Se connecter
Se connecter

ou
Créer un compte

ou
FR
EN
Pédago
11 réactions

Haut en couleur ! Les bases de l’éclairage : perception, psychologie et gestion des couleurs

Rédigé par un humain

Bienvenue dans la deuxième partie de notre série d’articles concernant les fondamentaux de l’éclairage scénique. Au cours de l’épisode précédent, nous nous sommes intéressés au fonctionnement de l’œil, et aujourd’hui, nous aborderons la perception des couleurs et les différents effets qu’elles produisent sur le public. C’est parti !

Les bases de l’éclairage : perception, psychologie et gestion des couleurs : Haut en couleur !

Comment la lumière natu­relle influence notre percep­tion des couleurs sur scène

L’éclai­rage scénique ne se limite pas à la simple illu­mi­na­tion d’un sujet, il consti­tue un langage séman­tique complexe qui dialogue avec l’in­cons­cient du public. Et pour cause, depuis des millé­naires, l’en­vi­ron­ne­ment natu­rel a façonné notre percep­tion des couleurs. L’in­for­ma­tion visuelle qui en découle est déjà stockée dans notre esprit, de manière instinc­tive. Par exemple, nous distin­guons les diffé­rents moments de la jour­née, et même les saisons, grâce à la posi­tion du soleil, certes, mais aussi et surtout et grâce aux diffé­rentes tempé­ra­tures de couleur que notre œil perçoit.

Comme les odeurs et les sons, les couleurs influencent donc direc­te­ment nos pensées et nos émotions, consciem­ment et incons­ciem­ment. Elles évoquent des souve­nirs, stimulent l’ima­gi­na­tion et nous trans­mettent des signaux clairs. Dans le milieu végé­tal, par exemple, une couleur intense comme le rouge peut signi­fier : « Atten­tion ! Ne me mangez pas, je suis toxique ! ». Et dans l’en­vi­ron­ne­ment social que nous avons créé, nous recon­nais­sons aussi immé­dia­te­ment les panneaux d’in­ter­dic­tion et de signa­li­sa­tion routière via des codes couleurs simi­laires.

Ainsi, grâce aux nombreuses possi­bi­li­tés offertes par les projec­teurs actuels, nous pouvons repro­duire fidè­le­ment chaque nuance d’éclai­rage natu­rel, et même aller encore plus loin que la nature elle-même, afin de recréer chaque type d’émo­tion imagi­nable, dans les condi­tions arti­fi­cielles d’une scène. Concrè­te­ment, on pour­rait résu­mer notre propos en disant que chaque longueur d’onde du spectre visible déclenche une réponse émotion­nelle spéci­fique. Et même si, bien évidem­ment, ce n’est pas une vérité scien­ti­fique abso­lue, car le résul­tat perçu dépen­dra forcé­ment de la culture et de l’ex­pé­rience person­nelle de chaque spec­ta­teur·ice, rete­nons simple­ment qu’en tant qu’éclai­ra­giste, le choix de la géla­tine ou des para­mètres DMX doit être inten­tion­nel et ne rien lais­ser au hasard.

Psycho­lo­gie des couleurs en éclai­rage scénique : quelles émotions trans­mettre au public ?

Une fois ce constat posé, encore faut-il tenter de parta­ger ensemble une clas­si­fi­ca­tion des diffé­rentes couleurs et de leurs effets sur le public. Encore une fois, il ne s’agit en aucun cas d’as­sé­ner un argu­ment d’au­to­rité, mais bien plutôt de propo­ser quelques prin­cipes géné­raux qui pour­raient être faci­le­ment parta­gés et ressen­tis par tous·tes.

PEDAGO LIGHT 1

Rouge : couleur du signal par excel­lence, elle active le système nerveux (augmen­ta­tion du taux d’adré­na­line, accé­lé­ra­tion du rythme cardiaque, etc.) et évoque tour à tour l’amour, la chaleur, le sang, la force, l’agres­si­vité, le désir et l’in­ten­sité. Para­doxa­le­ment, elle s’avère à la fois idéale pour accom­pa­gner un concert acous­tique (une pres­ta­tion guitare/voix, par exemple) ou pour déchaî­ner les passions lors d’un « mosh pit » brutal en plein festi­val de Metal.

Vert : couleur de l’équi­libre chro­ma­tique par excel­lence, elle évoque la stabi­lité, la satis­fac­tion et la vita­lité (en réfé­rence à la chlo­ro­phylle et aux forêts luxu­riantes qui jalonnent notre planète). Sur scène, les éclai­ra­gistes s’en servent souvent pour symbo­li­ser la sécu­rité et l’es­poir, mais atten­tion : un vert mal dosé sur un visage peut parfois engen­drer un aspect mala­dif qui ne sera pas du meilleur effet.

