est ainsi possible de rester fidèle à l’esprit des premiers SH ou d’exploiter des textures polyphoniques luxuriantes.
C’est principalement dans la section oscillateurs que le mélange SH-5, SH-7 et SH-3A est le plus évident. La génération sonore repose sur trois sources principales : VCO-1, VCO-2A et VCO-2B. VCO-1 propose les formes d’onde triangle, dent de scie, carré et impulsion. La largeur d’impulsion peut être réglée manuellement et modulée par l’un des deux LFO. Il couvre plusieurs octaves et peut être accordé finement de 32’ à 2’. Le pitch peut être modulé par un LFO ou par la première enveloppe. Deux modes de synchronisation sont disponibles (weak et hard), et un réglage de drift est également présent.


La section mixeur est déterminante. Chaque source peut être panoramisée et surtout routée indépendamment vers le VCF, le BPF, les deux ou directement vers le VCA. Cette topologie ouvre la voie à des combinaisons intéressantes. Par exemple, on peut envoyer un oscillateur grave directement vers le VCA pour préserver son timbre, tout en traitant un second oscillateur dans un filtre modulé afin de créer un mouvement. Le mixeur autorise ainsi de nombreuses configurations, avec une approche presque semi-modulaire.

Comme sur le SH-7, deux enveloppes ADSR sont disponibles. Elles peuvent être déclenchées par le clavier, par les LFO ou par le sample & hold, et leur polarité peut être inversée. Elles peuvent également fonctionner en boucle. Les deux LFO proposent plusieurs formes d’onde, la synchronisation au tempo, un retrigger clavier et un mode one-shot. Ils ne montent pas en fréquence audio, ce qui limite certaines expérimentations. Au regard des possibilités offertes par le SH-MAX, c’est regrettable. Le système d’affectation des modulations est bien conçu. Heureusement, car elles sont nombreuses. Il suffit de se référer à la sérigraphie et de suivre les trajets indiqués. On s’y habitue rapidement et l’absence d’une véritable matrice de modulation ne se fait finalement pas sentir.
Le séquenceur du Cherry Audio SH-MAX

Chaque piste dispose de paramètres de probabilité et de feeling (léger décalage temporel). Le swing est global. Les pistes peuvent piloter le pitch, le VCF, le BPF ou le volume.
Le séquenceur peut fonctionner en parallèle sur plusieurs pistes, permettant de combiner une ligne mélodique avec une modulation rythmique de filtre. Il peut également envoyer des données MIDI afin de piloter un autre VST ou un synthé hardware, ce qui est bien cool. En revanche, il n’y a pas de possibilité de ratchet sur les pas.
Les effets du Cherry Audio SH-MAX

Signalons que le SH-MAX propose l’aftertouch polyphonique en plus du mode mono, ce qui n’était pas systématiquement le cas sur les précédentes productions de Cherry Audio.



