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Test du Leviasynth d’ASM - Le monstre des abysses

8/10

Après la très réussie série Hydrasynth, ASM revient sur le devant de la scène avec le Leviasynth, un synthé polyphonique hybride à algorithmes repoussant les limites de la FM grâce à une interface utilisateur particulièrement soignée. De quoi nous faire aimer cette synthèse intimidante ?

Test du Leviasynth d’ASM : Le monstre des abysses

La société ASM (Ashun Sound Machines) s’est fait connaitre en 2019 avec l’Hy­dra­synth, un synthé numé­rique poly­pho­nique huit voix. Elle appar­tient au groupe hong­kon­gais Medeli, facteur d’ins­tru­ments de musique élec­tro­niques fondé en 1983. Elle est toujours prési­dée par Fanny Cheng, la direc­tion géné­rale est entre les mains de Glen Darcey (ancien de chez Roland, Akai et Artu­ria) et les ventes placées sous la direc­tion de Daniel Troberg (ancien de chez Elek­tron). L’équipe s’est bien étof­fée, puisqu’elle compte désor­mais une dizaine de colla­bo­ra­teurs perma­nents (mana­ge­ment, concep­tion, indus­tria­li­sa­tion, commu­ni­ca­tion, ventes). L’Hy­dra­synth a été à la fois un coup d’es­sai et un coup de maitre, alliant une belle poly­va­lence sonore, un puis­sant moteur de synthèse et une remarquable inter­face utili­sa­teur. Leviasynth 2tof 25 ArtLa famille s’est agran­die. Elle compte désor­mais le synthé origi­nel (49 touches), le module rackable (24 pads), le synthé compact (37 mini-touches) et le modèle Deluxe (73 touches, 16 voix, bitim­bral). Tous béné­fi­cient de la pres­sion poly­pho­nique pour une expres­si­vité accrue.
Les années passant, on se deman­dait bien si la marque allait un jour sortir un nouveau synthé et dans quelle direc­tion elle allait s’orien­ter, vu que l’Hy­dra­synth inté­grait déjà bon nombre de modules perfor­mants et origi­naux. La réponse est venue au NAMM 2026, avec la présen­ta­tion du Levia­synth, un synthé impres­sion­nant mêlant algo­rithmes et filtres analo­giques. Sitôt annoncé, sitôt dispo­nible dans le monde entier, sitôt prêté pour un test. Merci Sonic Sales, impor­ta­teur de la marque pour l’Al­le­magne, l’Au­triche, le Bene­lux, la Suisse et la France, de nous avoir envoyé l’un des premiers modèles dispo­nibles (OS 1.1.1 testé, qui, au passage n’est pas « review ready » comme nous l’a précisé le construc­teur, alors qu’il équipe les premiers modèles commer­cia­li­sés).

Qualité de construc­tion remarquable rehaus­sée d’un clavier à pres­sion poly­pho­nique

Leviasynth 2tof 03 GaucheLe Levia­synth est d’em­blée présenté sous deux formats : clavier (61 touches) et module rackable (16 pads). Nous avons testé le modèle clavier. La construc­tion est toujours aussi soignée et la face avant impres­sionne par le nombre de commandes illu­mi­nées : boitier en métal rigide, 9 poten­tio­mètres vissés, 9 enco­deurs lisses bien ancrés, 9 enco­deurs lisses cerclés de LED de posi­tion, un gros enco­deur à détente rétroé­clairé, 74 boutons-pous­soirs, 2 molettes rétroé­clai­rées et un grand ruban de modu­la­tion qui couvre exac­te­ment 4 octaves. Il est capable de créer des modu­la­tions mono ou bipo­laires et peut fonc­tion­ner en modes pitch­bend, modu­la­tion ou Théré­mine (une note est main­te­nue tant qu’on appuie dessus et trans­po­sée en continu quand on fait glis­ser le doigt, tout cela en prenant les quatre premières octaves comme point de repère).
Leviasynth 2tof 22 ArtLe clavier semi-lesté est d’ex­cel­lente facture, sa réponse à la vélo­cité et à la pres­sion poly­pho­nique s’avère meilleure que sur l’Hy­dra­synth. C’est un modèle déve­loppé par Medeli, qui se distingue (entre autres) des modèles Fatar par l’em­ploi de touches noires un peu plus larges en partie supé­rieure (plus « verti­cales »). La sensi­bi­lité est bien équi­li­brée, le rebond est agréable et la pres­sion bien dosée : pas de déclen­che­ments intem­pes­tifs à forte vélo­cité et maitrise de la modu­la­tion sur la course pour­tant réduite sur ce genre de clavier (ce n’est pas un Osmose). On trouve de nombreux réglages pour en para­mé­trer la réponse : courbe pour la vélo­cité ; délai, fondu, courbe, déca­lage, relâ­che­ment pour la pres­sion. Le synthé mesure 97 × 35 × 12 cm et ne pèse que 12 kg, excellent compte tenu de la qualité de la construc­tion. La version module mesure 44 × 27 × 9 cm pour 5 kg. Elle peut être montée en rack 19 pouces, les équerres sont four­nies, merci. Dotée du même moteur sonore que son grand frère, elle lui concède le clavier, le ruban et quelques commandes directes (enco­deurs d’ar­pèges, sélec­tion directe de l’al­go­rithme), mais ajoute une rangée de 16 pads à vélo­cité et pres­sion poly­pho­niques.

