L'ATH-R70xa, autrement dit le tout nouveau casque ouvert d’Audio-Technica passe sur le banc d’essai : promesse de neutralité, de qualité, de fidélité sonore... Le casque a de quoi piquer notre curiosité. Le verdict dans notre test.
Les casques ouverts destinés au mixage et à l’écoute critique occupent une place en expansion dans le monde de l’audio professionnel, alors que le mix au casque devient une pratique de plus en plus acceptée et répandue. C’est dans ce contexte que nous avons eu l’occasion de tester l’ATH-R70xa d’Audio-Technica, un casque ouvert présenté comme le fer de lance de la marque japonaise en matière d’écoute de précision.
Est-ce vraiment la peine de les présenter ? Fondée dans les années 1960, Audio-Technica s’est d’abord fait connaître pour ses cellules phono avant de devenir un acteur majeur de l’audio professionnel. De ses micros emblématiques aux casques studio de grande qualité (comme leur référence majeure, l’ATH-M50x, que nous avons déjà passé au banc d’essai sur Audiofanzine), la marque s’est bâti une solide réputation mêlant qualité sonore et prix maîtrisé.
Avec l’ATH-R70xa, Audio-Technica semble viser un public plutôt pro (ou semi-pro) en quête de neutralité et de confort pour les longues sessions de mixage. Léger et ouvert, et proposé à un prix plutôt élevé, ce modèle promet, selon la marque une restitution sonore fine, détaillée et droite comme une ligne… Tout cela nous a donné envie de nous pencher sur ce casque très attrayant.
Spécifications techniques du Audio-Technica ATH-R70xa
L’ATH-R70xa est un casque de type circum-auriculaire, ouvert, avec un transducteur dynamique. La taille de ce transducteur est de 45 mm.
Les spécifications annoncées par le constructeur sont les suivantes :
impédance : 470 ohms
réponse en fréquence : 5 Hz – 40 kHz
La première chose qui attire notre attention, cela va sans dire, est l’impédance, très élevée, et qui va nécessiter pour bien exploiter le casque, d’utiliser un amplificateur capable de fournir une puissance suffisante. Ce point n’est pas négatif, juste objectif.

Démontage et réparabilité du ATH-R70xa
Oui, bien sûr
La première étape, comme d’habitude, les coussinets :
Quatre petites vis cruciformes peuvent ensuite être retirées, permettant ainsi d’extraire la pièce principale sur laquelle est fixé le haut-parleur :
De l’autre côté, on trouve une pièce de fixation et protection du HP, qui, elle aussi, peut être aisément retirée :
On admirera l’intéressant système à gouttière pour maintenir en place les câbles, et qui peut se révéler un peu difficile à remonter (il faut être délicat). Le HP se retire simplement en tirant dessus (aucune colle).
Notons qu’Audio-Technica peut fournir à la vente les coussinets et le bandeau de tête (en plus des accessoires, bien entendu : câble amovible, adaptateur 6,35 mm et pochette de transport).
Confort et ergonomie pour les longues sessions de mixage
Excellent
Comme les autres modèles de la série, le casque est léger (à peine plus de 200 g, sans le câble), son bandeau (différent des autres casques de la série R) s’ajuste bien à la forme du crâne, tandis que les coussinets (dans un velours lui aussi différent de ce qui se trouve sur les autres modèles de la série) sont très doux. On apprécie aussi le fait que leur ouverture soit large, ce qui permet de s’adapter assez facilement à diverses formes de crâne et diverses tailles d’oreille.
Isolation sonore : limites d’un casque ouvert
Non applicable, puisque c’est un casque ouvert
Transport et encombrement du ATH-R70xa
L’ATH-R70xa ne se plie pas, et il est impossible de tourner ses écouteurs de façon à le poser à plat. Résultat, le casque prend de la place, mais étant donné qu’il est ultraléger, le transport reste plutôt simple. Le constructeur fournit par ailleurs une pochette de transport.
Mesures objectives : réponse en fréquence et distorsion
Voici donc le nouveau protocole de mesures objectives, mené par nos soins afin de compléter l’écoute subjective. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plaisir de pouvoir vous fournir des courbes de réponse en fréquence et distorsion, réalisées dans notre atelier.
Réponse en fréquence :
On remarque :
- Une montée régulière de 20 Hz à 100 Hz (8 dB d’écart).
- Un profil généralement linéaire de 100 Hz à 3 kHz, avec seulement un creux autour de 300–350 Hz pour une seule des deux voies.
- Un premier pic notable vers 3 kHz.
- Suivi d’un plateau creux entre 4 kHz et 8 kHz (4 dB d’écart par rapport au pic précédent).
- Un petit creux entre de 8–9 kHz.
- Premier pic vers 10–11 kHz.
- Second pic, plus important (4 dB au-dessus du précédent) vers 14–16 kHz.
