Sur notre établi cette semaine, prête pour un petit check-up matinal, je vous présente la nouvelle interface audio de chez Yamaha, dont le nom évoque celui d'un robot dans un film de SF des années soixante-dix : l'UR22X. On vient à peine de la découvrir, et c'est déjà l'heure du premier bilan.
Voici donc les nouvelles moutures de la gamme d’interfaces audio de l’une des corporations japonaises les plus célèbres internationalement, j’ai nommé la plus que centenaire Yamaha. La gamme URX, qui a d’abord servi à rebadger les interfaces Steinberg désormais produites sous bannière « Yam » (ce n’est pas seulement un changement de nom, la résolution a également évolué), accueille maintenant une toute nouvelle gamme d’appareils beaucoup plus originaux : les URX22, 44 et même 44V (V pour vidéo), avec écran tactile, résolution jusqu’à 32 bits, enregistrement et lecture directement sur carte SD, mais ni ADAT ni MIDI. On reviendra plus longuement sur leurs fonctionnalités, qu’elles soient présentes ou absentes, mais notons surtout pour l’instant que la gamme marque le premier pas important de Yamaha dans la norme actuelle de ce qui constitue une interface audio de format « bureautique », bien loin devant les bons vieux appareils de la série Audiogram.
Dans ce contexte, et armés de notre expérience des petites interfaces de type home-studio, qui forment désormais un passage obligé pour toutes les grandes marques de l’audio, nous sommes cette semaine au chevet de la nouvelle URX22, et l’on peut désormais vous donner notre diagnostic complet.
Présentation
L’interface URX22 est une desktop typique, avec deux sorties casque (jack TRS 6,35 mm), et une sortie/entrée pour un casque-micro et une entrée auxiliaire (jack TRS 3,5 mm) à l’avant, ainsi que deux entrées micros/ligne (avec en prime la possibilité d’adapter l’impédance pour un instrument, sur la deuxième entrée) sur combo XLR/jack 6,35 mm à l’arrière. Juste en dessous de ces deux entrées, dans une configuration qui nous a paru un peu trop serrée, deux sorties à niveau ligne pour brancher des écoutes de studio (sur jack TRS 6,35 mm). Configuration ultra-simple, donc, mais plutôt complète pour ce qui est du routage analogique.
En revanche, on remarque un manque total d’autres formats : pas d’entrée ou de sortie numérique, ni au format MIDI. Pour un modèle d’entrée de gamme, l’URX22 fait simple et l’on n’en sera pas nécessairement surpris mais, par ailleurs, le modèle supérieur, l’URX44, ne fait pas mieux sur ce plan-là. C’est un peu dommage. Toutefois, comme nous le verrons très vite, l’interface se rattrape sur d’autres plans !
À l’arrière, on trouve aussi les différents ports USB-C, chacun avec ses fonctions :
- Le plus à gauche sert à l’alimentation externe de la machine, pour laquelle il est nécessaire d’utiliser un transformateur 5 VDC / 3 A. Ce point est souvent débattu dans les commentaires d’AF : vaut-il mieux tout fournir au client, ou moins produire et lui laisser trouver ce qui lui manque, plutôt que de lui proposer des objets qu’il a peut-être déjà en doublon ou en triplon…? En tout cas, 3 ampères représentent une intensité assez élevée pour la plupart des chargeurs de portables aujourd’hui, et un chargeur 5 V / 3 A en sortie USB-C coûte entre 10 et 20 euros chez les vendeurs un peu sérieux. Il est un peu dommage, à notre avis, de se voir potentiellement forcé d’acheter une alim pour pouvoir utiliser l’interface. J’imagine la personne qui la reçoit en cadeau et se rend compte qu’elle ne peut pas l’utiliser sans faire un achat supplémentaire…
- Celui du milieu sert à la connexion à l’ordinateur, avec 16 signaux entrants et 16 sortants.
- Celui de droite, pour finir, fournit une seconde connexion vers un ordinateur ou un dispositif portable (tablette, téléphone). Ce port ne prend en charge que 2 signaux entrants et 2 sortants, 48 kHz / 24 bits.
Sur la face supérieure, légèrement inclinée, on trouve un écran tactile, quatre petits encodeurs rotatifs cliquables (sous l’écran) et un gros encodeur rotatif cliquable (à droite de l’écran). Nous reviendrons sur ces différents contrôles dans la partie suivante, mais disons dès maintenant que leurs fonctions ne sont pas immédiatement évidentes et ne correspondent pas toujours à ce à quoi notre pratique des interfaces audio-numériques nous a habitués. Un exemple : le gros encodeur rotatif peut contrôler le niveau de sortie général, si on le souhaite, mais ce n’est pas sa fonction principale, ni première, et il ne sert à rien d’avoir le geste « automatique » de le tourner pour baisser un peu le niveau d’écoute, en tout cas si vous n’avez pas pensé à afficher le sous-menu qui permet le réglage du niveau d’écoute. Bref, sur l’URX22, c’est vraiment l’écran qui rassemble autour de lui tout le fonctionnement de l’appareil.
Sur l’écran tactile
Il vous sera nécessaire de télécharger un logiciel nommé TOOLS mais celui-ci vous servira surtout à maintenir à jour le firmware de l’interface et à procéder à quelques réglages, comme la mémoire tampon, non accessible depuis l’appareil lui-même. Cela mis à part, presque tout est pris en charge depuis l’écran tactile LCD de presque 11 cm (4,3 pouces).
L’écran de base (HOME) vous donne accès aux batteries d’entrées et de sorties. Il peut afficher jusqu’à quatre canaux à la fois (comme les 4 potentiomètres multifonctions situés juste en dessous, ce n’est pas un hasard, bien entendu). Pour afficher quatre autres entrées, ou quatre autres canaux, vous pouvez soit faire défiler de droite à gauche avec le doigt sur l’écran, soit taper sur la zone verte en haut, pour passer de la première batterie d’entrée (comme sur la photo) à la deuxième, ou aux sorties.