Ergo­no­mie exem­plaire grâce à des commandes judi­cieuses et des graphismes travaillés

Leviasynth 2tof 17 EnvNous avions salué l’er­go­no­mie exem­plaire de l’Hy­dra­synth, celle du Levia­synth est encore meilleure. Le tour de force d’ASM est d’être parvenu à créer un synthé complexe, mais pas compliqué, grâce à des pages de modules appe­lées depuis la façade et à un écran couleur tactile au graphisme parti­cu­liè­re­ment soigné. Typique­ment, on sélec­tionne un (plusieurs) opéra­teur(s) ou un module dans la zone appro­priée (qui repré­sente le parcours du signal et des modu­la­tions préas­si­gnées), puis on l’édite grâce aux huit enco­deurs placés de part et d’autre de l’écran. Des graphiques couleur nous y assistent : algo­rithmes détaillés, formes d’ondes, enve­loppes, moni­to­ring des niveaux… Par exemple, les enve­loppes de niveau des huit opéra­teurs s’af­fichent simul­ta­né­ment, chacune avec sa couleur, et on peut suivre leur progres­sion en temps réel, c’est aussi spec­ta­cu­laire qu’utile. Si un module néces­site plusieurs pages, les touches de navi­ga­tion s’illu­minent. Les huit enco­deurs centraux offrent trois vitesses d’édi­tion (+ inver­sion de réso­lu­tion avec la fonc­tion Shift) et sont cerclés de diodes pour indiquer la valeur des para­mètres asso­ciés. D’autres commandes sont rétroé­clai­rées avec des LED dont la couleur varie suivant le contexte. Certains para­mètres cruciaux disposent de rota­tifs dédiés en façade, tels que les enve­loppes des opéra­teurs, les filtres et l’ar­pé­gia­teur. Certains enco­deurs sont capa­ci­tifs, il suffit de poser un doigt dessus pour que la valeur du para­mètre concerné s’af­fiche dans une fenêtre provi­soire, sympa. Les touches Init / Random / Save n’ont pas été oubliées, merci. Enfin, l’as­si­gna­tion des sources aux desti­na­tions de modu­la­tion se fait en main­te­nant direc­te­ment les touches concer­nées, ce qui ouvre une page pour fina­li­ser l’édi­tion.
Leviasynth 2tof 21 ArrièreCôté connec­tique, il y en a un peu partout. En façade d’abord, avec des prises mini-jack : deux entrées CV, une sortie CV Pitch, une sortie Gate, deux sorties CV de modu­la­tion assi­gnables et une sortie horloge, de quoi se connec­ter au monde des modu­laires. Sur l’avant gauche ensuite, avec deux prises casque (jack 6,35 et mini-jack stéréo) et leur petite molette de volume. À l’ar­rière enfin, avec une paire de sorties symé­triques en jack 6,35, deux entrées pour pédale (main­tien, modu­la­tion assi­gnable), un trio Midi DIN, une prise USB-B (Midi complet, micro­lo­gi­ciel, mais pas d’au­dio), une borne pour alimen­ta­tion externe 12V/2A (type bloc à l’ex­tré­mité cheap) et un inter­rup­teur secteur. Une seule paire de sorties audio, c’est dommage pour un synthé bitim­bral, mais il faut dire que c’est un peu compliqué de matri­cer 2 paires de sorties stéréo avec un synthé poly­pho­nique 16 voix à base de VCF/VCA.

