Avec son nouveau contrôleur DJ autonome, Rane a placé la barre très, très haut, au point d’en faire pâlir la concurrence. Et pour cause, cette nouvelle machine semble réunir tous les atouts nécessaires pour séduire les DJs du monde entier. Alors, mission réussie ? On passe au test !
Connectique et interface : un tour complet du châssis du System One
Dès la réception du colis, et avant même d’ouvrir la boîte, le System One impressionne. Le carton est lourd et immense ! À chaque étape du déballage, nous pressentons que nous aurons affaire à une machine premium, mais soyons clairs, son prix constructeur annoncé de 2 499 € nous avait mis la puce à l’oreille. On découvre donc la bête avec un enthousiasme certain, et force est de constater que ce pressentiment ne va avoir de cesse de se confirmer à chaque étape.
Sur la face arrière, on retrouve d’abord l’embase IEC et le bouton On/Off dédiés à l’alimentation électrique de l’appareil, mais aussi deux ports USB-A et un port USB-C pour communiquer avec l’ordinateur et d’éventuelles interfaces d’éclairage USB/DMX (pilotables directement sur l’écran central), deux ports USB supplémentaires (A et C) pour connecter des clefs ou des disques durs externes, et un lecteur de carte SD.
En ce qui concerne l’audio, on accède aussi aux deux sorties principales L/R Main (disponibles aux formats redondants XLR et RCA) munies d’un commutateur Mono/Stéréo, et aux sorties secondaires L/R Booth (Jack 6,35 mm) qui possèdent leur propre égaliseur en interne. Pour les entrées, on retrouve une entrée auxiliaire stéréo (RCA), et deux préamplis micro/ligne au format combo XLR/TRS avec leurs traitements dédiés, disponibles en face avant cette fois (niveau, égaliseur à deux bandes, délai, réverbération et compression parallèle Talk-Over).
On poursuit donc avec la suite des éléments proposés en face avant, et on découvre des potentiomètres pour paramétrer la course de chaque curseur (Channel Contour et Crossfader Contour, agrémentés d’un commutateur Reverse) mais aussi pour régler la résistance du crossfader (Tension Adjust). Viennent ensuite un premier potentiomètre pour régler le niveau de sortie des samples lus à la volée (Sampler Level), un deuxième potentiomètre pour régler le niveau de l’entrée auxiliaire ou du signal audio Bluetooth entrant (Bluetooth/Aux), et enfin les différents réglages pour gérer l’écoute au casque (Mix Cue/Main, Split Cue On/Off et Level) avec deux entrées à disposition (une première au format Jack 6,35 et une seconde au format mini-Jack).
Ergonomie de jeu : plateaux motorisés de 7,2 pouces et pads rétroéclairés

On poursuit avec les huit pads rétroéclairés qui sont munis de quatre boutons pour la sélection du mode de jeu (Hot Cue, Roll, Sampler et Stems) et de leur mini-écran individuel (qui semblent être exactement les mêmes que ceux qu’on retrouvait déjà sur le modèle Rane Performer). Ces écrans sont très pratiques et permettent de toujours savoir quelles fonctions sont assignées aux pads. D’ailleurs, petit coup de cœur de toute l’équipe pour la fonction Stem Fx qui permet d’appliquer des effets de manière indépendante sur chacun des quatre stems (Vocal FX, Melody FX, Bass FX et Drums FX).

En haut à gauche de chaque plateau, on retrouve les contrôles dédiés à la fonction Beat Jump, mais aussi les deux potentiomètres Stop Time qui servent à régler le temps d’arrêt de chaque moteur de manière indépendante. En haut à droite, on accède aux fonctions classiques Slip/Motor et Censor/Reverse (combinaison Shift + Reverse pour inverser le sens de lecture).
À noter : pour celles et ceux qui souhaiteraient totalement stopper la rotation des plateaux, il vous suffira d’appuyer sur Shift + Slip pour les arrêter, et ainsi naviguer dans les morceaux à la manière d’un contrôleur DJ classique. À cela s’ajoutent deux potentiomètres dédiés au contrôle de niveau des sorties Main et Booth. On enchaîne avec la section mixeur.
Mixage et navigation : crossfader Mag Four XF et écran tactile HD de 7 pouces
Les deux curseurs linéaires Precision Feel, ajustables et réversibles, sont complétés par un crossfader Mag Four XF. Point important, la dureté du crossfader est réglable sur une plage vraiment très confortable, qui conviendra sans aucun doute à tous les styles de DJing, du beatmatching electro le plus élémentaire aux séances de scratch virtuose endiablées.
Sur la partie supérieure du mixeur, on retrouve deux encodeurs dédiés à la navigation dans les playlists et médias divers. Ils sont très précis et faciles à manipuler. De plus, ils proposent des fonctions additionnelles très utiles en pleine prestation : d’une part, un double-clic sur l’encodeur permet de charger le morceau sélectionné sur les deux lecteurs en simultané, d’autre part, si on maintient un des deux encodeurs appuyé plus de deux secondes, on entre dans la fenêtre d’édition de la grille correspondant au morceau choisi. Simple et efficace.
Passons maintenant à l’écran central qui n’usurpe pas son appellation « HD » et offre à la fois un rendu des couleurs très satisfaisant, et une excellente fluidité d’utilisation. Ses dimensions de sept pouces permettent un confort visuel exemplaire pour travailler avec le logiciel maison Engine DJ, surtout en pleine obscurité. L’affichage des données essentielles est très clair (nom du morceau en cours, tempo, tonalité, temps restant, boucles, Beat Jump, etc.), tout comme celui des formes d’ondes, qui sont présentées avec un code couleur correspondant à l’amplitude dynamique du signal.