En l’état, chaque canal présenté sur l’écran HOME sert surtout à visualiser les réglages.
Les effets actifs s’affichent en couleur, le niveau d’entrée apparaît sur la droite et l’on peut visualiser le réglage du panoramique. Les seules fonctions que l’on peut contrôler à ce niveau sont : le bouton ON qui active ou désactive la voie, le bouton CUE qui envoie le signal vers le bus CUE, et le niveau de gain qui peut être réglé grâce aux 4 petits potentiomètres situés sous l’écran.
En cliquant sur la zone de visualisation des effets, on arrive à un écran permettant de paramétrer les traitements du canal d’entrée.
Chaque fonction peut être sélectionnée directement depuis l’écran tactile et ouvre une sous-fenêtre qui permettra de régler précisément ses paramètres. Ici, pour la première fois, on voit s’afficher la barre inférieure qui réoriente les fonctions des quatre potentiomètres : dans le cas présent, le potard 1 contrôle le gain d’entrée, le 2 est inactif, le 3 contrôle le panoramique et le 4 le niveau de sortie (équivalent du fader sur une console). Pas la peine donc de cliquer sur les fonctions gain, pan ou level pour les régler, il suffit d’utiliser les potentiomètres de la zone inférieure. Chaque nouvelle fenêtre (pour, par exemple, le gate, la compression ou l’égaliseur) va vous proposer de nouvelles fonctions pour ces 4 potards, il s’agit donc d’être bien attentif et de connaitre la machine pour réussir à en tirer le flux de travail le plus fluide.
Pour finir, la zone à droite de l’écran HOME permet d’accéder à plusieurs fonctions cruciales :
La fonction Sends vous permet de sélectionner le Mix auquel sera envoyé le canal sélectionné à ce moment-là (Stéréo étant le mix principal, les Mix 1 et 2 étant des mix secondaires et tertiaires, et FX 1 et 2 étant deux bus d’effets). L’indicateur de niveau stéréo permet de visualiser le niveau, après fader, de la sortie principale, mais peut aussi basculer sur la visualisation du niveau de sortie du bus CUE. Pour finir, le bouton inférieur permet d’assigner 4 fonctions (paramétrées par l’utilisateur) aux 4 potards situés sous l’écran.
Nous nous arrêterons là pour la présentation générale des fonctions de l’écran tactile, qui pourrait être beaucoup plus longues, puisqu’il existe aussi la possibilité d’accéder à des mémorisations de scènes, à un oscillateur intégré, à des paramètres de mémoire tampon, aux réglages des sorties casques… Mais l’article deviendrait rapidement un manuel d’utilisateur.
En tout cas, ce qui demeure pour nous, c’est que l’écran nous a semblé être à la fois une « usine à gaz » complexe, et demandant un vrai investissement d’apprentissage de la part de l’utilisateur et, malgré cela, un outil bien calibré, bien pensé pour la navigation. Si nous pouvons ici proposer une comparaison : nous avions eu entre les mains la Neumann MT 48 et un défaut simple qui nous avait frappé (et qui a peut-être été réglé depuis…) était que l’écran, pourtant très large, permettait sur certaines fenêtres de n’afficher que presque totalement l’interface graphique. Certains réglages se situaient ainsi « dans la marge » et devaient être récupérés sur l’affichage en swipant légèrement, ce qui occasionnait régulièrement des sélections involontaires de certaines fonctions, ou des changements involontaires de certains réglages. Ici, l’écran est légèrement plus petit (4,3 pouces en diagonale contre 5 pour la MT 48), mais l’affiche est non seulement toujours complet, il s’aligne surtout parfaitement aux potentiomètres physiques présents sur l’appareil. Bref, cela nous a paru plutôt convaincant.
Benchmark
Précisons-le d’abord, la UR22X travaille dans une résolution max de 32 bits/192 kHz. Un petit tour du côté de RTL Utility nous apprend que la latence réelle est la suivante :
Afin de tester l’interface, nous avons fait un benchmark avec notre fidèle APx515 d’Audio Precision. Comme d’habitude, nous publions les résultats obtenus en THD, THD+N, déviation des voies et IMD (sauf pour la sortie casque), puis la réponse en amplitude de chaque canal mesuré. Pour toutes les configurations, je règle le gain pour obtenir le meilleur résultat possible.
Plage dynamique : 105,58 dB (AES-17, pondération A)
1 – entrées ligne :
Déviation : ±0,41 dB (fréquence de référence : 1 kHz)
THD+N : –100 dB / THD : –102 dB (@ 1 kHz)
Distorsion d’intermodulation : –96,5 dB (type SMPTE, @ 1 kHz)
En amplitude, on mesure :
2 – entrées micro :
Déviation : ±0,25 dB (fréquence de référence : 1 kHz)
THD+N : –98 dB / THD : –99 dB (@ 1 kHz)
Distorsion d’intermodulation : –93,7 dB (type SMPTE, @ 1 kHz)
En amplitude :
Gain max : 81.5 dB (entrée micro, @ 1kHz)
3 – sortie casque ?
Déviation : ±0,05 dB (fréquence de référence : 1 kHz)
THD+N : –70 dB / THD : –79,5 dB (@ 1 kHz)
En amplitude :
4 – sortie ligne :
Déviation : ±0,02 dB (fréquence de référence : 1 kHz)
THD+N : –86 dB / THD : –111 dB (@ 1 kHz)
Distorsion d’intermodulation : –101,2 dB (type SMPTE, @ 1 kHz)
En amplitude :





