De belles textures cris­tal­lines et expres­sives avec une banque suisse à l’in­té­rieur

Leviasynth 2tof 18 PushLe Levia­synth est un synthé hybride bitim­bral et poly­pho­nique 16 voix. Tout y est numé­rique à part le second filtre et l’am­pli final, qui sont analo­giques. La mémoire interne contient 8 banques de 128 Singles (programmes simples à 16 voix) et 5 banques de 128 Multi (programmes doubles à 8+8 voix en mode Split ou 8×2 voix en mode Dual), ce qui est très confor­table. Chose curieuse, rien n’in­dique dans un Multi si on est en mode Split ou Dual, une petite mise à jour s’im­pose. Les mémoires Single et Multi sont indé­pen­dantes (les Multi stockent à part tous les réglages de leurs deux programmes), mais on peut aisé­ment copier des éléments de l’une vers l’autre. On peut sélec­tion­ner les sons par numéro, nom, caté­go­rie et/ou auteur : cela permet de dégus­ter les excel­lents programmes concoc­tés par l’ami Push-Pull, qui a fait partie de l’équipe sound design du Levia­synth, bravo ! Se faire une banque suisse, ça ne se refuse pas, d’au­tant qu’il y en a d’autres en déve­lop­pe­ment, dont on peut écou­ter quelques extraits dans le lecteur audio ci-dessous. Les numé­ros de programmes Single et Multi peuvent être placés dans une liste de favo­ris (sans limite de taille appa­rente) pour rappel rapide et clas­se­ment.
Leviasynth 2tof 07 MolettesLe Levia­synth fait preuve d’une expres­si­vité excep­tion­nelle, que ce soit avec le clavier, les commandes directes ou les contrô­leurs physiques (molettes, ruban, pédales). Le moteur sonore permet des modu­la­tions infi­nies (matrice, macro, arpé­gia­teur, séquen­ceur) et est hyper réac­tif aux contrô­leurs physiques. Le synthé est très à l’aise dans les sons cris­tal­lins, tran­chants, vifs, évolu­tifs, planants. Un mode binau­ral permet d’élar­gir l’am­pleur stéréo (la poly­pho­nie est alors divi­sée par deux). Le Levia­synth est égale­ment capable de sono­ri­tés plus basiques, plus « analo­giques », mais ce n’est pas là qu’il se distingue le plus, avec un carac­tère plus inci­sif que chaleu­reux. À vrai dire, le VCF passe-bas nous a un peu déçus. Là où on atten­dait du grain, on a un résul­tat un peu terne, avec une colo­ra­tion dans le médium, peut-être liée au drive ou à la compen­sa­tion de réso­nance. Lorsqu’on augmente la réso­nance, l’ef­fet n’est pas spec­ta­cu­laire, jusqu’à ce que le VCF entre en auto-oscil­la­tion, et là, ça devient assez brutal, à moins d’y aller sur la pointe du bout des doigts. La plupart du temps, nous nous sommes rabat­tus sur le DCF qui est tout à fait remarquable. Côté effets, nous avons appré­cié la plupart des algo­rithmes propo­sés, bien que les réverbes nous aient paru un poil métal­liques quand on les dose trop fort. Enfin, signa­lons qu’un biblio­thé­caire (ASM Mana­ger) est dispo­nible sur PC/Mac pour orga­ni­ser ses programmes et mettre à jour le micro­lo­gi­ciel.

Levia­synth_1audio 01 FM Layer
00:0001:11
  • Levia­synth_1audio 01 FM Layer01:11
  • Levia­synth_1audio 02 CS Control00:56
  • Levia­synth_1audio 03 Fair Lite00:46
  • Levia­synth_1audio 04 Old Timer01:11
  • Levia­synth_1audio 05 Twi Light00:49
  • Levia­synth_1audio 06 Phat Levia01:08
  • Levia­synth_1audio 07 Trivial Split00:39
  • Levia­synth_1audio 08 Steppe Mod00:35
  • Levia­synth_1audio 09 Nost Algia00:42
  • Levia­synth_1audio 10 Beast Forest00:52
Push-Pull 106 Reverse Bells
00:0000:24
  • Push-Pull 106 Reverse Bells00:24
  • Push-Pull Baroque Strings00:19
  • Push-Pull Cyber Jazz00:42
  • Push-Pull Eigh­ties Pop Compo­ser00:16
  • Push-Pull Mama01:07
  • Push-Pull Syncla­vier Complex Pad00:44
  • Push-Pull Trip Hop Mood00:34
  • Push-Pull Zurich Bari­tone Sax00:24

 