Arsenal créatif : guide des modes Sweep FX, Fader FX et Touch FX
En dessous des trois potentiomètres d’égalisation se trouve un quatrième potentiomètre baptisé Sweep FX agrémenté du bouton FX Select. En maintenant ce dernier appuyé, on rentre dans un menu de sélection de l’effet, qui s’effectue directement sur l’écran. Par défaut, le Sweep Fx est toujours réglé sur un effet de filtrage bipolaire (coupe-haut <—> bypass <—> coupe-bas) mais peut être modifié à volonté pour charger les effets suivants : Noise, Wash, Reverb et Dub Echo.
Mais ici encore, ce n’est pas tout : en dessous de l’écran central se trouve la section d’effet globale avec six boutons (Echo, Reverb, Recycle, Pitch DN, Rise, Echo Out) dédiés à la sélection d’autres traitements. Ils sont complétés par deux encodeurs pour les régler (Parameter et Beats), et un potentiomètre central pour doser l’intensité de l’effet (Depth). Mais les éléments les plus intéressants ici sont les deux mini-curseurs à ressorts qui permettent de les déclencher à la volée. C’est un système très pratique pour créer des variations soudaines et surprendre l’auditoire. Bien joué, Rane !
Précision importante : en restant appuyé sur n’importe lequel des six boutons, on peut modifier l’effet chargé, et en choisir un nouveau parmi une liste beaucoup plus aboutie, qui comporte pas moins de vingt-six options différentes présentées directement sur l’écran. Au programme, vous retrouverez les algorithmes suivants : Echo, Ping Pong, Reverb, BeatBreak, Recycler, LFO Verb, LFO Filter, Swell Verb, Roll, Reverb Drop, Backspin, Delay, Stutter Cut, Reverse Verb, Brake, Flanger, Riser, Reverb Rise, Crush, Phaser, Pitch Down, Flanger (-), Hold Echo, Scale Down et Flex Gate. Bien que limités en termes de réglages, on comprend très vite après quelques minutes d’utilisation que tous ces effets sont parfaitement calibrés pour une prestation en direct (on retrouvait d’ailleurs déjà les mêmes propositions sur le contrôleur Rane Four, si nos souvenirs sont exacts). Gros coup de cœur de l’équipe pour les effets Recycle et Riser qui sonnent merveilleusement bien, et proposent un rendu toujours très musical dans à peu près n’importe quelle situation. La seule petite déception concerne la qualité de l’algorithme de réverbération, qui manque un peu de profondeur et de densité selon nous, mais c’est sans doute une affaire de goût. En tous cas, rien de rédhibitoire, bien au contraire.

