Près de 40 ans après la sortie du Roland Alpha Juno 2, Togu Audio Line tente d’en capturer l’essence avec le TAL-Pha, un synthé virtuel au charme rétro assumé. Synthé utile ou simple nostalgie logicielle ? On a branché nos casques pour en juger.
À la sortie du TAL-Pha, certain·e·s ont pu se demander l’intérêt d’une nouvelle version virtuelle d’un Juno, surtout que TAL propose déjà l’excellent TAL-U-NO-LX à son catalogue. C’est oublier que l’Alpha Juno, que reproduit le TAL-Pha, est une bête bien différente d’un Juno-6/60, et même d’un Juno-106, et que les émulations de ce modèle ne courent pas les rues.
Bien que partageant une architecture présentant de nombreux points communs avec leurs aïeux, les Alpha Juno 1 et 2 (ainsi que la version rack du 2, le MKS-50) embarquent des composants différents et des particularités qui font qu’au final, même si l’on retrouve un tronc commun au niveau du son, les résultats obtenus sont sensiblement différents.
Au jeu des comparaisons, on se rend rapidement compte que, finalement, les Juno-6/60 et Alpha Juno se complètent plutôt bien. Et pour cause : au milieu des années 1980, la déferlante DX7 est passée par là. La mode est alors aux sonorités bien propres et dégagées derrière les oreilles. Pureté et précision sont des mots qu’on retrouve partout dans les publicités et documentations de l’époque (aujourd’hui, c’est plutôt chaud, gras et organique).
Ainsi, les Alpha Juno, comme les JX-8P et JX-10 avant eux, proposent une version plus policée de la synthèse analogique, avec les contrôles directs des paramètres remplacés par une interface où l’on saisit le numéro du paramètre avant de l’éditer via la molette Alpha Dial (oui, c’est bien de là que vient le nom). Mais surtout, ils offrent un son bien plus précis que celui des Juno-6/60. Enfin, comme nous allons le voir, les particularités mentionnées plus haut permettent une plus grande polyvalence et des sons impossibles à obtenir sur les modèles précédents.
Pour les puristes, rappelons que les moteurs sonores des Alpha Juno 1 et 2 sont identiques : parmi les changements notables, le Juno 1 ne propose que 49 touches sans vélocité ni aftertouch. Les autres différences se limitent au stockage et à la gestion de la pédale d’expression.
Historique de TAL : la précision suisse au service de l’analogique virtuel

Ces premières productions se font rapidement remarquer dans le monde des freewares par leur grande qualité et apportent à TAL une bonne crédibilité, ouvrant la voie à la sortie du premier plugin commercial, le TAL-U-No-LX, réécriture complète du U-No-62, cette fois avec des filtres zero feedback délai. Cette nouvelle mouture fait forte impression par sa fidélité, inédite à l’époque, au son du Juno-60.

Plus récemment, TAL a surpris son monde avec le TAL-EQ, un égaliseur dynamique et graphique dont l’ergonomie rappelle celle des produits FabFilter. Et avant lui, le TAL-Pha — sujet de ce test — a débarqué pour modéliser le Roland MKS-50, autrement dit la version rack de l’Alpha Juno 2.
Installation et interface du TAL-Pha : compatibilité étendue et ergonomie immédiate

Sur la page About du site officiel, TAL précise que l’entreprise n’est pas axée sur le marketing mais aussi qu’elle préfère éviter les systèmes de protection complexes et coûteux. L’installation se fait ainsi très simplement : un installeur classique, puis la saisie d’un numéro de série unique. C’est tout confort pour l’utilisateur qui a acheté sa licence. Mentionnons également que les mises à jour sont régulières et gratuites. Le mode d’emploi au format PDF recense l’ensemble des fonctionnalités, mais reste un peu succinct.
Dès l’ouverture, le TAL-Pha nous emmène en terrain connu : c’est du TAL pur jus. Interface claire, design sans fioritures, et cette patte visuelle légèrement rétro qui évoque les synthés hardware sans tomber dans la nostalgie forcée. Les sections sont bien séparées et permettent de comprendre d’un coup d’œil la topologie sonore. Tout est à sa place, tout est lisible.