Huit oscil­la­teurs porteurs et modu­la­teurs assem­blés à volonté dans des algo­rithmes

Leviasynth 2tof 10 ModulesLe Levia­synth est quali­fié de synthé à algo­rithmes et filtres analo­giques. Chacune de ses 16 voix compte 8 oscil­la­teurs, un DCF, un VCF, un VCA, 5 LFO et 13 enve­loppes. Impres­sion­nant ! Les voix peuvent être jouées en poly, mono, unis­son, avec diffé­rents modes de rota­tion, densité, espa­ce­ment stéréo, glide/glis­sando, snap (renfor­ce­ment de l’at­taque), tempé­ra­ment / gamme micro­to­nale (plusieurs dizaines dispo­nibles ou program­mables) et dérive analo­gique modé­li­sée. Un oscil­la­teur peut être porteur (source sonore), modu­la­teur (modu­la­tion audio) ou les deux à la fois (il possède une sortie audio et module d’autres opéra­teurs). Un algo­rithme est une combi­nai­son qui régit les liens entre les 8 oscil­la­teurs. Le Levia­synth en comprend 144 prépro­gram­més, inté­grant des confi­gu­ra­tions à l’ho­ri­zon­tale (addi­tion de porteurs), en diamant, en arbo­res­cence, en cascade, à la verti­cale (modu­la­tions de modu­la­tions)… On peut même faire du morphing en passant progres­si­ve­ment entre 8 algo­rithmes, ce qui donne des résul­tats d’un inté­rêt sonore souvent discu­table. Et si on ne trouve toujours pas son bonheur, on peut fabriquer très simple­ment son propre algo­rithme, grâce à un éditeur graphique fort bien conçu sous forme de matrice tout en couleur. On sent que les ingé­nieurs concep­teurs se sont faits plai­sir, voulant créer le synthé algo­rith­mique ultime.
Leviasynth 2tof 12 Alg1Chaque oscil­la­teur est essen­tiel­le­ment défini par sa forme d’onde, sa fréquence et son niveau. Ces gran­deurs sont variables et modu­lables à l’in­fini via la matrice de modu­la­tion. Les formes d’ondes sont au nombre de 323, avec diffé­rentes décli­nai­sons d’ondes sur un cycle. Leur phase peut être inver­sée ou déca­lée. Les niveaux, cruciaux dans ce genre de synthèse, sont direc­te­ment modu­lés par une enve­loppe dédiée (une par oscil­la­teur) ; le niveau d’un porteur gère son volume, tandis que le niveau d’un modu­la­teur gère sa quan­tité de modu­la­tion. Les para­mètres cruciaux pour ce genre de synthèse sont bien présents : fréquence fine ou ratio, niveau, feed­back, enve­loppe, suivi de clavier. En tout, il y a 5 pages de réglages rien que pour les oscil­la­teurs ! Nous avons déjà évoqué la possi­bi­lité de fonc­tion­ner en mode binau­ral (oscil­la­teurs stéréo regrou­pés par deux), pour créer des sons très amples. On défi­nit ensuite le type de modu­la­tion entre deux oscil­la­teurs : FM, modu­la­tion de phase, PWM, synchro, distor­sion de phase (carrée, dent de scie, combi­née). Bref, les possi­bi­li­tés sont abys­sales, à nous de trou­ver les combi­nai­sons musi­ca­le­ment utiles, pas toujours immé­diates.