Enfin, mention spéciale pour la fonction Touch FX qui s’active presque de la même manière : sur le côté supérieur du curseur linéaire droit cette fois, se trouve un autre bouton labellisé Touch FX. En appuyant dessus, l’écran central se transforme en pad tactile géant dédié à la création musicale en direct (petite pensée pour celles et ceux qui, comme nous, appréciaient la série Kaoss Pad de Korg). Une fois ce mode activé, vous pouvez sélectionner l’effet à appliquer directement en bas à gauche de l’écran, à choisir parmi les algorithmes LFO Echo, Noise Gate, Filter Roll, Filter Reverb, Filter Echo, Flanger, Filter Dub Echo, LFO Filter, Filter Gate et Filter.
Au final, le fonctionnement du pad est très simple : l’axe horizontal sert à caler l’effet sur huit divisions rythmiques différentes, et l’axe vertical permet de doser l’intensité du traitement appliqué. Malgré toutes ces facilités, un peu d’entraînement sera nécessaire pour « jouer du pad » de manière musicale, car une manipulation approximative peut vite donner un effet un peu trop brouillon sur le mix. Pour terminer, une fois n’est pas coutume, les trois modes Touch FX, Fader FX et Sweep FX sont cumulables et utilisables en simultané. Toutefois, notre conseil sera de rester assez conservateur sur leur accumulation, afin d’éviter de transformer le mix en joyeuse cacophonie.
Système Omnisource : gestion des playlists et du streaming via Engine DJ
Comme vous le savez sans doute, le moteur sonore du contrôleur est assuré par le logiciel Engine DJ, et la gestion des morceaux et playlist est effectuée par le système OmniSource. Ce système permet de naviguer dans la bibliothèque et les playlists en faisant appel à des pistes audio issues de tous les supports, sans distinction, qu’il s’agisse d’une clef USB ou d’un disque dur, d’un flux issu des services de streaming (Apple Music, Amazon Music Unlimited, Tidal, Beatport, Beatsource, SoundCloud Go+), de fichiers sauvegardés sur le cloud (Dropbox), ou bien encore de sessions préparées sur les logiciels compatibles (Serato DJ Pro, Algoriddim djay, etc.). Profitons-en pour rappeler au passage qu’une licence Serato DJ Pro est fournie avec la machine. Sur la partie supérieure gauche de la section mixeur se trouve le bouton Source, en appuyant dessus, l’ensemble des médias/sources connectées à l’appareil s’affichent et ensuite, c’est à vous de jouer !
Petite précision, il est aussi possible d’installer un disque dur SATA directement dans le contrôleur pour celles et ceux qui le désirent (le slot d’accueil est situé sous la machine). Si vous choisissez cette option, veillez bien à formater votre disque dur en amont au format exFAT comme le conseille Rane, afin de vous assurez un fonctionnement sans encombre. La manipulation est très simple : une fois connecté à votre ordinateur, ouvrez l’utilitaire de disque et démarrer votre formatage. Ensuite, vous n’aurez plus qu’à lancer le logiciel Engine DJ pour effectuer vos transferts de morceaux et de playlists. D’ailleurs, la rapidité des transferts est très élevée, à titre d’exemple, nous avons chargé dix giga octets de fichiers en moins de deux minutes. Qui dit mieux ?
À droite du bouton Source, se trouve le bouton Browse qui sert à naviguer dans la bibliothèque de morceaux, grâce à un petit moteur de recherche (uniquement disponible en QWERTY), et à créer des playlists directement sur le contrôleur. Rane a pensé à tout et a eu la bonne idée de proposer plusieurs options d’affichage (options de tri, différentes tailles de police, etc.) qui pourront s’avérer indispensables pour les personnes mal voyantes, ou tout simplement pour obtenir un meilleur confort de lecture en pleine obscurité. Parmi les fonctions que nous avons particulièrement appréciées, l’algorithme de recommandation automatique de morceaux arrive en tête : en effet, si vous le souhaitez, le moteur de recherche peut vous proposer une sélection de morceaux qui s’enchaînent bien avec le titre en cours (tempo similaire, tonalité compatible, etc.). En gros, le contrôleur effectue un petit « crate digging » à votre place. Bien vu ! Surtout quand on manque d’inspiration pour exécuter la suite d’un mix, mais que la foule est chauffée à blanc. Pour aller plus loin, un sous-menu est disponible pour préciser les caractéristiques que vous voudrez retrouver dans les morceaux proposés (plage de BPM acceptable, tonalité exacte ou non, genre musical, etc.).


Dernier point, mais pas des moindres, les sous-menus Profile et Settings vous offriront la possibilité de paramétrer chaque détail mécanique du contrôleur en fonction de vos préférences personnelles, directement sur l’écran central : temps de démarrage des plateaux, couple moteur, fréquences qui séparent les bandes d’égalisation, calibration du crossfader, etc. Vous retrouverez aussi d’innombrables options pour paramétrer la méthode de bouclage automatique, le masquage visuel des crédits (Hide Title/Artist), et bien d’autres encore. Que demande le peuple ?
Avis sur les sensations de jeu : l’expérience du vinyle sur un contrôleur numérique
Un mot sur les plateaux : on retrouve ici exactement les mêmes que sur le modèle Rane One MK2, et que dire ? Ces plateaux réunissent vraiment le meilleur des deux mondes. Leur toucher et leur réponse sont absolument superbes, au point d’en rendre jalouses nos bonnes vieilles Technics SL1200 mk2. Les sensations de jeu sont tout simplement égales à celles qu’on éprouve avec une platine vinyle à entraînement direct de qualité professionnelle, mais sont très largement augmentées par toutes les fonctions et possibilités créatives offertes par le logiciel Engine DJ. Pour avoir déjà posé nos doigts sur un nombre très conséquent de contrôleurs DJ numériques, autonomes ou pas, nous pouvons affirmer qu’il s’agit de la meilleure expérience qu’il nous ait été donné de vivre à ce jour en termes de plaisir de jeu. On a vraiment l’impression d’avoir un vrai instrument ultra-réactif sous les doigts, qui ravira à la fois les fanatiques de scratch sans concession, tout comme les plus nostalgiques d’entre nous.

On poursuit avec le toucher des pads, qui est aussi excellent (contrairement à d’autres) : ils répondent très bien et paraissent également très solides. En tous cas, leur qualité de fabrication et leur régularité donnent confiance.
Pour terminer, on pourrait résumer notre impression générale en considérant que, mise à part la motorisation des plateaux, le System One se présente finalement comme une version épurée, mais surtout plus aboutie, des célèbres Rane Four et Rane Performer. Ces derniers, bien qu’excellents, pouvaient s’avérer un peu intimidants pour les DJ novices, ou tout simplement trop complexes pour celles et ceux qui n’auraient pas besoin d’autant de canaux et de fonctionnalités.
