Le TAL-Pha propose un navigateur de présets simple mais efficace, avec gestion des banques, fonction de recherche et tags (ça fera plaisir à Los Teignos ;)). Les présets d’usine de l’Alpha Juno sont inclus, accompagnés de nouveaux sons qui tirent parti des effets et des nouvelles fonctionnalités du plugin. L’import de Sysex permet par ailleurs de charger les sons des modèles hardware originaux, que l’on trouve d’ailleurs en grande quantité en ligne.

- TAL-Pha – analogpad system00:49
- TAL-Pha – Darkpad system00:54
- TAL-Pha – Darksilk00:44
- TAL-Pha – Synthstrings Soleil hiver01:09
- TAL-Pha – Universal Shine01:42
- TAL-Pha – Plastikon arp00:33
- TAL-Pha – synthbass TPLF01:37
- TAL-Pha – Dressed in strings01:22
- TAL-Pha – Attack Ensemble Bizarre00:37
Le moteur sonore du TAL-Pha : l’esthétique Alpha Juno entre analogique et précision numérique

On retrouve cette fameuse clarté un peu « hi-fi », propre aux Alpha Juno et aux JX-8P/JX-10, qui faisait tout leur charme. Là où un Juno-60 grogne et respire, le TAL-Pha caresse et brille, avec la précision caractéristique de la période post-DX7.
Si les Juno-6/60 sont des machines à pads chaleureux et basses vintage, l’Alpha (et donc le TAL-Pha) se distingue par sa polyvalence : des timbres tour à tour moelleux, métalliques, numériques ou acides. Idéal pour les leads tranchants, les nappes brillantes, les basses punchy et, bien sûr, les fameux « hoovers » des années 90.
C’est dans ces timbres hybrides, ni totalement analogiques, ni complètement numériques, que le TAL-Pha révèle toute sa personnalité.

- TAL-Pha – Almost PPG This night01:29
- TAL-Pha – Emerald Souvenir00:29
- TAL-Pha – Euphorykey Souvenir00:31
- TAL-Pha – Hammerbonk Around00:33
- TAL-Pha – Neonic key said01:01
- TAL-Pha – Rapidarpy00:34
- TAL-Pha – Aetherpipie01:07
- TAL-Pha – ambient constellation00:40
- TAL-Pha – Blanket00:46
- TAL-Pha – Cyclotronica00:30
- TAL-Pha – InnerDream – sync – Android01:54
- TAL-Pha – Principe of incertainty01:22
- TAL-Pha – Universal Shine reverb01:43
- TAL-Pha – wishfull00:25
Architecture et synthèse du TAL-Pha : oscillateurs, enveloppes et filtres spécifiques Alpha Juno

Le TAL-Pha ajoute en plus une onde dent de scie en remplacement du square, ce qui permet de cumuler deux saw, ainsi que la possibilité de régler individuellement le volume de chaque forme d’onde, et de régler l’accord et l’accord fin du pulse, ainsi qu’une synchro qui synchronise le DCO et le sub. Au final, cela revient presque à avoir deux oscillateurs en plus du sub.
Autre particularité : l’enveloppe multisegment (T1/L1/T2/L2/T3/L3/T4). Elle dispose, en plus des paramètres classiques, de contrôles de volume pour les étapes Attack et Decay, ainsi qu’un paramètre de temps pour le Sustain. (Note : ce type d’enveloppe se retrouvera plus tard sur de nombreux produits Roland, comme le D50, le JV-80 ou le JD-800). Grâce à elle, il est possible de créer des variations beaucoup plus complexes qu’une simple ADSR, et de programmer des rebonds et des sons mouvants. L’enveloppe peut moduler le DCO, le VCF et le VCA, donnant ainsi un son étonnamment dense et vivant, malgré la simplicité apparente du synthé.

- TAL-Pha – Double Env00:44
- TAL-Pha – What the01:13
Le filtre, lui aussi différent des Juno précédents, possède ce caractère typiquement Roland. Le TAL-Pha propose trois types : Normal, qui reproduit le comportement classique de l’Alpha Juno ; Clean, et Boost, qui permet à la résonance d’atteindre des valeurs très élevées, jusqu’à une auto-oscillation agressive.