Une combi­nai­son série DCF multi­mode et VCF compensé pour sculp­ter le son

Leviasynth 2tof 15 VowelsLes sorties des oscil­la­teurs porteurs sont mélan­gées (réglages indi­vi­duels et global des volumes) puis entrent dans la section filtres. Celle-ci asso­cie un DCF et un VCF en série dont l’ordre est fixe. Le DCF comprend 18 modes héri­tés de l’Hy­dra­synth : SEM (type Oberheim 2 pôles à variables d’état conti­nues LP-BP-HP et LP-NO-HP), passe-haut (MS20 2 pôles, Three­ler 3 pôles, Stei­ner-Parker 2 pôles), passe-bande (Stei­ner-Parker 2 pôles, Three­ler 3 pôles), passe-bas (2 et 4 pôles en échelle, 2 et 4 pôles compen­sés, LP Gate type Buchla 2 pôles, MS-20 2 pôles, Three­ler 3 pôles, Stei­ner-Parker 2 pôles, 1 pôle et 8 pôles) et voyelles. Un para­mètre permet de passer progres­si­ve­ment entre les états du filtre SEM ou d’ajou­ter de la satu­ra­tion pour les autres filtres. Les filtres Three­ler 3 pôles combinent 3 filtres 1 pôle déve­lop­pés par Ian Fritz. Le filtre à voyelles permet d’en­chai­ner et modu­ler progres­si­ve­ment des formants de voix AEIOU dans 8 ordres diffé­rents. Tous les réglages cruciaux sont ultra précis, avec une réponse parfai­te­ment lisse. Suivant le modèle de filtre, pous­ser la réso­nance créée de l’auto-oscil­la­tion, dont la puis­sance et la stabi­lité dépendent forte­ment des réglages d’en­trée et de satu­ra­tion. Une atten­tion parti­cu­lière est à porter sur ce point si on veut un bon niveau de drive tout en évitant l’agres­si­vité. Ce drive peut être placé avant ou après filtrage. La fréquence de coupure peut être direc­te­ment modu­lée par le LFO1, l’en­ve­loppe 1, la vélo­cité sur l’en­ve­loppe, la pres­sion poly­pho­nique et le suivi de clavier (+/- 200% pour ce dernier, bien vu !).
Leviasynth 2tof 16 NiveauxLe niveau de sortie du DCF peut être dosé (atté­nua­tion et ampli­fi­ca­tion) avant d’at­taquer le VCF. Il s’agit d’un filtre passe-bas 4 pôles réso­nant avec pré-drive. Il peut entrer en auto-oscil­la­tion. La fréquence de coupure est direc­te­ment modu­lable par le LFO2, l’en­ve­loppe 2, la vélo­cité sur l’en­ve­loppe, la pres­sion poly­pho­nique et le suivi de clavier. Là encore, les réglages sont très précis, c’est néces­saire si on veut faire sonner ce VCF dans un esprit vintage. A vrai dire, nous n’y sommes pas parve­nus et ce VCF nous a laissé sur notre faim, entre manque de carac­tère et excès d’agres­si­vité, comme déjà mentionné. La sortie du VCF attaque enfin le VCA final. Le module permet de régler les niveaux aux diffé­rentes étapes du parcours du signal : sortie des oscil­la­teurs, DCF, VCA et programme. Une page dédiée avec vumètres permet de visua­li­ser clai­re­ment où on en est à chaque étape, on ne peut que recom­man­der d’y prêter la plus grande atten­tion si on veut conser­ver un son chaud et pas trop sursa­turé, cela nous rappelle notre véné­rable Andro­meda qu’il faut surveiller comme le feu sous le lait si on veut conser­ver un carac­tère analo­gique. Le VCA peut être direc­te­ment modulé par le LFO3, l’en­ve­loppe 3, la vélo­cité sur l’en­ve­loppe, la pres­sion poly­pho­nique et le suivi de clavier. Il n’y a pas de réglage de pano­ra­mique fixe par programme, cela se passe au niveau du mode de voix (disper­sion stéréo pour les oscil­la­teurs mono ou pano­ra­mique pour les oscil­la­teurs stéréo, acti­vable pour les oscil­la­teurs porteurs / modu­la­teurs ou pour les deux), des macros ou de la matrice de modu­la­tion. En mode Multi, on peut toute­fois régler la posi­ton stéréo de chaque couche.

Des modu­la­tions infi­nies assu­rées par une grosse matrice et de multiples LFO & enve­loppes

