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Culture / Société
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Le synthétiseur qui a tout changé - Histoire du DX7

Le Yamaha DX7 a marqué un tournant dans la synthèse et la musique des années 1980. Premier synthétiseur numérique et FM grand public, il a transformé la palette sonore des studios et introduit des sons nouveaux devenus incontournables.

Histoire du DX7 : Le synthétiseur qui a tout changé

Le Yamaha DX7 a marqué un tour­nant déci­sif dans l’his­toire de la synthèse musi­cale et dans l’in­dus­trie des studios des années 1980. Premier synthé­ti­seur numé­rique grand public basé sur la synthèse par modu­la­tion de fréquence (FM linéaire en fait), déjà aperçu sur le GS1 et le Syncla­vier, il a ouvert de nouvelles possi­bi­li­tés sonores, impos­sibles à obte­nir sur les synthé­ti­seurs analo­giques qui domi­naient jusque-là. Sa clarté et sa préci­sion sonore, sa capa­cité à produire des timbres fins et faciles à mixer, ainsi que la pureté de son rendu digi­tal, ont fait émer­ger une esthé­tique nouvelle, où la netteté et la préci­sion prenaient le pas sur la chaleur et l’épais­seur des instru­ments analo­giques.

Le Yamaha GS1 : les origines de la synthèse FM avant le DX7

Yamaha GS1

Avant le DX7, Yamaha avait déjà exploré la synthèse FM avec quelques instru­ments. Sous son appa­rence d’ins­tru­ment clas­sique, le GS1, lancé en 1980, était un synthé­ti­seur lourd et coûteux, prin­ci­pa­le­ment destiné aux studios profes­sion­nels et aux musi­ciens fortu­nés et curieux. Le GS1 utili­sait la modu­la­tion de fréquence déve­lop­pée par John Chow­ning à l’Uni­ver­sité de Stan­ford, que Yamaha avait licen­ciée, et offrait un avant-goût des timbres cris­tal­lins et des textures métal­liques qui allaient deve­nir la signa­ture du DX7. Mais il n’était pas vrai­ment destiné à être programmé, prin­ci­pa­le­ment joué. L’idée était de permettre aux musi­ciens de s’es­sayer à cette nouvelle synthèse sans avoir à la comprendre. Tout comme pouvoir profi­ter de timbres diffé­rents avec une expres­si­vité proche des instru­ments clas­siques. Le GS1 dispo­sait d’une poly­pho­nie de 16 voix et, malgré son archi­tec­ture à 8 opéra­teurs, les utili­sa­teurs n’avaient pas le loisir de choi­sir lesquels seraient porteurs et lesquels seraient modu­la­teurs (voir les prin­cipes de la synthèse FM dans cet article). Quelques commandes permet­taient portant de modi­fier un peu les timbres. Le GS1 propo­sait égale­ment un effet de chorus, et les sons pouvaient être chan­gés à tout moment en char­geant d’autres sons stockés sur la carte magné­tique de l’ins­tru­ment. Yamaha avait opté pour un clavier pondéré de 88 touches, sensible à la vélo­cité et à l’af­ter­touch, avec des contrôles de perfor­mance compre­nant une pédale de vibrato, une pédale de trémolo et une pédale de sustain. Le prix initial du GS1 le mettait hors de portée de la plupart des utili­sa­teurs au début des années 1980. Yamaha tenta de remé­dier à la situa­tion avec la sortie du GS2, essen­tiel­le­ment une version moins coûteuse du GS1, dotée de fonc­tion­na­li­tés réduites. Malheu­reu­se­ment, le GS2 ne réus­sit pas non plus à séduire une large base d’uti­li­sa­teurs. Yamaha décida alors de chan­ger de stra­té­gie pour ses prochains instru­ments utili­sant la modu­la­tion de fréquence.

Yamaha DX7 : fonc­tion­ne­ment de la synthèse FM et nouvelles possi­bi­li­tés sonores