- TAL-Pha – Amour Alphunk Boostl filter (avec limiter)00:46
- TAL-Pha – Amour Alphunk Clean filter00:46
- TAL-Pha – Amour Alphunk Normal filter00:46
Le filtre passe-haut fonctionne comme sur le Juno-106 avec réglages par paliers fixes et un circuit bass boost en position zéro. Dans cette dernière position, un filtre low-shelf amplifie le signal autour de 500 Hz. Le TAL-Pha ajoute en plus un mode alternatif, utilisant un filtre en cloche qui augmente le signal de 6 dB autour de 80 Hz.
Comme sur l’original, le TAL-Pha possède la fameuse fonction Chord, qui permet de jouer un accord complet sur une seule touche. Elle prend une nouvelle dimension lorsqu’elle est utilisée en conjonction avec l’arpégiateur du TAL-Pha.
Effets intégrés, calibration des voix et fonctions avancées du TAL-Pha
En plus de l’émulation du Chorus original, avec sa vitesse paramétrable, le TAL-Pha propose trois effets qui enrichissent efficacement le son : une réverbe, qui, sans être transcendante, fait très correctement le job ; un délai ; et un égaliseur en cloche. De manière surprenante, le chemin du signal ne suit pas l’ordre de gauche à droite affiché sur l’interface graphique. En réalité, le trajet s’effectue dans cet ordre : Chorus > EQ > Delay > Reverb. Pour bien le suivre visuellement, il faut donc partir du chorus, puis descendre vers l’égaliseur et lire de droite à gauche. Ce n’est pas très intuitif au premier abord, mais une fois qu’on le sait, ce n’est pas un problème.
Aucun bypass n’est disponible, mais en plaçant le paramètre Wet à zéro, les effets ne se feront pas entendre. Il est également impossible de changer l’ordre de ces effets. On comprend que ceux-ci n’ont été pensés que comme des compléments, l’essentiel se trouvant dans le synthétiseur lui-même. Il est en revanche possible de verrouiller les effets, pour que leurs réglages restent inchangés lors du changement de préset.
Parmi les autres ajouts du TAL-Pha, la page Voice Calibration mérite de s’y attarder. Elle permet de désaccorder légèrement et de varier le comportement des différentes voix du synthé. L’idée est de recréer les micro-instabilités que l’on retrouve parfois sur les circuits analogiques vintage : de petites dérives de pitch, de filtre ou d’enveloppe entre les voix, qui donnent au son plus d’instabilité. En ajustant les niveaux de calibration, on peut passer d’un rendu parfaitement propre et stable, fidèle à l’esprit des Alpha Juno, à un comportement plus vivant, évoquant des machines analogiques plus anciennes à VCO. À ce niveau, les panoramiques des voix sont aussi paramétrables. Associée à la lecture en round robin des voix, cette fonctionnalité ouvre aussi la porte à des usages plus créatifs. Comme pour les effets, les paramètres peuvent être verrouillés lors des changements de présets.

- TAL-Pha – Amour Brotroid Mono00:46
- TAL-Pha – Amour Brotroid Poly6 VC RR00:46
Un petit arpégiateur est également présent, très proche de celui du TAL-U-NO-LX. Très simple, il fait le job efficacement. Dommage toutefois que le step sequencer du TAL-BassLine-101 n’ait pas été repris.
Les possesseurs d’un Alpha Juno 1 ou 2, ou même d’un MKS-50, seront ravis d’apprendre que le TAL-Pha ne se limite pas à être un simple plugin : il peut également faire office de contrôleur pour ces modèles hardware.
Pour finir, mentionnons la prise en charge du MPE (MIDI Polyphonic Expression). Cela permet de moduler chaque note individuellement, offrant une dimension expressive inédite par rapport au matériel original, la polyphonie étendue à 12 voix, un unisson jusqu’à sept voix, et, bien entendu, la fonction MIDI Learn.
Le TAL-Pha permet aussi de personnaliser les couleurs de l’interface graphique à sa guise, en plus des quelques thèmes prédéfinis proposés. Les changements se font par saisie de valeurs alphanumériques, un système un peu austère, dommage que TAL n’ait pas repris le système plus convivial du TAL-Sampler, autrement plus pratique.