Bleu : couleur souvent asso­ciée à l’im­men­sité (l’es­pace, le ciel, les océans, etc.), elle commu­nique les notions de distance, de froi­deur ou de mélan­co­lie. Dans un contexte formel, elle incarne l’ordre et la ratio­na­lité. Sur scène, elle reste un excellent choix pour créer des moments de tensions ou pour gérer les silences, entre autres.

Jaune : point de lumi­no­sité maxi­male du cercle chro­ma­tique, la couleur jaune est à la fois stimu­lante, rayon­nante et solaire. Dans l’es­prit du public, elle est souvent syno­nyme de période esti­vale, de vacances, d’apai­se­ment et d’équi­libre. On la retrouve presque toujours dans les programmes d’éclai­rage des musiques qui véhi­culent les notions d’es­poir et de commu­nion entre les êtres (le reggae, le funk, etc.).

Magenta : couleur du surna­tu­rel et de l’ir­réel par excel­lence, elle est souvent asso­ciée à la spiri­tua­lité et évoque quelque chose d’ex­tra­or­di­naire, de méta­phy­sique et de trans­cen­dant. Elle est souvent utili­sée pour renfor­cer les tran­si­tions oniriques lors d’un spec­tacle vivant, ou pour termi­ner un concert sur une note de magie ou d’idéa­lisme.

PEDAGO LIGHT Chroma

Natu­rel­le­ment, nous pour­rions nous amuser à produire des défi­ni­tions pour chaque nuance de couleur dispo­nible, mais disons simple­ment qu’avec ces cinq-là, vous aurez déjà une bonne base de départ entre les mains pour vous lancer et créer vos premières scéno­gra­phies. Néan­moins, il est très impor­tant de rappe­ler que la puis­sance d’une compo­si­tion d’éclai­rage scénique réside presque toujours dans l’in­ter­ac­tion entre les teintes, plutôt que dans l’uti­li­sa­tion d’une couleur isolée. Ainsi, en faisant appel à des couleurs complé­men­taires situées à l’op­posé sur le cercle chro­ma­tique (comme l’Ambre et le Bleu, par exemple), ou avec des taux de satu­ra­tion très diffé­rents, vous pour­rez créer une tension drama­tique maxi­male et un rendu visuel riche en contraste (exac­te­ment comme les diffé­rentes plages de fréquences dans un mix audio). Ces paires de couleurs complé­men­taires créent une tension visuelle saisis­sante : placées côte à côte, elles atteignent leur effet lumi­neux le plus intense.

Gestion des couleurs en éclai­rage scénique : comprendre les systèmes addi­tif et sous­trac­tif

Mais alors, comment s’ef­fec­tue la gestion des couleurs au sein des projec­teurs ? C’est très simple, comme dans l’uni­vers des synthé­ti­seurs, on retrouve deux méthodes prin­ci­pales pour y parve­nir : la synthèse addi­tive et la synthèse sous­trac­tive. Facile !

La synthèse addi­tive RVB : fonc­tion­ne­ment des couleurs dans les projec­teurs LED

PEDAGO LIGHT 2

On parle de synthèse addi­tive des couleurs lorsqu’on mélange sépa­ré­ment les couleurs primaires rouge, vert et bleu, à partir de trois sources lumi­neuses (le fameux RVB, ou RGB en anglais pour « red, green, blue »). La teinte obte­nue variera donc en fonc­tion de la propor­tion de chaque couleur primaire présente dans le mélange. Dans un projec­teur LED, par exemple, on retrouve des diodes rouges, vertes et bleues, et, en chan­geant l’in­ten­sité lumi­neuse de chaque diode, on peut créer des millions de nuances. Mais ce n’est pas tout, aux points d’in­ter­sec­tion de la synthèse addi­tive, de nouvelles couleurs secon­daires appa­raissent, et leur parti­cu­la­rité est d’être plus lumi­neuses que les couleurs primaires initiales, car leurs inten­si­tés s’ad­di­tionnent.

PEDAGO LIGHT ADDITIF

Résul­tat : le vert et le bleu se combinent pour former du cyan, le vert et le rouge se combinent pour former du jaune, et, chose inté­res­sante, le rouge et de bleu se combinent pour former du magenta, une couleur à part, qui n’ap­pa­raît pas dans le spectre visible et qui est le résul­tat d’une inter­pré­ta­tion de notre cerveau.

