Autant boîte à rythmes que groovebox, la Sonicware CyDrums semble jouer sur plusieurs tableaux. Avec synthèse wavetable, effets multiples et séquenceur profond, elle promet beaucoup et semble proposer un terrain d’expérimentation jouissif. Alors, le buzz est-il justifié ?
Depuis quelques années, Sonicware s’est imposé comme un acteur à part dans le paysage des instruments électroniques. Là où les grands constructeurs multiplient les machines consensuelles et calibrées pour plaire au plus grand nombre, la marque japonaise suit les chemins de traverse en proposant des instruments abordables, spécialisés, parfois déroutants, mais avec de fortes personnalités et souvent orientés vers l’expérimentation sonore. Après les grooveboxes de la gamme Liven (Ambient Ø, 8bit Warps, Lofi-12), puis les plus ambitieuses SmplTrek et Lofi-12 XT, Sonicware poursuit cette voie avec la CyDrums, une boîte à rythmes numérique qui cherche clairement à se démarquer de l’existant.
Ainsi, si sur le papier la CyDrums pourrait passer pour une drum machine compacte parmi d’autres, les premières minutes d’utilisation, révèle une ambition différente. Ici, pas de sons X0X prêts à l’emploi ni de kits analogiques rassurants, la CyDrums est avant tout une machine de synthèse rythmique. Conçue pour générer des textures, des glitches, des percussions originales et personnelles, elle se montre de plus capable de lignes mélodiques monophoniques.
Design, ergonomie et premières impressions de la Sonicware CyDrums

Si, pour les fonctions très basiques, l’ergonomie est claire pour qui a déjà utilisé une boîte à rythmes ou une groovebox, elle demande un temps d’adaptation dès lors que l’on rentre profondément dans la machine. La densité des fonctions et la multiplicité des modes peuvent ainsi dérouter lors des premières heures. En revanche, la logique interne est cohérente : les sections importantes (son, filtre, modulation, effets, oscillateurs) disposent chacune d’un bouton dédié, ce qui évite des plongées interminables dans les menus. L’écran, bien que monochrome, est très lisible et propose des animations et des graphismes simples, mais efficaces.
Les pads permettent aussi bien la programmation pas à pas que le finger drumming, même si, dans ce dernier cas, leur disposition n’est pas forcément la plus adaptée. Ils sont de qualité honnête, sans être exceptionnels. Le haut-parleur intégré, quant à lui, s’avère pratique pour esquisser des idées ou travailler en déplacement, mais montre rapidement ses limites dès que l’on pousse les basses ou le niveau, il fallait s’y attendre.
Côté connectique, la CyDrums est honnêtement pourvue au regard de la gamme. On dispose de deux sorties audio sur jack 6,3 mm, ainsi que de deux entrées audio sur jack stéréo ; celles-ci permettent, par exemple, d’intégrer des sources externes afin qu’elles soient traitées via les effets internes. On trouve ensuite deux prises MIDI DIN, ainsi qu’une entrée et une sortie SYNC au format mini-jack 3,5 mm pour synchroniser des appareils externes.
La machine dispose également d’une sortie casque, au format mini-jack et judicieusement placée à l’avant, d’un port USB servant à l’échange de fichiers avec un ordinateur, mais aussi à l’utilisation de la CyDrums comme interface audio basique, ainsi que d’un emplacement pour la carte SD de 32 Go (fournie) contenant les présets.
En revanche, malgré la présence d’un micro et d’entrées audio, le sampling n’est pas possible. Les entrées servent uniquement au traitement du signal externe : il n’est pas possible d’importer des samples ni de créer ses propres wavetables. C’est sans doute l’une des principales frustrations à l’usage, même si Sonicware évoque la possibilité d’étendre ces fonctions via de futures mises à jour. En l’état, la CyDrums reste donc strictement orientée synthèse.
Côté alimentation, la CyDrums est livrée avec un adaptateur secteur et peut également fonctionner avec six piles AA, pour une autonomie vérifiée d’environ 5 h 30.
Architecture sonore : une drum machine basée sur la synthèse wavetable

La machine propose 64 wavetables, avec des options de scan, de direction de lecture, de vitesse et de bouclage. À cela s’ajoutent des enveloppes d’amplitude ADSR, un filtre multimode proposant six types avec enveloppe dédiée (Delay, Attack, Decay et inversion), ainsi qu’un système de modulation plutôt riche pour une machine de cette gamme de prix. La vélocité, l’aftertouch et l’enveloppe de modulation peuvent être assignés à près de 70 destinations différentes, y compris à des paramètres directement liés aux wavetables.

- CyDrums Amaya 100:28
- CyDrums Amaya 200:37
- CyDrums Woochia 100:27
- CyDrums Woochia 200:30
- CyDrums Woochia 300:19
- CyDrums Woochia 400:31
- CyDrums Kuba00:16

La CyDrums embarque 550 sons d’usine, répartis sur 1 024 emplacements possibles. Ces présets couvrent un spectre relativement large : si l’on trouve quelques percussions sages, la part belle est faite à des sonorités beaucoup plus expérimentales. Fait notable, sur les 128 emplacements de kits disponibles, la machine ne propose que neuf kits d’usine. On peut choisir d’y voir un parti pris cohérent avec la philosophie de Sonicware, qui invite l’utilisateur à créer ses propres kits. Mais bon… neuf kits, honnêtement, c’est un peu léger.
Côté programmation, il est facile de partir d’un son existant, de modifier quelques paramètres, de combiner deux sources et d’obtenir rapidement quelque chose de personnel. La création de kits est fluide, encourageante et participe largement au caractère addictif de la machine.
Séquenceur CyDrums : programmation des patterns et workflow

À l’usage, la CyDrums diffère d’autres boîtes à rythmes plus classiques en modifiant un peu la manière de programmer une rythmique. Là où une TR ou une groovebox traditionnelle invite à poser d’abord une structure familière (kick, snare, hi-hat), la machine de Sonicware pousse instinctivement à partir du son lui-même. On part d’un timbre qui attire l’attention, on le place sur quelques pas, on joue avec la probabilité ou le nombre de pas, et le rythme émerge progressivement. Les fonctions de randomisation et de probability deviennent alors presque des outils de composition. Elles permettent de générer des variations subtiles ou radicales sans jamais figer définitivement le pattern, donnant naissance à des séquences parfois étonnantes, parfois imprévisibles. C’est très addictif et surtout inspirant.

Section d’effets de la CyDrums : inserts, réverbération et traitements master

La configuration des effets peut être sauvegardée et certaines combinaisons poussent les textures dans des zones très extrêmes. Inutile de préciser que, dans ce cas, le petit haut-parleur intégré peine à restituer le signal correctement.
En live ou en jam, cette richesse d’effets et de possibilités de manipulation confère à la CyDrums un vrai potentiel d’instrument de performance, bien loin d’une simple boîte à rythmes programmée à l’avance. N’oublions pas qu’il est possible de traiter des sources externes via ces effets, ce qui augmente encore le champ créatif. En somme, une belle section.