Leviasynth 2tof 24 ArtLes possi­bi­li­tés de modu­la­tion du Levia­synth sont abys­sales. Cela commence par 13 (treize !) enve­loppes DAHDSR, dont 8 préas­si­gnées aux niveaux des oscil­la­teurs, 3 préas­si­gnées aux DCF/VCF/VCA et 2 libres d’as­si­gna­tion. Toutes sont réas­si­gnables via la matrice de modu­la­tion. Les segments de temps vont de 0 ms à plusieurs dizaines de secondes suivant le mode de vitesse (rapide / lent). Ils peuvent être synchro­ni­sés à l’hor­loge et s’ex­priment dans ce cas en divi­sions ou multiples tempo­rels. Les courbes des segments ADR sont modi­fiables en continu, de loga­rith­mique à expo­nen­tielle, ce qui offre des profils de réponse très variés, du plus claquant au plus progres­sif. Elles peuvent aussi être quan­ti­fiées (esca­liers). L’écran affiche le profil des enve­loppes en temps réel, avec super­po­si­tion spec­ta­cu­laire pour les 8 enve­loppes des oscil­la­teurs. Les enve­loppes peuvent être déclen­chées en mode legato, redé­clen­chées en cas de dépas­se­ment de poly­pho­nie, pour­sui­vies libre­ment ou bouclées (de 2 à 50 fois ou à l’in­fini). On peut copier les para­mètres d’une enve­loppe vers une autre, c’est bien pratique.
Passons aux LFO, au nombre de 5, tout comme sur l’Hy­dra­synth, les 3 premiers étant pré-assi­gnés aux DCF/VCF/VCA. On trouve 11 formes d’onde distinctes dont les grands clas­siques, un S&H, un bruit, une onde aléa­toire et une onde à pas program­mables. Dans ce dernier cas, on fabrique sa propre forme d’onde à partir de huit points de modu­la­tion. La fréquence varie de 0 à 25 Hz (mode lent) ou de 0 à 150 Hz (mode rapide) et s’ex­prime en multi­pli­ca­tions/divi­sions tempo­relles lorsqu’on la synchro­nise au tempo. Les LFO peuvent oscil­ler par voix ou globa­le­ment. On peut aussi régler le délai, le fondu d’en­trée, la phase de l’onde et le niveau de modu­la­tion. La forme d’onde peut être quan­ti­fiée (esca­liers) et le cycle lu une seule fois (type enve­loppe). Tout comme pour les enve­loppes, on peut copier les para­mètres d’un LFO à un autre. Là encore, on sent que les concep­teurs se sont lâchés et on se demande bien qui va utili­ser autant d’op­tions.
Leviasynth 2tof 13 Alg3Mais ce n’est pas fini ! Le mode macro permet de pilo­ter 8 desti­na­tions simul­ta­nées avec chacun des 8 enco­deurs situés de part et d’autre de l’écran, avec modu­la­tions bipo­laires indé­pen­dantes. Par exemple, tour­ner un enco­deur peut en même temps modi­fier la modu­la­tion entre deux oscil­la­teurs, augmen­ter la fréquence d’un filtre, dimi­nuer la vitesse d’un LFO et allon­ger le temps de réverbe. Une page spéciale permet d’as­si­gner les desti­na­tions aux macros de manière très intui­tive.
Vient enfin la matrice de modu­la­tion à 32 cordons, permet­tant de router 170 sources vers 425 desti­na­tions (gloups !), avec modu­la­tions bipo­laires. L’as­si­gna­tion est immé­diate : dans les pavés de modules en façade, on main­tient le bouton de la source puis on sélec­tionne celui de la desti­na­tion, avant de fina­li­ser les réglages à l’écran. Parmi les sources, citons les enve­loppes, les LFO (bipo­laires ou posi­tifs), la pres­sion (poly ou mono), le suivi de clavier, la vélo­cité (initiale et de relâ­che­ment), les molettes, le ruban (absolu bipo­laire, absolu unipo­laire, rela­tif), les deux pédales, les deux entrées CV, les para­mètres MPE (X, Y absolu, Y rela­tif, vélo­cité de relâ­che­ment) et les 128 CC Midi. Parmi les desti­na­tions, les oscil­la­teurs (fréquence, niveau, onde, phase, FM, feed­back, pano­ra­mique), les filtres (coupure, réso­nance, drive, formant, morphing, enve­loppe, LFO, niveau), le VCA (niveau, LFO), les para­mètres d’ef­fets (prédé­fi­nis), les segments des enve­loppes, les LFO (vitesse, quan­tité, quan­ti­fi­ca­tion), les para­mètres de voix (désac­cor­dage, pano­ra­mique, glide, vibrato), les 32 cordons de modu­la­tion (modu­la­tion de modu­la­tion), les 8 macros, l’ar­pé­gia­teur (11 para­mètres), les séquen­ceurs (11 para­mètres), les 2 sorties CV et les 128 CC Midi. Mons­trueux !