La couleur magenta a été décrite pour la première fois en 1859 par le chimiste français François-Emma­nuel Verguin (coco­rico !), mais elle n’existe pas à propre­ment parler en tant que longueur d’onde unique, on le quali­fie donc de couleur extra­s­pec­trale. Pour mieux comprendre ce phéno­mène, on pour­rait résu­mer les choses de cette manière : lorsque nos yeux reçoivent à la fois de la lumière rouge et de la lumière bleue, mais pas de vert, notre cerveau ne peut pas faire la moyenne des deux (car la moyenne entre le rouge et le bleu, c’est le vert, et nos récep­teurs lui disent juste­ment qu’il n’y a pas de vert). Pour résoudre cette contra­dic­tion, le cerveau invente une couleur qui repré­sente ce mélange : le magenta. Inté­res­sant, n’est-ce pas ?

Les couleurs secon­daires de la synthèse addi­tive sont donc défi­nie par l’acro­nyme CMJ (cyan, magenta, jaune), ou plus commu­né­ment appe­lées CMY (« cyan, magenta, yellow ») dans la langue de Shakes­peare, et donc sur l’écra­sante majo­rité des projec­teurs, contrô­leurs et logi­ciels d’éclai­rage que vous serez amenés à utili­ser.

La synthèse sous­trac­tive CMY : filtres, géla­tines et projec­teurs tradi­tion­nels

PEDAGO LIGHT 3

L’autre système de gestion des couleurs est la synthèse sous­trac­tive, qui fonc­tionne en miroir exact de la synthèse addi­tive. Ici, les couleurs primaires sont modu­lées en filtrant certaines longueurs d’onde de la lumière, qui est émise par une source lumi­neuse blanche cette fois. Comme vous l’au­rez remarqué, en synthèse addi­tive, on part du noir (0% de lumière) pour arri­ver au blanc (100% de lumière) en ajou­tant toutes les couleurs, alors qu’en synthèse sous­trac­tive, on part du blanc pour arri­ver au noir en reti­rant toutes les couleurs. Exac­te­ment selon le même procédé que les filtres coupe-bas, passe-bande et coupe-haut qu’on retrouve sur nos synthé­ti­seurs favo­ris, les filtres colo­rés empêchent certaines fréquences (ou longueurs d’onde en l’oc­cur­rence) de les traver­ser. C’est le prin­cipe utilisé par les projec­teurs tradi­tion­nels (qui emploient des lampes à décharge comme source lumi­neuse), sur lesquels on super­pose des géla­tines (donc des filtres colo­rés).

PEDAGO LIGHT SOUSTRACTIF

Ironie du sort, les couleurs primaires de la synthèse sous­trac­tive sont les couleurs secon­daires de la synthèse addi­tive, et vice versa. Mais pourquoi ? C’est sans doute l’un des méca­nismes les plus élégants de la physique. Pour comprendre pourquoi elles s’in­versent, il faut arrê­ter de consi­dé­rer les couleurs comme des enti­tés à part entière, et commen­cer à les comprendre comme des portions de lumière blanche.

En synthèse addi­tive, on part du noir, puis on addi­tionne le rouge, le vert et/ou le bleu. Et à partir du moment où l’on mélange ne serait-ce que deux couleurs primaires addi­tives (RVB/RGB), on obtient une couleur secon­daire plus lumi­neuse (CMJ/CMY). Par exemple : vert + bleu = cyan, rouge + bleu = magenta, rouge + vert = jaune.

En synthèse sous­trac­tive, on part du blanc, puis on sous­trait le rouge, le vert et/ou le bleu. Et à partir du moment où l’on utilise ne serait-ce qu’un filtre de couleur primaire sous­trac­tive (CMJ/CMY), on obtient deux couleurs secon­daires (RVB/RGB). Par exemple : cyan = vert + bleu (sous­trac­tion du rouge), magenta = rouge + bleu (sous­trac­tion du vert), jaune = rouge + vert (sous­trac­tion du bleu).

En bref, l’in­ver­sion est mathé­ma­tique : une couleur primaire sous­trac­tive est la « néga­tive » d’une couleur primaire addi­tive. Le cyan est l’anti-rouge, le magenta est l’anti-vert, et le jaune est l’anti-bleu. C’est pour cela que les deux systèmes restent indis­so­ciables l’un de l’autre.

La suite au prochain épisode !

Sauvegarder l’article

Vous souhaitez réagir à cet article ?

Se connecter
Devenir membre