Yamaha DX7 -1

Le DX7 n’était pas seule­ment un instru­ment numé­rique : il propo­sait une approche entiè­re­ment nouvelle de la synthèse sonore. Sa base repo­sait sur le même prin­cipe que le GS1, en utili­sant la modu­la­tion de fréquence. Mais cette fois, l’uti­li­sa­teur·­rice béné­fi­ciait d’un contrôle total sur la program­ma­tion des sons. La FM permet­tait de géné­rer des sons riches en harmo­niques, avec des timbres métal­liques, brillants ou percus­sifs, diffi­ciles à obte­nir, sinon impos­sibles, sur les synthé­ti­seurs analo­giques clas­siques. Les sons du DX7 offraient une finesse inédite et ils étaient faciles à mixer, car leur clarté et leur défi­ni­tion rédui­saient les effets de masquage entre instru­ments dans un mix complexe. La manière de program­mer était, elle aussi, inédite : plutôt que des curseurs et des poten­tio­mètres, le DX7 propo­sait des boutons à membrane asso­ciés à un petit écran. À l’époque, c’était d’une moder­nité exem­plaire. En conce­vant un son sur un DX7, on deve­nait program­meur, et des termes comme « algo­rithmes » (au nombre de 32) et « opéra­teurs » (au nombre de six), utili­sés par Yamaha pour struc­tu­rer les nombreuses fonc­tions de synthèse, renforçaient cette impres­sion de moder­nité. Le clavier du DX7, sensible à la vélo­cité et à l’af­ter­touch, appor­tait une expres­si­vité inédite dans cette gamme de prix. Car oui, il ne faut pas l’ou­blier : à sa sortie, l’un des grands atouts du DX7 était son prix. Un synthé­ti­seur propo­sant une nouvelle forme de synthèse, des timbres inédits, des mémoires, un clavier expres­sif de qualité et le MIDI… à ce prix, c’était du jamais vu. Mais cette richesse avait un revers : une complexité de program­ma­tion souvent décou­ra­geante pour les artistes. Habi­tués à la chaîne VCO-VCF-VCA, les synthé­tistes de l’époque furent souvent dérou­tés par cette nouvelle manière de program­mer. Rares sont ceux qui allèrent jusqu’à créer entiè­re­ment leurs propres sons. Il y en eut quand même : Brian Eno était de ceux-là. En théo­rie, le prin­cipe de la synthèse FM n’est pas parti­cu­liè­re­ment complexe, et Yamaha a cher­ché à le rendre acces­sible grâce notam­ment aux fameux algo­rithmes, ces confi­gu­ra­tions « clé en main » défi­nis­sant quels opéra­teurs sont porteurs et lesquels sont modu­la­teurs. Dans les faits, beau­coup de musi­ciens préfé­rèrent utili­ser des sons déjà program­més, dispo­nibles sur cartouches. Ce phéno­mène fut si répandu qu’un véri­table marché de banques de sons vit le jour. Les présets d’ori­gine, conçus par des ingé­nieurs du son et l’équipe de déve­lop­pe­ment, ont égale­ment large­ment contri­bué au succès du DX7. Des sons comme le piano élec­trique, les percus­sions métal­liques ou les nappes cris­tal­lines sont rapi­de­ment deve­nus emblé­ma­tiques des produc­tions des années 1980. Cette palette sonore, jusque-là inac­ces­sible sur les synthé­ti­seurs analo­giques, a façonné le son d’une époque et inspiré de nombreux compo­si­teurs. Enfin, la stabi­lité du DX7 parti­ci­pait elle aussi à son succès : contrai­re­ment aux synthé­ti­seurs analo­giques, sensibles aux varia­tions de tempé­ra­ture, il offrait une grande constance sonore, faci­li­tant son inté­gra­tion dans des produc­tions complexes.

Famille Yamaha DX : décli­nai­sons, modèles déri­vés et évolu­tions

Yamaha DX1Le succès du DX7 a conduit Yamaha à déve­lop­per plusieurs variantes et exten­sions de la famille DX. Dès 1983, le DX1 se posi­tion­nait comme un modèle haut de gamme, doté d’un clavier étendu de 76 touches en bois, de l’af­ter­touch poly­pho­nique et de la bitim­bra­lité avec l’équi­valent de deux DX7. Il offrait égale­ment davan­tage de contrôles et de visua­li­sa­tions, sous la forme de petits écrans, par rapport au DX7. En paral­lèle, le DX5 repré­sen­tait une version double du DX7, propo­sant des fonc­tion­na­li­tés proches du DX1, mais dans une présen­ta­tion moins luxueuse. Ces doubles moteurs permet­taient de super­po­ser des sons ou de créer des timbres plus complexes, élar­gis­sant encore la palette sonore dispo­nible. Les DX1 et DX5 conser­vaient la compa­ti­bi­lité avec les sons et programmes du DX7. Le DX9, sorti peu après le DX7, propo­sait un compro­mis entre coût, poly­pho­nie et expres­si­vité, avec un modèle à quatre opéra­teurs. Plus abor­dable, il conser­vait la tech­no­lo­gie FM, mais avec une poly­pho­nie réduite. Il y eut égale­ment le petit DX100, toujours à quatre opéra­teurs, mais doté d’un mini-clavier. Yamaha proposa même des versions rack, comme le TX7. Chaque modèle de la famille DX reflé­tait une approche diffé­rente du marché et de l’usage : du studio au live, du musi­cien profes­sion­nel au compo­si­teur en herbe, Yamaha offrait des solu­tions adap­tées.

Yamaha DX7 IIDMalgré son hégé­mo­nie, Yamaha décida de lancer la gamme DX7 II pour se mettre à jour face à la concur­rence, avec notam­ment un écran plus grand, plus de mémoire, la bitim­bra­lité (DX7 IID) et un lecteur de disquette (DX7 II FD). Malheu­reu­se­ment, ces modèles perdaient le métal au profit du plas­tique. Les versions à quatre opéra­teurs suivront avec les DX11, DX27, etc. Citons égale­ment le très rare DX7 Centen­nial produit à 300 exem­plaires pour le cente­naire de Yamaha.