Une belle collec­tion d’ef­fets dyna­miques dispo­nibles pour chaque couche sonore

Leviasynth 2tof 05 FlancLa section effets du Levia­synth est direc­te­ment déri­vée de l’Hy­dra­synth, avec quatre effets en série, dispo­nibles pour chaque couche sonore en mode Multi : multief­fets pré-FX, délai, réverbe et multief­fets post-FX. Les deux multief­fets offrent des algo­rithmes iden­tiques : chorus, flan­ger, haut-parleur tour­nant, phaser, lo-fi, tremolo, EQ, compres­seur et distor­sion. Chacun dispose de sept para­mètres éditables via le menu, le dernier étant la balance signal sec/mouillé. Dans chaque algo­rithme, des para­mètres prédé­fi­nis peuvent être modu­lés en temps réel via la matrice. Signa­lons que le compres­seur dispose d’une entrée paral­lèle, à choi­sir parmi l’hor­loge interne, le Tap Tempo ou l’une des deux entrées CV.
Le troi­sième effet est dédié aux délais. On en trouve cinq types : mono, stéréo, ping­pong, LCR et inversé. Cette fois, six para­mètres sont dispo­nibles, la plupart modu­lable via la matrice de modu­la­tion, le temps étant synchro­ni­sable à l’hor­loge. Le troi­sième effet est dédié aux réverbes. On en trouve de quatre types : hall, room, plate, cloud (grains). Six para­mètres sont de nouveau dispo­nibles, là encore pour la plupart modu­lables en temps réel. Un mode spécial permet de geler la queue de réver­bé­ra­tion. Une section bien spéci­fiée et parfai­te­ment inté­grée au reste des para­mètres du synthé.

Un arpé­gia­teur sophis­tiqué doublé d’un séquen­ceur à mouve­ments fort bien pensé

Leviasynth 2tof 23 ArtLe Levia­synth intègre un arpé­gia­teur très complet et des commandes directes en façade bien pratiques : des enco­deurs pour le sens de lecture, la trans­po­si­tion d’oc­tave, le Gate et l’en­tro­pie, des touches pour l’ac­ti­va­tion, le Tap Tempo (pas de poten­tio­mètre à accès direct hélas) et le main­tien. C’est un peu moins complet que sur l’Hy­dra­synth. Par contre, les réglages acces­sibles via le menu sont très nombreux : divi­sion tempo­relle, trans­po­si­tion d’oc­tave (1–6 suivant 6 modes), sens de lecture (haut, bas, alterné, pendu­laire, accord, motif, ordre joué, aléa­toire figé après un cycle, aléa­toire inté­gral), nombre de notes scan­nées (1–32), numéro de motif (64 Presets, 64 program­mables), entro­pie (algo­rithmes de varia­tions aléa­toires – fonc­tion qui reste à déve­lop­per), swing, ratchets (1–2–4–8, proba­bi­lité de 0 à100%), émis­sion des notes en Midi… En mode Multi, c’est la couche supé­rieure qui défi­nit les para­mètres de l’ar­pé­gia­teur, mais on peut déci­der laquelle des deux joue, de manière fixée, suivant le point de sépa­ra­tion clavier (mode Split) ou suivant un seuil de vélo­cité (mode Dual). Bref, c’est l’un des arpé­gia­teurs les plus puis­sants et singu­liers que nous ayons rencon­tré, mais il n’y en a qu’une instance.
Leviasynth 2tof 08 ArpSeqIl manquait à l’Hy­dra­synth un séquen­ceur, le Levia­synth comble ce vide de fort belle manière. Capable de fonc­tion­ner en même temps que l’ar­pé­gia­teur, le séquen­ceur offre deux pistes poly­pho­niques indé­pen­dantes pour les notes et une piste pour les mouve­ments des 8 enco­deurs macro. Il ne s’agit donc pas d’un step séquen­ceur trans­posé au clavier. La lecture peut se faire suivant 8 direc­tions (avant, arrière, alterné, zigzag, aléa­toi­re…). Les deux séquences de notes peuvent être jouées en paral­lèle ou enchai­nées. Dans un Multi de type Split, on peut créer une séquence bitim­brale en affec­tant les deux séquences aux deux zones de jeu. L’en­re­gis­tre­ment se fait en temps réel ou en pas à pas pour les notes, alors que les mouve­ments s’en­re­gistrent en temps réel unique­ment. Tout cela est faci­lité par des commandes de trans­port et des sélec­teurs de piste en façade. Via le menu, on peut régler le nombre de pas (1–128), la divi­sion tempo­relle, le swing, le Gate, la trans­po­si­tion d’oc­tave, le déca­lage tempo­rel du premier pas lu, la quan­ti­fi­ca­tion, la réserve de poly­pho­nie, les canaux Midi d’émis­sion / récep­tion et la trans­mis­sion CV/Gate. L’édi­tion est de type micro­sco­pique, avec repré­sen­ta­tion graphique des diffé­rents para­mètres pour chaque pas : notes, vélo­cité, Gate, déclen­che­ment, mute, micro-timing, proba­bi­lité et valeur des 8 macros. Il est possible d’en­voyer un motif d’ar­pège en temps réel dans une séquence. Réci­proque­ment, on peut expor­ter une séquence vers un motif d’ar­pège, sympa. Là encore, les déve­lop­peurs se sont lâchés dans ce module très perfec­tionné.

