Le modèle de table de mixage DJ à deux canaux XONE:24 succède à la XONE:23, désormais âgée de douze ans, et s'adresse principalement aux DJ à la recherche d'un mixeur analogique créatif. Succession réussie ou pas ? On passe au test.
Réputée pour sa qualité sonore et son fameux filtre analogique, la série XONE est depuis longtemps appréciée des DJ qui officient dans des styles musicaux divers, de la musique électronique au hip-hop. Ce nouveau modèle proposé au tarif constructeur annoncé de 399 €, a été pensé et conçu pour ravir à la fois les oreilles et le porte-monnaie des utilisateurs•ices. Voyons voir de quoi il en retourne.
Prise en main de la XONE:24 : construction, connectique et premières impressions
À l’ouverture du colis, on retrouve d’abord un bloc d’alimentation externe livré avec son câble d’alimentation, un certificat d’authenticité et un mini-manuel, ainsi que la table de mixage en elle-même, bien sûr. La machine est très compacte : elle affiche des dimensions de 190 × 314 × 108 mm pour un poids total de 2,7 kg, ce qui la rend très facile à transporter. Le châssis en métal rigide noir propose un design sobre et élégant, orné du logo blanc de la marque, et semble assez robuste à première vue. Cette impression est rapidement confirmée par les connecteurs solidement vissés à l’avant et à l’arrière de la bête. Seules les tiges en plastique placées sous les capuchons des potentiomètres rotatifs ternissent l’impression générale, car elles sont plus susceptibles de se casser que des tiges en métal, surtout après plusieurs milliers de manipulations. À l’usage, elles offrent néanmoins une bonne maniabilité et disposent d’un cran central parfaitement aligné.
Les curseurs linéaires de 45 mm glissent en douceur dans leurs rails de guidage, mais ne sont toutefois pas réglables en termes de courbe d’action et de dureté. Dommage. Le nouveau crossfader Mini-Innofader, quant à lui, glisse un peu plus facilement que ses homologues linéaires, sans doute même un peu trop facilement. Mais ici, tout est une question de goût personnel. Quatre pieds en caoutchouc soutiennent la table de mixage à une hauteur d’environ 5 mm. La stabilité est très bonne, et la table ne bouge pas d’un poil. Rien à dire.
Un coup d’œil à l’avant révèle deux prises casque (Jack 3,5 mm et 6,35 mm). Le panneau arrière offre des entrées stéréo phono et ligne plaquées or pour chaque canal, ainsi qu’une entrée auxiliaire et un point d’insert (départ/retour) stéréo pour le master, le tout au format RCA. Vous pourrez donc connecter sans problème vos platines, lecteurs multimédias et/ou une interface DVS, ainsi que votre appareil d’effets préféré.
La fiche technique nous apprend qu’Allen & Heath s’est également penché sur les préamplis phono de la XONE:24, avec pour résultat une réserve de gain plus élevée que la version précédente. Ensuite, une prise combo XLR/TRS permet de connecter un microphone directement sur la table (le modèle XONE:23 ne disposait que d’un simple connecteur XLR), notez en revanche que l’alimentation fantôme +48V n’est pas disponible ici non plus. Pour terminer, des sorties XLR (Master), RCA (Booth et Rec), sont disponibles en face arrière. Comme d’habitude, les niveaux de sortie Master et Booth peuvent être réglés séparément, jusqu’ici rien de nouveau sous le soleil, on retrouve tout ce qu’il faut pour bien démarrer son set.
Test audio : qualité des préamplis phono et de l’amplificateur casque
Lors de nos essais, la table de mixage a été connectée à nos valeureuses platines Technics SL1200 MKII, puis à une paire de lecteurs AlphaTheta CDJ-3000, et à un boîtier d’effet AlphaTheta RMX-IGNITE. Nous avons aussi connecté un lecteur MP3 en auxiliaire pour compléter l’ensemble. Première remarque, les nouveaux préamplis phono font du très bon travail. Le son est agréablement détaillé, clair et puissant. Même les DJ les plus exigeants•es devraient y trouver leur compte.
L’ampli casque est très satisfaisant lui aussi, transparent et bien homogène en termes de réponse en fréquences et de dynamique, même lorsqu’on s’approche de l’écrêtage. Honnêtement, cet ampli est une belle réussite, et reste exempt de distorsion même à niveau élevé (ce qui, rappelons-le au passage, est très fortement déconseillé pour la santé de vos oreilles sur le long terme). De plus, nous n’avons constaté aucune baisse de puissance lors du branchement d’un second casque. Il convient également de mentionner ici qu’en plus des commandes de niveau et Master/Cue, la table offre un circuit de routage pour distribuer les signaux de manière indépendante vers chaque casque.
Ergonomie : crossfader, curseurs linéaires et VU-mètres
Pour celles et ceux qui ne souhaitent pas utiliser le crossfader, vous pourrez le désactiver. Pour tous•tes les autres, le crossfader Mini-Innofader offre trois courbes de réponse distinctes (linéaire, mix équivalent, cut) et conviendra donc parfaitement aux adeptes du turntablism, ainsi qu’aux amateurs·ices de beatmatching et d’enchaînements doux et progressifs. Cependant, il lui manque une option d’inversion (Reverse) pour être vraiment complet, ce n’est pas dramatique, mais ce manquement peut vite s’avérer handicapant si on a l’habitude d’utiliser cette fonction en cours de set.