Héri­tage du Yamaha DX7 : influence sur les synthé­ti­seurs et la produc­tion musi­cale

Yamaha DX7 Centenial

Le DX7 n’a pas seule­ment intro­duit une nouvelle tech­no­lo­gie : il a profon­dé­ment trans­formé l’es­thé­tique sonore des années 1980. Musi­ciens et produc­teurs ont rapi­de­ment adopté ses timbres précis et brillants. La synthèse FM, popu­la­ri­sée par le DX7, a influencé de nombreux instru­ments numé­riques ulté­rieurs, ainsi que les premiers logi­ciels de synthèse sur ordi­na­teur. L’idée de timbres repro­duc­tibles et maîtri­sés, asso­ciée à un clavier expres­sif, a marqué dura­ble­ment la concep­tion des synthé­ti­seurs des années suivantes. Même les synthé­ti­seurs analo­giques ou hybrides s’en sont inspi­rés : on pense par exemple au Roland JX-8P, aux Alpha Juno ou encore au Korg DW-8000, qui intègrent des éléments de cette logique de contrôle et de préci­sion héri­tée du DX7. Plus qu’un simple instru­ment, le DX7 est devenu un symbole de la tran­si­tion entre l’ana­lo­gique et le numé­rique, ainsi qu’un exemple parfait de la manière dont une inno­va­tion tech­nique peut remo­de­ler le paysage musi­cal.

Korg Opsix SE : Korg Opsix SE (34086)Comme nous l’avons vu, la « pureté digi­tale » de ses timbres contras­tait forte­ment avec la chaleur analo­gique, et cette esthé­tique est rapi­de­ment deve­nue une signa­ture des produc­tions pop et rock des années 1980. Cette rela­tive stan­dar­di­sa­tion du son a toute­fois contri­bué à homo­gé­néi­ser certaines textures musi­cales, jusqu’à susci­ter une forme de lassi­tude à la fin de la décen­nie. Heureu­se­ment, les quali­tés de cette synthèse sont redé­cou­vertes depuis quelques années. Aujour­d’hui, sans forcé­ment passer par l’achat d’un DX7 ou de l’un de ses déri­vés sur le marché de l’oc­ca­sion, il existe de nombreuses alter­na­tives. Si elles ne repro­duisent fidè­le­ment l’ex­pé­rience de program­ma­tion, elles permettent néan­moins de retrou­ver les timbres carac­té­ris­tiques de la synthèse FM. Plusieurs synthé­ti­seurs contem­po­rains remettent la synthèse FM au goût du jour, en propo­sant des inter­faces plus intui­tives : le Kodamo Essen­ceFM, au format rack avec son grand écran capa­ci­tif multi­point de sept pouces (malheu­reu­se­ment arrêté), le Korg Opsix, avec ses six opéra­teurs libre­ment confi­gu­rables, égale­ment décliné en version SE, plus luxueuse et plus proche esthé­tique­ment du DX7, ou encore le Yamaha Reface DX qui, malgré ses quatre opéra­teurs, consti­tue une excel­lente porte d’en­trée, simple et abor­dable. On peut égale­ment citer les Yamaha MODX M, Montage ou le Korg Kronos, qui intègrent des moteurs FM très abou­tis. Du côté des logi­ciels, on retrouve bien sûr le DX7 V d’Ar­tu­ria, qui recrée un DX7 enri­chi de fonc­tion­na­li­tés modernes dans un envi­ron­ne­ment de produc­tion, ainsi que l’ex­cellent Dexed, gratuit, capable comme lui, de lire les fichiers SysEx du DX7.

Yamaha DX7 : bilan et impor­tance dans l’his­toire de la synthèse

Le Yamaha DX7 a incarné une rupture dans l’his­toire des synthé­ti­seurs. Il a intro­duit au grand public une synthèse numé­rique sophis­tiquée, permet­tant des sons d’une préci­sion et d’une diver­sité inédites, tout en restant acces­sible grâce à ses présets et à sa program­ma­tion simpli­fiée. L’ins­tru­ment a ouvert de nouvelles possi­bi­li­tés créa­tives dans les studios, modi­fiant dura­ble­ment la manière de conce­voir et de produire la musique. Au-delà de ses sons emblé­ma­tiques, le DX7 a établi des stan­dards qui ont influencé toute une géné­ra­tion d’ins­tru­ments numé­riques et hybrides, et a préparé le terrain pour les inno­va­tions qui suivront dans les décen­nies suivantes. En combi­nant la puis­sance de la synthèse FM avec la convi­via­lité d’un clavier et d’une inter­face utili­sable par tous, Yamaha a réussi à trans­for­mer une tech­no­lo­gie complexe en outil musi­cal univer­sel. Son impact se mesure encore aujour­d’hui, à travers les sons héri­tés dans la pop, le jazz, la musique élec­tro­nique et même dans l’en­sei­gne­ment de la synthèse numé­rique. Le DX7 n’est donc pas seule­ment un jalon tech­no­lo­gique ; il reste un symbole de l’ère où la pureté digi­tale a redé­fini la créa­ti­vité musi­cale, établis­sant un équi­libre inédit entre préci­sion sonore et expres­sion artis­tique.

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