Notre avis : 8/10

Le Levia­synth est un synthé premium complexe sans être trop compliqué, conçu par des passion­nés pour des passion­nés, fondus de synthèse à algo­rithmes et modu­la­tions sans limites. Il offre une vaste pano­plie d’ou­tils pour program­mer, avec des commandes directes bien choi­sies, des fonc­tions avan­cées bien utiles et un agen­ce­ment bien pensé pour accé­der aux nombreux modules dispo­nibles. L’écran couleur tactile est une véri­table réus­site, intel­li­gem­ment orga­nisé et dessiné. Tout cela permet de vite comprendre l’or­ga­ni­sa­tion de la machine et d’al­ler dans les moindres recoins. Le nombre hallu­ci­nant de para­mètres à dispo­si­tion porte parfois à penser que les concep­teurs se sont fait plai­sir, voire se sont lais­sés aller, pour créer le synthé ultime. À tel point qu’on arrive parfois à satu­ra­tion.
Leviasynth 2tof 22 ArrièreAu plan musi­cal, il brille dans les sons très expres­sifs, dyna­miques, tran­chants, avec une certaine agres­si­vité si on ne prend gare aux diffé­rents étages d’am­pli­fi­ca­tion. On peut toute­fois en tirer du gros son bien épais. Le VCF ne se distingue toute­fois pas suffi­sam­ment à notre goût, il n’a pas la saveur de celui du 3rd Wave de Groove Synthe­sis, dans une confi­gu­ra­tion iden­tique des filtres. Enfin, même s’il en partage l’er­go­no­mie et certains modules, le Levia­synth est très diffé­rent de l’Hy­dra­synth, tant sur le plan du moteur de synthèse que du grain sonore. Un beau monstre à domp­ter !

  • Leviasynth 2tof 01 Face
  • Leviasynth 2tof 02 Face
  • Leviasynth 2tof 03 Gauche
  • Leviasynth 2tof 04 Côté
  • Leviasynth 2tof 05 Flanc
  • Leviasynth 2tof 06 Droite
  • Leviasynth 2tof 07 Molettes
  • Leviasynth 2tof 08 ArpSeq
  • Leviasynth 2tof 09 ArpSeq2
  • Leviasynth 2tof 10 Modules
  • Leviasynth 2tof 11 Modules2
  • Leviasynth 2tof 12 Alg1
  • Leviasynth 2tof 13 Alg3
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  • Leviasynth 2tof 20 Arrière
  • Leviasynth 2tof 21 Arrière
  • Leviasynth 2tof 22 Arrière
  • Leviasynth 2tof 22 Art
  • Leviasynth 2tof 23 Art
  • Leviasynth 2tof 24 Art
  • Leviasynth 2tof 25 Art

 

  • Interface utilisateur géniale
  • Excellente qualité de construction
  • Aftertouch polyphonique
  • Grand ruban intégré (modèle clavier)
  • Moteur sonore bitimbral
  • Sonorités dynamiques et très expressives
  • Résolution audio interne élevée
  • Oscillateurs variés avec mode binaural
  • Différentes types d’interaction entre oscillateurs
  • Possibilité de créer des algorithmes utilisateur
  • Filtre numérique multimodes
  • Matrice de modulation surpuissante
  • Macros assignables
  • Précision des réglages
  • Arpégiateur avancé et séquenceur à mouvements
  • Mémoires Single/Multi nombreuses et indépendantes
  • Intégration Midi et MPE complète
  • Connectique CV/Gate bien fournie

  • Ordre DCF -> VCF fixe
  • Filtre analogique un peu banal
  • Partage rigide des voix en mode bitimbral (8+8)
  • Arpèges partagées en mode bitimbral
  • Une seule paire de sorties stéréo
  • Pas d’audio via USB
  • Alimentation externe cheap
Pays de fabrication : Chine
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    Commentaires sur le test : Test du Leviasynth d’ASM
    Merci SW pour ce test très détaillé, difficile de faire autrement avec une telle machine.

    Citation :
    avec une banque suisse à l'intérieur


    😊👍

    S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème.

    Test au top du top, comme d'hab. Merci et bravo Synthwalker :bravo:

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