La petite LED placée au-dessus de chaque curseur linéaire donne une indication relativement précise du niveau (post gain, commutable en mode post/pre curseur linéaire) . Le vert indique un signal présent, le bleu s’illumine entre 0 dB et +9 dB, et à partir de +9 dB : le rouge s’allume. En mode Cue, le code couleur de la LED change : vert jusqu’à 0 dB, puis bleu jusqu’à +12 dB et rouge ensuite. Le VU-mètre LED à douze segments (de –25 dB à +12dB) affiche par défaut le niveau du master, sauf si vous appuyer sur l’un des boutons Cue pour déclencher une pré-écoute, ce qui entraîne la visualisation du niveau du canal concerné. Si vous avez activé le mode Split Cue, le VU-mètre LED de gauche affichera le niveau du signal CUE, et celui de droite le niveau du bus de mixage. Le comportement des boutons de pré-écoute est d’ailleurs commutable. Les boutons Cue peuvent ainsi s’exclure mutuellement, ou rester activés, en fonction de vos préférences personnelles. Les curseurs sont agréables à manipuler, et permettent d’effectuer des coupures quasi instantanées, ou des fondus lents, sans aucun problème. Ni plus, ni moins.
Égaliseur trois bandes et filtre analogique XONE : fonctionnement et comportement sonore
On poursuit en jetant notre dévolu sur l’égaliseur. Grâce à l’atténuation “Full Kill” disponible sur chacune des trois bandes, toutes accompagnées d’une réserve d’amplification maximale de 6 dB, des morceaux de styles variés peuvent être mixés aussi bien avec des changements de basse brutaux qu’avec de longues superpositions de fréquences. Allen & Heath à choisi de fixer chaque bande aux fréquences suivantes, Hi : 3,5 kHz / Mid : 1,1 kHz / Low : 500 Hz. En position centrale, le cran se fait ressentir très facilement, ce qui permet de savoir à quel moment le niveau d’égalisation est à zéro, sans jamais avoir à regarder le potentiomètre. De plus, l’espace libre entre les potentiomètres est suffisamment grand, malgré la taille réduite de la table, pour pouvoir jouer sans risquer de se cogner dans le réglage voisin. Ça peut paraître idiot, mais ça arrive beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine, même avec des doigts plutôt fins.
Passons maintenant à l’atout phare des tables XONE, à savoir le filtre analogique commandé en tension avec ses modes coupe-bas et coupe-haut commutables. La plage de la fréquence de coupure s’étend sur l’ensemble du spectre audible, de 20 Hz à 20 kHz, et la résonance peut être réglée de manière intense ou modérée, sans jamais entrer en auto-oscillation. Cette implémentation permet donc d’obtenir une palette de sonorités riche, sans jamais risquer d’abîmer le morceau en cours, ou pire, de créer des fréquences criardes qui pourraient heurter les oreilles du public et mettre en danger l’intégrité du système de diffusion. Sur certains modèles plus anciens de la série XONE, la commutation du filtre pouvait parfois entraîner un changement de niveau involontaire assez gênant en pleine prestation, mais ici, il n’en est rien et tout se déroule sans accroc.
Entrée micro, auxiliaire et boucle d’insert master : possibilités de routage
Pas grand-chose à redire non plus sur la section micro, à part peut-être qu’elle doit partager son canal avec l’entrée auxiliaire. Ce canal peut être pré-écouté, activé/désactivé, et aussi envoyé dans le filtre (uniquement pour l’entrée auxiliaire cette fois) via des boutons dédiés. Un petit égaliseur à deux bandes l’accompagne, avec des fréquences fixées à 4,4 kHz (HF) et 160 Hz (LF), et une plage d’accentuation/atténuation de +/-12 dB. Là aussi, une LED est proposée pour éviter tout risque d’écrêtage intempestif. Le signal du microphone arrive quant à lui de manière relativement transparente, mais avec une touche de bruit de fond en cas de fort niveau d’amplification. Il n’y a malheureusement pas de fonction talkover pour compresser le mix en cas de prise de parole et, encore une fois, il est impossible d’envoyer le signal micro vers le filtre.
La XONE:24 offre également un point d’insert stéréo sur le Master. Vous pouvez y connecter votre appareil d’effets préféré, par exemple un Kaosspad de Korg, un modèle RMX d’AlphaTheta, etc. Son utilisation est simple : appuyez sur le bouton vert Master Insert et c’est parti. Sur le modèle précédent, la boucle d’effets était activée via le bouton Filter, désormais, une séparation claire a été effectuée. Il était temps.
Extraits sonores

- Égaliseur00:37
- Filtre XONE coupe-bas00:50
- Filtre XONE coupe-haut00:54