- Léger déclin au-delà de 16 kHz.
Le profil général de la réponse en fréquence est très droit, sans accentuation trop forte, ou creux trop important. De plus, on remarque que les transducteurs sont moyennement bien appariés, spécifiquement dans le bas médium où l’on note un écart de presque 4 dB à 300 Hz. Pour le reste du spectre sonore, l’appariage à 1 dB est totalement respecté.
Distorsion :
La distorsion mesurée est plutôt bonne, se situant en moyenne autour de 0,1 % jusqu’à 100 Hz, puis s’élevant dans le grave jusqu’à atteindre pratiquement 2 % à 20 Hz. Seul petit défaut : une augmentation de la THD (présence excessive de secondes harmoniques, à + de 0,2 % du signal) autour de 300 Hz, qui correspond au creux constaté sur la voie gauche dans la mesure de réponse en fréquence ci-dessus. Toutefois, cette montée reste contenue, et ne devrait pas affecter l’écoute de façon notable.
Écoute critique et analyse détaillée
Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur Truelove’s Gutter)
Une ballade acoustique, avec beaucoup de réverbe et une différence de dynamique importante entre la voix et la guitare. La voix est mise en avant avec une bonne clarté grâce au pic autour de 3 kHz, offrant une excellente articulation sans agressivité, grâce à des aigus pas trop soulignés. La guitare est précise elle aussi, avec des attaques de plectres marquées, mais pas suraccentuées. On se demande si le léger creux dans le bas médium (vers 300–350 Hz) peut réduire un peu l’assise de l’instrument ? Ça n’est pas flagrant. Les queues de réverbe sont très bien restituées, et se développent de la droite vers la gauche de façon claire (sur la scie musicale), donnant donc l’impression d’une scène large et aérée, sans être non plus chirurgicale et fatigante.
Sun Kil Moon – Butch Lullabye (sur Common As Light And Love…)
Sur l’intro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmoniques médiums ajoutées par la distorsion, l’attaque légèrement piquée des notes, tout en séparant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Les graves bénéficient d’un soutien progressif et bien contrôlé, avec pas trop de sub, ce qui favorise une bonne lisibilité. Le médium supérieur met efficacement en valeur les « piqués » des attaques du clavier-basse, tandis que la grosse caisse conserve une bonne définition, là encore malgré un léger allègement dans le bas médium. La voix n’est pas rendue de façon trop nasale, ce qui est toujours un risque sur ce morceau. Pour l’instant, l’ATH-R70xa nous donne une belle impression de linéarité et de fidélité.
Massive Attack – Teardrop (sur Mezzanine)
Un titre avec beaucoup d’extrême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. L’extrême grave, pas tout à fait assez présent ni assez précis, a tendance à disparaître légèrement derrière le grave, qui lui nous paraît dans l’ensemble plutôt propre et maîtrisé. De ce point de vue, à l’écoute, le casque nous semble privilégier plutôt la lisibilité à l’impression d’impact physique. Le chant et les détails percussifs profitent d’un haut médium clair, tandis que le retrait entre 4 et 8 kHz évite toute dureté ou fatigue dues aux consonnes parfois un peu sibilantes. Les textures « atmosphériques » de la coda ressortent très bien grâce à un aigu souligné, mais sans excès, ci qui renforce la sensation d’un large panoramique.
Charlie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)
Voilà un morceau avec beaucoup de soufflants jouant dans des tessitures similaires : c’est très touffu et le but est d’essayer de discerner les timbres. Malgré la densité des arrangements, la séparation des instruments à vent est très convaincante. Le médium linéaire permet de bien différencier les timbres, et l’aigu apporte de l’air sans stridence. Chose agréable : les cymbales, qui parfois, masquent certains éléments dans ce morceau, sont restituées avec une certaine « retenue ». D’ailleurs, on remarque à ce stade que le casque n’est vraiment pas très fatigant, en raison de sa courbe de réponse et de son poids plume. Une écoute vraiment très agréable à la longue.
Edgar Varèse – Ionisation (New York Philharmonic, dir. Pierre Boulez)
Ici, on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réverbération naturelle de la salle, qui joue sur l’impression d’espace. L’écoute se fait entre 0:30 et 1:15 min. La scène sonore est ample, comme noté auparavant, et bien organisée, grâce à un bon suivi des réverbérations que nous avions déjà noté dans le premier morceau. Les transitoires sont nettes et les percussions restent distinctes, même dans les passages complexes. Le grave, présent, mais pas « éléphantesque », permet toutefois de bien sentir l’impact percussif des instruments les plus graves, même si une partie de leur timbre est peut-être légèrement plus creusée. L’image stéréo est cohérente et crédible, donnant une impression d’espace physique très réaliste. Et pour finir, la fatigue auditive est très peu présente, ce qui est vraiment un plus pour l’ATH-R70xa.





